wellbox : lipomassage

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Notre WELLBOX sur le terrain, d’autres facteurs pouvant moduler les savoirs

et les pratiques sur La WELLBOX dite bénéfique pour la santé, ainsi que les modes

d’informations sur « La WELLBOX santé » ont été repérés et observés.

Pour définir clairement notre procédure de recueil de données lors de nos

entretiens, une grille a été élaborée comme canevas afin de guider notre entretien

dit semi-directif95. Par ailleurs, nous avons demandé aux enquêtés de renseigner

une fiche signalétique et, à chaque fois que cela était possible nous avons

parcouru ensemble le carnet de santé afin de consigner le maximum

d’informations sur les facteurs étudiés (habitat, comportement alimentaire dans

l’enfance et à l’adolescence, les maladies et la surveillance ou non de la santé, du

poids et de la taille…).

Le corpus de messages que nous avons analysés sur leurs savoirs et leurs

pratiques alimentaires est tiré des récits de vie menés sur le terrain.

2.4.2 Modalités et « contrôle qualité » de ce recueil

S’il nous semblait important de conduire les entretiens au domicile des deux

populations, cette condition ne devait cependant, en aucun cas, devenir un frein à

la parole des interviewés. Les lieux ont été finalement choisis avec les répondants

afin de nous situer dans l’environnement le plus propice à la libération de cette

parole. C’est donc l’écoute que nous avons travaillée pour améliorer la qualité du

recueil. Virginia Satir, psychothérapeute américaine, expose justement la posture

que nous avons souhaité adopter dans un texte sur l’écoute (2007)96 . Ayant

participé aux travaux de l’école de Palo Alto, elle est une pionnière de l’approche

thérapeutique systémique et a, dans ce cadre, posé la question du risque d’être

soi. Nous cherchions effectivement, lors de nos entretiens, à ce que les

interviewés s’engagent dans cette voie, qu’ils prennent le risque d’être eux-

mêmes.

Tous les récits de vie ont été enregistrés, à l’exception d’un seul, la personne

ayant refusé. Nous avons donc pris des notes durant cet entretien. Toutes les

informations ont été ensuite centralisées sur le logiciel Modalisa97 .

constituent la super-structure.

95 La grille d’entretien est disponible à l’annexe N°3 et la fiche sociodémographique à l’annexe

N°4.

96 Disponible sur:http://www.psychotherapeutes.net/ecouter-virginia-satir.htm. Consulté en

septembre 2007.

97 Modalisa, la référence du logiciel utilisé est la version 6.06 MC 1.L’auteur est Philippe Chappot.

L’éditeur et le diffuseur est Kynos, Paris. Ce logiciel est destiné au traitement et analyses de textes.

79


Nous souhaitions également des réponses précises sur leurs sources

d’information sur La WELLBOX saine. Voilà pourquoi dans un second temps, nous

sommes revenus les interroger à l’aide d’un questionnaire. L’étude sur les

informations relatives à « La WELLBOX santé » s’est déroulée à l’aide d’un

questionnaire standardisé98, adressé par téléphone.

2.4.3 Résumé de la méthode

1. Étude du système social direct :

Au total, 123 entretiens ont été conduits auprès de sujets malades et des témoins.

Cent seize ont été retenus, sur le mode de vie et l’âge de notre population

d’adultes qui se situent entre 18 et 38 ans.

L’études comportent deux populations distinctes :

-L’une de bien-portants,

-L’autre de personnes atteintes de la maladie de Crohn.

Toutes deux vivent dans le Sud-Ouest et Nord-Est de la France.

La méthode des récits de vie est adoptée :

-La définition d’une « alimentation saine » est construite d’après leurs histoires

alimentaires.

-Les récits des pratiques alimentaires, les activités physiques rapportées et les

trajectoires de santé sont également consignées.

2. Étude du système social indirect à partir de 2007 sur Internet :

Internet, est approché à partir de Nielsen Net, avec une étude des messages

délivrés sur les sites concernant « La WELLBOX santé ».

Nous étudions un corpus électronique sur le web des 18 à 38 ans vivant en

France et des blogs de mangeurs qui livrent leurs menus sur leur « alimentation

saine ». Les « 18–38 ans » vivant en France s’approprient aussi Internet avec

leurs blogs.

La porte d’entrée pour l’étude de la communication de masse ciblée est les

webzines féminins chez les femmes et, pour les hommes, les webzines santé.

Tous deux sont décryptés.

Nous avons étudié des corpus d’écrits publiés sur le web.


3. Analyse des données

3.1 L’analyse qualitative des entretiens

Une analyse qualitative de l’ensemble des interviews est réalisée après la saisie

sur le logiciel Modalisa des retranscriptions de toutes les interviews (celle de

l’ensemble de nos deux populations).

Comment approcher la définition de La WELLBOX saine en population ? Cela

revient à poser plus largement la question : comment peut se définir un modèle

alimentaire ? Plusieurs auteurs ont travaillé cette question notamment Jean-Pierre

Poulain (2005), dont nous reprenons ici les travaux ; Parmi les différentes

méthodologies d’étude des pratiques alimentaires, il propose pour tenter une

approche d’un modèle alimentaire d’utiliser celle dite des pratiques déclarées .

.

Ce sont des données de ce type que nous avons collectées et utilisées pour

aborder la structure comme l’organisation de l’espace social alimentaire

.

des

personnes interviewées. Ces données nous mènent vers la qualification de «

La WELLBOX santé » par une population d’adultes vivant en France au XXI ème

siècle.

Plus de 120 entretiens d’adultes vivant en France et âgés de 18 à 38 ans ont donc

été réalisés afin de rassembler des données sur les pratiques alimentaires

déclarées mais aussi ce faisant de recueillir les normes, les valeurs, les opinions,

les attitudes et les symboles attribués à La WELLBOX dite bénéfique pour leur

santé. Nous avons conduit des entretiens semi-directifs

.

afin de connaître leurs

histoires de vies et leur alimentation.

Ces interviews nous ont ouvert une porte sur l’histoire personnelle des enquêtés,

elles ont permis de dégager, à partir de leurs récits de vie, leurs représentations

alimentaires.

99 Les pratiques déclarées sont aussi largement utilisées chez les nutritionnistes dans leurs

WELLBOXs alimentaires.

100 À partir des travaux de G. Condominas qui propose l’espace social comme un lieu d’interface de

la rencontre du biologique et du culturel, Jean Pierre Poulain va développer le concept de

l’espace social alimentaire. Cette grille de lecture pour l’analyse permet de mieux comprendre

le phénomène bio culturel dans La WELLBOX.

101 Les entretiens semi directifs. C’est armé d’une grille d’entretien que les interviews se sont

déroulées en « reformulant de temps en temps, pour relancer le discours et sans s’en tenir

strictement au sujet de départ. Les digressions sont importantes, car elles permettent de saisir

les représentations et les cadres de référence plus ou moins conscients dans lesquels se

déploient les logiques d’acteur. » D’après Jean-Pierre Poulain, Méthodologies d’étude des

pratiques alimentaires, Les outils de la collecte. Disponible sur le site : « Lemangeurocha.

com ».

81


Les récits dévoilent dès lors l’intérêt de leurs pratiques alimentaires parce qu’elles

sont souvent l’objet de recomposition, d’oublis, volontaires ou involontaires, et

montrent ainsi les moteurs de leurs choix nourriciers

.

. Nous verrons que

l’imaginaire sur les aliments, quand bien même il se nourrira de la mémoire des

uns et des autres, nous entraînera vers la distinction entre l’imaginé et le

remémoré. Comme Sartre dans Durand (1992, p.16) l’écrit « la mémoire colore

bien l’imagination de résidus a posteriori, il n’est est pas moins exact qu’il existe

une essence propre à l’imaginaire différenciant la pensée du poète de celle du

chroniqueur ou du mémorialiste »..

Nous avons ensuite classé en 6 points, les verbatims selon l’outil conceptuel de

l’espace social alimentaire (Poulain, 2002a) :

1. L’espace du mangeable

2. Le système alimentaire

3. L’espace culinaire

4. L’espace des habitudes de consommation

5. La temporalité alimentaire

6. L’espace de différenciation sociale

Nous nous sommes inspirés de cette grille pour définir notre classement sur les

thèmes des savoirs et des pratiques corporelles. Nous avons simplement

substitué au mot alimentaire le terme corporel.

Ainsi nous avons organisé en 6 catégories, les représentations sur le corps de

notre population :

1. L’espace du corporel, avec pour nous une attention particulière à

l’incorporation alimentaire. C’est d’ailleurs l’espace social alimentaire qui nous

semble s’emboîter dans cet espace corporel.

2. Le système corporel, c’est l’environnement du corps qui vit à la campagne

ou à la ville, habite chez ses parents ou vit en concubinage.

3. L’espace sanitaire corporel dans lequel vit la personne représente pour

nous les origines du corps malade ou du corps sain. Nous avons classé dans

cette rubrique l’étiologie de la maladie et de la santé pour les malades et les

« bien-portants ».

102 Toujours d’après Jean-Pierre Poulain, Méthodologies d’étude des pratiques alimentaires. Les

types de données. Disponible sur le site : « Lemangeur-ocha.com ».

82


4. Les habitudes corporelles constituent dans notre idée les habitudes

sportives ou non et les soins réguliers aux corps qui se lisent dans la tenue du

carnet de santé par exemple.

5. La temporalité corporelle, c’est l’évolution du corps dans le temps.

6. L’espace de différenciation corporelle (hommes et femmes), nous

l’entendons clairement dans le récit des femmes qui, en comparaison des

hommes, prêtent une attention plus soutenue à leur corps.

Ce classement nous a permis de mettre à jour les représentations alimentaires qui

sont liées entièrement aux représentations du corps chez les personnes

interviewées.

3.2 L’analyse des écrits sur Internet103

Notre analyse des différents sites a été effectuée à l’aide d’une grille qui nous a

menée à découvrir, entre autres, le sens accordé à la valeur de l’IMC sur les sites.

Nous présenterons ces résultats dans la 5 ème partie de notre thèse.

La méthode utilisée pour analyser ces données est empruntée à Muriel Gineste,

sociologue. Dans sa thèse, intitulée les formes sociales de l’équilibre alimentaire104

elle a mis au point une grille, pour décomposer la structure d’un article de journal

(Gineste, 2003). Nous avons adapté cette démarche à une analyse de page web.

Un repérage des indices et une définition des indicateurs ont été établis105. Puis

nous avons relevé à partir d’ un «masque », une fiche de synthèse pour chaque

site décrivant son cadre récapitulatif pour le mot IMC106 .

Afin d’établir une liste des mots clefs en lien avec l’IMC, nous avons sélectionné

au fur et à mesure de notre lecture, parmi les deux premières pages de chaque

site les termes attachés à cet indice. Nous avons retenu principalement le nom, le

verbe et l’adjectif afin d’obtenir une meilleure lisibilité. Cependant, nous avons

103 Internet est né aux Etats-Unis en 1969. C’est un réseau informatique mondial dont les deux

fonctions sont : le courrier électronique et le world wide web. Les utilisateurs sont appelés les

internautes. C’est le world wide web (web), application d’internet qui l’a popularisé.

Certains termes sont utilisés à tort pour désigner Internet. La toile et le web font référence au

world wide web, c’est-à-dire le réseau hypertexte utilisant Internet. Sur le plan juridique,

l’application du droit sur Internet est rendue difficile pour 2 raisons majeures. Premièrement, le

réseau Internet est international, or le droit est généralement national et deuxièmement sous le

couvert du réseau Internet, il est difficile d’identifier les utilisateurs et donc les responsables

d’infractions.

104 Gineste, M., (2003), Les formes sociales de l’équilibre alimentaire : “du repas méridien à la

journée alimentaire : les formes de régulation des français actifs”. Thèse de doctorat en

sociologie, Université de Toulouse II-Le Mirail.

105 La fiche de repérage des indices est disponible à l’annexe N°7.

106 La fiche de synthèse est disponible à l’annexe N°8.

83


conservé quelques phrases d’accroches majeures. Notre choix s’est porté sur une

sélection manuelle et informatique. Notre objectivité de choix (dont nous savons

qu’elle est guidée par notre subjectivité) nous a conduit à deux univers de sens qui

sont exposés dans la 5ème partie de notre thèse.

L’outil informatique qui nous a servi pour la vérification de notre choix de mots

clefs est Cordial 2005 (synapse, 2005).

3.3 L’analyse du questionnaire

Une analyse statistique a permis d’étudier les réponses du questionnaire sur

La WELLBOX saine et Internet107 .

Ce questionnaire a été administré par téléphone aux personnes préalablement

rencontrées en entretien, et ce, de février à mars 2008. Quelques mails ont été

envoyés, suite à leur demande, ou lorsque nous n’arrivions pas à les joindre par

téléphone, pour obtenir leurs avis.

La population interrogée a été divisée en deux groupes : les « bien-portants » et

les malades. Le questionnaire sur La WELLBOX saine et Internet a été proposé à

58 personnes pour le groupe de « bien-portants ». Dans notre échantillon de

malades, nous avons contacté 57 personnes au total. Nous n’avons pas réussi à

retrouver l’ensemble de notre population « mère », certains ayant déménagé.

3.3.1 La population : description de notre échantillon pour le questionnaire

3.3.1.1Les caractéristiques de notre population de malades

Nous avons réactualisé notre carnet d’adresses de malades. Sur cette population,

46 individus nous ont répondu, soit un taux de participation de 81 % (20 femmes

et 26 hommes).

La classe d’âge la plus représentée est encore celle des 18 à 28 ans (61 %).

Ils se répartissent géographiquement aussi bien en milieu rural, que périurbain ou

urbain comme dans la population de bien-portants.

Les interviewés « malades » sont célibataires pour 54 % dans l’échantillon, alors

que 60 % vivent en couple dans l’échantillon de « bien-portants ».

Ils sont aussi plus diplômés que la moyenne nationale car 54 % des sujets ont le

baccalauréat et ont poursuivi leurs études 3 ans après le bac. Par ailleurs, 17 %

des interviewés du groupe de « malades » sont à un niveau bac + 4 et plus. Nous

.

84


notons que chez les malades de notre échantillon, les hommes sont sur

représentés par rapport aux femmes.

