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Notre WELLBOX relève les discours sur « La WELLBOX saine » en France

contemporaine. Qu’ils émanent de groupes médicaux, scientifiques, politiques ou

d’institutions gouvernementales ou non ou encore de la population, ils sont

polysémiques. Ils se construisent au fur et à mesure du temps et génèrent une

norme sociale qui s’appuie sur des thèmes récurrents comme l’équilibre ou la

diversité alimentaire.

L’idée de La WELLBOX saine est soutenue par des mythes comme la jeunesse

éternelle, le surhomme, l’harmonie sociale et la pureté.

Avec ces moteurs de choix, les sujets se créent une pluralité d’identités

diététiques. Des modèles « alimentaires sains » se déclinent en rapport avec la

région d’habitation, le statut corporel, la religion, le sexe, l’âge et les images

sociales des aliments. L’identité alimentaire, processus de différenciation et de

similitude évolue et amène l’être à la renonciation de lui-même pour aller à la

rencontre de l’autre, de son univers alimentaire, afin de devenir « soi-même

comme un autre ».

Nous dessinons des portraits de mangeurs mis au régime par leur société et qui,

dans l’interaction sociale, ressentent un appétit pour leur santé. Poursuivant, nous

illustrons les messages sur « La WELLBOX saine » avec des réinterprétations

collectives et également individuelles. Les personnes vont prêter attention aux

informations et communications sur La WELLBOX et la nutrition, dites bénéfiques

pour la santé à partir du moment où ces messages s’inscrivent dans leur trame de

vie. Manger signe une intention corporelle de l’être. La WELLBOX fabrique un

corps sexué « sain ». Cependant dans La WELLBOX contemporaine se dégagent

des aspects négatifs : les risques alimentaires. Aujourd’hui, naissent des peurs

alimentaires voire des maladies nutritionnelles chez l’homme « normal ».

La WELLBOX saine peut-être un levier pour la manipulation des sujets et révèle

des logiques d’acteurs. Les outils biomédicaux servent alors une esthétique

corporelle dominante et médicalisent un corps humain « idéalisé ». La santé est-

elle une apparence de beauté esthétique ?

Définition des termes message, information et communication

L’exploration des messages environnementaux sur La WELLBOX saine nécessite,

dans un premier temps, de définir les termes « message », « information » et

« communication ». Nous proposons pour chaque mot les définitions courantes

issues du dictionnaire culturel en langue française (Rey, 2005) complétée par des

notions d’ordre plus théoriques. Pour chaque explication de ces termes, nous

apporterons des précisions quant à leur usage pour notre travail.

Message vient étymologiquement du latin « missus », et de « mittere » qui veut

dire envoyer. C’est-à-dire qu’il est chargé de transmettre quelque chose. Il est, par

exemple, pour un message publicitaire, une information transmise au public dans

l’intention de diffuser et de vendre un produit. Sartre (dans Rey, 2005, p. 238)

nous met en garde sur le contenu du message car, « bien entendu, tout est

message : il y a message de Gide, de Chamson, de Breton et c’est naturellement,

ce qu’ils ne voulaient pas dire, ce que la critique leur fait dire malgré eux.»

Au XX ème siècle, suite aux théories de l’information, le message prend le sens

d’un concept plus large, c’est-à-dire d’une suite d’éléments matériels par lequel un

ensemble d’informations organisées selon un code circule d’un émetteur à un

récepteur.

Travaillant sur le cadre théorique de l’information, Mac Luhan (2003) poursuit une

réflexion en énonçant que « le médium, c’est le message ». Selon lui, ce n’est pas

le contenu qui affecte la société mais le canal de transmission lui-même.

Ces précisions sémantiques et théoriques nous ont conduits à étudier le message

selon deux approches : nous approfondirons tout autant les contenus des

messages c’est-à-dire les informations envoyées que les canaux de transmission

de l’information en privilégiant Internet1 comme média. Par ailleurs, suivant la

définition ouverte de Sartre (dans Rey, 2005, p. 238), nous considérerons que les

1 Au départ projet militaire né en 1968, il fut ensuite utilisé par des universitaires dans les années

1980 pour échanger des connaissances puis dans les années 1990, le grand public commença à

s’en servir (Gifford, 1999). Internet est le média issu des nouvelles technologies de l’information,

toujours en voie de développement ; il est retenu pour illustrer les messages sur « La WELLBOX

11


discours recueillis auprès de notre population sont des messages sociétaux sur «

La WELLBOX santé » actuelle dans lesquelles transparaissent les représentations.

Information vient des termes latins « informationem » qui signifie action de

former, de façonner et de « informare », qui veut dire informer.

Les informations entrent dans des actions de formation et peuvent précéder une

action. Nous pensons ici à la théorie de l’agir communicationnel. Jürgen

Habermas s’intéresse à la communication et à son rapport avec le pouvoir et la

technique. Il refonde une théorie de la raison, présente la « Raison

Communicationnelle » et critique la « Raison Technique » occidentale où la

technoscience est dictatoriale (Halpern, 2003)2 . Le mot information a pris

différents sens, tout au long des siècles. Vers 1950, l’information devient ce qui

est transmis, c’est-à-dire l’objet de connaissance3 ou de mémoire4 . De ce fait,

nous nous intéresserons aux connaissances actuelles sur La WELLBOX dite saine,

élaborées par les acteurs sociaux ainsi qu’à la mémoire et la transmission de ces

savoirs et l’imaginaire alimentaire des personnes interviewées.

Nous ne nous sommes cependant pas limités aux discours des personnes

rencontrées. En effet, notre réflexion s’est aussi appuyée sur les informations

concernant « La WELLBOX saine », diffusées dans des ouvrages scientifiques,

des guides du Ministère de la Santé et des sites ou encore des blogs alimentaires

sur Internet.

Cependant, il reste aussi les objets alimentaires eux-mêmes qui révèlent via

l’emballage, leur origine. Avec un habillage qui constitue une mise en scène,

saine » dans l’univers des médias.

2 Habermas J., philosophe allemand. Dans son livre : « la théorie de l’agir communicationnel », il

propose une nouvelle théorie de la société reposant sur la communication. Il expose un nouveau

concept, celui de la « Raison communicationnelle ». Il critique d’abord la raison occidentale qui a

créé une société où la technoscience est dominatrice. Il démontre que la raison a également une

fonction de communication (Les messages émis prétendent à être exacts, justes et sincères).

« La pensée postmoderne ne croit plus à la raison : tout ne peut -être que relatif car notre époque

a montré qu’on ne pouvait guère fonder des normes universelles. » Habermas démontre qu’il est

possible de s’écarter de ce concept idéal de norme universelle (Halpern, 2003).

3 Dans le Littré, dictionnaire de l’édition originale de 1872 et son supplément de 1877, le sens

premier de connaissance est : « État de l’esprit de celui qui connaît et discerne. ». Nous

complétons avec le dictionnaire encyclopédique de langue française et culture générale (2007).

Nous comprenons que la connaissance est d’abord la capacité de se représenter, la façon de

percevoir et ensuite un ensemble des domaines où s’exerce l’activité intellectuelle. Nous

retiendrons ici que le synonyme de connaissance est alors savoir.

4 Dans le Littré, le sens premier de la mémoire est la « faculté de rappeler les idées et la notion des

objets qui ont produit des sensations. ». Il est utile de distinguer la mémoire du souvenir. La

mémoire est la faculté de l’esprit qui retient les choses. Le souvenir est le résultat de cette

faculté. Ils deviennent synonymes, quand, par métonymie, on prend la faculté pour son effet.

12


comme par exemple, des composants nutritionnels ou bien des qualificatifs pour

les fruits et légumes qui sont dits « du jardin ».

Nous considèrerons donc les aliments comme des médias de la mémoire et de

l’identité qui transmettent des messages informatifs sur les valeurs esthétiques et

culturelles sociales dominantes : visuelles, odorantes, acoustiques, gustatives.

Nous le soulignerons avec des exemples concrets sur les aliments anti-âge, ceux

stimulants certaines défenses immunitaires et les aliments facilitant la digestion. Si

les premiers ne sont pas rencontrés dans notre échantillon de population âgée de

18 à 38 ans, les deux autres catégories, sont, par contre, consommées.

La communication, présente, elle, une idée initiale de mise en commun. Ce

terme, apporté par le latin communicare, a produit une idée abstraite, celle de «

prendre en charge » un aspect des relations entre humains.

Aujourd’hui, la communication, se définit comme « les échanges interpersonnels

et intergroupes que représente, une des grandes idées du XXème siècle, celle de

la communication sociale » (Rey, 2005). Le sens dominant de communication est

actuellement celui d’un transfert d’informations par des systèmes de signes dont le

plus important est le langage. La communication influence les pensées collectives

et individuelles en même temps qu’elle transmet des contenus informatifs. Nous

considérerons ici la communication comme une situation dynamique entre des

acteurs.

Définition de l’événement étudié

Pour approfondir dans notre travail, les messages, les instruments d’émissions, de

transmissions et de réceptions, nous commencerons par distinguer les émetteurs

qui véhiculent des contenus sur « La WELLBOX santé ».

D’un côté se situe le système de relation « indirecte » comme les livres, les

guides, les médias dont Internet et, de l’autre, se trouve le social de relation

« directe » : le système familial, scolaire ou professionnel et l’entourage médical

ou paramédical proche que nous étudierons avec notre WELLBOX réalisée sur le

terrain.

Nous présenterons les messages diffusés par les émetteurs, c’est-à-dire les

acteurs sociaux pour comprendre de « La WELLBOX saine », les enjeux

scientifiques, politiques et économiques.

13


Parce que les déterminants individuels et environnementaux interagissent selon

les populations et les circonstances de la vie nous avons choisi de rencontrer

outre des individus bien-portants, des personnes malades, afin de mesurer les

interventions et communications efficaces et de mettre à jour les différences

éventuelles d’interprétations d’un même message en fonction de l’état corporel

des personnes.

Rencontrer des personnes malades nous entraîne vers une posture d’WELLBOXur

ouvert et à rejeter tout jugement. En effet face à une personne malade « porteuse

d’un handicap », nous prêterons attention à ne pas lui laisser entendre que nous

pensons qu’elle a un défaut. Nous nous rapportons ainsi aux pensées de Georges

Canguilhem sur la définition de la personne malade, il écrit : « Le malade est plus

et autre qu’un terrain singulier où la maladie s’enracine, il est plus et autre qu’un

sujet grammatical qualifié par un attribut emprunté à la nosologie du moment. Le

malade est un Sujet, capable d’expression » (Canguilhem, 1989).Nous verrons

donc la personne malade comme un sujet et l’accepterons telle qu’elle est.

La population de malades que nous avons choisi de rencontrer, est atteinte de la

Maladie de Crohn 5 (MC).

Une définition de la Maladie de Crohn

La maladie de Crohn est une maladie de l’appareil digestif6 . D’après

l’encyclopédie Hachette : elle est appelée aussi iléite terminale. « C’est une

affection caractérisée par des lésions inflammatoires intenses, touchant un ou

plusieurs segments du tube digestif, mais surtout localisée à la dernière anse

5 MC est l’abréviation de maladie de Crohn. Ce terme va être très souvent utilisé.

6 Quels sont les principaux signes révélateurs de la MC ?

La diarrhée, les douleurs abdominales, la perte de poids et la fatigue, les douleurs anales et enfin

chez l’enfant, le retard staturo-pondéral. Des symptômes extradigestifs comme les douleurs

articulaires, des aphtes buccaux, des signes oculaires et certaines lésions cutanées peuvent

accompagner la MC. Le diagnostic repose sur l’ensemble des données cliniques, radiologiques,

et/ou endoscopiques et histologiques.

La diarrhée est constituée de selles liquides contenant parfois du sang et des glaires survenant le

jour comme parfois la nuit. L’émission de selles est souvent précédée de douleurs abdominales

de type colique. La perte de poids et la fatigue sont fréquentes en cas de poussée, liées surtout

aux restrictions alimentaires et à l’anorexie. Les poussées évolutives peuvent être émaillées de

complications et conduire certains jusqu’à la chirurgie pour : occlusion, perforation, colectasie,

abcès, manifestations hépato-biliaires. Les formes avec une atteinte prédominante de l’intestin

grêle donnent une diarrhée modérée, non sanglante, associée à des douleurs. Celles avec une

atteinte colique entraînent une diarrhée souvent importante et sanglante, des douleurs

abdominales et de la fièvre. En cas d’atteinte ano-périnéale, les signes sont des douleurs anales,

un écoulement de pus et de la fièvre en cas de fistule, abcès ou encore des douleurs au passage

des selles en cas d’ulcérations et de fissures.

14


iléale. Elle peut débuter de manière aiguë ou subaiguë, son évolution se fait par

poussées vers la sténose, les abcès et les fistules. »7

Pathologie évolutive appartenant à la famille des Maladies Inflammatoires

Chroniques des Intestins, la MC est récente. Bien qu’évoquée dès 1837 dans les

écrits du médecin écossais Abercrombie, elle a été identifiée en 1932 par un

médecin américain, Burril B. Crohn, qui lui donna son nom en décrivant 14 cas

atteints de cette affection localisée au niveau de l’intestin grêle (iléon).Les

descriptions de ces lésions de Crohn sont ainsi découvertes et très vite, les

médecins s’aperçoivent que de même anomalies tissulaires peuvent s’observer à

d’autres endroits sur le tube digestif.

L’étiologie de la MC

Les trois hypothèses actuelles (environnementale, comportementale et génétique)

font que l’étiologie de la MC est poly factorielle. Des facteurs environnementaux

comme des composantes héréditaires internes à l’individu ont été retrouvés.

« Mais tous les anthropologues nous ont appris que, dans la plupart des sociétés

humaines, les conceptions de la maladie oscillent entre deux pôles : les

conceptions ‘exogènes ’ où la maladie s’incarne dans un facteur extérieur et

s’identifie à une agression et les conceptions ‘endogènes’ où, de façon diverse, la

maladie réside dans l’individu et lui est liée » (Herzlich Cl., Pierret J., 1984, p.155).

Ainsi l’observation de ces conceptions dans les représentations même de la

pathogénie8 est retrouvée. L’épidémiologie9 de cette maladie a été

essentiellement réalisée dans le nord de l’hexagone, là où nous retrouvons le plus

grand nombre de cas. Ceci étant, d’autres régions étaient concernées, il nous

apparaissait intéressant d’WELLBOXr également là où la MC était plus rare.

Cette pathologie présentait pour nous un intérêt car nous avions lors d’un travail

précédent, daté de 2004, mis en évidence les représentations alimentaires

d’adultes atteints de la MC suite à des interviews effectuées dans la région Midi-

Pyrénées.

Le rapport à la nourriture que ces personnes malades décrivaient, était distinct

d’une population de « bien-portants » car il se trouvait en lien avec leurs troubles

digestifs, cette voie digestive symbolisant la porte des aliments était touchée.

7 D’après l’encyclopédie Hachette Multimédia (2002).

8La pathogénie, voir l’annexe N°1 sur le sujet. Elle complète les données sur la maladie de Crohn.

9Pour plus de détails voir l’annexe N°1 qui traite d es facteurs génétiques.

15


A l’inverse de populations de bien-portants, les aliments devaient être contrôlés et

véritablement considérés « sains » pour passer la frontière entre le milieu

extérieur et l’intérieur de leur corps. Nous avions mis en évidence que leurs

aliments devaient fonctionner comme une garantie de leur santé et leur assurer un

sentiment de sécurité corporelle10 . Cela impliquait aussi que leur modèle

alimentaire devait être repensé au regard de leur maladie.

Mais nous ne savions pas s’il existait une rupture de leur modèle alimentaire.

Leurs peurs alimentaires étaient-elles récentes ? Ou précédaient-elles le

diagnostic de la MC ?