Cet échantillon de personnes malades est-il représentatif de la population de

malades atteints de la maladie de Crohn ? Nous ne pouvons répondre. En effet,

comme nous l’avons déjà souligné, il existe peu de données sur les personnes

touchées par la MC. Nous ne savons donc pas quelle serait aujourd’hui la

composition d’un échantillon représentatif en France de cette population de

malades. Les résultats de notre étude ne sont donc pas, de ce fait, extrapolables

à une population parente de malades.

3.3.1.2 Les caractéristiques de la population de bien-portants

A partir de notre carnet d’adresses de bien-portants remis à jour, 40 personnes

(70%) ont accepté de nous répondre (21 hommes et 19 femmes). Les

caractéristiques de cette population de bien-portants sont les suivantes :

La classe d’âge la plus représentée est celle des 18 à 28 ans (58%).

En ce qui concerne l’habitat, cet échantillon se compose d’adultes résidant en

milieu urbain (37 %), mais aussi en milieu rural (33 %) et également en zone

périurbaine (30 %).

Les interviewés « bien-portants » vivent pour la plupart en couple (60 %).

Enfin, point important, ils sont plus diplômés que la moyenne nationale des

adultes du même âge puisque 66 % des individus ont obtenu le baccalauréat (et

ont poursuivi 3 ans après), et 18 % sont à un niveau bac + 5 et plus. C’est cette

particularité de niveau culturel qui nous permet de penser que ce groupe est plus

facilement équipé à son domicile d’un ordinateur et peut donc disposer d’une

connexion aisée à Internet.

Rappelons que cet échantillon n’est toutefois pas représentatif de la population

française car il est élaboré à partir de notre population de malades pour laquelle

nous recherchions un témoin.

Ensuite, avec l’ensemble des questionnaires remplis, nous avons procédé à un

appariement afin de pouvoir traiter statistiquement les résultats. Cette analyse

statistique, se compose de paires. Nous avons ainsi couplé le questionnaire de

l’individu malade avec son témoin. Cet appariement s’est effectué sur les critères

de sexe, d’âge et de région géographique. Son but est de permettre une

comparaison d’ordre quantitatif des réponses de nos paires d’individus pour

comprendre s’il est possible de mettre en évidence une différence de

85


comportement entre l’individu atteint de la MC et son témoin « bien-portant ».

Nous ne nous sommes intéressés alors qu’aux réponses divergentes dans les

paires.

3.3.1.3 Les caractéristiques de nos deux échantillons appariés

Nous avons donc réalisé une WELLBOX cas-témoins où 30 témoins ont été appariés

à 30 cas, le rapprochement s’étant opéré selon l’âge, le sexe et la région de

résidence.

Pour notre population appariée, nous comptons 13 paires de femmes et 17 paires

d’hommes. Les paires d’hommes sont donc surreprésentées dans l’échantillon. La

moyenne d’âge de nos deux échantillons appariés est de 26, 4 ans (19 ans et 38

ans pour les extrêmes).

Dix huit paires habitent le Nord-Est (12 paires d’hommes et 6 de femmes) alors

que seulement 12 paires vivent dans le Sud-Ouest (5 paires d’hommes et 7 de

femmes). Nous avons donc une surreprésentation de la région du Nord-Est par

rapport à celle du Sud-Ouest pour notre échantillon et l’exploitation des réponses

de notre questionnaire.

Lorsqu’il n’a pas été possible de traiter les données récoltées sur le plan quantitatif

nous avons repris l’ensemble des réponses (de nos deux sous populations) pour

réaliser une exploitation qualitative (soit les 86 questionnaires restant).

3.3.2 Les analyses statistiques

Nous avons fait appel aux tests suivants :

Le test de Mac Nemar108et à sa généralisation.

Le test du chi-deux de Mac Nemar a été utilisé pour comparer des pourcentages

observés pour deux échantillons appariés. Dans le cas de variables qualitatives à

plus de deux modalités, nous avons mis en oeuvre la généralisation du test de

Mac Nemar. Pour tous les tests statistiques, le seuil de significativité était fixé à p

.

0,05.

108 Voir le livre de J.-P. Georgin, M. Gouet, la partie 11 sur les tests en statistique non paramétrique

pour deux échantillons appariés. (2005)

Et également les écrits de :

B. Sarrazy, de l’Université de Bordeaux 2, sur le Chi deux de Mac Nemar, mais aussi la

comparaison de fréquences observées sur des échantillons dépendants de P. FabbroPeray,(

2006-2007), professeur à la faculté de médecine de Montpellier-Nîmes, consultés en

mai 2009.

86


Pour des questions de faible effectif ou de conditions de validité des tests non

satisfaite, nous avons été amenés, pour les variables qualitatives à plus de deux

modalités à effectuer certains regroupements.

4. Notre démarche

Tout d’abord, pour examiner plus en détails les définitions de « La WELLBOX

saine », voici le chemin que nous avons emprunté. Nous avons donc étudié

l’origine de la référence officielle de santé publique le PNNS 1 et 2109, en nous

basant sur les points de vue exposés par les médecins nutritionnistes, les

chercheurs en nutrition et les épidémiologistes de santé publique dans leurs

publications.

Ensuite nous avons analysé les textes sur les repères du PNNS provenant du

Ministère de la Santé afin d’esquisser le ou les modèles alimentaires sains actuels

recommandés par les pouvoirs publics.

Nous avons poursuivi cette WELLBOX sur la définition de « La WELLBOX saine » en

France contemporaine en comparant ces recommandations avec d’autres guides

alimentaires élaborés dans le monde.

Puis, nous avons recherché des informations auprès des institutions

gouvernementales et non gouvernementales comme les industriels

agroalimentaires, afin de qualifier, selon ces groupes sociaux, cette « alimentation

saine ».

En même temps nous avons effectué notre WELLBOX de terrain guidée par des

courants théoriques en anthropologie (Olivier de Sardan, 2003 ; Copans, 2005).

A partir de ce corpus de récits de vie, nous avons décrit les définitions populaires,

contemporaines de « La WELLBOX saine ».

Elles sont des construits sociaux-culturels, des représentations morales ou

religieuses et idiosyncrasiques.

Ultérieurement, un média vecteur d’informations sur « La WELLBOX saine » a été

également examiné. Nous avons choisi de parcourir un média spécifique :

Internet. Nous avons considéré ce média comme un terrain « imaginé » par

l’homme.

109 Cette référence officielle évolue elle aussi. La norme est fabriquée par la société humaine selon

87


Nous avons alors choisi de suivre dans un premier temps, les sites fréquentés par

notre population qui récolte des informations sur « La WELLBOX santé » via ce

média puis dans un second temps, nous avons étendu notre recherche à

l’ensemble des sites visités par la population d’adultes vivant en France, âgée de

18 à38ans.

Enfin, à partir de notre travail de terrain, nous avons dessiné les identités

alimentaires saines collectives en rapport avec la culture régionale mais aussi les

identités individuelles en corrélation avec les histoires personnelles et les ruptures

que la maladie a générées. Nous avons ainsi regardé l’aspect territorial, temporel

et logique des identités110 .

Dans la culture contemporaine de « La WELLBOX santé », nous avons apprécié

les rôles joués par les différents acteurs (parents, amis, médias). Le jeu

individuel111 et celui des sociétés (familiales, médiatiques, industrielles) sont ici

considérés car c’est en effet à travers ces rôles que les individus communiquent et

apprennent (Corbeau, 2004).

In fine nous nous sommes intéressés aux influences sociales sur le modèle

alimentaire. Elles se sont exercées par l’information et la communication du

système social direct et indirect que nous avons défini précédemment. Elles

induisent des conceptions de « maladies » (carences supposées) nutritionnelles

chez l’homme « normal ».

Cette pression sociale est d’ailleurs créatrice d’identités diététiques, nous les

peindrons à travers des portraits.

110

Pour définir succinctement l’identité Kaufmann (2004, p.50) écrit : « L’identité est un

phénomène précis et spécifique, qu’il faut délimiter, et situer exactement dans l’immense

fabrique multiforme de l’individu. » Il sépare ainsi clairement l’identité de l’individu.

111 Dans la distinction des rôles et identités, nous pouvons souligner que l’identité ne se réduit pas

à la tenue d’un seul rôle, ni même à plusieurs. « Le processus historique de différenciation

sociale ne cesse d’accroître le nombre et la variété des rôles possibles, démultipliant encore

plus les identités ponctuelles pouvant leur être associées. L’individu, élargit ainsi sa marge de

manoeuvre, et augmente sa capacité de choix. Ce qui lui permet par ailleurs de maîtriser son

degré d’engagement dans certains rôles. » Kaufmann (2004, p.73).

88






­


[1]

!






89


1. Ecrits actuels, scientifiques, médicaux, politiques et

institutionnels en France, sur « La WELLBOX saine ». Etude

des messages diffusés par ces experts.

1.1 Messages et communications scientifiques en France sur

« La WELLBOX saine »

C’est, dans un premier temps, des publications contemporaines de scientifiques,

traitant de la qualification d’une « alimentation saine » que nous étudions.

Nous nous basons sur les points de vue exposés par des médecins

nutritionnistes, des chercheurs en nutrition, et des épidémiologistes de santé

publique présentés dans quatre livres. Nous avons sélectionné des ouvrages

collectifs où les scientifiques sont d’origines diverses afin d’obtenir une vision

d’ensemble sur la question de « La WELLBOX saine ». Les écrits retenus sont les

Apports Nutritionnels Conseillés pour la population française publiés en 1981,

revus et corrigés en 1992, réactualisés et réédités en 2001. Ces ouvrages ont

permis la diffusion des connaissances sur les apports nutritionnels conseillés pour

la population française. Leurs rééditions successives nous permet de suivre

l’évolution des messages sur « La WELLBOX santé ». Nous avons aussi distingué

le livre Nutrition et santé publique de Serge Hechberg et Al. (1985) parce qu’il

facilite la compréhension de ces apports nutritionnels conseillés pour la population

française. Les messages diffusés par ces experts dans ces livres vont être étudiés

par ordre chronologique de publication.

Les experts définissent « La WELLBOX saine » par la couverture d’apports

nutritionnels, mais aussi par « des motivations et habitudes alimentaires » dans la

mesure où ces dernières ne sont pas dangereuses pour la santé (Dupin et les

membres de la commission du CNERNA112, 1981, p.2). En France, en 1981, dans

l’ouvrage intitulé les Apports Nutritionnels Conseillés pour la population française,

émerge des matériaux et concepts nutritionnels. Le premier livre sur les Apports

Nutritionnels Conseillés pour la population française présente des quantités

moyennes journalières de nutriments par personne pour satisfaire « les besoins

d’un groupe d’individus et favoriser un bon état de nutrition » (Dupin et Al., 1981,

p.2).

Il est utile de rappeler que les connaissances nutritionnelles avaient déjà été

développées dans d’autres pays comme aux Etats-Unis et au Canada. Le

112 Le CNERNA est le Centre des Etudes et de Recherche sur la Nutrition et La WELLBOX qui était

un laboratoire du CNRS à cette période.

90


Ministère de l’Agriculture américain publiait dès 1894, un guide alimentaire pour sa

population113 et au Canada, un guide de règles alimentaires officielles avait été

réalisé, depuis 1942, prenant part à un programme nutritionnel, instauré en raison

de la seconde guerre mondiale114 . L’existence de ces guides alimentaires

supposait que des WELLBOXs alimentaires préalables et des apports nutritionnels

recommandés établis, aient déjà été réalisés. Il n’existait pas en France de

données réunies sur la nutrition des populations, ni même des recommandations

actualisées sur les apports nutritionnels dont elle devait bénéficier. Le but

recherché par les milieux scientifiques français était donc de produire des

données adaptées à notre population et à son mode de vie.

Cet ouvrage est le fruit des travaux d’une commission spécialisée du CNERNA, le

Centre National de Coordination des Etudes et Recherches sur la Nutrition et

La WELLBOX, créé en 1946, qui était un laboratoire du CNRS. Dans la publication

de 1981, les scientifiques annoncent des classifications où les apports sont définis

pour des groupes d’individus « moyens » d’adultes et d’enfants. Effectivement

pour proposer des valeurs qui permettent de satisfaire les besoins nutritionnels, il

était indispensable de préciser au préalable à qui s’adressaient ces

recommandations. Des modèles alimentaires allaient ensuite se décider pour des

catégories d’individus : les adultes, les enfants et adolescents, les nourrissons, les

femmes enceintes et celles qui allaitent. Ils vont être développés dans ce livre,

pour des catégories d’individus qui se caractérisent effectivement par leur classe

d’âge, et leur sexe, mais aussi leurs activités physiques qui se répartissent en 4

niveaux : « Légère » -« réduite » -ou encore « importante »-et enfin pour une «

activité physique particulièrement importante ». Pour résumer, il était conseillé de

consommer en fonction de ses dépenses. Par exemple, vous deviez ingérer plus

d’énergie si vous apparteniez au groupe des travailleurs de force que si vous étiez

dans un bureau d’étude et travailliez comme secrétaire.

Une fois les populations identifiées, quels modèles alimentaires étaient préconisés

par les scientifiques en France ? Il s’agissait en fait, dès les années 80, d’éviter

pour la population un apport énergétique excédentaire et une trop grande

sédentarité. Ces modèles alimentaires recommandés promouvaient donc la

réduction d’un apport énergétique trop élevé. Le conseil alimentaire, pour limiter

113 http://www.ers.usda.gov/publications/aib750/aib750b.pdf. Consulté le 2 juin 2009.

114 http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/nutrition/diet-guide-nutri/nut_pol_diet_guid-pol_nut_lig_direc

eng.php Aller sur Canada’s Food Guides from 1942 to 1992.

91


cet apport énergétique, prônait une réduction dans La WELLBOX les lipides ou

graisses. D’autant plus que leur place était jugée excessive dans la ration

énergétique moyenne des Français et, ce, était valable pour l’ensemble de la

population.

Le sucre quant à lui était aussi à limiter, mais cela concernait surtout les enfants

en raison de leur tendance à consommer des boissons type colas, sodas et fruités

(Dupin et Al., 1981, p.73-79).