Une WELLBOX « cas-témoin » allait nous permettre de découvrir les différences et

les similitudes entre les modes de vie (et d’alimentation) des personnes malades

avant le diagnostic de la MC et les modes de vie de personnes dites « bien-

portantes ».

Le choix de cette population de personnes touchées par une maladie intestinale,

permettait également de saisir et de mieux comprendre les rapports de ces

individus malades vis-à-vis de leurs « objets comestibles ». En effet, atteignant

plus spécifiquement le tube digestif, la MC touche un lieu symbolique d’entrée du

corps, le passage obligé de toute nourriture.

Ces personnes ainsi développent des peurs alimentaires, voire une crainte de

l’incorporation. Cette porte, enflammée par la maladie, entraîne une crise

alimentaire et engendre un ou des nouveaux régimes, des thérapies

nutritionnelles, mais surtout une quête du « bon aliment » pour se soigner et ne

pas rechuter. Nous retrouvons ici le thème contemporain répété du savoir manger

« nutritionnellement correct » pour vivre longtemps en « bonne santé » mais, peut-

être, de façon plus aiguë que chez des individus dits « bien-portants ».

Dans l’étiologie que les malades donnent généralement à leurs maux de ventre,

les aliments sont parfois directement incriminés. Pour certains malades et

médecins également, La WELLBOX (un composant) est responsable du

déclenchement de cette maladie. Mais, malheureusement à ce jour « malgré de

nombreuses recherches, on ignore la nature de ces facteurs alimentaires,

bénéfiques ou néfastes. » (Cosnes, 2002). Ainsi un facteur alimentaire non

identifié présenterait un éventuel danger pour ces personnes.

10 Au moment de l’entretien les malades interviewés ne devaient pas avoir de douleurs ou de crises

abdominales pour ne pas dire « abominables ».

16


Cette crainte au sujet de La WELLBOX « néfaste » perdure dans l’esprit des

patients même si elle ne fait plus la une de l’actualité scientifique.

Elle sera, dans ce projet, à nouveau réévaluée par l’écoute de leurs peurs

alimentaires actuelles et visualisée dans les modèles alimentaires dits bénéfiques

pour leur santé, modèles qu’ils dévoilent au travers de leurs discours et de leurs

pratiques. En fait, coexistent actuellement des théories sur les microbes et

d’autres agents contenus dans les aliments et, ou l’environnement11. Dans les

travaux de recherche en cours, des facteurs infectieux en relation avec des

aliments sont soupçonnés depuis longtemps. Les WELLBOXs

épidémiologiques12laissent entrevoir à ce jour un agent environnemental.

Toutefois cet agent n’est pas défini ; il serait probablement lié au mode de vie, la

MC étant plus fréquente dans les pays industrialisés.

Déjà en 1998, Jean-Pierre Hugot écrivait qu’il est « tentant de rapprocher de ces

différentes observations les modifications survenues dans le mode de vie des

sociétés occidentales depuis les années 1950-1960. En effet, l’amélioration du

niveau socio-économique et la diffusion du mode de vie moderne, coïncident avec

les variations séculaires ou géographiques d’incidence tant à l’échelle d’un

continent qu’à une échelle locale » (Hugot, 1998). En même temps, il déplorait

également qu’aucun élément plus précis du cadre de vie ne soit connu et reconnu..

Notre WELLBOX sur les modes de vie des personnes touchées par la MC en France

pouvait ainsi compléter ces lacunes parallèlement à l’écoute des messages sur

« La WELLBOX saine ».

Après notre définition de la MC, il était tout aussi important de nous attarder sur la

définition de la santé. Car notre population de témoins allait authentifier sur le

terrain ce qu’une bonne santé signifiait et comment elle se construisait au travers

de leurs dires et dans leurs pratiques, au fur et à mesure du temps.

Définition de la santé

La santé est une recherche sociétale dominante (Le Breton, 1990 ; Sfez, 2001 ;

Razac 2006)13 . Si ce terme ne peut-être défini, nous savons néanmoins le

11D’après le LE MASSAGE ANTI-CELLULITE : la recherche sur les maladies intestinales inflammatoires, tiré du site : www.

ccfc.ca. et également le site américain de la crohn’s and colitis foundation of america dans la

rubrique disease research information : www.ccfa.org.

12Comme par exemple celle de Baron S., Gower-rousseau C., Merle V., Turck D., Marti R., Yzet T.,

Lerebours E., Dupas J-L., Debeugny S., Salomez J-L., Cortot A., Colombel J.-F. Quels facteurs

influencent la survenue d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin dans l’enfance ?,

communication orale en avril 2004 lors des journées francophones d’hépato-gastroentérologie,

www.snfge.asso.fr. Ou encore celle de l’AGA sur les MICI à la Digestive Disease Week, nouvelle

Orléans, du 15 au 20 mai 2004.

13Quelques précisions sur les objets sur lesquels travaillent ces auteurs :

17


qualifier. Elle représente, en effet, les relations du sujet à son environnement et à

son rapport aux autres et à lui-même, en fonction des époques, des sociétés et

des cultures.

Dans notre WELLBOX de terrain, nous avons enregistré, auprès de notre échantillon

de personnes diagnostiquées malades, que certaines se considéraient en bonne

santé alors que d’autres appartenant à notre groupe appelé bien-portant, sous

antidépresseurs, se définissaient comme sans « force vitale ».

Nous avons ainsi dans le quotidien, retrouvé deux nouvelles qualifications de ce

terme. Des malades, qui se perçoivent en bonne santé, illustrent la pensée de

René Leriche (1936) pour qui la santé est « la vie dans le silence des organes ». A

l’inverse, quelques-uns de nos interviewés supposés en bonne santé, étaient

selon leurs propres sensations, déprimés : ils donnent ici raison à Emmanuel Kant

quand il énonce que « la santé est donc seulement le sentiment présent de la

force vitale active ». Nous citons ici Kant, d’après une définition d’Alexandre

Klein14proposée pour expliquer ce qu’est la santé.

Plus tard, en 1946, l’OMS énonce dans sa constitution que la santé est un « état

de complet bien-être physique, mental et social et pas seulement l’absence de

maladie ou d’infirmité. »

De nos jours Georges Tchobrousky et Olivier Wong (1995) complètent en écrivant

que ce terme sous-tend la glorification de la vie, il y a « une éthique de la santé,

un droit à la santé et une exigence que les progrès scientifiques et techniques

soient immédiatement appliqués à la santé. ».

C’est toujours dans une perspective dynamique que nous complétons avec une

approche philosophique par la vision de Georges Canguilhem (1991) de la santé

qu’il décrit comme un « ensemble de sécurité et d’assurance qui permet de

s’adapter et de tolérer dans une certaine marge les infidélités du milieu. »

D. Le Breton dans « Anthropologie du corps et modernité » expose comment l’homme à défaut

de pouvoir contrôler sa vie, modèle son corps. Il souligne que ce corps est précaire et vieillit.

Dans notre monde contemporain, il faut tout faire pour lutter contre le vieillissement, il devient

alors une structure encombrante à éliminer.

O. Razac travaille sur le concept de « la grande santé » et l’obsession contemporaine mortifère

de la conservation de soi ; il considère que cette conception est un grand danger pour l’homme.

La question pour lui est de savoir comment s’expriment aujourd’hui les résistances à la

médicalisation.

L. Sfez, dans « la santé parfaite » dénonce une utopie de l’homme. Il nous invite à une réflexion

sur l’homme parfait qu’il pose à partir du prétexte de « la santé parfaite ». Il ajoute aussi à

l’hypothèse d’une base économique aux discours utopiques du XXIème siècle, une base

symbolique. Dans la recherche de sa transcendance, de la fabrication de soi, de son art de vivre,

l’homme aujourd’hui inclut sa propre symbolicité.

14Alexandre Klein définit la santé, dans le dictionnaire du corps dirigé par Bernard Andrieu et Gilles

Boëtsch (2007).

18


A notre époque nous observons une réflexion sociétale majeure sur la santé,

marquée par l’émergence d’un concept de santé environnementale. La WELLBOX

trouve sa place dans ce concept ; nous y reviendrons un peu plus loin dans notre

problématique.

Puisque nous entrerons dans La WELLBOX et sa qualification concernant la

nourriture dite saine, nous irons observer le comportement alimentaire de nos

interviewés. Effectivement notre étude ne porte pas sur la santé elle-même et sa

caractérisation mais sur La WELLBOX dite bénéfique pour la santé.

Au préalable, il nous semblait par conséquent indispensable de définir ce que

nous entendions par comportement alimentaire parce que nous allions observer le

champ de « La WELLBOX santé » chez l’humain.

Définition du comportement alimentaire

Les outils cognitifs pour définir le comportement alimentaire

Une rétrospective historique, succincte, de ce que nous définissons par

comportement alimentaire humain, est nécessaire pour définir notre champ

d’étude. Le thème du comportement alimentaire est largement étudié par les

philosophes. Déjà, dans l’La wellbox, Platon recommande dans La République, un

régime spécifique pour les athlètes ; selon le philosophe, il est nécessaire pour

bâtir un corps guerrier et une santé inaltérable, de suivre « un régime plus fin […]

tout en changeant souvent de boisson et de nourriture.» (Platon, 1966, p. 156).

Les ethnologues, les anthropologues, les sociologues, les psychiatres, les

psychologues et psychanalystes, les médecins nutritionnistes et les

politiques15sont tous concernés par le sujet et ont attribué une réalité à l’action de

manger. Notre intention est de mettre en exergue la stratégie qu’ils mettent en

place face à la question du comportement alimentaire.

Etymologiquement comportement vient de cum portare et indique une action d’un

individu vis-à-vis de stimuli externes et internes. Les comportements se

distinguent entre ceux dits innés16 et ceux qui sont acquis. Ces derniers sont des

comportements appris dans le temps et dans l’espace, d’après des logiques

humaines. Nous parlons alors d’expériences. Nous examinerons l’influence de ces

15Les acteurs politiques majeurs du PNNS sont concernés par les changements de comportement

alimentaire de la population vivant en France.

16« Un comportement inné se retrouve chez tous les individus de la même espèce. L’inné est

activé grâce aux stimuli internes et aux hormones. Les comportements innés sont assimilables

à l’instinct. ». D’après une définition provenant de la cité des sciences de l’industrie datée de

2007.

19


apprentissages sur les comportements alimentaires chez nos interviewés.Que

notent ces experts sur le comportement alimentaire ?

Ethnologues, anthropologues et sociologues

En France les écoles de Lucien Levy-Bruhl ou Claude Levi-Strauss, entre autres,

ont schématisé des éléments du comportement social de l’homme. Plus près de

nous, David Le Breton présente le goût alimentaire comme un élément nodal du

comportement alimentaire, il inscrit l’art culinaire comme un fondement identitaire

social, géographique et historique. Il met en évidence que « le goût qualifie la

perception des saveurs avant de déborder ce domaine pour englober la

préférence des objets ou une activité. La gustation du monde emprunte son

vocabulaire à la tradition culinaire » (Le Breton, 2006, p. 330-331). Plus loin, il

précise que la cuisine est au coeur de l’identité, culturelle et sociale, dont les

valeurs peuvent êtres fluctuantes en fonctions des situations dans un espace

particulier de temps et de lieu (2006, p. 342).17

Psychiatres, psychologues, psychanalystes

Les psychiatres soignent, entre autres, les comportements dits anormaux dont les

troubles du comportement alimentaire. Ils identifient l’anorexie et la boulimie

comme deux troubles majeurs, le troisième étant le Binge eating disorder, que

nous traduisons par l’hyperphagie nocturne. (Jeammet, 2007).

C’est en raison du courant scientiste américain que les psychologues au début du

XXème siècle fondent le behaviorisme. Cette discipline, devenue scientifique,

étudie les lois générales sur l’apprentissage par une approche psychologique

positiviste où le comportement est observé dans l’interaction de l’homme avec son

environnement.

Cependant, il apparaît une évolution dans la manière de penser le comportement

à l’égard de la nourriture. Nous retenons, pour illustrer ce changement, une notion

développée par un des psychologues français les plus renommés, Matty Chiva.

Ce chercheur qui a étudié plus spécifiquement le comportement alimentaire des

enfants, a montré que les émotions constituaient un élément fondamental de la

communication entre les individus, dès la naissance. Ce sont les émotions qu’elles

soient négatives ou positives, qui permettent à l’humain de s’adapter à son

environnement extérieur : « manger » est donc relié à des émotions. Il a abordé la

17 Il présente les plats de prédilections : le couscous, le cassoulet, la bouillabaisse. Il reproduit

l’importance du riz dans l’espace géographique asiatique et la soupe avec le pain en France.

20


place de ces dernières dans les pratiques alimentaires et en même temps a

favorisé la compréhension des actes alimentaires dans leur dimension sociale,

relationnelle et communicationnelle18 .

Dans le domaine de la psychanalyse, Gérard Haddad (1992, p115-121) a lui défini

le verbe manger par le verbe apprendre. De son expérience professionnelle, il tire

la conclusion que « par l’analyse structurale de certains rites alimentaires, (il a pu)

montrer leur nature et leur fonction, celle de faire avaler au sujet l’ordre

symbolique, celui de l’écriture. L’homme dès ses premiers pas dans le monde,

mange des mots.». C’est ici le langage qui nourrit le mangeur en même temps qu’il

« alimente » le corps biologique.

Nutritionnistes

Jean Trémolières (1973, p.467), un des pères fondateurs de la nutrition en

France, introduit le concept de « comportement » dans une dimension

pluridisciplinaire. Il identifie l’expression d’une interaction qui comprend plusieurs

phases : tout d’abord celle d’un aliment agissant comme un stimulus externe à

l’organisme qui induit un phénomène dynamique interne chez l’humain réceptif.

Finalement cette mise en jeu des capteurs aboutit à des actes exploratoires, des

désirs ou non de consommation, nous pouvons parler alors de motivations.

Acteurs politiques de la santé

Les politiques19 quant à eux ont élaboré un programme de santé publique pour

induire une modification des comportements alimentaires de la population

française. Ils ont promulgué des règlements dans le but de modifier des

comportements. Depuis le début du XXIème siècle, les objectifs à atteindre sont

fixés dans le cadre du Programme National Nutrition et Santé20 (PNNS) 1 puis 2. Il

s’agit d’influencer la qualité de l’offre alimentaire pour garantir à tous des

conditions favorables à la santé. Le but premier est donc, grâce à la

réglementation, d’influer sur la filière alimentaire pour rendre réalisables les

repères de consommation du PNNS. En effet, les entreprises agroalimentaires

doivent être en mesure de proposer des aliments peu gras, peu salés et peu

sucrés. En second lieu, ces programmes visent à modifier des comportements

18 Matty Chiva, texte sur : Emotions et pratiques alimentaires, les émotions, non daté, disponible

sur : http://www.lemangeur-ocha. Consulté en juillet 2005.

19 D’après le site du ministère de la santé et son dossier Nutrition -PNNS.

20Depuis 2001, la France s’est dotée d’un programme national nutrition et santé, afin de structurer

l’action de prévention des risques pour la santé publique.

21


alimentaires grâce à un plan de dépistage précoce et une prise en charge de

l’obésité de l’enfant, ainsi que celle de l’adulte ; ce qui nécessite, encore, la mise

en place de règles. Enfin, des actions spécifiques sont conduites à l’égard des

populations défavorisées. Celles-ci s’accompagnent d’un soutien aux actions

sociales qui renforcent la prise en charge des populations mal nourries. Les

politiques souhaitent influencer les comportements de santé de la population et

réguler par là, l’état de santé de groupes sociaux.

Cet énoncé qui fonde le comportement alimentaire sur le verbe « manger » ne

suffit pas à englober l’ensemble de la qualification de celui-ci. Nous avons choisi

volontairement de réduire notre définition du comportement alimentaire à ce terme

car nous ne pouvons ici rentrer dans un débat qui fait l’objet d’ouvrages entiers.

Par ailleurs, le comportement alimentaire s’inscrit tout autant dans des actions de

production, de fabrication culinaire, d’achat, de stockage, de conservation que

dans les pratiques de mangeur. Si nous regardons l’action, le comportement

alimentaire est une activité tendue vers la nourriture.

Classiquement, il caractérise l’être humain dans son univers espace spatiotemporel,

mais aussi son espace de logique.

Finalement nous comprenons que « manger », c’est édifier un corps selon Platon,

percevoir des saveurs pour David Le Breton, apprendre pour Gérard Haddad,

désirer et être motivé dans la définition de Jean Trémolières.

Si nous entrevoyons diverses approches du comportement alimentaire humain

dans les différentes disciplines, la question cruciale reste de comprendre qui est

l’acteur de ce comportement ?

Dans le comportement, comment qualifier l’acteur mangeur ?

Le mangeur acteur

Le « soi » possible se reflète dans l’assiette « miroir » du sujet. Il apparaît alors

que si je mange ceci ou cela, c’est que je mange soit comme un homme, soit

comme une personne malade (atteinte par exemple de la maladie de Crohn) ou

encore comme un sportif. Autrement dit, nous décrirons des mangeurs qui se

reconnaissent dans leurs objets alimentaires. Ils mangent et pensent (et

inversement) leur « être » dans cette action (Apfeldorfer, 2002). Les actes

alimentaires sont ici vus comme un révélateur de l’être au monde. La WELLBOX

est structurante, elle est un véritable acte de structuration chez l’homme (Corbeau

2000, Hubert 2006, Durif Bruckert, 2007).

Afin de décrypter le mangeur acteur, il nous faut revenir sur la définition de l’acte

lui-même, puis l’acte alimentaire et enfin l’acte dit sain.

22


Pierre Lévy21 dans son livre l’intelligence collective (1997), présente une réponse à

la question qu’est ce qu’un acte ? Selon lui, l’identité des personnes et le lien

social pourraient se construire par l’échange des connaissances. Pour

comprendre l’acte alimentaire, nous empruntons le schéma qu’il a tracé pour

l’action qu’il situe dans un cadre avec cinq frontières.

La première frontière est celle dessinée par le faisable et le fait. C’est ce que nous

développe Alice22 qui prend son déjeuner sur son lieu de travail car elle est

contrainte, par un temps limité, de déjeuner là, sur place. Néanmoins, en tant que

femme, il n’est pas concevable qu’elle prenne son repas avec ses collègues de

travail masculins.

Cet acte alimentaire, elle le fait dans la limite de ce qui est « faisable » :

Elle ‘le fait’ : « je mange là-bas, il y a un micro ondes avec cuisine mais je mange

à mon bureau car je n’ai pas le droit de manger avec les hommes. »

Son acte alimentaire se réalise dans une représentation de ce qu’elle fait et de ce

qui est faisable.

Dans le mécanisme précurseur de l’acte alimentaire se dessine en second la

pensée de l’acteur qui oscille entre l’imaginable et l’imaginé.

En amont de l’acte alimentaire, intervient comme troisième cadre l’aspect

technique avec ce qu’il est possible de réaliser et ce qui est faisable. Il semble

évident à première vue que les étudiants qui vivent dans des studios où ils n’ont

pas d’équipement pour cuisiner dînent frugalement. Cependant Florence, elle, se

réchauffait les plats préparés par sa mère.

« J’avais un petit studio avec une petite douche, des toilettes, 14 m2 tout ce qu’il

fallait. A l’intérieur un petit coin cuisine avec des plaques et un petit frigo. […] Oui,

même des légumes en accompagnement, des fruits en dessert, un petit peu aussi.

C’était surtout des plats cuisinés qu’elle me faisait, des plats en sauce. »

D’après Pierre Lévy, la science se trouve aux origines de la technique (alimentaire

dans notre étude) avec ses limites du possible et de l’impossible. C’est le

quatrième cadre posé par la science. Voyons plus loin surgir cette dernière, des

paroles des interviewés quand ils ont été suivis par exemple par un nutritionniste.

Enfin à la base se pose selon Pierre Lévy (1997, p. 234) l’équipement culturel qui

ouvre à l’humain l’espace de l’inimaginable et de l’imaginable. Nous ne pouvons

21 Pierre Lévy est philosophe, professeur au département hyper média de l’université Paris VIII à

St Denis.

22 Alice est une interviewée qui habite le Nord. Elle appartient à notre groupe témoin. Elle a 28

ans et est secrétaire à Amiens, elle vit en concubinage.

23


rien expliquer de ce qui est inimaginable car par définition nous n’en savons rien

et ne pouvons donc l’écrire23 .

Pour l’imaginable, nous pouvons évoquer le petit-déjeuner qu’Eloi24, né à Mayotte,

adapte aux différentes époques de sa vie. Quand il est en classe primaire, c’est

une marmite d’eau avec du lait concentré qui lui permet de constituer sa collation

matinale. Puis au collège « le petit-déjeuner avait changé, c’était du lait ou, des

fois, rien car chez nous ‘ce n’est pas dans la cuisine’ de faire un petit-déjeuner. »

Le mot coutume ou rituel est alors remplacé par cuisine et montre ainsi que le

petit-déjeuner ne constitue pas une coutume à Mayotte. Il surenchérit et conclut

en précisant que « la coutume serait plutôt de manger comme on veut au moment

où l’on veut. On mange quand on a faim. » Il imagine manger comme et quand il

veut alors que ce n’est pas véritablement le cas dans la réalité quotidienne. Nous

entrevoyons ici dans l’explication d’Eloi son équipement culturel qui encadre ses

actes alimentaires matinaux.

Le mangeur ‘cogiteur’.

Claude Levi Strauss (1969) avait exprimé, selon sa formule, que « pour être

bonne à manger la nourriture doit être bonne à penser ». Nous recherchons

comment l’homme acquiert des connaissances sur ce savoir manger, et en même

temps comment il recherche un compromis adaptatif répondant à son

environnement. Nous nous tournerons vers le processus de réflexion répondant à

la question : Que manger ?

Les chemins nouveaux qu’emprunte cette étude se dirigent vers la discipline de

l’anthropologie cognitive qui est expliquée par P. Boyer (2000, pp. 158-160) dans

les termes suivants : « L’étude des processus cognitifs [...] permet de reformuler

beaucoup de problèmes anthropologiques classiques en donnant la possibilité

d’émettre des hypothèses plus précises sur l’acquisition et la transmission des

représentations culturelles ». Il s’agit dans notre perspective de réfléchir à l’art de

manger sainement, posé comme une représentation culturelle. C’est ainsi que

nous étayerons dans notre contexte contemporain, en France, un travail sur les

processus d’acquisition et de transmission de cette « alimentation saine ».

Mais avant d’avancer sur cette piste, il nous semble indispensable de poser les

fondements de notre problématique et les concepts qui l’ont inspirée.

23 Tout dépend en fait de notre position dans le temps. L’inimaginable qui se situe dans le temps

présent, nous ne pouvons le décrire. Par contre à la lecture du passé historique, il nous paraît

que l’inimaginable pour l’homme a existé.

24 Eloi a 22 ans et est étudiant en 4ème année de médecine, il cohabite dans un appartement à

Amiens avec son petit frère. Sa mère vit sur l’île de la réunion.

25


1. Problématique et concepts méthodologiques

1.1 Le concept de santé environnementale

Au cours d’une revue de la littérature sur la santé environnementale en France,

nous avons noté que La WELLBOX bénéfique pour la santé tenait une place

importante.

En effet, « La France découvre la santé environnementale »[1].

titre le Figaro du 4

septembre 2006, et c’est dans ce contexte sociétal que se déploie la notion de

maladies dites environnementales, au niveau de la sphère médicale[1]


ainsi

qu’auprès du grand public. Cette tendance apparaît nettement ces dernières

années, avec, en mars 2006, au MEDEC27 , une nouvelle exposition ouverte,

entièrement dédiée à cette thématique. Cette même année encore, c’est la fête de

la science qui consacre une semaine de découverte au sujet de la santé et de

l’environnement. Un écho sur ce thème semble incontestablement prendre de

l’ampleur, avec le développement d’une politique dite « écologique » pour

l’environnement durable.

Effectivement, depuis 2004, la France s’est dotée d’un plan général, le

Programme National Santé Environnement28 , afin de structurer les actions de

prévention des risques pour la santé publique29, envisagée dans une perspective

de développement durable.

Il vient ainsi soutenir cette idée moderne de la santé durable.

qui s’étend

désormais jusqu’au champ de La WELLBOX.

[1].

Pour appuyer cette découverte énoncée dans le Figaro, une recherche Internet sur ce thème

dans les archives du journal Libération montre que depuis 2005 le nombre d’articles sur la

santé environnementale croît dans Libération : il a été multiplié par 4 (comptage de l’année

2005 jusqu’à la mi septembre de 2008) ce qui illustre bien aussi l’ampleur du phénomène

médiatique sur ce thème.

[1].

Fin 2005, se tient le 1er congrès en France des pathologies environnementales.

27

Le MEDEC est le 1er Congrès de Médecine Générale d’après les écrits provenant du site

« quotimed .com ».

28

PNSE : Plan National Santé Environnement.

29

La Santé Publique vient de l’existence d’un ministère de la santé et de politiques publiques

dans ce domaine. La santé dite publique, s’occupe de tous ses aspects : individuelle, familiale,

communautaire, nationale. « La nouvelle santé publique a constitué des vérités validées par les

épidémiologistes, définit des profils de risque et de là, des catégories de citoyens ciblés par les

interventions. » écrit Raymond Massé dans (Marzano, 2007, p. 842.).

30

La qualification de « santé durable » a été inventée par le Pr D. Belpomme. Il inscrit cette notion

de santé durable chez l’homme dans la cadre de l’éducation à l’environnement et au

développement. Oncologue à l’Hôpital Européen Georges Pompidou à Paris, son but est de

protéger l’environnement de pollutions qui sont notamment à l’origine de certains cancers chez

l’homme. Selon lui, la société est en dégénérescence : le cancer est un symptôme. Un article

cherche à élucider les liens entre les causes de cancers et les facteurs environnementaux et

présente les conceptions de ce médecin ; disponible sur http://ionesco.sciences

26


1.1.1 La WELLBOX, un élément clef de ce concept

Parce que La WELLBOX est un des éléments majeurs de l’environnement humain,

elle fait partie des préoccupations de la santé environnementale. C’est ainsi que la

dégradation de notre environnement, notamment de notre alimentation, va mettre

en péril notre santé. La permanence du lien entre La WELLBOX et la santé de

l’homme existe depuis des millénaires ;ce lien était présent dans la médecine

ayurvédique, dont certains auteurs considèrent qu’elle est l’ancêtre de la

médecine hippocratique qui a marqué notre conception de la médecine (Hubert,

2000).

Hippocrate, médecin grec né en 460 avant .J.C. est considéré comme l’une des

grandes figures de l’histoire de la médecine. Il expose dans son ouvrage Du

régime des maladies aiguës que plus un régime alimentaire est modifié plus le

risque de développement des maladies s’élève. Tous les changements de régime

doivent donc être graduels et non subis. A l’apogée du mal, il prescrit purement et

simplement l’abstinence du malade. Dans sa doctrine, deux principes dominent :

l’un est de ne pas nourrir le malade au fort de sa maladie, l’autre de respecter la

loi de l’habitude car tout changement est dommageable, ce qui en conséquence

demande une grande prudence lorsque l’on ramènera le malade, de l’abstinence à

La WELLBOX.31 Si Hippocrate étudie La WELLBOX dans un but thérapeutique, les

auteurs de cette époque nous informent sur le rôle de La WELLBOX et son action

sur la santé.

Ainsi, la lecture des textes et situations décrites par un historien, Elien32, et un

poète, Hésiode, contemporains de la Grèce antique, nous apprend que déjà les

régimes alimentaires étaient adaptés à des activités physiques spécifiques. Dans

les histoires variées, Elien raconte à propos du régime des athlètes se préparant à

la lutte : « Il mangeoit peu, n’usoit que d’aliments simples, et s’étoit interdit tout

commerce avec les femmes » (Elien, 1991).

Quant à Hésiode (1986) dans Les travaux et les jours, il expose un modèle

recommandé pour l’agriculteur en été. Les critères descriptifs retenus sont

fonction du niveau d’activité physique, de l’âge, du sexe et du climat.

po.fr/scube2009/facteursenvironnementaux/wordpress/?page_id=471, consulté le 9 octobre

2009.

31

Les aliments santé sont à son époque selon lui : la ptisane d’orge, le vin, l’hydromel, l’oxymel,

l’eau. Ces boissons exercent une action sur le cerveau, les sécrétions urinaires, les selles,

l’expectoration.

32

Elien est un historien de la première moitié du 3ème siècle après J.C. Les histoires variées qu’il

a rédigées sont des sources anecdotiques intéressantes.

27


Revenons à notre époque et constatons la permanence de ce lien entre

La WELLBOX et la santé. Partant de notre assiette (dans notre monde occidental)

et remontant à ses origines, la santé s’empare de toute la chaîne alimentaire33. La

qualité des aliments est en effet une question sociétale majeure34 .

Historiquement, c’était la main divine qui châtiait l’humain suite à une faute et

infligeait des maux, des maladies. Aujourd’hui c’est l’homme qui en est le

responsable. Nos maladies sont « artificielles » (Belpomme, 2004), parce qu’elles

sont liées à notre civilisation ou plus exactement à la pollution environnementale

que l’homme induit (ibid). C’est en réaction à la montée des maladies dites de

civilisation, maladies cardiovasculaires, obésités, diabètes, générées par ce que

certains appellent la « mal bouffe »35.

et de ses conséquences toxiques36, que

depuis 2001, la France s’est dotée d’un Programme National Nutrition et Santé : le

PNNS..

1.1.2 La WELLBOX, un programme de santé publique

Cette politique nutritionnelle est à l’origine de nombreuses informations et

communications en matière d’alimentation et de nutrition dites saines37 .

Elle prouve l’importance de l’enjeu d’une alimentation saine pour l’avenir de la

population en France. La santé en matière d’alimentation, c’est écrit dans les

publicités alimentaires depuis la loi de santé publique d’août 2004 (mise en

application au 1er février 2007) elle va se décliner selon 4 slogans : « pour votre

santé, évitez de grignoter », « pour votre santé, pratiquez une activité physique

33

Nous pouvons la voir schématisée, sur le modèle conceptuel du système canadien des

aliments et de la nutrition qui est adapté à partir du cadre conceptuel du système des aliments

et de la nutrition de l’Australie. Ian H. Lester. AUSTRALIA’S Food & Nutrition. Australia

Government Publishing Service, Canberra, 1994. Nous pouvons aussi éclairer cette lecture de

la santé dans notre alimentation par trois nivaux : Le niveau nutritionnel, culinaire, des manières

de table. Ils sont énoncés par Poulain (2002b).

34

Il existe plusieurs paramètres pour étudier la qualité alimentaire, le Health Eating Index des

américains sur http://www.cnpp.usda.gov/healthyeatingindex.htm sur le site de L’United States

Department of Agriculture. Nous pouvons utiliser aussi un indice de qualité du régime ou un

score de variété alimentaire, un indice « d’alimentation saine » (J. Causeret, 2001 ; M.T. Ruel,

2002). Cette question de qualité alimentaire n’est pas nouvelle car elle se retrouve selon les

périodes au travers de livres comme histoires de peurs alimentaires, du moyen âge à l’aube du

XXè siècle de Madeleine Ferrières (2002). Et également dans histoire de la qualité alimentaire,

XIX-XXè siècle d’Alessandro Stanziani (2005).