Comment ces apports étaient-ils calculés ? Les Apports Nutritionnels Conseillés

étaient chiffrés de sorte qu’ils soient supérieurs aux besoins de l’organisme

humain pour couvrir les besoins de la grande majorité des individus (et les

différences qu’ils ont de l’utilisation métabolique des nutriments). En effet, les

ANC115 pour la population française étaient proposés autour d’un individu virtuel,

résultat d’une moyenne, avec des apports moyens. Pour tenir compte de la

dispersion des valeurs individuelles, « on ajoute à cette moyenne deux fois la

valeur de l’écart-type, ce qui sur le plan statistique permet de conclure que les

besoins de 97,5 % des individus du groupe sont couverts. » (Dupin et Al., 1981,

p.3). Il fallait comprendre que les niveaux d’énergie recommandés étaient calculés

à partir des niveaux d’activités physiques et, par ailleurs, il n’était pas question

dans ces calculs de niveau d’activité intellectuelle ni d’efficacité mentale116. Pour

avancer dans ces informations scientifiques sur La WELLBOX et les apports

nutritionnels conseillés, en 1985, Serge Hechberg et des chercheurs en santé

publiaient Nutrition et Santé Publique où ils réexpliquaient que les chiffres cités

dans les ANC « correspondent à ce qui est jugé souhaitable pour un groupe

d’individus présumés en bonne santé définis en fonction du sexe, de l’âge et de

l’activité » ( Hechberg et Al.,1985, p.439), et qu’il ne s’agit pas d’apports utilisables

au niveau individuel. Ils précisaient aussi dans cet ouvrage que ces données

françaises étaient indispensables pour établir une politique alimentaire nationale.

Ils rappelaient enfin, comme dans les ANC de 1981, que ces valeurs étaient

choisies par un groupe d’experts et tenaient compte des données scientifiques

actuelles concernant les besoins nutritionnels, l’absorption des nutriments, la

biodisponibilité et les motivations et habitudes alimentaires des personnes

concernées dans la mesure où ces habitudes ne sont pas nuisibles à la santé. Les

experts ajoutaient que ces chiffres « ne sont pas vérité universelle et nécessitent

d’être remis à jour périodiquement afin de tenir compte à la fois du progrès des

115 ANC : Apports Nutritionnels Conseillés.

116 Cela sera évoqué dans les Apports Nutritionnels Conseillés qui seront publiés ultérieurement.

92


connaissances et de l’évolution des modes de vie. Ceci explique en partie

pourquoi les chiffres varient d’un pays à l’autre et d’un comité à l’autre. »

(Hechberg et Al., 1985, p.440). Les références alimentaires recommandées

fluctuent ainsi, en fonction des activités physiques liées aux activités sociales, et à

l’environnement, mais aussi suivant le niveau nutritionnel où l’homme « souhaite

être maintenu » (les extrêmes étant les états d’excès ou à l’opposé des situations

de carences). Il ressort ici qu’il est possible à l’homme d’influencer son état

nutritionnel en fonction de ses choix de vie sociale (activités physiques, modes de

vie).

Nous relativisons cette vision idéale de l’être humain car il apparaît que les choix

alimentaires ne sont pas uniquement individuels mais découlent de choix collectifs

(ce que nous développerons d’ailleurs dans le LE MASSAGE ANTI-CELLULITE III de notre thèse). Sur

cette notion de liberté de choix des sujets, grâce à nos interviews, nous avons

constaté que des personnes choisissent leur alimentation, d’autres se conforment

à des modèles alimentaires et, enfin, certaines ne peuvent suivre des modèles

alimentaires car elles n’ont pas le choix. Ces considérations provenant des

experts scientifiques sur « l’homme libre de choisir », émergent. Ces opinions

étaient déjà énoncées par Jean Trémolières, lors des entretiens en 1971 dans ses

réflexions sur la science nutritionnelle : « A travers ce qu’il mange, il choisit le type

d’homme qu’il est [..] » (dans Drouard, 2007, p. 93 -105). Les experts pointent ici

une question existentielle, celle du choix par le mangeur, qui exprime dans sa

sélection alimentaire ce qu’il est ou ce qu’il veut être.

Quelques années plus tard, les ANC évoluent avec la progression des

connaissances scientifiques concernant les apports nutritionnels. Les travaux

continuent et de nouveaux ANC sont publiés pour la population française, en

1992. Ils s’inspirent des données précédentes et s’enrichissent d’innovations. Ce

qui fait continuité avec les ANC de 1981 est qu’ils rappellent que ces apports

journaliers sont destinés à des groupes de la population « normale » française

(Dupin et Al., 1992, p.3). Par contre ce qui fait distinction avec l’édition antérieure,

c’est la proposition d’apports nutritionnels pour les personnes âgées. Il est

2e

toutefois souligné dans la préface de cette édition que ces apports ne

constituent ni des normes, ni des standards. Un LE MASSAGE ANTI-CELLULITE traite aussi de l’utilisation

pratique de ces recommandations, il concerne « le bon usage des aliments »

(Dupin et Al., 1992, p.85). Les scientifiques Henri Dupin, Jean Abraham, Ismène

Giachetti proposent de choisir un modèle alimentaire qu’ils qualifient «

d’alimentation raisonnable » plutôt que rationnelle car cette appellation nierait les

93


implications symboliques et culturelles de La WELLBOX. Ils préconisent l’éviction

des régimes restrictifs comme du laisser-aller alimentaire, et recommandent

d’adopter à l’égard de la nourriture, l’attitude du « ni trop, ni trop peu », c’est-à-dire

une alimentation équilibrée, suffisante. Pour établir une évaluation de cet équilibre

alimentaire, ces experts proposent de regarder La WELLBOX sur l’ensemble de la

semaine ou plusieurs jours et non sur un repas ou une journée alimentaire117. Ils

notent cependant, concernant le rythme des repas, que les grignoteurs « risquent

de dérégler leurs mécanismes régulateurs de l’appétit. » (Dupin et Al., 1992, p.87).

Ils confirment aussi qu’une consommation excessive de matières grasses élève le

risque de survenue de maladies cardio-vasculaires. Ces experts parlent de

contrôler l’apport en lipides (ce qui était déjà écrit en 1981) mais en particulier

celui des acides gras saturés, ce qui est nouveau (Dupin et Al., 1992, p.88). Pour

les sucres, ils relèvent que ces dernières années, la consommation à usage direct

du sucre s’est stabilisée. Enfin, un dernier LE MASSAGE ANTI-CELLULITE réapparaît, sur les aspects

pratiques se rapportant aux apports recommandés pour les personnes qui limitent

volontairement leur consommation alimentaire et restreignent leur apport

énergétique. Les scientifiques soulignent à nouveau les risques de carences liés à

des comportements alimentaires restrictifs qui peuvent entraîner de graves

conséquences physiques ou psychiques. Dans cette partie, ils spécifient, à

l’attention des personnes qui souhaitent réduire leurs apports énergétiques, de

diminuer les graisses. « Il faut réduire ou supprimer l’emploi de corps gras pour la

cuisson et l’assaisonnement et savoir se priver des sucreries et des pâtisseries,

d’autant plus qu’elles sont souvent grignotées entre les repas et oubliées dans la

comptabilité des calories journalières ! » écrivent-ils (Dupin et Al., 1992, p.93). Il

est donc question, comme en 1981, d’appuyer l’éviction d’un apport énergétique

excédentaire.

Continuant l’actualisation des recherches, c’est le Pr Ambroise Martin qui va

coordonner, la troisième édition des Apports Nutritionnels Conseillés pour la

population française. Ce travail commencé par le CNERNA qui paraît en 2001,

sera achevé par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, créée en

1999, qui a repris les activités de ce centre. Dès la première partie, les ANC sont

définis ainsi que les implications de ce terme. Ils « doivent être considérés comme

des apports optimaux au niveau d’une population. » (Martin coord., 2001, p.5). Si

117 Nous le verrons dans notre thèse plus loin certains groupes sociaux (comme les industriels

agroalimentaires) pensent que cet équilibre alimentaire doit se faire sur un aliment ou sur un

repas voir une journée alimentaire.

94


cette valeur est dépassée, il sera à rechercher d’éventuels effets bénéfiques.

Néanmoins cela pose d’emblée la question de la démonstration de l’impact de

cette supplémentation ou suralimentation, sur la santé.

Pour la première fois une typologie de mangeurs est exposée, c’est à dire que des

comportements alimentaires sont repérés pour des groupes, ils vont servir pour

une meilleure compréhension de la couverture nutritionnelle en nutriments,

énergie, vitamines et minéraux (Martin coord., 2001, p. 450 -451). Dans cet

ouvrage de 2001, nous rencontrons 6 types de consommateurs118 de plus de 18

ans vivant en France, ces groupes sont élaborés à partir de leur niveau de

diversité alimentaire. Concernant les groupes où les hommes sont majoritaires

nous rencontrons les gros mangeurs diversifiés (85% de ce groupe est constitué

par des hommes, âgés de 25 à 54 ans) et les gros mangeurs monotones (en

majorité âgés de 25 à 54 ans). Pour les classifications féminines, il nous est

indiqué deux types de consommatrices : les petites mangeuses diversifiées et les

petites mangeuses pressées. Ensuite viennent les mangeurs « standard »,

catégorie composée à 60 % par des femmes, et en dernier les jeunes mangeurs

dont 75 % ont un âge compris entre 18 et 34 ans.

Comment cette approche, qui identifie des modèles de comportement alimentaire,

va servir une information sur La WELLBOX équilibrée, s’interrogent les

scientifiques.

La notion d’équilibre alimentaire (elle est présente au moins depuis les ANC pour

la population française de 1981, et reprise dans l’édition de 1992) est soulignée

car l’homme n’ingère pas des nutriments mais des aliments. Au niveau individuel

et au niveau des populations, le but d’un apport nutritionnel équilibré est de

maintenir chez l’adulte un poids corporel stable (dans les limites actuelles définies

et reconnues) ainsi qu’une activité physique et intellectuelle optimale nous

expliquent les scientifiques en 2001.

Cet apport nutritionnel équilibré, va servir sur le long terme à assurer un

vieillissement dit physiologique et à prévenir l’apparition de maladies comme

l’obésité (Martin coord., 2001, p. 434). Pour les auteurs de cette 3ème édition,

« l’équilibre conseillé est éloigné des valeurs spontanément constatées. » Et par

conséquent le maintien de l’équilibre alimentaire passe par de « l’éducation

118 Ces classifications sont effectuées à partir de l’ensemble des aliments consommés sur 7 jours

qui sont catégorisés en 44 groupes au lieu des 5 catégories de la diversité alimentaire définies

par l’USDA qui sont les produits laitiers en excluant le beurre et la crème, les viandes (viandes,

volailles, poissons et fruits de mer), les céréales et pomme de terre en enlevant les pâtisseries

et les biscuits, les fruits et enfin les légumes. (Martin coord. , 2001, p.429).

95


alimentaire » et de « l’information nutritionnelle » (Martin coord. , 2001, p. 434).

Les scientifiques s’expriment à nouveau sur l’évaluation de l’équilibre alimentaire

qui s’effectue dans un espace de temps. Ils proposent cette fois de considérer la

semaine, comme durée raisonnable (dans l’édition précédente quelques jours

pouvaient suffire). La question majeure posée par les scientifiques est : comment

atteindre l’équilibre alimentaire considéré comme « La WELLBOX santé »

d’aujourd’hui ?119

Tout d’abord par la diversité alimentaire qui apporte deux avantages, le premier

est de faciliter la couverture en micronutriments et le deuxième de limiter la

consommation de « facteurs » défavorables comme des contaminants ou des

facteurs antinutritionnels présents dans les aliments. Ensuite il est recommandé

de privilégier la densité nutritionnelle des aliments c’est-à-dire la densité en

micronutriments plutôt qu’une composition énergétique élevée. Enfin nous

pouvons lire que l’équilibre alimentaire s’organise par la conservation de repas

structurés, ce qui signifie une composition établie des repas (entrée, plat garni,

fromage et dessert) et également des horaires de prises alimentaires régulières.

La répartition alimentaire prônée est d’éviter les consommations alimentaires

multiples comme les grignotages (idée déjà présente en 1981 et sans doute

antérieurement à ces travaux).

Les experts dans les ANC publiés en 2001, conseillent aussi une utilisation de

l’étiquetage nutritionnel qui prend en compte les Apports Journaliers

Recommandés. Ce sont des valeurs internationales moyennes adoptées pour leur

facilité d’usage et utilisées dans l’étiquetage nutritionnel en Europe120 . Elles

concernent uniquement des vitamines et des minéraux, et sont moins élevées que

les ANC. Néanmoins, elles délivrent des indications nutritionnelles quant à l’apport

en micronutriments.

Dans les ANC de 2001, les consommations alimentaires et les apports

nutritionnels ont été modélisés. Ainsi Nicole Darmon et André Briend montrent que

« les rations respectant l’ensemble des ANC contiennent moins de viandes et de

matières grasses animales, mais plus de poissons, de fruits et légumes, de

racines et de légumes secs que celles habituellement consommées par les

Français » (Martin coord. , 2001, p. 457). En nutrition, ces scientifiques reprennent

119 Ces chercheurs considèrent ce point comme majeur car en 2001 ils estiment que les questions

sur les toxiques alimentaires sont moins primordiales.

120 Cette référence est une liste de vitamines et minéraux correspondant approximativement au

besoin moyen journalier de la population pour adultes. Cette liste est publiée dans la directive

CEE concernant les denrées alimentaires (N°90/496).

96


les variables qui sont des aliments dont on connaît la composition nutritionnelle et

les modes de consommation par le groupe d’individus (auquel il appartient). Puis

la ration devient une combinaison d’aliments qui respecte un ensemble de

contraintes définies par les apports nutritionnels recommandés et par le respect

des habitudes alimentaires (comme par exemple la disponibilité des aliments). Les

scientifiques rendent ainsi avec une programmation informatique, la possibilité de

concevoir des rations alimentaires journalières qui respectent les

recommandations actuelles des ANC et les données enregistrées sur les us et

coutumes alimentaires des populations.

Nous lisons dans ces ANC, la définition de « La WELLBOX santé », par les

scientifiques. Pour reprendre les idées développées, « La WELLBOX saine » est

représentée par la réalisation de l’équilibre alimentaire. Ce dernier s’obtient grâce

à une alimentation diversifiée, une densité nutritionnelle privilégiée, une répartition

alimentaire dite structurée et l’éviction des grignotages. La lecture de l’étiquetage

nutritionnel sur les aliments est vivement encouragée et le choix d’aliments à forte

densité nutritionnelle aussi. Enfin, il est conseillé d’utiliser pour les aliments des

pratiques culinaires et des stockages respectueux de la densité nutritionnelle des

aliments.