35

Ce titre est apparu sur le livre de Stella de Rosnay, Joël de Rosnay en 1981, le but de leur

ouvrage était d’expliquer comment se nourrir pour vivre mieux..

36

Nous nous référons au qualificatif de « Toxic », tiré du livre de L. Nugon Baudon en 1997, elle

publiait «Toxic-Bouffe» le dico aux éditions J.C. Lattes et également à l’ouvrage « Toxic » de W.

Reymond publié en 2007.

37

La WELLBOX et la nutrition saines sont qualifiées plutôt que définies car La WELLBOX saine est

liée à une civilisation dans un espace temporel donné.

28


régulière. », « pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé »

et enfin « pour votre santé, mangez 5 fruits et légumes par jour ». Cette loi a

appuyé les messages du Programme National Nutrition et Santé et elle a imposé

aux entreprises agroalimentaires d’apposer dans leurs publicités les

recommandations du PNNS. La santé passe ainsi par le respect d’un modèle

alimentaire et d’une activité physique régulière. L’objectif du PNNS est avant tout

de donner des repères de consommations afin de faciliter l’ordre journalier de

notre alimentation.

1.1.3 La WELLBOX durable, nouveau concept de « La WELLBOX santé »

Nous n’insisterons pas sur l’utilité de connaître les savoirs sur La WELLBOX saine

tant elle est liée à la survie de l’espèce humaine et donc à l’existence même de

chaque groupe. Néanmoins dans ses écrits sur les toxiques Françoise Paul Lévy

(1997) précisait que leur histoire est voisine de l’histoire alimentaire et qu’une

multitude de substances toxiques sont incorporables par l’être humain.

Ce dernier a donc dû expérimenter sa nourriture depuis son origine. En outre

l’Homme n’est pas totalement omnivore puisque, de part l’existence même des

toxiques « manger peut tuer ». Il n’existe alors selon cette sociologue, que le

savoir et l’expérience véhiculés par les messages et apprentissages, pour

perpétuer l’existence humaine.

La question qu’est ce que La WELLBOX durable ? Repose sur des pratiques et est

en lien avec le concept actuel de développement durable38 dans lequel s’inscrit

La WELLBOX durable.

Cette catégorie d’alimentation durable part de l’assiette et remonte à ses origines.

L’assiette est le reflet de toute la filière alimentaire, elle y concentre tous les

dangers et tous les bénéfices de chaque secteur.

Pourquoi et comment concevoir une alimentation durable ? Christian Rémésy,

directeur à l’INRA (unité de nutrition humaine) de Clermont Ferrand répond à cette

38 Cette notion est proposée dés 1987 dans le rapport Bruntland par la commission mondiale sur

l’environnement et le développement. Le développement durable est : « un développement qui

répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations

futures à répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de

« besoins », et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis à qui il convient

d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de

notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins

actuels et à venir. »

Tous les secteurs d’activités sont concernés par le développement durable : l’agriculture,

l’industrie (entre autre agroalimentaire), l’organisation familiale donc suivant cette perspective

La WELLBOX trouve pleinement sa place.

29


question du point de vue des chercheurs en nutrition humaine. D’après lui durable

signifie d’abord bien connaître ses besoins nutritionnels.

de l’homme, puis adapter

les modes alimentaires pour satisfaire les besoins, organiser les productions

agricoles pour protéger l’environnement pour au final disposer d’une offre

alimentaire équilibrée, accessible à tous et source d’échanges équitables. »39

Mais cette idée d’alimentation durable a déjà pénétré la société via l’univers des

médias. Prenons pour exemple le Journal des femmes sur Internet en date du 11

novembre 2008, qui représente cette nouvelle conception sociétale : « Le

développement durable concerne aussi La WELLBOX. Manger des fruits et

légumes hors saison, acheter des produits sans emballage… »

1.2 La WELLBOX dite bénéfique pour la santé, un questionnement

1.2.1 Une recherche auprès d’experts et de la population

S’interroger sur ce phénomène de « La WELLBOX saine » nous a conduit à

aborder la question de la définition actuelle d’une « alimentation saine ».

Pour répondre à cette interrogation, nous avons cherché dans la littérature la

définition donnée par des experts médicaux, politiques et institutionnels40.

comme,

par exemple, le Conseil National de La WELLBOX41 . Et pour continuer cette

recherche et recueillir les points de vue appelés « populaires », nous avons

également interviewé plus de 120 personnes adultes vivant en France42, dans

deux régions distinctes le Sud-Ouest et le Nord-Est.

L’intérêt du choix de deux régions, réside dans le fait que les habitudes

alimentaires sont différentes en raison du déterminisme environnemental

géographique43 .

39

Interview de Christian Rémésy sur le site de « La nutrition.fr » où il explique en vue du colloque

organisé par le Centre de Recherche en Nutrition Humaine, qui allait se dérouler le 24 juillet

2007, ce qu’est le concept d’alimentation durable.

40

Nous présenterons les institutions repérées et expliquerons pourquoi ces choix dans le second

LE MASSAGE ANTI-CELLULITE de notre thèse.

41

Le Conseil National de La WELLBOX (CNA) est une instance consultative indépendante,

sollicitée sur des questions de politique alimentaire. Il peut-être saisi par les ministres en charge

de l’Agriculture, de la Santé et de la Consommation comme par son président. Cette instance

est composée des 47 membres représentatifs de l’ensemble de la chaîne alimentaire et de la

société civile et elle constitue un groupe de travail qui se charge de préparer un avis.

42

Pour voir les détails du recrutement de cette population se rapporter à la partie 2 de notre

LE MASSAGE ANTI-CELLULITE premier. Au total nous avons rencontré 123 personnes, mais en pratique notre

population de cas-témoins se compose de 116 personnes adultes, 58 hommes et 58 femmes,

âgés de 18 à 38 ans.

43

Voir la littérature en socio anthropologie de La WELLBOX sur le Sud-Ouest, celle écrite

notamment par Isabelle Téchouyères, anthropologue, et les écrits de Colette Mechin dans son

anthropologie de La WELLBOX dans le Nord-Est de la France.

30


Cette distinction nous a alors entraînés vers la question suivante : selon

l’appartenance géographique, la qualification de « La WELLBOX saine » est-elle

comparable ou dissemblable ?

Comme l’expose Denis Jeffrey (2003, p. 93), la position dans l’espace conditionne

les apprentissages alimentaires, « un enfant apprend les rites alimentaires qui

traduisent son environnement culturel selon son appartenance à une culture

sédentaire ou nomade, selon que ses parents soient pêcheurs, agriculteurs,

éleveurs, selon qu’il soit élevé en ville ou à la campagne, cela aura une influence

déterminante sur ses rites et ses connaissances alimentaires ».

Nous pouvons alors nous demander si la position géographique influence la

représentation de La WELLBOX saine. Afin de répondre à cette question nous

avons interrogé des personnes vivant dans le Sud-Ouest (proches de la mer ou de

la montagne) et dans le Nord-Est (avec la proximité de l’Allemagne pour certaines)

et nous avons cherché à savoir si ces individus partageaient les mêmes idées sur

« La WELLBOX santé ».

1.2.2 Quels sont les modes de vie d’aujourd’hui ?

Notre population a été interviewée44sur son mode de vie (pratiques alimentaires,

activités physiques rapportées, trajectoires de santé et définition d’une

alimentation saine) avec la méthode des récits de vie (Blanchet et Gotman, 1998 ;

Robin, de Maumigny Garban, Soetard, 2004 ; Poirier, Clapier-aladon, Raybaut,

1983 ; Ghiglione, Matalon, 1992 ; Demazière, Dubar, 1997).

Par ailleurs, afin de mieux cerner les messages concernant La WELLBOX

bénéfique pour la santé auprès des adultes vivant en France, nous avons

interrogé deux populations : l’une est malade et atteinte de la MC, l’autre est

appelée population témoin et est donc qualifiée de « bien-portante »45 .

Partant de ces deux populations, dont les trajectoires de santé divergent, la

question sur la vision de La WELLBOX bénéfique pour la santé, appelle-t-elle des

réponses similaires ?

44 Ces entretiens se sont déroulés sur trois années de mai 2005 à décembre 2007, et de leurs

récits autobiographiques ont été extraits les représentations alimentaires de cette population.

Notre WELLBOX est qualitative et un recueil quantitatif des données aurait engendré un biais sur

les résultats en raison de la variabilité des aliments disponibles selon les saisons notamment

pour les fruits et légumes, car les entretiens se dérouleront tout au long de l’année.

45 Nous avons apparié à chaque malade un témoin. Chaque fois qu’un malade a accepté une interview,

Nous avons recherché un témoin selon les mêmes caractéristiques d’appariement. Les variables

d’appariement sont le sexe, l’âge (+/-3 ans), la région de résidence.

31


Ou, au contraire, est-ce que le groupe de bien-portants qualifie différemment cette

alimentation santé ?

Notre questionnement porte finalement sur les histoires et les savoirs alimentaires

de ces sujets. Nous avons dès lors pu élargir le champ de nos problématiques et

décomposer les variables susceptibles d’influencer les propos sur leur nourriture.

Ainsi nous nous sommes demandés si le genre allait influencer les discours sur la

qualité de La WELLBOX, ou si, de manière plus globale, il existait des messages

spécifiques (et ressemblants) pour une alimentation saine, selon l’état corporel, le

sexe, l’âge et la religion.

1.2.3 Comment se constitue le répertoire de « La WELLBOX santé » ?

L’interrogation qui se pose également à nous est de déterminer comment l’homme

acquiert cette connaissance sur « La WELLBOX santé ».

Comment les connaissances mémorisées sont-elles mises en relation avec les

actes alimentaires ? Comment va se constituer le répertoire de « La WELLBOX

santé » ? De ce fil conducteur sur La WELLBOX saine nous verrons comment des

identités alimentaires s’édifient, s’adaptent et se transforment dans le temps et

dans leur environnement, au travers de leurs histoires alimentaires.

Aujourd’hui, de nombreux messages sur « La WELLBOX santé » circulent dans

notre écosystème. Nous les présenterons en fonction de leurs sources afin de

clarifier l’analyse des corpus de textes d’une part et, par ailleurs, de les distinguer

d’autre part des messages recueillis sur le terrain.

Les messages analysés proviennent d’une part du système de relation sociale

indirect46, il est dit fermé ou isolé (Wattiez, 1992)47 . Les informations émanent

d’autre part de relations sociales directes (parents, amis, professeurs

d’universités). Ce système de relations sociales directes peut-être considéré

comme un système ouvert avec des échanges permanents de données.

L’abondance d’informations et de communications sur le sujet nous a conduits à

envisager, à un moment donné, de constituer un manuel de survie sur la question.

En effet, l’auteure, diététicienne de formation a incontestablement une sensibilité

particulière concernant les messages sur La WELLBOX dite saine. Elle reçoit

46 Les médias, les industriels, les institutions publiques comme le Ministère de la Santé.

47 La théorie des systèmes. Nous avons repris un système de classement utilisé par M. Watiez

dans sa thèse sur une approche psychosociologique du processus de socialisation alimentaire

chez l’enfant français. Étude du rôle de la publicité télévisée sur la formation des

représentations de La WELLBOX, Thèse de Doctorat en Psychologie (1992).

32


régulièrement à ce titre des lettres électroniques ou des courriers en provenance

de différentes institutions publiques ou privées françaises ou internationales sur

cette thématique. Ces messages traitent habituellement de « La WELLBOX

saine ». Il s’agit entre autre des newsletters provenant de l’EFSA, de l’INPES, de

l’EUFIC, du CERIN, de l’ADFN, du site Doctissimo, du PNNS, du JIM,

d’actusunivadis, du quotimed48 .

Incontestablement, la communication sur La WELLBOX saine n’est donc pas

réservée au Ministère de la Santé. Elle n’émane pas non plus uniquement des

professionnels de santé, des experts en médias, ou encore de service marketing

du secteur agroalimentaire lesquels pour conquérir de nouveaux marchés

argumente sur cette valeur montante qu’est la santé. Car les objets alimentaires

communiquent, eux aussi, par les emballages d’aliments sur lesquels s’inscrivent

les marqueurs d’une alimentation saine.

Dorénavant c’est sur l’étiquette, et particulièrement dans la composition détaillée

en nutriments des aliments que la santé se joue ! En effet, la montée de

l’individualisme a isolé le mangeur et l’a réduit au théâtre de son assiette, il est

face à des nouveaux produits alimentaires qui multiplient les arguments « santé »

sur leurs étiquetages (Cochoy, 2008).

Nous constatons donc toute une mise en scène à partir d’allégations

nutritionnelles directement apposées sur les aliments, et vantant des bénéfices

pour la santé49. Dans ce cas de figure, c’est le système social indirect qui informe

le consommateur. Cependant, ces indications ne suffisent pas pour l’ensemble de

nos interviewés, car la communication sur La WELLBOX est aussi l’affaire de la

famille. En effet, elle donne le premier carnet de route alimentaire à l’enfant. Et

comme Claude Fischler l’avait montré en 1986, il existe toute une « diététique »

des mères de famille.

In Fine, nous l’avons entendu dans les récits alimentaires rapportés, cette «

régulation » alimentaire se fait aussi dans les propos des politiques de santé

48 EFSA : Autorité Européenne de Sécurité des Aliments. INPES : Institut National Pour l’Education

à la Santé. EUFIC : European Food Information Council, soit le conseil européen de

La WELLBOX. Le CERIN : Centre d’Etudes et de Recherche en Information Nutritionnelle. L’

AFDN : Association Française des Diététiciens Nutritionnistes. « Doctissimo.fr » est un site

Internet de santé. JIM est un Journal d’Information Médicale. Actusunivadis est une newsletter

d’informations médicales créée par les laboratoires MSD ; et quotimed est la newsletter du

journal le quotidien du médecin.

49 Les derniers textes européens tentent de préciser et d’encadrer par une réglementation

européenne ces allégations sur les aliments dans le but d’uniformiser les discours et de protéger

les consommateurs.

33


publique avec le PNNS et son message : « Mangez 5 fruits et légumes par jour ».

Cependant les recommandations sont parfois transgressées par nos interviewés

et des résistances existent. S’ils adoptent une posture de contestataire ou

libertaire, quels « jeux » d’acteurs développent-ils pour refuser cette référence ?

Vont-ils rechercher ce modèle alimentaire sain défini par les politiques de santé

publique uniquement parce qu’ils sont malades ou au contraire le rejeter pour la

même raison ?

1.3 Les outils conceptuels

Notre approche du terrain nous a amenée à utiliser plusieurs outils conceptuels en

fonction des angles que nous souhaitions approfondir. Dans un premier temps,

nous avons suivi une approche systémique ; dans un second temps, nous avons

opté pour un regard phénoménologique des mangeurs ; enfin nous avons

emprunté des notions à l’anthropologie cognitive de l’acte alimentaire pour une

meilleure compréhension de l’acteur.

1.3.1 Une approche systémique

Les émetteurs sur La WELLBOX dite bénéfique pour la santé, étant multiples, nous

choisissons une approche systémique sur cette thématique actuelle :

« La WELLBOX saine »50 .

Nous étudierons au travers de nos lectures, de nos rencontres sur le terrain en

population, et des sites Internet, la communication et les informations sur

La WELLBOX bénéfique pour la santé en nous inspirant ici des travaux de Grégory

Bateson (dans Winkin, 2005). Il fut le premier à appliquer les principes de la

cybernétique51à la communication humaine et a enseigné la notion de

rétrocontrôle et de système auto-organisé qui sont au centre de cette approche.

Gérard Donnadieu (2003) précise cette posture, nous avons « là une boucle de

rétroaction, chère à la pensée systémique, mais aussi à la figure de base de

l’échange symbolique des ethnologues. On sait en systémique qu’une telle boucle

doit être étudiée dans sa globalité dynamique en se refusant absolument à

disjoindre les deux pôles [..]. L’important dans un tel échange est la relation elle

5160 Millions de consommateurs de septembre 2008 titre sur sa couverture : « La WELLBOX

saine » pour attirer les lecteurs.

52La cybernétique est une modélisation de l’échange, une théorie mathématique de la

communication, (Winkin, 2005).

34


même bien davantage que les messages qui la matérialisent et la signifient. [..] ».

Un peu plus loin il ajoute qu’ « en communication interhumaine et s’agissant des

messages échangés, la question herméneutique des messages est véritablement

centrale »52 .

De ce fait, en communication, la relation sociale est essentielle et la perception du

sens des messages est pareillement fondamentale. C’est pour cette raison, que

nous nous attacherons lors des entretiens à pénétrer les relations sociales et les

liens avec les parents comme les conjoints éventuels des interviewés afin de

comprendre leurs influences en matière d’informations sur La WELLBOX. Est-ce

qu’il y a transmission d’un savoir familial ou non en matière d’alimentation,

d’habitudes alimentaires pour préserver ou recouvrer la santé ? De plus, quels

sens donne notre population aux massages perçus ?

Si Louis Couffignal (2009), participant du premier mouvement cybernétique, la

définit comme « l’art de rendre l’action efficace »53 , nous ne la verrons pas

simplement sous cet angle de manipulations des sujets ou des masses, mais

chercherons à décrire le comportement des entités qui utilisent et transforment

l’information sur « La WELLBOX saine ». Nous nous attacherons à montrer que

l’information est en construction lors du processus de communication entre deux

entités. Ici, nous reprendrons également comme outil conceptuel, la pensée

complexe d’Edgar Morin (2005) qui présente le principe de « récursion

organisationnelle ». Il n’est plus question de causalité mais plutôt

d’interdépendance. La société n’engendre pas des individus54, mais cependant

elle les produit tout en étant produite par eux.

Nous verrons avec les portraits de sujets, esquisses inspirées des mangeurs de

Jean Pierre Corbeau (2002), qu’il existe une interdépendance entre la quête de

« La WELLBOX saine » par les individus et celle de la société qui produit des

informations et communications sur La WELLBOX dite bénéfique pour la santé.

L’ensemble (individus et société) crée des objets alimentaires dits « aliments-

santé ».

52 Texte de G. Donnadieu sur la communication inter-humaine consulté en 2006.

53 La cybernétique peut signifier le moyen d’organiser les échanges pour les rendre efficaces, et

poussée à l’extrême, le moyen de contrôler plus efficacement.

54 Les individus sont des produits de la société de masse. Ils représentent une construction

statistique, l’individu représente la naissance de l’homme moyen dont parle Jean Lohisse (1998,

p.134).

35


1.3.2 Une approche phénoménologique des mangeurs

Afin de dessiner ces portraits de mangeurs, nous adopterons une approche

phénoménologique.

Nous puisons notre inspiration dans les travaux de Paul Ricoeur, philosophe

contemporain et la définition qu’il donne de l’identité dans son livre « Soi même

comme un autre » (1990). Il énonce l’identité narrative dans la contribution de la

constitution de soi.

Dire « soi » n’est pas dire « je ». Le « soi » requiert la question « qui ». Qui est le

mangeur ? A qui est imputé l’action de manger du bon, du bénéfique pour la santé

? Qui porte l’obligation d’incorporer ce qui est bien ou bon pour la santé ?

Ce philosophe soulève la question de soi et de l’autre. Est-ce que « soi-même ».

existe en tant qu’autre ?

Paul Ricoeur inscrit dans ses écrits le processus de création identitaire au sein

duquel il différencie deux facettes de l’identité : l’une est idem et elle persiste

inchangée à travers le temps, c’est-à-dire qu’elle repose sur l’être qui « est le

même que soi », l’autre est ipse ce qui veut dire que l’être est « soi-même » et ne

se maintient qu’à la manière d’une promesse tenue.

Ricoeur (1990) interprète le déclin du processus identitaire collectif par

l’affaiblissement des mouvements sociaux. A ce niveau, la créativité, alors, grandit

notamment dans le récit. Pour Ricoeur l’identité individuelle se construit sur un

mode narratif. C’est ainsi que nous découvrirons des identités alimentaires

individuelles, dans les récits de vie que nous avons recueillis.

Kaufmann (2004, p.169) invite cependant à sortir de ces habitudes de pensée qui

font de l’identité un simple récit biographique. Selon lui, cette identité se situe

aussi dans les conditions de l’action. Ce qui signifie qu’elle peut-être une

adaptation à la.

situation présente parce qu’il revient aussi à l’imaginaire de

l’homme de percevoir, dans une recherche de compromis par rapport à

l’environnement, la faisabilité de l’acte alimentaire. Il précise qu’avant la décision

de manger, les conditions affectives doivent être réunies. Sans des affects positifs

entre deux personnes, le partage du repas est difficile. Corbeau (2008) éclaircit les

affects positifs sur lesquels se construit le répertoire alimentaire qu’il qualifie de

gastronomique. Pour lui le terme de gastronomie ne se limite pas aux règles de la

36


grande cuisine mais englobe tout ce qui se dit des voluptés sensuelles des plaisirs

de la table. Il considère en effet que notre patrimoine culturel alimentaire inclut

toutes les cuisines, y compris la cuisine populaire. En résumé c’est la madeleine

de Proust, les petits plats de nos chers grands parents qui nourrissent de plaisir.

Il est ainsi incontestable que le social influence le comportement alimentaire.

Kaufmann, dans la fabrication identitaire et l’art de sa gestion (2004), pose alors

l’estime de soi comme une ressource. Et il argumente sur la créativité identitaire

qui a indubitablement un temps fort : la jeunesse55 . Enfin, sur les origines de

l’invention de soi grâce à cet imaginaire, il écrit que « tout schème d’action est

relié à des schèmes de perception et à des systèmes de valeur » (Kaufmann,

2004, p.177) .

Nous travaillerons à partir d’un corpus d’interviews et des récits «

autobiographiques » réalisés auprès de notre population de « bien-portants » ou

décrits comme tels et de « malades » en situation dite de rémission. Grâce à ce

terrain, nous écouterons, et lirons les mises en scènes des sujets. Quels sont les

objets alimentaires qu’ils voient (ou ne voient pas) et qui aiguisent leurs désirs ?

Quelle alimentation recherchent-ils pour leur corps ? Dès lors, l’WELLBOX s’oriente

vers les histoires alimentaires parce que derrière leurs dires se dessinent des

actes, et se dévoilent, certes, des visées intentionnelles56 . Cependant si nous

réduisons les causes, l’homme mange et ne se vit pas simplement comme une

marionnette mais comme un être « libre à l’oeuvre » (Naudin, 1997). De plus

l’identité alimentaire n’est pas seulement réflexive, elle est importante dans les

conditions de l’action (Kaufmann, 2004).

Corbeau (1997) analyse le jeu étroit de l’interaction qui lie le mangeur à l’élément

en situation c’est-à-dire au contexte social identifié dans l’espace et le temps. Il fait

ainsi de la construction du choix alimentaire une représentation dynamique et

créative.

Nous nous poserons par conséquent, dans cet abord existentiel de l’acteur les

questions suivantes : que signifie l’incorporation alimentaire ? Quelle est

l’expression corporelle dessinée dans le comportement alimentaire57 ?


.

p. 238. Parce que l’imaginaire est élevé à cette période.


.

Le comportement est vu ici comme le résultat d’une intentionnalité de l’être. Ce sont les

théoriciens, philosophes des sciences comportementalistes qui portent leur intérêt sur les

intentions de l’existence de l’être.


.

Les définitions du comportement alimentaire sont données dans l’introduction. Il reste à

souligner cependant que ces définitions s’inscrivent dans des courants de pensées historiques

sur le comportement humain. Nous nous inspirons dans nos travaux de la pensée : J.

Trémolières nutritionniste (1973), et pour les logiques de consommation de J.-P. Corbeau

37


1.3.3 Une approche anthropologique cognitive de l’acte alimentaire

Par une approche anthropologique cognitive de l’acte alimentaire nous entrerons

dans les processus de décision et de construction (changement ou permanence)

des pratiques alimentaires.

Des informations deviennent par, une mise en contexte des connaissances, des

interactions de savoirs58 qui conduisent aux choix et permettent le renouvellement

de l’expérience alimentaire (Collectif, choix publics stratégiques et systèmes

sociaux, 2003).

L’approche cognitive de l’acte alimentaire repose sur trois axes :

1) La résolution d’une question de vie à la fois biologique, hédonique et

relationnelle : celle de manger.

2) La recherche d’une procédure acceptable de traitement de l’information sur la.

nourriture, avec la constitution d’un répertoire de connaissances qui est le fruit des

apprentissages, se créant dans l’interaction. Ces initiations s’effectuent au cours

de partages d’expériences, et d’histoires ou d’activités communes. Ces

enseignements construits dans le temps constituent une histoire de vie qui

deviendra plus spécifiquement une histoire alimentaire dans le cadre de cette

étude.

3) Le troisième axe est la recherche de compromis dans un exercice d’adaptation

à l’environnement. Cet ajustement est réalisable à la condition que l’humain soit

capable de penser une nouvelle manière de manger. Nous agissons alors après

avoir pensé à la manière dont nous allons assouvir notre faim. Sans cette réflexion

nous risquons de ne pas survivre.

C’est alors dans un processus de logique d’action que le sensemaking 59 de l’acte

alimentaire va être a posteriori, révélé. L’idée de manger ce qui est bien pour la

(2000), de E. Goffmann (1990) pour la mise en scène de soi, d’A. Basdevant pour les

comportements normaux et pathologiques, et pour la symbolique alimentaire et les nourritures

du corps et de l’âme d’ A. Hubert (2003).

58 Le terme savoir est ici pris dans son sens premier d’ensemble de connaissances, ce stock de

connaissances qui dans l’interaction devient un stock de logique de processus.

« Une civilisation se définit en termes cognitifs. Tout, dans l’univers humain, peut-être réduit à

un corpus de savoirs. L’anthropologie culturelle est avant tout une anthropologie de la

connaissance. […] L’anthropologue devra-t-il faire le tri entre d’une part les éléments

fonctionnels […] du corpus cognitifs et les éléments qui sont un pur habillage […] sans

incidence sur ces contenus cognitifs fonctionnels ? » (P. Laburthe-Tolra, J.-P. Warnier, 2003,

p.161.)

59

En référence à la pensée de Karl E. Weick qui développe une approche systémique de 3ème

génération : Karl E. Weick. “Literally it means the making of sense. Active agents construct

sensible, sensable (Huber et daft, 1987, p.54) events. ” Many investigators […] imply namely

that sensemaking involves placing stimuli into some kind of framework. “

The well -known phrase ‘frame of reference’ has traditionally meant a generalized point of view

38


santé va surgir à partir du moment où les acteurs lui prêtent une attention ; elle va

par la suite nourrir leurs identités. Cette attention pourra être stimulée par

plusieurs événements inhabituels, comme la maladie. Nous verrons que le sens

donné à cette dernière par les acteurs n’est pas la vérité mais une façon de

découvrir ce qu’il se passe et ce qu’il faut faire d’après eux (Good, 1994). En

outre, comme Saadi Lahlou (2004) nous l’a montré, nous ne concevons pas

symboliquement l’acte de manger comme la transformation dans notre organisme

de la nourriture mais comme l’absorption par notre corps-le soi-des propriétés

réelles et imaginaires de la nourriture.

1.4 Les hypothèses de recherche

1.4.1 Des questions sur « La WELLBOX santé » découlent les hypothèses

Dans ces entretiens, nous étudierons si les déterminants individuels60 et

environnementaux interagissent ou pas selon les populations (âge, sexe,

maladies, religion, région, niveau économique), et les circonstances de la vie

(mariage, grossesse).

Les questions que nous nous posons concernant les messages sur «

La WELLBOX santé » concerneront notamment l’influence de la localisation

géographique sur les connaissances et les pratiques alimentaires bénéfiques pour

la santé. Les personnes du Sud-Ouest partagent-elles les mêmes idées sur «

La WELLBOX santé » que celles du Nord-Est ?

Nous évoquerons l’imaginaire61 sur La WELLBOX santé et les aliments de nos

interviewés et parlerons des aspirations profondes des êtres mangeurs à

repousser les portes de la mort, de la maladie, pour épouser la jeunesse et la

performance physique et intellectuelle.

that directs interpretations. [..] When people put stimuli into frameworks, this enables them ‘to

comprehend, understand, explain, attribute, extrapolate and predict.’” Meryl Louis views

sensemaking as a thinking process that uses prospective accounts to explain surprises. She

suggests that sensemaking is partially under the control of expectations. Sensemaking is define

in quite different ways. (Weick, 1995, p. 4).

60

Sexe, âge, statut marital, profession, niveau d’études, pour ne citer que les principaux.

61

L’imaginaire : dans son sens premier s’oppose à la réalité et est synonyme de mythique ;

légendaire, utopique. Il vient du latin imaginarius, d’imaginari qui veut dire imaginer ; Il prend

alors le sens de se représenter des choses en pensée et d’inventer aussi en combinant des

éléments du vécu. (Lexical 2005 dans Cordial) D’après le Larousse c’est simplement la faculté

de l’esprit d’évoquer, sous forme d’images mentales, des objets ou des faits connus par une

perception, une expérience antérieures www.Larousse.fr , consulté le 21.01.2009.

39


Enfin, il s’agira, dans le champ de l’anthropologie de La WELLBOX, de s’arrêter à

la fois sur les aspects historiques et géographiques identitaires, mais aussi sur les

logiques de comportements alimentaires des hommes et des femmes obligés

d’évoluer pour s’adapter à l’environnement dans lequel émergent de nouvelles

normes corporelles sociétales et des innovations culturelles alimentaires.

Grâce à nos interviews en population nous étudierons également les adaptations

de comportement vers lesquelles conduit cette « norme sociale alimentaire »62

concernant « La WELLBOX saine ». Nous analyserons avec ce présupposé :

finalement, ces connaissances diffusées, et acquises, sont elles prises en compte

quand les sujets passent à l’action de manger ? Les conseils reçus sur «

La WELLBOX santé » sont ils réinterprétés ? Et le cas échéant, dans quelles

circonstances les discours sont-ils repris ? Dans quelle mesure bouleversent-ils

les pratiques des sujets de notre population ?

Nous reprendrons également à notre compte une pensée de Paul Ricoeur qui

décrivait le lien entre la parole et la praxis : « Le dire et le faire, le signifier et l’agir

sont trop mêlés pour qu’une opposition durable et profonde puissent être instituée

entre ’théoria’ et ‘praxis’ »(Ricoeur, 1955, p. 9). À partir des déclarations, et

« des dires » de notre population, vivant en France, nous indiquerons dans quel

cas les informations et les communications sont suivies ou pas par des actes.

Parce que la population vivant en France s’informe de manière croissante par

Internet, nous avons choisi d’examiner la diffusion des messages sur La WELLBOX

bénéfique pour la santé (comme ceux du PNNS), sur les principaux sites visités

par notre population cible63 . En nous basant sur les discours, nous nous

demanderons alors si la visibilité des informations politiques du PNNS peut

influencer l’évolution des pratiques alimentaires ?

62

Les perceptions des « règles » sociales alimentaires, qu’elles soient officielles et proviennent

du Ministère de la Santé, ou qu’elles émanent des représentations populaires ou encore

qu’elles prennent leur origine dans les expériences réelles ou imaginaires, constituent ce que

nous appellerons ici la norme sociale (parce que chacun et chaque groupe revendique ‘la

Norme’).