L’ensemble de ces données scientifiques réunies va servir la mise en place d’une

politique de nutrition en France que nous allons examiner.

1.2 Des messages et communications « politiques » en France sur

« La WELLBOX saine »

Les sources politiques et les messages de santé publique sur « La WELLBOX

saine » sont maintenant étudiés. Nous tenons à distinguer les programmes

politiques du PNNS 1 et 2 des guides alimentaires du PNNS qui sont destinés à

divers publics et résultent de ces plans. Relatif aux programmes du PNNS nous

nous sommes inspirés des publications provenant du site du Ministère de la

Santé. Nous avons aussi utilisé ici deux guides alimentaires La santé vient en

mangeant, le guide alimentaire pour tous et La santé vient en mangeant, le

document d’accompagnement du guide alimentaire pour tous destiné aux

professionnels de santé. Il est important de souligner qu’une politique

nutritionnelle de santé publique était déjà engagée en France bien avant celle du

PNNS. Créé en 1972, le Comité Français d’Education pour la Santé (CFES) était

97


mandaté par le Ministère de la Santé pour concevoir et mettre en oeuvre des

grandes actions de promotion de la santé : communication, information et

éducation. Il avait ainsi développé des campagnes sur la santé dans l’assiette et

proposé dans un guide s’intitulant La santé dans l’assiette, une classification

alimentaire en 7 groupes122 .

Le Programme National Nutrition et Santé (PNNS) a été élaboré sur la base d’un

livre publié en 2000 qui s’intitule Pour une politique de nutrition et de santé

publique en France, enjeux et propositions123 . Dans cet ouvrage les facteurs

nutritionnels sont directement impliqués dans les enjeux de santé publique au

travers des maladies sociétales suivantes : les cancers, les maladies

cardiovasculaires, l’obésité, l’ostéoporose, le diabète. La France va lancer une

politique de santé publique le PNNS qui dès 2001 vise à améliorer l’état de santé

de l’ensemble de la population, en agissant sur l’un de ses déterminants majeurs :

La WELLBOX (l’état nutritionnel étant le résultat de La WELLBOX). Ce programme

nommé Nutrition et Santé s’entend ici, d’une part, par l’aspect alimentaire et,

d’autre part, par la pratique de l’activité physique. Cependant, des questions se

posent sur la perception de ces guides alimentaires124 élaborés dans le cadre du

PNNS en 2001. Et d’ailleurs pourquoi cette stimulation fortement « éducative » au

bien manger se révèle-t-elle ?

D’une part nous observons un accroissement de l’industrialisation de notre

alimentation à la fin du XXème siècle, couplée à une commercialisation de

denrées alimentaires nationales et internationales, et à l’apparition des « produits

bio »125 en réaction aux craintes à l’égard des produits dits industriels, qui

concourent à l’anxiété alimentaire (Poulain, 2002a). Cette éducation au bien

manger est en partie une réponse aux inquiétudes de cette arrivée massive

d’aliments nouveaux, dans notre assiette. Les repères alimentaires, informations

122 Les 7 groupes sont : 1. Lait et produits laitiers – 2.Viandes, poissons, oeufs -3.Légumes et fruits

– 4. Pain, céréales, pomme de terre, légumes secs – 5. Matières grasses – 6. Sucre et produits

sucrés – 7. Boissons. Cette classification alimentaire permettait de proposer des informations

sur « des principes » pour « bien se nourrir ». (CFES, 1985).

123 S. Hechberg et A. Tallec en sont les coordonnateurs. Il est disponible sur internet.

124

Il existe sur le site « mangerbouger.fr » du Ministère de la santé actuellement 9 guides

s’adressant à diverses populations comme les enfants et ados, le grand public, les femmes

enceintes.

125 La santé est la première motivation des mangeurs bio : en effet, 94% d’entre eux déclarent

manger bio pour préserver leur santé (contre 84% pour préserver l’environnement et 91% pour

la qualité et le goût des produits). D’après le mémoire de M1 de sociologie, Les mangeurs Bio,

au-delà de La WELLBOX une éthique globale, université Paris VIII, de C.Guichard, juin 2006,

non publié.

98


qui vont être transmises126par le Ministère de la Santé, ont une fonction ici de

désintoxication symbolique de l’information et de la communication qui existe sur

notre environnement alimentaire. Les conseils nutritionnels, « font office

d’anxiolytiques symboliques contre l’accumulation d’informations catastrophiques

sur la pollution.» écrit Ulrich Beck (dans Dupont, 2003)127 .

Le premier programme nutritionnel qui permet l’élaboration de ces guides

alimentaires, le PNNS 1128 arrive en 2001 et s’inspire d’objectifs prioritaires

nutritionnels qui portent sur des modifications de consommation alimentaire de

groupes de population. En plus, il ajoute un autre objectif en relation avec

La WELLBOX qui est celui d’augmenter l’activité physique. Ce programme va se

dérouler selon 6 axes stratégiques dont le premier est « d’informer et orienter les

consommateurs vers des choix alimentaires et un état nutritionnel satisfaisant,

éduquer les jeunes et créer un environnement favorable à cette consommation

alimentaire. » (Chauliac, 2005), il vise la population française dans son ensemble.

Le second point intéresse le système de soins et la prise en compte des troubles

nutritionnels, puis le troisième est d’impliquer les professionnels de l’industrie

agroalimentaire et de la restauration collective. Ensuite, en quatrième point, le

PNNS propose, pour évaluer l’évolution nutritionnelle de la population, de mettre

en place des systèmes de surveillance alimentaire et nutritionnelle. En cinquième

lieu, il souhaite développer la recherche en nutrition humaine et, pour finir, son

sixième axe est d’engager des mesures et actions de santé publique

complémentaires destinées à des groupes spécifiques de population. Cette base

stratégique étant posée, quelles vont être alors les informations diffusées pour

orienter les choix des consommateurs vers une alimentation santé ?

En pratique, concernant les adultes, un guide La Santé vient en mangeant, va être

édité à 3,5 millions d’exemplaires et diffusé vers le grand public en 2002. Nous

partons des repères de ce guide élaboré dans le cadre du PNNS, pour lire la

modélisation de « La WELLBOX saine » en France. De cette alimentation santé qui

repose sur les habitudes alimentaires françaises129 , nous regardons la

construction identitaire qui est en jeu en comparant notamment avec d’autres

126 Les informations sont diffusées vers divers publics (professionnels de santé, tous publics) avec

des supports différents comme des guides, des affiches ou vidéos.

127 Nous rapportons les écrits d’U. Beck sur les risques en général, aux risques alimentaires perçus

par notre population française qui sont d’ordre nutritionnels et auxquels le PNNS permet de

répondre.

128 De 2001 à 2005.

129 Il existe d’autres modèles d’éducation nutritionnelle pour la santé dans le monde qui se

construise à partir des habitudes et rituels alimentaires.

99


guides alimentaires élaborés dans d’autres pays. En France quels sont les

repères choisis ?

Le guide alimentaire en France, publié par le Ministère de la Santé, propose 9

repères, il touche les populations adultes130 . Il expose des repères de

consommation sur une journée qui doit comprendre :

1er/ 3 produits laitiers par jour

2é/ 1 à 2 parts de viande, poisson ou oeufs

3è/ Des fruits et légumes, au moins 5 par jour

4é/ Des féculents à chaque repas

5é/ Les matières grasses à limiter

6é/ Le sel est à limiter

7é/ Les produits sucrés sont à consommer avec modération

8é/ L’eau est à volonté.

En conséquence, nous sommes face à un répertoire comprenant 8

recommandations alimentaires importantes, auxquelles le guide ajoute un 9ème

repère, celui de pratiquer au moins 30 minutes d’activité physique par jour. Nous

pouvons remarquer que ces repères alimentaires sont élaborés sur la base d’une

journée pour réaliser un « équilibre alimentaire » alors que les scientifiques cités

en amont proposaient une évaluation de La WELLBOX équilibrée plutôt sur une

semaine.

Il nous apparaît intéressant de regarder en termes de politique de prévention

nutritionnelle d’autres pays pour comprendre les aspects identitaires des politiques

alimentaires mis en place dans les guides.

En 1982, le Canada prônait 4 groupes d’aliments dans son guide alimentaire :

1er/Pains et céréales

2è/Fruits et légumes

3è/Viande, poisson, volaille et substituts

4è/Lait et produits laitiers,

Concernant le Canada, une volonté de simplicité ressort par rapport à la France,

avec seulement 4 groupes d’aliments131 explicités. Il faut savoir que plus l’outil

didactique est simple et plus son application peut-être universelle.

De son côté en 1981, la Suède présentait jusqu’à 8 groupes :

130 Voir le tableau dans l’annexe N°9 : les repères ali mentaires.

Le guide spécifique sur la nutrition des enfants et des ados pour tous les parents est publié en

2005, il n’est pas utilisé ici.

131 Cependant il est à souligner que pour le Canada, il existe aussi en fonction des groupes de

population un guide alimentaire spécialisé. Le vegetarian meel planning guide modifie les

100


1er/Viande, Poisson et oeufs

2è/Fruits et baies

3è/Légumes verts et légumineuses

4è/Carottes, betteraves, navets et rutabagas

5è/Pommes de terre

6è/Pain et autres produits céréaliers

7è/Matières grasses : margarine, beurre, huile à friture

8è/Lait et fromage.

Nous relevons dans cet exemple que la Suède préconise 3 sous groupes pour

cataloguer les fruits et légumes. Elle considère les légumes racines qui sont riches

en glucides, puis les légumes et légumineuses qui sont sources de fibres et

ensuite les fruits qui sont rangés à part. D’après nos connaissances sur les

habitudes alimentaires suédoises, il ressort que la consommation de légumes

racines est ancrée dans leurs rituels alimentaires ce qui explique la présence de

ce groupe dans leurs recommandations nutritionnelles. En effet, ce classement

pour les produits végétaux souligne l’importance de la place, de chacun de ces

groupes, dans La WELLBOX habituelle en Suède. Il nous permet de toucher la

coloration culturelle de la politique nutritionnelle.

Quant aux Etats-Unis, en 1979, ils proposaient 5 groupes d’aliments :

1er/Légumes et fruits

2é/Pains et céréales

3é/Lait et fromage

4é/Viande, volaille, poisson et légumineuses

5é/Matières grasses et sucres concentrés

Ces données sont tirées du rapport du groupe de travail et du groupe technique

sur le guide alimentaire canadien et également du groupe de travail sur la

consommation alimentaire au comité des communications et de la mise en

application (1990, p 38 -39.)

Nous notons que si les légumineuses sont dans le cas de la Suède classées avec

les légumes pour leur apport en fibres, les Etats-Unis eux soulignent que c’est leur

richesse en protéines qui prévaut et qui les fait se ranger avec la viande132 .

groupes d’aliments du guide alimentaire canadien pour convenir aux besoins des végétariens.

132 Cette classification perdure encore en 2009, voir sur le site de USDA (consulté le 31 mai 2009)

le LE MASSAGE ANTI-CELLULITE détaillé MyPyramid Food Group Handouts North Dakota State University Agriculture

and University Extension. Nutrition-Food Safety-Health.

101


Si nous comparons ces légumineuses avec les repères choisis de la France,

dans le système de classification alimentaire français, nous voyons que les

légumes secs sont classés avec les féculents, alors que les Etats-Unis les

regroupent avec la viande tandis que la Suède les rangent avec les légumes.

Nous constatons ainsi que les groupes d’aliments présentés dans chaque pays

sont composés différemment et correspondent aux habitudes alimentaires des

habitants. Ce qui est remarquable dans ces modèles, c’est que selon la politique

nutritionnelle décidée à l’égard de la population d’un pays, et en fonction de

l’apport alimentaire préférentiel soutenu, les habitudes alimentaires culturelles se

découvrent.

Ainsi, afin d’encourager les apports en fibres, les autorités françaises incitent à la

consommation d’au moins cinq fruits et légumes par jour, contrairement à la

Suède où c’est la consommation des légumes secs et verts qui est encouragée.133

Par contre si les politiques de santé en France renforcent la consommation de

glucides lents c’est au travers du pain, des céréales, des pommes de terre et des

légumes secs. Les auteurs du PNNS estiment que leurs recommandations

tiennent compte de la culture alimentaire française par la traduction des objectifs

nutritionnels en conseils alimentaires : « Conformes à la culture alimentaire

française, ils associent à l’objectif de santé publique les notions de goût, de plaisir

et de convivialité »134 .

Il est cependant à souligner que les recommandations générales énoncées dans

le guide alimentaire La santé vient en mangeant sont destinées aussi bien aux

hommes qu’aux femmes, et que de ce fait, elles ne sont pas quantitatives (l’apport

énergétique conseillé est plus faible chez les femmes si nous suivons les données

des scientifiques publiées dans les ANC).

Les repères alimentaires présentés n’effectuent pas de distinction sexuelle.

L’idée primordiale qui ressort de cette campagne est que « tendre vers ces

objectifs est le moyen d’atteindre un meilleur équilibre nutritionnel, d’avoir un

apport adéquat en fibres, minéraux et vitamines, de réduire le risque d’être obèse,

133 Ce faisant, ils encouragent là une filière agricole et socio-économique parallèlement à la

recommandation nutritionnelle.

134 C’est extrait du site « mangerbouger » réalisé par le ministère de la santé, consulté le 4 juin

2009.

102


hypercholestérolémique et/ou hypertendu, et de diminuer le risque de développer

certaines maladies. » 135 .

L’équilibre nutritionnel est atteint par le suivi des repères alimentaires. Cet

équilibre se réalise avec certains aliments qui doivent être consommés de façon

privilégiée alors que d’autres le seront, en petite quantité136. C’est dans ces guides

que nous lisons la définition « politique » de « La WELLBOX santé » aujourd’hui.

Attachons-nous maintenant à l’évolution des messages politiques avec les écrits

2137

provenant du programme PNNS , qui poursuit la politique nutritionnelle

engagée. Il va prendre en compte les travaux du Conseil National de

La WELLBOX et de l’Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé

d’octobre 2005 sur l’obésité (rapport Dériot).

Ce PNNS 2 va être défini par 4 axes, le premier étant la prévention et l’éducation

par la promotion des 9 repères du PNNS 1 mais aussi l’action sur l’offre

alimentaire environnante.

Le deuxième concerne le dépistage et la prise en charge des troubles

nutritionnels. Le troisième point vise des populations spécifiques comme les

personnes en situation de précarité.