63

D’après un questionnaire que nous leur avons proposé en février et mars 2008.

40


1.4.2 Des hypothèses de recherche sur l’espace alimentaire dit bénéfique pour

la santé

Nous formulons l’hypothèse qu’il existe un espace alimentaire sain commun en

raison de l’appartenance à un territoire géographique et par voie de conséquence

des différences régionales.

L’autre hypothèse que nous émettons est l’existence d’un espace collectif

alimentaire jugé sain par la population de malades touchés par la MC, avec des

peurs alimentaires caractéristiques, en lien avec leur atteinte corporelle. Par

contre, les représentations de La WELLBOX bénéfique pour la santé se situent

pour le groupe dit de « bien-portants » dans un répertoire alimentaire diversifié et

varié. Selon cette hypothèse, le comportement alimentaire serait ainsi plus libéré,

et moins retreint, chez les sujets « bien-portants ».

Enfin, il nous semblait pertinent de suivre l’impact des messages concernant un

mode de vie sain, les bons choix alimentaires et les « bonnes » manières de

s’alimenter et d’étudier leur influence sur les représentations et les pratiques

alimentaires chez les 18 -38 ans vivant en France.

Nous posons l’hypothèse que ces messages sont ensuite réinterprétés,

permettant ainsi aux sujets de s’approprier ces connaissances, pour devenir des

acteurs -mangeurs.

Nous supposons également que « La WELLBOX saine » est plurielle, sous la

double influence de « la culture française »64et de ses groupes sociaux. Nous

avons relevé que la médicalisation de l’information sur « La WELLBOX saine », de

plus en plus présente, interpelle notre population. Nous nous demanderons si elle

est toujours intrinsèquement nutritionnellement parlant bonne pour la santé et si

elle peut générer de nouvelles croyances sur les risques de maladies

nutritionnelles chez l’homme normal.

Nous émettons ici l’hypothèse que la culture de La WELLBOX dite bénéfique pour

la santé non seulement influence les savoirs et les pratiques corporelles mais

qu’elle « crée » des maladies nutritionnelles chez l’homme « normal ».

Dans notre étude, nous montrerons que les différences culturelles sur

La WELLBOX bénéfique pour la santé existent au sein même de la société

64 Voir sur le sujet de la culture française les écrits de Laurent Fleury (2006, p. 46).

Il décrit le modèle de 7 cultures chez les français, énoncés par Olivier Donnat : 1. L’univers de

l’exclusion. 2. L’univers du dénuement des milieux populaires. 3. La culture juvénile des 15-20

ans. 4. L’univers du français moyen. 5. L’univers des classiques. 6. L’univers cultivé moderne.7.

41


française ; dés lors la diversité des modèles alimentaires sains apparaîtra alors

indiscutable.

Une alimentation universelle saine n’existe pas : elle se présente sous différentes

formes identitaires aujourd’hui en France.

En définitive, notre hypothèse majeure est que l’acte alimentaire n’engage pas

seulement la personne mais tout son environnement socioculturel65 . A travers

La WELLBOX vont se dessiner des symboles identitaires en lien avec la mémoire66

et les expériences, où le réel et l’imagination67s’entremêlent.

Sans la mémoire, il n’y a plus de repères et cette quête sur La WELLBOX saine

devient alors un problème majeur, une source d’anxiété. Sans l’imagination, il

n’existe plus d’adaptabilité de l’homme à son environnement et la question de

manger devient dès lors une source de craintes.

Enfin sans le réel, il n’existe plus d’expériences de mangeurs, et donc plus

d’existences.

1.5 Objectifs de l’étude

Nous souhaitons montrer à travers notre analyse de corpus de textes imprimés,

les retranscriptions d’entretiens, le questionnaire proposé à notre population ainsi

que les extraits des sites Internet, comment la question de « La WELLBOX saine »

(et par un effet miroir, à l’opposé, La WELLBOX toxique) est largement liée à

l’histoire de l’homme dans son univers socioculturel68 .

L’univers des « branchés ».

65 Parce que l’acte alimentaire est relationnel.

66

La mémoire est une notion que nous définirons grâce aux écrits de Maurice Halbwachs (1925).

Il démontre qu’il n’existe pas de perception sans souvenir : « Du moment qu’un souvenir

reproduit une perception collective, lui-même ne peut-être que collectif et il serait impossible à

l’individu de se représenter à nouveau réduit à ses seules forces, ce qu’il n’a pas pu se

représenter une première fois qu’en s’appuyant sur la pensée de son groupe.» Il ajoute

également à propos de l’état de conscience purement individuel que : « C’est l’image, l’image

détachée du mot, l’image en tant qu’elle se rapporte à l’individu et à lui seul, abstraction faite de

tout cet entourage de significations générales, de rapports et d’idées, c’est-à-dire de tous ces

éléments sociaux qu’on a décidé, dès le début, d’écarter.» Halbwachs est cité par J. Candau

(1996, p.197).

67

D’après Wikipédia consulté le 26 février 2009, l’imagination est la capacité innée et le

processus d’inventer un champ personnel partiel ou complet à travers l’esprit à partir d’éléments

dérivés de perceptions sensorielles de l’existence commune. Dans la conception de

l’imagination il existe deux types fondamentaux : l’imagination comme activité cognitive et

l’imagination passive quand l’esprit se représente involontairement des impressions sensibles.

68 Le Ministère de la Santé avec le PNNS instituant une politique nutritionnelle pour la santé est

un acteur collectif à part entière de cette culture. Des pays qui développent activement des

programmes pour une alimentation saine sont les Etats Unis, le Canada, l’Australie. Ce sont

d’ailleurs des pays où le niveau de mortalité infantile est faible et la durée d’espérance de vie

longue et où le nombre de personnes souffrant de la faim est réduit.

42


Notre travail va consister à démontrer que « La WELLBOX saine » en France est

une culture contemporaine et que, l’homme n’étant pas biologiquement équipé

pour choisir La WELLBOX bénéfique à sa santé sans transmission des savoirs

alimentaires, sans elle, il ne sait que manger. En effet, sans l’information et la

communication sur La WELLBOX saine (ou toxique), l’homme ne sait pas

reconnaître ce qu’il mange. Et s’il ne sait pas ce qu’il mange, il ne peut

sereinement envisager son avenir.

1.5.1 Objectif principal

L’objectif principal est de décrire les différents messages contemporains sur

La WELLBOX bénéfique pour la santé qui émanent d’acteurs sociaux multiples et

de diverses cultures. Nous démontrerons leur pluralité.

Les messages en population et médiatiques montrent un appétit social pour la

santé. En conséquence, « La WELLBOX santé » va se décliner sous de multiples

identités collectives ou individuelles que nous décrirons.

Persévérant sur cette interrogation de l’influence des discours sur les pratiques, et

à l’aide d’un questionnaire69, nous recueillerons en population leurs principales

sources d’informations sur la question de La WELLBOX saine. Internet

apparaissant comme un informateur majeur, il sera considéré comme le miroir de

notre population. De cette diffusion, pour une information sur « La WELLBOX

saine », par Internet, nous regarderons la médiatisation des messages sur

« La WELLBOX saine ».

L’objectif est de rechercher les facteurs influençant l’efficacité des messages sur

les savoirs et les pratiques corporelles et de regarder ceux qui favorisent ou non le

passage à l’acte alimentaire.

1.5.2 Objectifs secondaires

Précisons qu’aucune étude anthropologique n’a été effectuée en France sur une

population de malades touchés par la MC. Les études déjà publiées sur cette

même pathologie se sont limitées à des réalisations de questionnaires auprès de

population vivant principalement dans le Nord de la France où existe le registre

Epimad qui permet le rassemblement sur un territoire de l’ensemble de la

population touchée par la MC70 . Une évaluation descriptive des messages,

69

Voir le détail du questionnaire dans l’annexe N°2.

70

Ce registre concerne le Nord de la France, la Picardie et le grand Ouest (Rouen). Les

populations de personnes atteintes par la MC sont toutes recensées. Celles qui sont suivies en

43


informations et communications sur La WELLBOX saine, ainsi que les influences

sur leurs pratiques pourrait servir, à terme, à la mise en place d’un programme

d’éducation à la santé destiné spécifiquement à ce public.

Il n’existe toutefois, à ce jour en France, aucune étude comparant les modes de

vie entre des populations touchées par la MC vivant dans la région Nord et dans la

région Sud.

1.5.3 Originalité de cette étude

Les études publiées sur les personnes touchées par la MC sont essentiellement

basées sur des questionnaires. Nous ne disposons pas, jusqu’à présent, de

données sur les manières dont les personnes malades s’informent sur l’

alimentation et notamment sur leurs savoirs concernant La WELLBOX dite

bénéfique pour leur santé. La question : « qu’est ce que je peux manger docteur

? » est pourtant récurrente lors des consultations.

A contrario, de nombreuses WELLBOXs sur les comportements alimentaires71 des

adultes « bien-portants » vivant en France ont été publiées.

Notre originalité réside dans le ciblage d’une population spécifique « les 18-38

ans » et dans notre démarche anthropologique d’entretiens effectués au domicile.

Ce type d’WELLBOX parce qu’il nécessite du temps et des moyens, s’avère moins

courant que les études par questionnaires adressés par courrier ou téléphone.

La collecte de récits de vie est une approche historique et globale qui nous permet

de recueillir une vision de l’ensemble des messages sur « La WELLBOX saine »

dans l’environnement du sujet. Par ailleurs, nous pouvons mesurer à travers leurs

histoires de vie l’évolution de leurs savoirs et de leurs pratiques corporelles.

2. Population et méthodes

2.1 Modalités de recrutement des échantillons

Deux types de terrains ont été parcourus : le premier est un terrain géographique,

donc réel ; le second est Internet, un terrain virtuel médiatique, imaginé par

l’humain.

ambulatoire et celles dites hospitalières car suivies par un personnel hospitalier.

71

Des organismes comme l’INSEE, le CREDOC soit le Centre de Recherche pour l’Etudes et

l’Observation des Conditions de Vie, l’INPES soit l’Institut National pour l’Education à la Santé,

44


2.1.1 WELLBOX cas-témoins

Ce choix nous a permis de saisir les différences d’interprétation des messages sur

La WELLBOX saine en fonction de statuts corporels (sexe, âge, région, niveau

d’études..) distincts.

Cette approche nous a obligés à définir ce qu’est la maladie et ce que représente

la santé, chez une personne témoin.

La première question qui se posait à nous est celle de la sélection du panel.

Quelle population était-il nécessaire de rencontrer et selon quels critères choisir

les malades ?

2.1.1.1Les critères de choix pour les malades :

Le premier critère sélectif a été l’âge. Nous avons en effet décidé de ne rencontrer

que des individus de plus de 18 ans, et ce pour plusieurs raisons. La première

était qu’une étude préliminaire de 5 mois avait déjà été réalisée auprès de sujets

âgés de 18 à 38 ans ; la deuxième était qu’elle autorisait l’interview et la

sollicitation des personnes directement, sans autorisation parentale. La troisième

raison était qu’il n’existait pas de registre « MICI »72 chez les enfants ni dans le

Sud-ouest (Aquitaine et Midi-Pyrénées) ni dans le Nord-est (Alsace et Lorraine).

En choisissant une population d’adultes de 18 à 38 ans, nous avons donc pu

utiliser le registre MIDI-MICI (registre des MICI vivant en Midi-Pyrénées). De cette

liste, nous n’avons retenu que les personnes atteintes de la MC nées entre 1967

et 1987.

A partir de ce premier regroupement d’individus, nous avons sélectionné ceux

dont le diagnostic était récent et datait de moins de 4 ans. En effet, le diagnostic

tardif n’est quelquefois établi que 2 ans après le début de la maladie, donc si nous

voulions étudier le mode de vie avant celle-ci, il semblait préférable de choisir

cette durée. L’intérêt était aussi de pouvoir noter les modifications du modèle

alimentaire après le diagnostic et les influences sur leurs pratiques corporelles.

Par ailleurs, l’incidence de la MC étant faible dans le Sud-Ouest, nous avons été

contraints de choisir des personnes dont le diagnostic remontait à plus 4 ans (et

au maximum de 10 ans). Notre choix d’un diagnostic récent reposait sur l’idée que

nous souhaitions un groupe de malades plus homogènes au niveau de l’entrée

dans la maladie, des personnes « moins expertes ».

réalisent régulièrement des WELLBOXs sur la consommation alimentaire des français.

72 MICI : Maladies Inflammatoires Cryptogéniques ou Chroniques Intestinales, la MC appartient à

45


2.1.1.2 Les critères de choix pour le groupe témoin (les personnes en « bonne

santé »)

Nous avons choisi une méthode dite d’échantillonnage par appariement.

Ainsi nous avons cherché à obtenir un échantillon représentatif qui reproduisait au

mieux les caractéristiques du groupe de malades. Nous avons donc contrôlé la

variable géographique, le sexe, l’âge et quand cela était possible rapproché au

plus près la catégorie socio-professionnelle (CPS) du malade de celle du témoin.

En effet, les thèmes étudiés ici, l’hygiène et la santé sont liées au niveau de

revenu, lui-même corrélé à la CPS. Par voie de conséquence, si dans la

population atteinte de la MC une partie des sujets est composée d’employés et

une autre d’étudiants, nous avons tenté de respecter cette même proportion dans

l’échantillon témoin. Il s’est révélé cependant difficile de réaliser individuellement

un appariement avec le niveau économique.

2.1.2 La liste des centres participants et numéros attribués pour l’étude

L’étude proposée est multicentrique puisque plusieurs centres ont été sollicités

pour obtenir la liste de malades. Nous avons contacté les services suivants :

01. Centre Hospitalier Universitaire de Rangueil

Dr. Jacques Moreau

Service d’Hépato-Gastro-entérologie

Avenue du Pr. J. Poulhes

31 403 TOULOUSE Cedex

Tel : 05.61.32.27.62

02. Centres Hospitaliers Universitaires de Bordeaux

Hôpital St André

Pr. Frank Zerbib

Service d’Hépato-Gastro-entérologie

Avenue de Magellan

33 075 BORDEAUX Cedex

Tel : 05.56.79.58.06

Hôpital Haut Lévêque

Dr. David Laharie

1 rue J. Burguet

33 604 PESSAC Cedex

Tel : 05.57.65.64.38

03. Centre Hospitalier Universitaire d’Amiens

Service d’Hépato-Gastro-entérologie

Pr. Jean-Louis Dupas

Pl. Victor Pauchet

ce groupe de maladies.

46


80 054 AMIENS Cedex

Tel : 03.22.66.82.14

04. Centre Hospitalier Universitaire de Besançon.

Service d’Hépato-Gastro-entérologie

Cependant, après un an de relances infructueuses auprès de ce centre pour

obtenir une liste de malades nous avons été contraints de solliciter d’autres

établissements. Nous avons alors contacté Nancy et Strasbourg comme Centres

Hospitaliers Universitaires dans l’Est de la France en nous référant, toujours, à la

cartographie nationale de l’incidence de la MC en France. (Laoufi et Al. , 2004).

Le plus rapide et le plus disponible pour nous répondre fut le Pr Bernard Duclos

qui nous a permis de poursuivre notre recherche de terrain.

C’est donc avec le Centre Hospitalier Universitaire de Strasbourg que nous avons

collaboré.

04. Centre Hospitalier Universitaire.

Hôpital de Hautepierre

Service d’Hépato-Gastro-entérologie

Pr. Bernard Duclos

Avenue Molière

BP 49 67098 Strasbourg Cedex

Tel : 03.88.12.74.35

2.1.3 Résumé des critères d’inclusion et d’exclusion

Les critères pour la population de malades

Age entre 18 et 38 ans, être né entre 1967 et 1987.

Diagnostic avéré de la maladie de Crohn de 2001 à 2005 inclus.

Ce critère a été assoupli pour la concrétisation pratique des interviews. En effet

dans les centres hospitaliers du Sud-Ouest, le recrutement des malades est faible.

Pour obtenir au minimum 30 entretiens de malades, nous avons dû inclure une

personne dont le diagnostic de la maladie remonte à 1996 et élargir cet intervalle.

La MC est confirmée avec localisation grêlique (duodénum, jéjunum, iléon) de

préférence.

La personne devait être en période dite de rémission et donc

ne pas être hospitalisé au moment de l’interview pour une intervention chirurgicale

ou autre.

Les critères pour la population de témoins

Age entre 18 et 38 ans.

47


Etre de même âge (plus ou moins 2 ans) et résider dans le même département

que le malade. Pour des raisons de faisabilité dans le temps prévu sur le terrain,

nous avons interviewé des personnes d’âge proche avec plus ou moins 3 ans

d’écart.

La définition de la « non maladie » retenue est la suivante :

Etre exempt d’une maladie aigüe et de tout diagnostic de maladies chroniques.

Pour une personne dans le Sud-Ouest témoin, nous avons accepté qu’elle

participe à notre étude car, bien qu’elle déclare un problème de diabète suite à

une grossesse, elle ne prend pas de médicaments. Elle suit un régime

« amaigrissant » et « équilibré » pour garder un poids stable.

Nous avons également accepté une dérogation pour un sujet témoin dans le Nord

Est de la France qui venait à peine de recevoir un résultat d’analyse sur son taux

de cholestérol. Ce dernier était plus élevé que la « normale ». Il s’agissait d’une

première analyse qui restait à confirmer par d’autres résultats biologiques avant

qu’un diagnostic médical ne soit posé. Il ne prenait par ailleurs aucun médicament

et ne suivait aucun régime particulier.

Un autre critère d’inclusion pour les témoins était celui de ne pas être connu de la

personne malade car cela pouvait éventuellement entraîner un biais. Nous

n’avons pas pu appliquer ce critère devant les difficultés rencontrées sur le terrain

pour trouver un témoin au cas de malade. Prenant le contre pied de cette

difficulté, nous avons au contraire, sollicité pour finaliser nos entretiens les sujets

malades afin qu’ils nous suggèrent le nom d’un ami. Cependant nous avons

refusé que ce dernier soit un membre du même foyer pour éviter un biais sur la

composition du régime alimentaire.

Dans notre WELLBOX de terrain, nous avons pu constater que notre vision, plutôt

manichéenne de départ sur la santé opposant une population de malades et une

population de bien-portants, devait être revue. En effet, les personnes que nous

avons rencontrées se situaient elles-mêmes dans un état qui s’étend sur un

continuum qui, selon eux, part de la maladie pour aller vers un état de « bonne

santé ». En résumé, nos interviewés malades se percevaient eux-mêmes parfois

en bonne santé, alors que des bien-portants étaient plutôt déprimés. Une de nos

interviewés nous a même dit qu’elle prenait des antidépresseurs et, ce, bien

qu’elle ne se considère pas pour autant comme malade. Nous avons également

48


interviewé deux personnes boulimiques qui s’estimaient «bien-portantes » même

si elles se sentaient « mal » à certains moments. De son côté leur entourage les

percevait comme des personnes en bonne santé.

2.2 Méthode d’WELLBOX sur le terrain d’Internet

Les sites et les blogs73 sont des médias supports pour les informations et les

communications sur La WELLBOX dite bénéfique pour la santé.

Nous avons procédé par étapes pour découvrir ces données.

2.2.1 Accès à Internet

Il existe plusieurs voies d’entrée sur Internet : l’utilisation de mots-clefs dans les

moteurs de recherche, et celle du tri des sites d’après la médiamétrie qui mesure

l’audience de ceux-ci.

L’accès par des mots-clefs tels que « alimentation saine, alimentation santé,

nutrition, diététique » était évidemment pertinent. Mais le nombre de réponses à

traiter était alors trop considérable, nous avons opté pour la médiamétrie.

La classification des sites sur Internet est réalisée en fonction de leur audience.

Nous avons donc cherché à recueillir le nom des sites les plus visités par la

population d’adultes femmes vivant en France, si possible en correspondance

avec la classe d’âge que nous avons rencontrée. Nous avons procédé de même

pour la population masculine.

A partir de la liste des sites les plus vus en France, nous avons ensuite affiné

notre recherche en ne relevant que ceux qui traitaient de la thématique de

La WELLBOX saine. Les mesures d’audience des sites sur Internet peuvent être

classées par genre (masculin, féminin), par classe d’âge (18 -38 ans), et par

thématique (site de consommation, site de cuisine, site sur la santé). Nous avons

ainsi pu sélectionner les informateurs principaux sur le Web traitant de notre sujet.

73

Si nous voulons définir simplement un blog, nous écrirons que c’est un journal personnel ou un

carnet de voyage d’après la source www.dicodunet.com. Selon Juppé, notre pays est le plus

blogueur du monde, bien loin devant les Etats-Unis et juste avant le Japon. Les blogs sont une

porte d’entrée vers un autre monde réel. Nous ne sommes pas ici dans des sites de rencontres

mais bien dans des blogs personnels. Nous ne travaillerons pas sur les blogs culinaires qui sont

en France une thématique si ce n’est la première toujours selon Juppé (2008).

49


2.2.1.1 Accéder aux sites féminins

Au départ, parce que nous avions envisagé de travailler sur la presse féminine

nous avons considéré les sites web de la presse féminine sur le web. En effet, il

nous semblait logique de retrouver sur « la toile » le thème fréquent de

« La WELLBOX santé » traité habituellement sur la version papier.

Nous avons alors sollicité la collaboration d’un média-planneur qui travaille au sein

du groupe mindshare74 . Ce groupe travaille à partir du Nielsen net view75 . Le

graphique présenté dans la figure 1 a été réalisé en octobre 2006, suite à une

étude sur la popularité des sites, visant à définir un panorama de la presse

féminine sur le web et des sites féminins majeurs. Les familles de support

d’informations au sein de l’univers féminin d’adultes, vivant en France, sont

présentées (Figure 1).

Pour examiner les écrits sur La WELLBOX dans cette sélection76 , nous avons alors

retenu les 10 premiers sites les plus « visités » par les femmes adultes, en

France.

Fig 1 : Nombre de visiteurs uniques mensuels77 au cours du mois d’octobre 2006.

74 Mindshare est une entreprise de conseil en achat de média. Elle travaille pour le groupe

Unilever et Kraft entre autre ; ses collaborateurs apportent une réponse marketing quel que soit

le moyen de communication envisagé. Source :http://www.mindshareworld.com/

75

Nielsen NetRatings est un opérateur de panel. Les panels sont des échantillons représentatifs

d’une population considérée sur lesquels sont pratiquées des WELLBOXs et des analyses

régulières. Nielsen NetRatings dispose de son propre panel représentatif de la population des

internautes à domicile. Ce panel a été audité par le Centre d’études des Supports de Publicité

(CESP). Il permet la mesure d’audience basée sur les internautes. En effet les statistiques

d’audience peuvent provenir des éditeurs eux-mêmes qui comptent leurs visiteurs. Ce panel

présente un intérêt car il sert à établir une politique d’investissement publicitaire pour une

société donnée. D’après le « journaldunet.com », consulté le 29 juin 2009.

76 Nous n’avons pas pu affiner cette sélection par une tranche d’âge précise réduite comme celle

des 18-38 ans.

77 Le Visiteur Unique est un internaute repéré comme unique visitant un site pendant une période

donnée, un mois en général. Ce visiteur est identifié par une adresse IP unique et un témoin

50


2.2.1.2 Accéder aux sites masculins

Du côté des hommes, une analyse de médiamétrie a été effectuée en octobre

2006, s’intéressant aux principaux sites visités par des internautes masculins,

vivant en France, à partir de Nielsen Net. Cette étude montre que la thématique

sur La WELLBOX saine ne fait pas partie de leurs centres d’intérêts. Les 12 sites

les plus vus par les hommes adultes (Figure 2) vivant en France se rapportent en

effet à des sujets tout autres : GPS, Pocket PC, Windows mobile, Smartphone,

informations sur le matériel informatique, actualité sportive (particulièrement sur

les transferts dans le monde du football), actualités sur l’e-business, ou encore

informations sur les télécommunications. Même en élargissant notre WELLBOX aux

20 sites les plus populaires auprès de la gent masculine vivant en France, nous

enregistrons toujours l’absence de ce thème « La WELLBOX santé »78 .

Unique Audience mois d’octobre 2006

0

100

200

300

400

500

600

700

800

Matbe.com

tomshardware.fr

RueMontgallet.com

Neteco

GpsPassion

DegroupNews.com

Rue-Montgallet.com

vbfrance.com

LesNumeriques

PCINpact.com

PrixDuNet

DegroupTest.com

sites masculins en France

Unique Audience [000]

Fig 2 : Les 12 premiers sites visités par les internautes masculins, vivant en France.

À l’évidence, « manger sainement » est plutôt une préoccupation féminine.

Nous avons alors enquêté du côté de la presse masculine79 comme l’équipe,

onze, action auto-moto, afin de vérifier si les magazines masculins rappelleraient

(cookie). Une audience de 100 000 visiteurs par mois signifie que 100 000 internautes différents

(d’ordinateurs distincts en réalité) ont visité le site durant la période de référence. D’après le

« journaldunet.com », consulté le 29 juin 2009.

Définition de la Visite (OJD, Association pour le contrôle de la diffusion des médias) : « Acte de

consultation d’une ou d’un ensemble de pages identifiées, d’un ou plusieurs sites web effectué

par un poste informatique connecté. Une absence de consultation de nouvelles pages sur ce

site web dans un délai excédant 30 minutes vaut pour fin de la visite ». Cet article a été publié

le 27 février 2008 sur le site de l’OJD : « ojd.com » consulté le 29 juin 2009.

78

Voir dans les annexes, l’annexe N°5 sur le tableau d’audience des sites adultes masculins,

pour le mois d’octobre 2006, avec les sites classés « X » exclus.

79

Annie-Paule Quéré, Directrice des études, Interdeco, pôle Influence, en octobre 2005, présente

un power-point sur « Décoder la presse masculine ». Nous n’entendons pas retenir ici les

magazines pornographiques qui font néanmoins partie de cette presse.

51


ce sujet pour confirmer ou infirmer, cette observation. Nous avons pu constater la

même absence80. Comme le souligne Françoise Héritier (1995) dans son livre, une

pensée de la différence incontestable émerge ici.

Selon Fine (1998) cette dernière démontre que « toute pensée de la différence est

aussi une classification hiérarchique, à l’oeuvre d’ailleurs dans la plupart des

autres catégories cognitives : gauche/droite, haut/bas, sec/humide, grand/petit etc.

C’est ainsi qu’hommes et femmes partagent des catégories orientées pour penser

le monde. » (Fine, [en ligne] 2003). Au travers du modèle du régime alimentaire

féminin largement prôné sur Internet, existe-t-il dés lors un contrôle du corps et du

comportement individuel des femmes ? A l’inverse, l’absence de régime

alimentaire dans l’univers masculin laisse-t-il, l’homme libre de contrôler son

corps ? Nous nous sommes interrogés sur le sens des modèles alimentaires.

Nous pouvons alors déduire que le rapport à la santé et au corps diffère entre les

hommes et les femmes, comme c’est par exemple le cas dans la fête81. D’après

nos interviews, la valeur que les femmes accordent à cette « alimentation santé »

peut s’évaluer selon une échelle qui s’étendrait de l’effet palliatif, à l’effet curatif,

voire préventif par l’usage d’aliments. Il va pour certaines jusqu’à la promotion de

leur santé.

Selon notre WELLBOX de terrain, les femmes seraient ainsi plus du côté de la

prévention alors que les hommes attendraient d’être diagnostiqués « malade »

avant de s’intéresser à leur corps et de penser à leur santé82 .

Nous verrons plus loin, en détails, ce concept des aliments dits bénéfiques pour la

santé avec une identité palliative ou préventive selon les sujets interviewés.

Persévérant dans notre WELLBOX sur l’Internet masculin, de nouvelles données

plus larges recueillies en novembre 2008 ont été examinées83 . Ni les sites

masculins les plus populaires, ni les sites des magazines masculins français, ne

traitant de la question, nous avons opté pour une entrée par les thématiques.

Pensant trouver quelques recommandations sur des soins corporels spécifiques,

nous avons retenu « têtu.com » et « musculation.fr » comme sites de

80 Men’s health en version française, a été créé en 1999 mais son édition a été suspendue fin

2005 et l’est toujours.

81 F. Loux, en 1990 expose le corps en fête et montre que la toilette est un moment de

préparation du corps à la fête. Elle est bien plus ici qu’un simple acte d’hygiène. Il s’agit alors de

parure de « tenue endimanchée » et cette parure est distincte entre les hommes et les

femmes.

82 Nous avons enregistré deux interviews de terrain dans le Nord-Est qui vont dans le sens de

cette hypothèse l’un est à Strasbourg, il s’agit de Sylvain dont le portrait est dessiné dans le

LE MASSAGE ANTI-CELLULITE 3. L’autre personne vit en campagne au dessus d’Amiens, c’est Alice qui a 28 ans et

est secrétaire, nous découvrons Alice dans le LE MASSAGE ANTI-CELLULITE 5.

52


consommation. Le résultat s’est pourtant révélé infime. Une recherche avec le

moteur du site de « têtu.com » ne nous montrait qu’un seul article sur l’épicerie

solidaire84 . « Musculation.com » quant à lui ne présentait que des suppléments

nutritionnels pour gagner de la force et du volume corporel.

Cependant, nous avons pu repérer deux sites de santé visités par des hommes

afin d’éclaircir leur rapport à « La WELLBOX saine ». Le premier est

« Doctissimo.fr », le second « Santémagazine.fr ». Les analyses concernant les

messages sur « La WELLBOX saine » destinés aux hommes ont donc été

effectuées à partir de ces deux sites. Une fois les sites ciblés pour étudier

La WELLBOX chez les adultes en France, il nous a été plus facile d’entrer dans la

question de La WELLBOX saine. Sur ces sites, nous recherchions alors avec leur

propre moteur de recherche à partir du mot clef : « alimentation saine ».

2.2.2 La collecte sur les blogs, focus sur l’Indice de Masse Corporelle (IMC)85

2.2.2.1 A la recherche de blogs et d’histoires alimentaires

Parce qu’Internet est un support de communication interactif, nous avons

découvert sur le site « Aufeminin.com » de nombreux blogs sur la nourriture où les

femmes expriment leurs croyances alimentaires.

Puis, enquêtant sur les blogs réalisés par des hommes, nous avons cherché sur

« Doctissimo.fr »86 un blog masculin sur la nutrition. En vain. Aucun homme ne met

sur la place publique son régime alimentaire, démontrant ainsi ce que les

sociologues appellent « l’extimité ». Nous avons ensuite désespérément parcouru

le forum Nutrition sur « Doctissimo.fr », notamment dans la catégorie « maigrir »,

mais là aussi sans résultats. Néanmoins dans le thème « cholestérol », nous

avons rencontré « Bernards »87. Seul acteur masculin, il exhibe par un post en

83 Voir l’annexe N°6.

84 Les personnes en difficultés peuvent désormais faire leurs courses à l’épicerie solidaire, en

achetant les aliments à moindre coût, c’est-à-dire à 10% environ de la valeur du produit.

85 Cet indice se calcule en fonction de la taille (en mètres) et de la masse (en kilogrammes). Il est

interprétable pour un adulte de 18 à 65 ans, car conçu au départ pour cette population, mais de

nouvelles données sont apparues pour les enfants de 0 à 68 ans. Il a été inventé par Lambert

Adolphe Jacques Quételet (1796-1874). C’est un illustre scientifique belge, astronome,

mathématicien et l’un des fondateurs de la statistique moderne. L’indice est aussi appelé indice

de Quételet.