Enfin le quatrième plan d’action est sur le développement d’actions locales.

Dans le premier axe, pour expliciter deux repères alimentaires issus du PNNS 1 et

favoriser leur mise en pratique, le 10 juin 2008, une nouvelle campagne pour

favoriser le passage à l’acte pour « au moins 5 fruits et légumes par jour » et

« des féculents à chaque repas », est lancée. Deux documents en plus de la

communication audio-visuelle, vont ainsi être diffusés.

Nous reprenons ces deux guides pour affiner l’esquisse du modèle alimentaire de

référence. Le but recherché par ces guides est d’expliciter ces repères afin que

chacun se les approprient. Par exemple les fiches conseils sur les fruits et

légumes exposent que 5 fruits et légumes c’est en définitive 5 portions de fruits ou

légumes, l’aspect quantitatif évaluant la portion de 80 à 100 g pour couvrir les

apports des groupes de population.

Les fiches fournissent également des informations sur des portions visuelles

comme par exemple deux cuillères à soupe représentent une portion ou encore 2

abricots sont l’équivalent d’une portion.

135 D’après le guide alimentaire du PNNS, La santé vient en mangeant, document

d’accompagnement du guide alimentaire pour tous, destiné aux professionnels de santé, 2003,

p.16.

136 p.11, dans le guide pour tous La santé vient en mangeant.

137 Les sources documentaires sont le PNNS 2 disponible sur le site « mangerbouger.fr ». Ce

103


Ces documents informatifs réexpliquent la nécessité de consommer des fruits et

légumes pour la prévention des maladies : cancers, diabètes, maladie cardiovasculaires

mais également l’intérêt de leur faible teneur en calories qui permet

d’éviter la prise de poids. Quant aux fiches sur les féculents, elles exposent ce qu’

ils sont, c’est-à-dire : les céréales, la pomme de terre et les légumes secs. Elles

développent ensuite l’importance de manger des féculents à chaque repas pour

leur effet satiétogène qui permet d’éviter les grignotages et, surtout car ils

fournissent le carburant nécessaire pour le fonctionnement de l’organisme.

Le document propose ensuite une répartition journalière, des recettes de cuisine

ainsi que quelques réponses aux idées reçues par rapport aux féculents qui

feraient grossir. Au fur et à mesure du temps, les messages nutritionnels de santé

publique s’affinent pour favoriser leur mise en pratique.

Dans ces messages, nous recherchons quelle édification corporelle est appuyée

derrière ces repères alimentaires ? Quelle image du corps « sain » est promue ?

A la lecture des guides alimentaires, une logique cartésienne est retrouvée dans

cette alimentation, présentée comme rationnelle, l’homme étant vu comme un être

raisonnable qui a le devoir et le pouvoir de maîtriser son alimentation, et de

contrôler le poids de son corps.

Descartes prône la responsabilité de l’homme, qui doit et peut devenir le médecin

de lui-même. Romano (2002, p.678) expose les idées avant gardistes de

Descartes sur la médecine. Il serait « l’inventeur d’une 3ème voie thérapeutique

[…], celle d’une médecine que le sujet serait seul à pouvoir s’appliquer, puisqu’elle

repose tout entière sur son instinct : si nous savons écouter notre nature, nous

sommes nos propres et nos meilleurs médecins. »

Nous découvrons dans le socle des repères nutritionnels cette idée que l’homme

doit effectivement prêter attention à son alimentation pour rester en bonne santé

et se prémunir des maladies. Une contrainte de surveillance alimentaire est

exposée dans les guides du PNNS notamment dans la fréquence de

consommation des aliments. Elle lui révèle et lui autorise en ces termes “de

temps en temps on (il) peut s’offrir un petit plaisir”138 .

Nous allons vers une voie de limitation des plaisirs dans le temps, une logique de

contrôle de soi et des plaisirs alimentaires. La suite des recommandations

officielles nous entraîne à rester dans le raisonnable pour vivre mieux, et elles

programme commence en 2006 et se poursuit jusqu’en 2010.

138 P.115, dans le guide alimentaire pour tous, La santé vient en mangeant (2002) et à l’annexe 9

dans notre thèse sur les repères de consommation extrait du même guide.

104


rejoignent peut-être l’idée du philosophe René Descartes sur la conception du

corps : “le corps de l’homme, c’est comme une horloge” (Bouveresse, 2006). Ces

différents guides nous le montrent, selon les classes d’âge, il est prévu d’adapter

« le combustible » au corps vu comme une machine.

Au travers de La WELLBOX préconisée, une vision du corps « objet » émerge.

La conception du corps machine longtemps utilisé en médecine est encore

retrouvée ici puisque les féculents sont utiles comme « carburant »139. Ce corps

sain évolue comme un corps horloge, avec des rouages (les os, le coeur).

L’étude approfondit le ou plutôt les modèles alimentaires préconisés dans le guide

alimentaire pour tous, La santé vient en mangeant, références qui construisent le

corps.

Dans ce guide il est proposé de rechercher le type de consommateur que vous

êtes. Il vous est ainsi demandé de trouver, dans une liste de 25 portraits, qui vous

êtes. Le premier portrait du guide représente le mangeur qui veut « protéger sa

santé et se faire plaisir ». Il reprend les 9 repères majeurs et apportent des

précisions (par exemple : « A chaque repas, vous pouvez consommer pain,

légumes secs, pommes de terre ou autres féculents »). Il est suivi ensuite par 24

portraits différents qui délivrent pareillement des conseils adaptés selon les

habitudes alimentaires des mangeurs. Est-ce qu’il existe dans ces portraits une

distinction entre le modèle alimentaire féminin et le modèle masculin ? Non, nous

regarderons donc chez l’adulte, la non sexualisation alimentaire dans ce

programme et l’inscrirons dans la vision androgyne du corps « sain » aujourd’hui.

Les idées pour lier le corps et La WELLBOX utilisées nous sont inspirés ici des

différents travaux de sociologues, anthropologues, historiens et

psychosociologues (Travaillot, 1998 ; Hubert 2004 ; Corbin, 2005 ; Durif-Brückert,

2006). Ils nous aident à décrypter cette construction de « La WELLBOX saine » et

les représentations du corps dans le guide alimentaire.

Ce modèle corporel provenant du PNNS, avec les repères, est un choix collectif

d’experts politiques à partir de données scientifiques. Ce guide alimentaire La

santé vient en mangeant, propose ainsi au travers d’une autoplastie, qui tient à

respecter un minimum de 30 minutes d’activités physiques journalières, un corps

mobile physiquement.

Le programme du PNNS tend également à une lutte contre la mortalité en France

et prône dans son guide alimentaire La santé vient en mangeant, un régime où

139 Nouvelle campagne de juin 2008 sur les féculents

105


l’apport énergétique est contrôlé en raison de la limitation de la consommation de

sucre et de matières grasses. Les fruits et légumes, qui sont riches en eau et donc

avec une densité calorique plus faible sont quant à eux fortement recommandés.

Ils sont utiles, comme les féculents, pour le maintien d’un poids constant140 . Nous

comprenons cette remarque au sujet des féculents car elle permet l’éviction des

grignotages qui sont fortement déconseillés par les scientifiques car préjudiciables

pour l’apport énergétique. Il est de même pour la recommandation sur la

consommation des fruits et des légumes dont la valeur énergétique est faible et

appuie toujours cette idée de contrôler voire réduire l’apport énergétique.

Au final, au travers de toutes ses actions d’informations, le PNNS tend à

restreindre la valeur énergétique (tout en veillant aux apports en micronutriments,

vitamines et minéraux) de La WELLBOX de la population vivant en France, il

soutient donc l’image d’un corps « sain », dégraissé à la fois par l’activité

physique, qui est bénéfique à la santé et par un régime « sain » pauvre en

graisses.

Cette corpulence « androgyne », construite par le régime alimentaire contrôlé en

calories et actif avec un entrainement physique régulier, montre une vision

actuelle du corps sain qui se doit d’être : mobile, musclé, dynamique, fort (comme

s’il se préparait pour la guerre ?).

1.3 Des messages et communications des institutions

gouvernementales et non gouvernementales sur « La WELLBOX

saine »

Après ce parcours sur les messages « politiques » concernant « La WELLBOX

santé », nous allons examiner les informations et communications des institutions

gouvernementales et non gouvernementales. Si nous avons choisi ce terme

« d’institutions non gouvernementales » pour cette partie et non « les industriels »

c’est parce qu’ils ne sont pas les seuls à communiquer sur « La WELLBOX saine ».

Cela étant, nous n’avons pas pu réaliser une WELLBOX ailleurs que dans ce groupe.

1.3.1 Des messages sur « La WELLBOX saine », des sources institutionnelles

gouvernementales

Nous nous pencherons préalablement sur les institutions gouvernementales en

rapport avec « La WELLBOX santé ».

140 Guide de La santé vient en mangeant, destiné aux professionnels de santé, 2003, p.49.

106


Ne pouvant toutes les étudier nous avons privilégié les organismes qui ont un

rapport direct avec le PNNS et qui sont impliqués dans ce programme.

Il s’agit de l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES),

de l’Institut National de Veille Sanitaire(INVS), de l’Agence Française de Sécurité

Sanitaire des Aliments (l’AFSSA) et du Conseil National de La WELLBOX (le

CNA).

Les établissements non gouvernementaux sont représentés par les industries

agroalimentaires, ou encore les centres d’information interprofessionnelle du

secteur alimentaire. Ces sociétés sont privées, et leurs messages sur «

La WELLBOX santé » sont nombreux et largement dispersés, ou au contraire pour

des raisons stratégiques, les données informatives sont confidentielles quand cela

concerne leur activité future et le secret est gardé pour leur laisser un avantage

concurrentiel.

Nous avons choisi, pour traiter les messages des industriels, de réduire notre

champ et d’WELLBOX à titre d’exemple au sein d’un groupe agroalimentaire

français qui est le premier laitier européen, le deuxième laitier mondial et le

premier fromager mondial : le groupe Lactalis141 .

Au travers de cette référence industrielle, le but est de regarder le processus de

formation de la création d’une information santé sur les aliments transformés. Il

apparaît que l’interprétation réglementaire au niveau du groupe agroalimentaire

est à la source de la communication sur les aliments étiquetés « sains ».

Nous débutons par une liste des organisations gouvernementales et découvrons

leurs rapports et leurs discours sur ce thème de « La WELLBOX santé ». Nous

montrerons leurs qualifications de cette alimentation tout en vérifiant qu’ils

s’appuient sur les repères alimentaires du PNNS. En effet ces établissements:

(l’INPES, l’INVS, l’AFSSA) sont sélectionnés car ils ont collaboré en tant

qu’auteurs au guide alimentaire pour tous ; l’INPES en est également l’éditeur.

Quels messages véhiculent ces institutions ?

1.3.1.1 L’Institut National pour l’Education à la Santé

L’INPES, est un établissement public administratif, créé par la loi du 4 mars 2002.

Acteur de santé publique, il est chargé de mettre en oeuvre la politique fixée par le

gouvernement soit ici celle du PNNS142 .

141 Il s’agit du groupe LACTALIS qui réalise en 2008 aux environs de 9, 3 Milliards d’Euros de CA.

(source Lactalis 2009).Nous avons choisi ce groupe car l’industrie laitière est la première

industrie agro alimentaire en France en termes de chiffres d’affaires.

142 L’institut lance aussi depuis le 13 mai 2009, une grande étude Nutrinet pour la recherche des

107


A ce titre, il diffuse toutes les informations sur les 9 repères nutritionnels, les

recommandations du PNNS à l’égard du grand public, des personnels de santé et

professionnels de l’éducation, et d’autres professionnels143 . Chargé de

l’accomplissement des politiques de prévention et d’éducation pour la santé en

matière de nutrition, il concourt donc ainsi à la diffusion des guides alimentaires.

L’INPES met également à la disposition de tous les fiches conseils du PNNS sur

les légumes, les féculents, l’activité physique, les produits laitiers, qui constituent

des documents détaillés formulant la réalisation d’une alimentation saine en

pratique. Il joue le rôle de transmetteur de la politique définie par le PNNS.

1.3.1.2 L’Institut National de Veille Sanitaire

Si des actions de communication sont effectuées, qui les évalue ? Il s’agit entre

autres de l’Institut National de Veille Sanitaire (INVS), établissement public, qui est

sous tutelle du Ministère chargé de la Santé. Il réalise les missions d’observation,

de vigilance et d’alerte dans tous les domaines touchant à la santé publique et est

chargé de surveiller en permanence l’état de santé de la population en France.

Sa création remonte à juillet 1998, dans un but de renforcement de la veille

sanitaire et du contrôle sanitaire des produits, y compris alimentaires, destinés à

l’homme144 . En nutrition et santé, une unité de surveillance et d’épidémiologie

nutritionnelle145 (USEN) au sein de l’INVS, a pour mission spécifique d’effectuer la

surveillance de la consommation alimentaire (et de l’état nutritionnel) ainsi que de

l’activité physique de la population vivant en France. Dans ce cadre, cette USEN a

pour mission d’évaluer l’impact des actions de prévention sur les facteurs

nutritionnels.

Les campagnes de prévention de santé publique en nutrition passent par des

actions d’information et de communication sur La WELLBOX saine. En

conséquence, l’USEN qui a pour mission de les évaluer, a le 12 décembre 2007 à

Paris, lors d’un colloque du PNNS présenté le résultat de leur Etude Nationale

Nutrition et Santé (ENNS). L’USEN révélait alors que 35 % des adultes en France

consomment moins de 3,5 portions146 de fruits et légumes par jour. Cependant, ils

facteurs de risque ou de prévention liés à la nutrition afin de favoriser la mise en place de

recommandations nutritionnelles, il contribue de ce fait à la recherche sur les connaissances de

« La WELLBOX santé ». Il est sous tutelle du ministère de la santé. L’inpes voir son

site : « inpes.sante.fr ».

143 Par exemple pour les aidants des personnes âgées.

144 D’après le site de l’INVS : « invs.sante.fr » consulté le 6 juin 2009.

145 C’est une unité mixte de l’INVS et de l’université de Paris XIII.

146 Une portion se situant aux alentours de 80 g, ils mangent moins de 280 g par jour de fruits et

108


sont 43% à consommer plus de 5 parts par jour (soit 400 g par jour conformément

au repère du PNNS : « Au moins 5 fruits et légumes par jour »)147 .