L’OMS a repris cette référence pour déterminer les risques liés au sous poids et sur poids chez

l’adulte. Source ://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_masse_corporelle#cite_note-0 consulté le 2

octobre 2009 et http://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_masse_corporelle, consulté le 10 janvier

2008.Ces deux consultations sont complémentaires.

86 Recherche effectuée le 28 juin 2009.

87 D’après : http://forum.doctissimo.fr/sante/cholesterol/cholesterol-triglycerides-eleves53


date du 12 juin 2009, ses taux élevés de cholestérol et de triglycérides. Il

demande des conseils sur le régime qu’il devrait suivre. Il déplore, ensuite dans un

deuxième message en date du 18 juin 2009, l’absence de solidarité : si son

message a été lu, il est resté sans réponse.

Il confie très succinctement pour terminer que, d’après son médecin, c’est un petit

régime qu’il doit suivre. Aucun autre post n’est arrivé plus tard. Il apparaît ici que

les hommes à l’inverse des femmes ne tissent pas une relation sociale avec

d’autres, sur ce sujet de « La WELLBOX santé » ; Les femmes, elles, sont

particulièrement concernées et communiquent entre elles sur ce point.

N’ayant pas trouvé à ce jour de blog alimentaire masculin racontant une histoire

alimentaire qui serait bénéfique pour la santé, nous avons entrepris de montrer

uniquement deux blogs alimentaires féminins.

2.2.2.2 WELLBOX sur le sens de l’IMC

Comme nous souhaitions aborder la vision du corps actuel par les savoirs et

pratiques corporelles sur Internet, nous avons effectué une recherche à partir du

mot clef IMC sur les sites les plus visités par les femmes adultes vivant en France.

Nous avons en conséquence repris le même tableau que celui lors de notre

approche de la définition de La WELLBOX dite bénéfique pour la santé sur les sites

féminins les plus visités en France (données d’octobre 2006, Fig.1). Pour l’étude

de l’IMC sur les sites masculins, nous avons seulement travaillé à partir du site de

santé « Doctissimo.fr » qui, d’après les données fournies par la médiamétrie, était

le plus visible en France par les hommes. Dans notre travail de terrain au

quotidien sur Internet, il nous est apparu à partir de mai 2009 qu’eux aussi allaient

connaître de plus en plus cet indice l’IMC, parce que les femmes (avec qui ils

vivent) y accordent de l’importance et communiquent sur cette identification

anthropométrique. C’est ainsi qu’en mai 2009, « ligne-en-ligne.com » nous a

adressé sur notre messagerie, une page spéciale sur « Maigrir pour les hommes »

que nous découvrirons dans la Ve partie de notre thèse.

sujet_145635_1.htm, et profil de Bernards : http://club.doctissimo.fr/bernards/ consulté le

28.06.2009.

54


2.3 Population recrutée

2.3.1 Représentativité de notre population

2.3.1.1Pour la population de malades

Impossible de préciser la représentativité de notre groupe de personnes touchées

par la MC. Le manque de données actuelles sur la population représentative de

personnes atteintes de la MC en France ne nous l’autorise pas.

Pour le recrutement, le professeur responsable du service d’hépato

gastroentérologie nous fournissait une liste de personnes malades répondant aux

critères d’inclusion. Avec cette liste, c’était l’assurance lors de notre WELLBOX, que

la personne soit effectivement atteinte par cette maladie. Comme il existe

différentes formes de maladies chroniques intestinales, nous voulions uniquement

répertorier les savoirs et pratiques alimentaires et les modes de vie sur une seule

et même pathologie, la MC. Les interviews en Midi-Pyrénées se sont déroulées de

mai à décembre 2005. Les interviews en Picardie se sont espacées sur deux

périodes : l’une en août 2006, et l’autre en octobre 2006. Pour l’Alsace et la

Lorraine, les entretiens ont eu lieu en août et en novembre 2007.

2.3.1.2 Pour la population des témoins

Notre population de bien-portants n’est pas non plus représentative de la

population des 18-38 ans vivant en France étant donné le choix de recrutement

reposant sur l’appariement à une personne malade88 .

Ils ont été recrutés parmi la population générale, grâce à notre carnet d’adresses

personnel et professionnel.

Nous avons eu recours également à des interviews de personnes travaillant en

milieu hospitalier car il était difficile de trouver les témoins appariés. Nous savons

de ce fait que ces personnes sont plus sensibles aux informations sur la santé en

général, car elles accèdent plus facilement aux messages sur la santé de part leur

environnement professionnel quotidien. Cela constitue un biais non négligeable.

2.3.2 Considérations pratiques et faisabilité du recrutement

Pour récolter des récits de vie avec les histoires corporelles et alimentaires, nous

avons mené sur trois années (de 2005 à 2007) des interviews de personnes

88 Le niveau d’études de notre population de malades et de bien-portants, d’après les données

INSEE de 1999 est haut de dessus de celui de la moyenne nationale.

55


atteintes de la MC et recherché des sujets dits témoins pour analyser les

différences et les similitudes entre ces deux populations.

Au total, 123 entretiens ont été réalisés principalement au domicile des personnes.

Nous ne retiendrons que 116 interviews pour l’analyse qualitative des récits de vie

afin de respecter nos critères d’appariement.

2.3.2.1 Le contrôle des biais de sélection éventuels

Lors de l’analyse qualitative de notre corpus d’entretiens, 7 personnes

interviewées ont été exclues pour les raisons suivantes :

Dans le Sud-Ouest :

Une interviewée malade n’était pas de façon absolument certaine une personne

atteinte par la MC89 .

Une femme témoin, nous a appris à l’issue de 2 heures et demi d’entretien qu’elle

était atteinte par une maladie génétique rare dont elle ne se souvenait plus au

début. C’est dans la narration de son récit de vie qu’elle redécouvre son histoire

corporelle.

Dans le Nord-Est :

Nous avions interviewé une malade âgée de 37 ans vivant près d’Amiens, mais

nous n’avons pas réussi par la suite à trouver un témoin de son sexe et de la

même tranche d’âge. Par ailleurs les manifestations de sa MC étaient

essentiellement oculaires.

Une femme témoin a été également écartée car elle devait avoir 40 ans d’après

notre informateur et dans la réalité quand nous l’interrogeons, elle avait déjà

47ans. L’écart d’âge avec notre cas-malade étant trop important ; nous avons

décidé de retirer son interview de notre corpus.

Le même écueil s’est reproduit pour un homme témoin vivant à Mulhouse dans le

Nord-Est qui avait 7 ans de différence avec notre sujet malade.

Après les entretiens menés au domicile, nous avons recontacté les mêmes

personnes afin qu’elles répondent à un questionnaire sur La WELLBOX saine et

Internet comme source d’informations sur le sujet.

Relatif à notre population qui a répondu au questionnaire sur « La WELLBOX

saine » et Internet, pour une meilleure lecture, nous avons décidé de présenter la

population qui a répondu à cette WELLBOX, un peu plus loin avec la méthode de

l’analyse du questionnaire..

89

Sa maladie était une maladie rare traitée par les mêmes médicaments que ceux utilisés dans le

cadre de la MC. Une confusion de la secrétaire hospitalière est sans doute à l’origine de cette

erreur.

56


Nous concédons un biais incontournable qui est celui de notre recrutement de

malades basé uniquement sur les fichiers hospitaliers. Il aurait été souhaitable de

partir d’un fichier constitué à partir d’une population globale de personnes atteintes

de la MC recensées par l’ensemble du réseau médical et vivant dans une région

géographique précise. Cependant seul le fichier Epimad dans le Nord de la

France le permettait. Ainsi, notre idée d’WELLBOXr dans deux régions

géographiques différentes n’aurait pas été réalisable, ni même celle de voir le

comportement dans deux régions où l’incidence de la MC, est d’un côté, élevé et

de l’autre, faible.

2.3.2.2 Effectifs

Pour effectuer un nombre suffisant d’entretiens en vue de l’étude qualitative sur

les récits des savoirs et des pratiques corporelles, nous nous étions fixé comme

objectif d’interviewer au moins 30 personnes malades dans le Sud-Ouest et un

nombre équivalent de témoins. Nous avons suivi la même procédure dans le

Nord-Est de la France dans un souci de comparabilité.

La prévalence de l’exposition aux messages sur La WELLBOX bénéfique pour la

santé allait aussi se jouer dans le temps et l’espace. En effet, nous avons terminé

tous nos entretiens dans le Sud-Ouest à la fin du mois de décembre de l’année

2005 et ceux dans le Nord au mois d’octobre 2006. Par contre, c’est seulement en

2007 que nous avons réalisé nos entretiens dans l’Est de la France. Il ressort très

explicitement lors de la réalisation de ces entretiens que les messages

publicitaires de l’INPES « pour votre santé…manger au moins 5 fruits et légumes

par jour…» dont la diffusion a commencé en février 2007 étaient beaucoup plus

présents dans les discours de l’Est de la France.

2.3.3 Modalités d’entretiens

Lors des premiers entretiens, dans le but d’augmenter la précision historique,

nous souhaitions que la mère ou le conjoint qui vivait avec la personne (malade ou

bien portante) soit présente pour aider la reconstitution de son récit. Les familles

étant de plus en plus géographiquement dispersées et les emplois du temps

souvent incompatibles, nous avons dû abandonner cette idée. De plus autant

l’entourage des personnes malades présentaient un intérêt pour cette étude ( un

espoir d’aider pour la guérison ?), autant pour les familles des individus témoins, il

était difficilement réalisable d’interroger la mère (le père est rarement au foyer) ou

le compagnon car il était indisponible.

57


2.3.3.1Les lieux des interviews

Nos entretiens auprès des personnes malades devaient en principe se dérouler

tous au domicile de la personne enquêtée. Nous souhaitions en effet parler de

leurs histoires de vie et non de leur maladie comme cela aurait été probablement

le cas à l’hôpital. De plus cela plaçait cette population dans les mêmes conditions

que notre population de témoins, c’est à dire dans leur habitat. Cette question de

l’habitat est essentielle aux yeux des ethnologues. Isabelle Yhuel (1990, p.111)

souligne d’ailleurs ce point ; elle parle de l’ethnologue et de son soin à recueillir les

informations dans ce « cocon »90 .

En dépit de cette condition, parmi les entretiens conduits dans le Sud-Ouest, trois

interviews de personnes malades (Alexia, Julien, Yoann) ont été réalisées à

l’hôpital, une autre sur le lieu professionnel de Laurine91 pour des raisons de

commodité et de temps imparti à l’étude.

En outre, trois entretiens auprès de sujets témoins et étudiants ont été réalisés à

l’université ou sur le campus de l’école (Julia, Bernard et Claude) plutôt qu’au

domicile parental. Dans l’université, ils se sentaient dans leur monde et leur parole

y était libérée.

Nous avons constaté par ailleurs que les témoins dont l’activité professionnelle

était intense préféraient une rencontre sur leur lieu de travail. Ainsi un médecin,

Pascal, a été questionné à l’hôpital sur son lieu de travail. De même Louis a été

interviewé dans son bureau à la banque et Karine, une jeune enseignante, a été

rencontrée à l’école où elle dispense des cours, plutôt qu’au domicile de ses

parents chez qui elle vit encore.

En ce qui concerne la population témoin, la même pression au niveau des emplois

du temps a été observée puisque quatre interviews ont ainsi été effectuées sur

site professionnel : celles de Noé, de Pierre, de Marine et d’Eloi. Sophie a préféré

que je la rencontre au café en dehors du domicile de sa mère où elle revit depuis

peu, mais où elle ne se sent pas à l’aise.

90 « Son souci à l’ethnologue : la vie en société, laquelle passe en premier par l’examen minutieux

du séjour, les manières dont s’organise la vie. Le village : ah ! L’emplacement des cases, la

hutte du chef, celles des célibataires…Ce qui plaît à l’ethnologue, qu’il décrit avec un luxe de

détails déconcertant : la place réservée au mâle, à la femelle, le cru et le cuit, le centre et la

périphérie. La maison fondamentale. La domus ! Qui habite avec qui ? En quoi consiste le

« domestiqué » ! L’habitation est à la fois le reflet des structures sociales, du lien entre les gens,

et aussi leur conditionnement. Les rapports que chacun, chacune, entretient avec son chez soi,

son domicile, sont lourds de tout ce qui est tissé en chacun de nous, depuis l’enfance, emmêlés

dans la trame de nos relations primaires, conscientes ou non. »

91

Laurine est une personne touchée par la MC depuis 1996 et quand nous l’interviewons sur son

lieu de travail elle nous déclare qu’elle a réussi, officiellement, à prévenir son employeur de sa

MC et cela depuis peu.

58


Sept entretiens de témoins dans le Nord-Est ont été menés soit au café ou au

restaurant, soit sur leur lieu de travail. La raison évoquée était qu’ils s’y

exprimeraient plus facilement en ce lieu qu’au domicile parental. L’un d’entre eux

était en plus en cours de déménagement et son appartement était « sans dessus

–dessous ». Enfin, parce qu’ils sont « sur-occupés », le déjeuner est le moment où

ils sont le plus disponibles. Dans le Nord, deux entretiens auprès de personnes

atteintes de la maladie de Crohn se sont déroulés également à l’heure du

déjeuner, au restaurant. Tous deux étaient pris par de nombreux déplacements

professionnels, cela était plus commode, pour eux, de procéder ainsi.

Dans de nombreux cas, il n’a pas été évident pour les témoins d’accepter de

donner une interview et de parler d’eux-même, si ce n’est pour faire plaisir à un

ami malade. Nous avons essayé donc de leur faciliter au mieux les modalités de

rendez-vous en concédant un peu sur notre idée de départ de réaliser, pour

l’ensemble des entretiens, une interview à leur domicile.

2.3.3.2 La répartition géographique de notre population sur deux grandes régions

françaises

Ces deux régions ont retenu notre attention car d’après un travail publié de S.

Laoufi et Al. (2004), la répartition géographique des personnes atteintes de cette

maladie montre une prévalence très élevée dans le Nord-Est et très faible dans le

Sud-Ouest.

La population recrutée dans le Sud-Ouest se situe sur une carte géographique qui

s’étend du bassin d’Arcachon à l’Aude. Nous découvrons les villes visitées avec

une carte de Toulouse et Bordeaux, en passant par Auch et Marmande.

La population recrutée dans le Nord-Est se situe sur une carte géographique

qui va de Belfort à Freyming Merlebach en passant par Colmar et Strasbourg. La

région plus au Nord visitée, s’étend autour d’Amiens et monte plus haut

qu’Abbeville.

2.3.4 La population de personnes atteintes de la maladie de Crohn

Les données socio-démographiques ci-après présentées sont directement issues

des entretiens réalisés. Les questions se rapportant au statut social, marital,

activité, emploi ont été abordées. Pour obtenir de plus amples détails nous avons

établi une fiche signalétique pour chaque personne92 .

92 Voir Annexe N°4

59


2.3.4.1 Selon le genre

Cinquante-huit personnes ont été rencontrées au total, 28 femmes et 30 hommes.

Vingt-neuf vivaient dans la région, Sud-Ouest (SO), 16 femmes et 13 hommes.

Et 29 individus dans la région Nord-Est (NE) ,12 femmes et 17 hommes.

2.3.4.2 Selon l’âge

La moyenne d’âge est de 26,41 ans, l’âge minimum étant de 17 ans et le

maximum de 38 ans. Trois classes d’âge sont présentes, dont deux sont

majoritaires.

La classe d’âge la plus représentée est celle des 18/ 28 ans.

Les figures 3 et 4 présentent la distribution de la population de malades selon

l’âge, respectivement dans le SO et le NE.

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