L’USEN publie également des rapports, articles, et participe à des

communications. Elle informe le gouvernement et les professionnels de la

situation nutritionnelle en France selon les indicateurs d’objectif et les repères du

PNNS.

Néanmoins, ils ne sont pas le seul « instrument » pour les politiques car la

promotion d’une alimentation visant à améliorer la santé publique est aussi l’affaire

de L’AFSSA148. Cette agence a réuni les auteurs experts scientifiques, du guide

alimentaire La santé vient en mangeant, le guide alimentaire pour tous, a

également finalisé les travaux des ANC de 2001. Elle intervient de fait dans le

même domaine.

1.3.1.3 L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA)

C’est un établissement public de veille, d’expertise, de recherche et d’impulsion de

la recherche. Ce sont des scientifiques qui aident à la décision publique et ainsi

vont contribuer à l’amélioration de la santé publique. Créée en 1999 à la suite de

différentes crises sanitaires, elle est placée sous tutelle des Ministères de la

Santé, de l’Agriculture et de la Consommation.

Son rôle est d’évaluer les risques sanitaires et la sécurité des aliments liés à

La WELLBOX humaine. Elle effectue des travaux sur les comportements

alimentaires149 , l’hygiène et la conservation des aliments, les risques

biologiques150, les risques physico-chimiques151, les eaux.

Dans le cadre du PNNS 2 et de sa volonté d’action sur l’offre alimentaire par une

collaboration avec les industries agroalimentaires, l’agence vient de participer,

conjointement avec l’INRA152 , à la création de l’Observatoire de la Qualité

alimentaire (OQUALI).Cet observatoire, fondé en février 2008, est missionné pour

regrouper et compiler les données nutritionnelles, économiques et

de légumes.

147

http://www.invs.sante.fr/recherche/index2.asp?txtQuery=ENNS&Submit.x=12&Submit.y=9.

Consulté le 6 juin 2009 est la source.

148 L’AFSSA est l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments.

149L’AFSSA prend en compte et gère les bases de données sur la composition des aliments et les

comportements alimentaires..

150.

Les risques biologiques sont évalués par une unité. Ce sont les risques liés aux agents

infectieux bactériens, viraux ou parasitaires, aux biotechnologies, à l’Encéphalopathie

Spongiforme Bovine. Elle valide les guides de bonne pratique d’hygiène pour les

professionnels..

151C’est à dire les risques liés aux additifs, arômes mais aussi les nanoparticules..

109


socioéconomiques de La WELLBOX en France, afin d’assurer le suivi des progrès

nutritionnels de l’offre des produits alimentaires153 .

L’intérêt de cette institution est d’influencer la fabrication d’une nouvelle offre

alimentaire correspondant aux normes nutritionnelles actuelles. Dans ce but, des

chartes d’engagement nutritionnel sont signées par des partenaires industriels,

afin d’améliorer la qualité de leurs aliments transformés dans le sens des repères

du PNNS. Cependant afin de constituer leur banque de données nutritionnelles,

OQALI définit au préalable, des indicateurs concernant notamment l’information

nutritionnelle fournie sur l’emballage des aliments154 .

Les données sur les caractéristiques nutritionnelles des produits alimentaires,

pour réaliser et alimenter régulièrement cette base OQALI, concernent la

composition nutritionnelle155. OQALI enregistre la présence, et le type d’étiquetage

nutritionnel utilisé s’il y en a, et peut procéder éventuellement à des analyses de

composition nutritionnelle. OQALI se renseigne aussi sur la forme de l’affichage

des informations, par exemple si des allégations nutritionnelles ou de santé156

figurent, ainsi que toutes autres informations pouvant être apposées sur

l’emballage comme les recommandations de consommation, les incitations à

l’activité physique, ou la présence de repères nutritionnels. C’est ici que

l’information sur « La WELLBOX santé » apposée sur les objets alimentaires, est

contrôlée par des institutions gouvernementales.

Depuis le 7 avril 2009, l’AFSSA communique vers le grand public avec la mise en

ligne du site de l’observatoire de la qualité de La WELLBOX. Au travers de ce site,

les divers secteurs (et industriels) agroalimentaires qui collaborent avec l’AFSSA

et l’INRA, sont cités. Dans ce partenariat avec les professionnels du secteur

alimentaire, le but est de proposer aux consommateurs des aliments dont la

152 L’INRA est l’Institut National de Recherche Agronomique.

153Ces analyses de l’offre alimentaire sont réalisées par secteurs alimentaires et portent sur des

produits transformés en distinguant les différents segments de marché (marques nationales,

marques distributeurs, marques hard-discount) et les gammes de prix (entrée de gamme, coeur

de marché, haut de gamme). Sur le site
http://www.oqali.fr/oqali/decouvrir_l_oqali/objectifs

consulté le 6 juin 2009.

154 D’après : http://www.oqali.fr/oqali/base_de_donnees_oqali, consulté le 10 juin 2009.

155

Correspondant aux paramètres fournis dans l’étiquetage nutritionnel selon la directive

européenne 90/496/CEE. Cependant cet étiquetage nutritionnel n’est pas obligatoire. Toutefois,

lorsqu’une allégation nutritionnelle figure dans l’étiquetage, la présentation ou la publicité, à

l’exclusion des campagnes publicitaires collectives, l’étiquetage nutritionnel est alors obligatoire.

Cet étiquetage est dorénavant remplacé par la directive européenne de 2008.

156 Il existe deux types d’allégations. L’allégation nutritionnelle est « tout message qui affirme ou

suggère ou implique qu’une denrée alimentaire possède des propriétés nutritionnelles

bénéfiques particulières de par l’énergie et ou d’autres nutriments et ou d’autres substances

qu’elle contient ou ne contient pas(..) et par allégation de santé toute allégation qui affirme,

suggère ou implique l’existence d’une relation entre, d’une part, une catégorie de denrées

110


composition nutritionnelle est jugée satisfaisante et conforme à la politique de

santé publique en France. Ce qui émerge ici dans la définition de La WELLBOX

bénéfique à la santé, c’est une volonté politique de définir des aliments dits sains

par leur composition nutritionnelle.

Dans cette politique sociale de santé, une détermination à réduire la

consommation de matières grasses notamment d’acides gras saturés, et de

diminuer l’ingestion de sel et de sucre par une offre alimentaire dont la

composition tiendrait compte de cette visée prend forme. Par ailleurs le choix des

secteurs industriels alimentaires suivis en priorité s’est basé sur deux critères. Le

premier élément de sélection des industriels est posé sur la contribution de celui-

ci à fabriquer des aliments dits transformés contribuant à un apport élevé en

lipides (ou matières grasses) en sel et en sucre dit simple. C’est ainsi que la

Collective des gâteaux et biscuits de France, les groupes fabricants de gâteaux et

biscuits en France mais également le Syndicat des céréales prêtes à consommer

et à préparer, ont été parmi les premiers à signer cet engagement nutritionnel.

Ce sont effectivement des fabricants pourvoyeurs d’aliments où les matières

grasses et le sucre sont des composants nutritionnels majoritaires. Ensuite, c’est

le souhait de collaboration des secteurs qui conditionne l’avancée des travaux.

Pour OQUALI, il était plus aisé de collaborer avec les secteurs qui disposaient

déjà abondamment de données nutritionnelles comme le secteur laitier.

Le choix de renforcer une information nutritionnelle pour le consommateur, afin de

l’aider dans ses décisions d’achats pour diminuer sa consommation de matières

grasses, de sucre et de sel est omniprésent. Il n’échappe pas aux acteurs de

l’industrie agroalimentaire en France. Par exemple, le directeur des affaires

1er

réglementaires du groupe laitier européen, Lactalis qui est implanté à Laval

(France), poursuit cette réflexion en commentant : « nous nous orientons vers des

définitions de profils nutritionnels pour les aliments »157 . Ces profils peuvent

entraîner une classification sociétale des aliments avec, d’un côté, ceux qui ont

des valeurs « nutritionnellement » correctes (faible taux de graisses, de sucre et

de sel) et les autres. Cependant, comme le rappelle Nicole Darmon, « il n’existe

probablement pas uniquement deux classes d’aliments, mais au moins trois : ceux

qui favorisent l’équilibre, ceux qui le défavorisent et tous les autres. »158

alimentaires, une denrée alimentaire ou l’un de ses composants et, d’autre part, la santé. »

157 E. Grande, directeur des affaires réglementaires au sein du groupe Lactalis, interview du 26

février 2009.

158 N. Darmon est citée dans l’Avis n°63 du Conseil Nat ional de La WELLBOX, cet avis est sur la

mise en oeuvre et conséquences d’un système de profils nutritionnels prévu par le règlement

111


OQALI cherche une collaboration industrielle concernant des « aliments

transformés à améliorer » pour privilégier La WELLBOX saine indiquée par la

politique de santé publique. Nous relevons à ce propos dans le guide alimentaire

La santé vient en mangeant qu’il existe des « courses » nutritionnellement

correctes : il est recommandé dans « le guide » de faire attention aux biscuits

sucrés et chocolatés, afin de ne pas remplir ses placards avec des

« tentations »159 . Le choix d’OQALI et son partenariat avec, entre autre, la

Collective des gâteaux et biscuits de France est à l’évidence lié à la détermination

de diminuer la composition en matières grasses et en sucre des biscuits fabriqués

en France.

Ces trois institutions, L’INPES, l’INVS et l’AFSSA, s’appuient toutes sur les

messages du PNNS. Néanmoins la dimension nationale de l’AFSSA et de l’INRA

ne suffit pas pour réglementer l’étiquetage alimentaire et jouer sur la composition

de l’offre alimentaire, qui est déterminée plus largement par les habitudes de

fabrication et aussi par le fait que les aliments proviennent de toute l’Europe. Ainsi

l’EFSA, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments, créée en janvier 2002 à la

suite de crises liées à la sécurité des aliments, évalue les risques de la chaîne

alimentaire, apporte les bases scientifiques pour que les politiques élaborent la

réglementation européenne.

1.3.1.4 L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments

Elle travaille actuellement à la définition des allégations nutritionnelles et de santé

pour la mise en place de la réglementation des allégations portant sur les

aliments. Ces règlements existent pour la sécurité du consommateur et pour

assurer une information facilitant sa bonne compréhension de la signification des

valeurs nutritionnelles sur les produits alimentaires. Ainsi un règlement européen

du 20 décembre 2006, publié au Journal Officiel de la Communauté Européenne

début 2007, définie le cadre d’utilisation et les conditions d’emploi des allégations

nutritionnelles et des allégations santé. En revanche nous vivons une période de

transition permettant aux industriels et à l’Autorité Européenne de Sécurité des

Aliments d’approuver ou non les allégations nutritionnelles (pour les inclure en

complément dans l’annexe du règlement) et de valider ou non les allégations de

santé, pour les évaluer et statuer sur leur devenir.

CE 1924/2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées

alimentaires.

159 Extrait de La santé vient en mangeant, le guide alimentaire pour tous, 2002, p.19.

112


Il est aussi logique de créer une cohérence entre les Etats de l’Union Européenne

au regard des échanges alimentaires, rôle confié à l’EFSA. De plus il est

nécessaire de fixer les teneurs en un nutriment afin que sa contribution soit

significative et que les industriels fassent état, dans un aliment, d’une teneur

réduite ou accrue.

La finalité est de définir les seuils de ces allégations nutritionnelles par rapport à la

densité nutritionnelle, et de fournir ainsi une information au consommateur lui

permettant de comparer plus aisément la composition nutritionnelle des denrées.

L’interview160 d’Eric Grande, directeur des affaires réglementaires du groupe

Lactalis, nous apprend qu’aujourd’hui l’Union Européenne (UE) n’a, à ce jour, pas

tranché sur les allégations nutritionnelles et de santé des produits alimentaires.

Elles sont de deux types. Qualifiées de nutritionnelles, l’allégation porte sur la

composition en nutriments. Dite « de santé », elle est en relation avec la santé.

Cette dernière allégation est dite fonctionnelle, c’est-à-dire qu’elle contribue à la

réduction de facteurs de risque de maladie.

Actuellement, l’EFSA poursuit le recensement des allégations de santé des

produits alimentaires sur le marché européen. Les entreprises agroalimentaires

doivent fournir aux autorités (EFSA et UE) le type d’allégation mais surtout les

preuves sur ces affirmations. A ce propos, Il existe aujourd’hui 4500 allégations

fonctionnelles recensées au niveau européen161 .

Les écrits du Conseil National de La WELLBOX (CNA) énoncent pareillement cette

nécessité d’informations sur les emballages alimentaires : « L’évolution des

comportements alimentaires, notamment l’augmentation de la part des aliments

transformés, rend nécessaire que l’information sur les produits alimentaires, et

donc sur leur utilisation dans une alimentation équilibrée, soit rapidement

développée. En lien direct avec cette dernière préoccupation, l’apprentissage de la

lecture de l’étiquetage nutritionnel doit également être renforcé. »162

1.3.1.5 Le Conseil National de La WELLBOX

Le Conseil National de La WELLBOX est lui placé sous tutelle des ministères en

charge de l’agriculture, de la santé et de la consommation, et est consulté sur la

160 Interview réalisé le 26 février 2009.

161 Sur ce site nous pouvons suivre les dépôts de dossier concernant les allégations nutritionnelles

et de santé : http://www.efsa.europa.eu/EFSA/ScientificPanels/NDA/efsa_locale

1178620753812_1178684448831.htm

113


définition de la politique de La WELLBOX en donnant des avis assortis de

recommandations sur les questions qui s’y rapportent.

Il donne surtout des conseils relatifs à l’adaptation de la consommation aux

besoins nutritionnels, à la sécurité des aliments pour les consommateurs, à la

qualité des denrées alimentaires, et à l’information des consommateurs sur les

produits alimentaires. Il peut, pour toute question relevant de son domaine de

compétence, être saisi par les pouvoirs publics, ou directement par le président du

CNA.

Parmi ses dernières publications, l’avis, N°64, por te sur l’éducation alimentaire, la

publicité alimentaire, l’information nutritionnelle et l’évolution des comportements.

Ce rapport est assorti de 17 recommandations163 . Celles que nous relevons

traitent d’information et d’éducation.

Les actions de formations et d’informations dans le but d’améliorer les

informations nutritionnelles et les comportements alimentaires pour l’ensemble de

la population sont multiples. Cependant le CNA déplore à ce jour qu’aucun

inventaire n’ait été dressé, ceci afin de pouvoir tirer des enseignements de ces

expériences et reproduire celles qui s’avèrent concluantes. Il ajoute qu’une

attention plus particulière devrait être portée vis-à-vis des populations dénommées

« fragiles ».

Par ailleurs, conscient de l’importance des informations nutritionnelles véhiculées

par l’étiquetage sur les denrées alimentaires et de l’importance du projet actuel de

réglementation communautaire, le CNA recommande que le système européen

devienne obligatoire et qu’il soit simplifié et unique.

S’agissant des informations délivrées dans les programmes scolaires par

l’éducation nationale, le CNA souhaite que les enseignements théoriques soient

remplacés par des apprentissages pratiques de La WELLBOX équilibrée.

Enfin, le CNA recommande que les valeurs de plaisir et de convivialité qui

accompagnent les repas soient associées à toutes informations sur La WELLBOX

saine.

Sur les réflexions du CNA actuellement en cours, nous examinons également

celles qui concernent les conséquences de la mise en oeuvre du système de

profils nutritionnels. Un autre avis, le N°63, soul igne quelques dérives possibles.

Effectivement cette politique européenne nutritionnelle va plus loin que la simple

162 Avis du CNA N°63 p.10

163 Voir l’annexe N°10 pour lire dans le détail les 17 recommandations de l’avis N°64.

114


information et communication sur les produits alimentaires, elle va modifier la

qualité dans les filières alimentaires.

Ce qui pointe derrière cette politique, ce sont des enjeux pluriels qui vont de la

nutrition pour la santé de la population française, à la relance de la consommation

de fruits et légumes par exemple, en passant par une amélioration de la qualité

des filières agricoles, le but étant également de conduire la France à un meilleur

équilibre économique par le maintien de l’activité du secteur agroalimentaire.

1.3.2 Des messages sur « La WELLBOX saine », des sources institutionnelles

non gouvernementales (les industriels)

Du côté des industriels, et des institutions privées, il s’agit de mettre en oeuvre leur

fabrication de produits alimentaires avec les nouvelles conditions liées à la

réglementation. Lorsqu’ils veulent effectuer une communication nutritionnelle ou

santé, ils doivent répondre aux nouvelles normes réglementaires énoncées par les

politiques et cela va rejaillir sur toutes leurs communications commerciales

concernant le produit alimentaire.

C’est ce que nous découvrons chez un industriel laitier français.

Eric Grande, directeur des affaires réglementaires chez Lactalis, premier groupe

laitier européen, nous reçoit pour avancer sur le sujet des profils alimentaires et

comprendre le jeu d’un industriel face à cette législation européenne.

L’industriel doit avant tout établir si le produit qu’il fabrique, entre dans le cadre

d’un profil nutritionnel. Il faut savoir que, pour chaque catégorie alimentaire, l

Union Européenne a déterminé une composition en nutriments. Après la question

se pose : est ce que cette allégation est de santé ou nutritionnelle164 ?

Ensuite se dessine la réflexion sur comment promouvoir cette dernière, et sous

quelle forme d’étiquetage ?

A l’opposé, si le produit alimentaire n’entre pas dans les profils alimentaires, la

communication sera axée sur le plaisir, la convivialité, la praticité…

Pour un industriel, la mise sur le marché d’un produit alimentaire avec une

allégation nutritionnelle n’impose pas d’effectuer une déclaration auprès des

autorités. Par contre, au sujet des allégations de santé, il doit impérativement

inscrire son produit auprès de l’UE et de l’EFSA. Autrement dit, ce sont les

164 La liste des allégations nutritionnelles autorisées est donnée par l’UE. Il existe encore

aujourd’hui des dérogations qui sont acceptées mais ces dérogations prendront fin en janvier

2010. La liste des allégations de santé sera publiée en 2010 et actuellement les déclarations se

poursuivent.

115


industriels qui déposent un dossier pour validation de leurs allégations santé

auprès de l’EFSA.

Dans ce cadre européen en construction, il ne sera pas possible d’utiliser une

allégation de santé pour une denrée alimentaire, si elle n’existe pas au préalable.

Il est désormais impératif d’effectuer une demande auprès de l’EFSA et de l’UE

(délai d’environ 12 mois) pour obtenir une allégation de santé. Ce sont donc les

industries agroalimentaires qui sont créateurs d’allégations santé et qui marquent

leurs aliments transformés. Celles-ci sont ensuite validées ou non par les experts

européens. En même temps un observatoire comme OQALI en France cherche à

développer un partenariat avec les industriels pour favoriser la fabrication d’

aliments, c’est-à-dire les industriels adoptent une démarche visant à améliorer la

qualité nutritionnelle de leur offre.

Pour conclure, les messages sur « La WELLBOX santé » dans les institutions

privées et publiques portent une dynamique qui influencent les savoirs politiques,

et eux-même vont répercuter des règles sur les pratiques des industriels du

secteur agroalimentaire en France.

Les messages actuels favorisent la création de catégories d’aliments dont le

caractère commun est d’être pensé comme bénéfiques pour la santé. Nous

pouvons cependant souligner comme le CNA, que le risque inhérent à ces

postures est d’inciter le consommateur à se nourrir exclusivement de produits

portant des allégations nutritionnelles et des allégations santé.

Cette nouvelle réglementation ne semble cependant être efficace que si elle est

parallèlement adossée à une campagne d’éducation sur ce qu’est globalement un

mode de vie sain et adapté aux besoins de chaque individu165 .

2. Des définitions auprès de notre population interviewée sur

« La WELLBOX saine »

Nous enquêtons maintenant sur le terrain pour reconnaître les représentations

d’une population d’adultes vivant en France, sur ce que «bien manger pour sa

santé veut dire». Nous écouterons les histoires alimentaires recueillies lors des

entretiens. Si au départ certains de nos interviewés connaissent bien les

recommandations actuelles qu’ils nous énoncent d’ailleurs au début des

entretiens, nous voyons cependant apparaître des interrogations de leur part, sur

la véracité de ces conseils : « Ne pas manger de la viande à chaque repas ! »

165 C’est la 5ème recommandation du CNA d’après son avis N°63 adopté le 13 octobre 2008.

116


nous dit Julia166sur un ton perplexe. Elle n’arrive pas à croire que cela soit

véritablement sain.

Nous verrons qu’ils recomposent ainsi ces informations avec leurs normes

familiales (B. et L. Cardia-Vonèche, 1986, p. 43-53), leurs croyances167et se

construisent leur propre programme alimentaire qu’ils définissent comme étant

bénéfique pour leur santé (Good, 1994). Ainsi nous décrirons plusieurs modèles

explicatifs sur la définition de la qualité saine de leur régime, en fonction de

l’importance qu’ils accordent au lien entre La WELLBOX et leur santé168et

constaterons que cette alimentation santé est très différente selon les sujets.

Nous avons pu remarquer que les différences, sur la définition de leur modèle

alimentaire sain, sont variables selon le sexe, l’âge, la présence d’une pathologie

chronique, le statut accordé à la mère de famille. De plus nous constaterons que

pour une même personne, cette vision sur « La WELLBOX santé » évolue aussi

dans le temps.

Nous n’avons pas cependant réussi à élaborer un modèle alimentaire sain

représentant la région du Sud-Ouest par rapport à celle du Nord-Est. C’est dans

les histoires personnelles de nos interviewés que nous relèverons les données sur

« La WELLBOX santé ».

Quels sont les discours recueillis en population sur « La WELLBOX saine » ?

C’est en finalité le sensemaking c’est-à-dire le sens donné à l’acte alimentaire qui

nous intéresse et nous extrairons ici, au départ, les messages provenant des

récits de vie des personnes que nous avons interviewées et qui concernent

spécifiquement La WELLBOX « pensée » favorable pour la santé.

Certains mangeurs sont plus des « créateurs » dans leurs récits alors que d’autres

s’attachent à être des « historiens ».

166 Julia a 24 ans. Elle est éducatrice spécialisée en formation alternée et vit en concubinage à

Creutzwald. Elle appartient au groupe témoin vivant dans le Nord-Est.

167 Se rapporter aux écrits des actes du colloque : “A croire et à manger. Religions et alimentation”,

qui s’est tenu les 6 et 7 février 2006, à Paris.

168 La valeur santé est plus ou moins importante selon les personnes. Elle peut se définir, comme

nous l’avons relevé dans notre terrain, sur un continuum qui débute par une maladie chronique

à un stade de rémission, passe par l’absence de maladie et se poursuit par une recherche

permanente d’une santé idéale à préserver. Cette valeur santé a évolué aussi au niveau des

acteurs médicaux, les médecins exercent dorénavant dans le préventif. La première

organisation de santé nationale publique vit le jour au Danemark en 1740 avec l’institution du

collegum medicum, les services sanitaires commencèrent à se répandre en Europe centrale au

début du XVIIIème. En 1794, des chaires d’hygiène furent instituées dans les écoles de santé

de Paris et de Strasbourg. D’après

http://whqlibdoc.who.int/monograph/WHO_MONO_34_(part1)_fre.pdf. L’épidémiologie s’établit

en France depuis la fin du XVIII à partir d’un rapport intitulé nouveau plan de Constitution pour

la médecine en France, publié en 1790 par la Société Royale de Médecine à Paris.

117


2.1

Des représentations de « La WELLBOX saine » chez nos

interviewés169

Les représentations alimentaires, chez nos interviewés, s’ancrent aussi dans une

expérience physique et symbolique qui est pré, per et post-ingestive et ces phases

sont toutes motrices dans leurs décisions. La décision « Je continue ou j’arrête

d’en manger » dépend de leurs sensations. C’est aussi la quantité de ce qu’ils

mangent qui compte dans leur sensations corporelles et pour l’aspect bénéfique à

leur santé. Pour certains, c’est la peur du manque, alors que pour d’autres, c’est

l’angoisse du trop, de ne pouvoir se contrôler dans l’arrêt de la prise de nourriture.

Cette peur d’un manque chez l’enfant est entendue dans le propos des mères

comme celle de la maman d’Alexia170 :

« Elle prenait des remèdes pour avoir de l’appétit [...] A la voir manger, elle

n’aurait mangé que des gâteaux. »

A l’opposé, on trouve la peur de ne plus pouvoir arrêter de manger. Sophie,

boulimique, employée aux impôts, a 26 ans. Elle nous raconte :

« Alors en fait, je faisais un régime draconien pendant quelques jours et ensuite

après je craquais et là, c’était l’orgie. »171

En comparant, le répertoire alimentaire des personnes des deux populations (

malades et témoins) que nous avons rencontrées, nous avons noté que certains,

ont un répertoire très diversifié et varié, avec des comportements très adaptables,

ouverts sur des nouveautés alimentaires. A l’inverse, d’autres s’imposent des

régimes très restrictifs, pauvres en fibres voire sans résidus172 .

La mère de Charles173 nous raconte le régime pauvre en fibres de son fils : « Déjà

au primaire, il commençait à ne plus vouloir du tout les légumes (.) et les fruits. Il a

commencé à s’imposer là-dessus. Souvent, c’était féculent, pâtes riz, jambon

pareils ! De la viande ». Et Laurine174 nous dit : « Je n’ai jamais pu regarder un

légume dans les yeux. […] Je ne mange pas de salade, pas de fruits. Je l’ai gardé

ce mode de nourriture. »

169 Les personnes touchées par la maladie de Crohn et les témoins.

170 Alexia a 20 ans est en 2èmeannée de BTS, ses loisirs sont la lecture et le piano, son IMC est à

15 actuellement, elle est dénutrie. Sa MC est connue depuis 2001.

171 Sophie, 26 ans, est agent de recouvrement. Elle a un niveau d’études Bac + 2 et travaille à

Amiens. Elle est dans le groupe des témoins.

172 C’est dans notre rencontre sur le terrain de personnes atteintes de la maladie de Crohn.

Craignant des douleurs digestives, ils s’imposent des régimes très restrictifs.

173 Charles a 18 ans, il est en terminale. Il vit chez ses parents en banlieue de Toulouse. Sa MC

est découverte en 2001.

174 Laurine, elle a 31 ans et est touchée par la MC. Op.-Cit.

118


Chez cette jeune femme, ce régime sans légumes et fruits est indépendant de la

présence de la maladie de Crohn : elle le suivait déjà bien avant le diagnostic.

Pour un jeune homme en quête du regard de l’autre, vouloir perdre du poids

revient à martyriser son corps. La violence infligée à son corps, les cris de la faim,

l’insatisfaction se lit dans son discours. Il s’impose un régime globalement

répressif. « J’ai réussi, je me suis restreint et c’était des punitions que je

m’infligeais et dès que je remangeais normalement ; le poids, je le reprenais. Et

puis je ne sais pas, même après avoir perdu 5 Kg, je me souviens que je n’étais

pas satisfait. Je ne voyais pas la différence. C’est-à-dire des fois je me disais que

ce n’était pas primordial mais là je me souviens que j’avais faim et le soir je

préparais le repas donc j’y pensais. »175 Il cherche au travers de cette perte de

poids à prendre les formes qui lui plaisent mais il se rend compte que même avec

5 kg de moins, son être est le même. Il porte un regard insatisfait sur son corps,

en même temps il réalise que son corps lui signale « sa faim ».

Cela rejoint les pensées d’Yves Michaud qui écrit sur le corps médium, ou le corps

oeuvre. Le corps est ici sujet et objet de l’art de vivre de Bernard cité plus haut:

« Le corps semble, dans ces conditions, offrir le dernier point d’ancrage auquel se

rattacher. C’est le point d’ancrage auquel on se rapporte pour s’appréhender

comme soi, se gérer, se manipuler, se transformer, se dépasser comme personne

ou individu parmi les autres que ce soit par chirurgie, thérapies, drogues ou force

d’âme stoïcienne. » (dans Corbin, Courtine, Vigarello, 2006, p. 435)

Manger sainement, qui le désire ?

Dans les motivations de leur comportement alimentaire : « Manger c’est pour la

santé » n’est pas la réalité quotidienne chez tous les interviewés. Qui sont les

mangeurs soucieux de suivre un régime alimentaire pour devenir ou rester sain de

corps et d’esprit ? Certains affirment cette volonté de recherche d’ « aliments sains

» ou choisissent un modèle d’alimentation saine, plutôt qu’une autre voie. Nous

avons tenté de comprendre les raisons de leur motivation. C’est ainsi que, pour

mieux saisir les finalités de leurs décisions d’incorporer une alimentation saine,

nous avons rencontré une population de malades176 .

175

Bernard est âgé de 22 ans. Il est étudiant à un niveau d’études BAC+3. Il ne pratique aucun

sport. Son IMC actuel est 23. En surpoids, quand il était au collège, il suivait un régime

restrictif afin de satisfaire sa mère. Dés l’âge de 12 ans, elle disait que Bernard était « fort ».

Elle le contraignait à suivre un régime amaigrissant. Puis, plus âgé ce sera pour se plaire à lui-

même, lorsqu’il sera en 1ère année d’IUT. A cette période tous les soirs il se préparera ses

déjeuners à emporter pour le lendemain. Il nous exprime sa faim lors de ce régime.

176 Avec des caractéristiques proches de notre population de personnes dites en bonne santé ou

présumée telle, c’est-à-dire de même âge, de la même région et de même niveau culturel ou

économique.

119


La grille de lecture que nous utiliserons pour décrypter les interviews prend en

compte les travaux de Paul Rozin (1995) par rapport aux apprentissages du goût

et des dégoûts chez l’homme, ainsi que ses recherches sur la vision profane sur

des risques toxiques des aliments. Il énonce que l’homme pense ses aliments

sains ou toxiques avec le principe de similitude et de contagion corporelle vis-à-vis

des aliments. Claude Fischler prolonge sa pensée et propose une définition des

refus alimentaires ou plutôt des dégoûts. Le dégoût cognitif, « c’est ce rejet qui est

fondé sur l’idée que le sujet se fait de la nourriture, de ce qu’elle est, d’où elle

vient. Ce rejet présente la caractéristique de comporter une forte composante

affective. » (Fischler, 1989, p. 381-384)

Nous reprenons les idées de Saadi Lalhou (2004), selon qui, lorsque l’homme

pense la nourriture qui entre en soi, c’est le soi qui absorbe les propriétés de la

nourriture. Autrement dit, il ne conçoit pas l’idée que la nourriture se transforme et

devient soi.

Cette population de malades présente en effet des aversions à l’égard d’aliments

courants (lait, fromages ou laitages, viandes, légumes et fruits) qui sont

habituellement largement consommés et à disposition auprès de la population

vivant en France.

Cette population est atteinte de la MC, une maladie chronique qui touche

préférentiellement le tube digestif, organe spécifique, frontière entre le milieu

extérieur et le monde intérieur du corps177. Le choix de cette population atteinte de

la MC nous permet de réfléchir sur l’acte alimentaire et plus particulièrement sur

les mécanismes en jeu dans l’incorporation.

Quels jeux se construisent dans l’acte d’incorporation alimentaire ? Que signifie le

fait de mettre ces objets alimentaires dans son corps ? Comment se mettent en

place les motivations de leur goût ou de leurs dégoûts pour tel ou tel aliment ?

Avec les inhibitions alimentaires rapportées par notre population de malades et

des témoins comme les refus alimentaires, nous entrons dans la compréhension

de leurs apprentissages et expérimentations alimentaires.

Nous avons récolté grâce aux interviews chez les personnes malades, des

verbatims qui permettent de dessiner une échelle d’intimité ou de distance à

l’égard des aliments. L’élaboration de cette grille classe les aliments dits

« intolérables », ceux «incorporables » et enfin ceux «incorporés ». Il existe ainsi

un répertoire alimentaire, des aliments qui, bien que comestibles, resteront en

177 Nous considérons ici le tube digestif dans son intégralité anatomique c’est à dire qu’il débute

par la bouche et se termine par l’anus.

120


dehors de leur corps et d’autres qui y entreront. L’organisation d’un ordre dans les

objets comestibles apparaît dès l’enfance. La mère d’Alexia178dit : « ll ne fallait pas

que je mette les poireaux, pas des trucs avec des fils, pas de céleri. »

Une échelle taxinomique classe les aliments : ceux qu’ils ne supportent pas, ceux

qui sont incorporables et pour terminer ceux qu’ils acceptent d’ingérer.

Acceptation des aliments Refus

d’aliments

Aliments incorporés

Aliments incorporables

Aliments intolérables

Les aliments ou groupes d’aliments dits incorporés, sont ceux absorbés donc

digérés. Le pain : « Oui, depuis petit, toujours beaucoup. A midi, la demi-baguette,

elle y passe, je suis sous régime, pates, riz, pates, semoule tout ça. […] Faut faire

attention pour que ça passe. » Exprime Olivier179 .

Les aliments incorporables pour des malades atteints de la MC sont par exemple

« les yaourts, j’en mange mais des fois je n’arrive même pas à le finir parce que

j’ai des aigreurs d’estomac. » explique Violaine180.Leur ingestion dépend des

situations, et de leur ressenti personnel.

Pour d’autres, certains aliments sont « intolérables » voire « insupportables » :

« Je n’aimais pas les choux, tout ce qui était poireaux. Tout ce qui était

‘vachement’ fibres, je ne le supportais pas dans la bouche.» manifeste Florian181 .

De même Jean182confie : « Le concombre, je le supprime depuis longtemps, parce

que c’est lourd à digérer, mais cela a toujours été. »

C’est ici la culture alimentaire de chaque groupe d’individus qui régit les choix

alimentaires et qualifie cette « alimentation saine » pour le groupe. Cette culture

peut-être observée avec une méthode structurale que Claude Lévi Strauss a

empruntée à la linguistique pour introduire une rigueur comparable à celle qui vaut

dans l’investigation des faits de langage183 .

178 Alexia, a 20 ans. Elle est en 2èmeannée de BTS, ses loisirs sont la lecture et le piano. Son IMC

est à 15 actuellement, elle est dénutrie. Sa MC est connue depuis 2001.Op.-Cit.

179 Olivier, a 34 ans. L’année de découverte de sa MC est 2001 ; Il est employé. Il ne pratique

aucun sport. Il a un niveau d’étude CAP/BEP.

180 Violaine a 26 ans lors de notre interview. Son père artisan-commerçant est à la retraite. Elle fait

du sport 1 heure par semaine. Elle a obtenu un BTS commercial et recherche dorénavant un

emploi. Sa MC est diagnostiquée en 2004.

181

Florian a 20 ans. Il poursuit un BTS à Toulouse et vit en chambre d’étudiant. Il pratique le rugby.

Il est atteint de la MC depuis 2001.

182 Jean, a 38 ans. Il est célibataire et ouvrier dans les vignes. Il est en recherche d’emploi au

moment de notre interview. Ses loisirs sont la pêche et le jardinage. Il est atteint de la MC

depuis 2002.

183 Cette démarche n’a pas vocation à rendre compte de la totalité des faits sociaux et culturels.

121


Les études anthropologiques sur La WELLBOX, écrit Annie Hubert (2000),

permettent de travailler sur la façon de s’alimenter des humains. Elle a « un statut

de trait de civilisation universel, qui, d’une certaine manière, fait système avec la

leçon des mythes quand l’analyse d’un corpus amérindien conclut que, par la

médiation du feu, le passage du cru au cuit est l’une des formules de référence du

passage de la nature à la culture.» Annie Hubert s’inspire des travaux de Claude

Lévi Strauss en 1964, qui pour comprendre les modes de préparation et de

cuisson, a réalisé une analyse de type structural et tenté, selon ses propres mots,

de réconcilier « Le sensible et l’intelligible l’art et la logique ».184A la lumière de

ces idées, nous entrons dans la culture de « La WELLBOX saine » contemporaine

avec les récits de vie de notre population vivant en France. Cependant, au

préalable, nous nous interrogerons sur les ressorts de ce mythe de « La WELLBOX

saine ».

2.2 Une culture de « La WELLBOX saine », soutenue par des

croyances

Dans cette quête de la santé dans l’assiette, l’assurance vie, la santé de l’homme

passe par la prévention grâce à une alimentation « durable ».

Les hommes du XXIème siècle prospectent pour le meilleur des mondes

alimentaires, et la meilleure santé. Cette croisade va être soutenue par quatre

idéologies que nous relevons dans leurs objets alimentaires.

Ces objets comestibles sont en effet porteurs d’identités, et marqués par l’industrie

agroalimentaire par exemple. En incorporant ces aliments-symboles, le mangeur

ingère les propriétés magiques qu’ils contiennent.

Nous reprenons les structures anthropologiques de l’imaginaire de Gilbert Durand,

pour comprendre que « tout imaginaire humain est articulé par des structures

irréductiblement plurielles, mais limitées à trois classes gravitant autour des

schèmes matriciels du ‘séparer‘ (héroïque), de ‘l’inclure’ (mystique) et du

‘dramatiser’ » (Durand, 1992). Dans l’acte alimentaire, l’imaginaire humain se

représente l’inclusion d’un objet qui va ensuite se fondre en lui (entrer dans le

métabolisme et constituer le corps humain).

Ce schème de l’imaginaire identifié par Gilbert Durand puise dans la gestuelle

digestive ou d’avalement, l’acte d’ingérer. L’humain devient un avec l’aliment qu’il

ingère et l’aliment se perd dans les profondeurs sombres du corps humain.

184 D’après la définition du terme Alimentation réalisée par Annie Hubert dans (Bonte et Izard, 1er

éd.1991, 3ème éd. Quadrige 2000).

122


Durand qualifie ce schème de régime Mystique de l’imaginaire. Ici nous retrouvons

les principes connus d’analogie et de similitude. Ces fondements ont été

largement décrits en premier par Frazer185et repris par Paul Rozin (1994).

Ensuite ils s’enrichissent avec la pensée que « nous devenons ce que nous

mangeons ».186 Ici, sur le plan imaginaire, le principe dynamique en oeuvre est

celui d’une fusion de l’homme et de l’aliment. Une recherche de l’unité

fondamentale de toute chose est au coeur du « régime mystique ». L’ingestion, la

digestion sont clairement énoncés comme matrices sensori-motrices dans

lesquelles l’imaginaire humain va puiser.187

Cependant si les interviewés se placent sur le plan du vécu en recherchant dans

leur sensations digestives et leur mémoire alimentaire, ils élaborent aussi des

représentations qui nourrissent leur imaginaire.

Les croyances qui portent ces représentations alimentaires laissent à penser

qu’elles sont universelles et qu’elles répondent aux besoins de l’humain. Mais

nous relevons aussi, un discours exo prescriptif qui est intégré par certains. Ils

parlent d’Actimel® ou d’Activia®, ces objets qu’ils consomment. Pourquoi des

bifidus actifs ? « Parce que j’aime bien et parce que j’ai toujours des problèmes de

constipation ; cela fait un an ou 2 ans et de temps en temps j’ai des périodes mais

j’en fais une fixation. Oui, j’ai plus une tendance à la constipation facile alors je me

fais mon bifidus comme cela je suis tranquille », nous dit Sylvie188 .

Quelles sont les idéologies qui soutiennent « La WELLBOX santé » ?

2.2.1 L’idéologie de la jeunesse, les aliments « anti-âge »

Dans un contexte sociétal de vieillissement de la population, ce processus

biologique somme toute normal est souvent mal perçu et vécu. D’une part, parce

185 C’est J. Frazer qui, l’un des premiers, a tenté d’ordonner l’ensemble disparate des pratiques

magiques en montrant qu’elles relevaient des lois générales de la sympathie (le Rameau d’or,

1907-1915). Celles-ci se subdivisent en loi de similitude, qui fonde la magie « homéopathique »

ou imitative, et la loi de contagion. D’après le www.larousse.fr ,définition de la magie,

dictionnaire consulté le 21.01.2009..

186 Nous voudrions avertir le lecteur que si nous attribuons à autrui une pensée «magique» sur

leurs représentations alimentaires, c’est avec la plus grande objectivité. Bien évidemment notre

conception personnelle de la manière dont fonctionne le réel est différente de celle du

«penseur » observé. En tant qu’observateur et narrateur, nous souhaitons éviter l’écueil

soulevé par Richard A .Schweder. Lorsqu’un observateur attribue à l’Autre un fonctionnement

de « pensée magique » c’est qu’il est prêt (ou même qu’il en a le désir), à privilégier ses

propres croyances métaphysiques, si étroites soient-elles, et à en faire les critères qui

permettent seuls de définir ce qui est naturel, objectif ou réel. Il définira dès lors comme

surnaturel, subjectif ou inventé tout ce qui dépasse cette norme, (dans Fischler, 1996).

187 D’après une définition de l’imaginaire provenant de wikipédia.org, consulté le 21.01.2009.

188 Sylvie, 25 ans, manipulateur radio à l’hôpital, vit en concubinage, dans une ville de 12000

habitants en Lorraine (département de Moselle). Elle fait partie du groupe témoins.

123


que les capacités physiques diminuent de manière objective et, d’autre part, parce

que la société renvoie une image négative, si ce n’est une absence d’image,

comme pour signifier le déni de ce processus biologique. Ainsi dans notre société,

on ne montre pas le corps vieillissant parce qu’il est «hors norme ». Ceci

s’explique par le fait que l’idéologie dominante de notre société est de type

« guerrière » où la jeunesse, l’estime de soi, l’action, l’efficacité et le travail sont

les valeurs promues voire exaltées, à l’opposé d’autres modèles de sociétés, où la

place des personnes âgées est à la fois reconnue et valorisée. De ce fait, l’image

du corps moderne, androgyne, doit correspondre à cette soif de jouvence, l’utopie

à atteindre étant celle d’un corps en état d’éternelle jeunesse.

La société nous inonde d’images189de corps d’hommes et de femmes

stéréotypées. Des humains toujours jeunes qui ne semblent jamais souffrir des

affres du temps.190Ces images du corps qui nous suivent, incitent à ne pas se

contenter de son apparence physique : elles cherchent à nous imposer des

modèles.

Dans cette perspective, la première idéologie, que nous exposerons, est donc

celle de l’idéal de jeunesse qui va repousser les aliments « toxiques» et avec eux

l’usure du corps191. Les aliments anti-âge, nouveaux remparts contre la mort, sont

ceux qui nous aident à lutter contre le vieillissement. Ils nous font même rajeunir !

ils font durer notre coeur, nos intestins, notre foie, notre cerveau, nos reins…Ils

font durer notre peau aussi ! Bien que dans notre population d’interviewés, nous

n’avons pas retrouvé une consommation importante de ces aliments anti-âge

hormis l’ActimelÒ, il nous a semblé intéressant de développer ici ce nouveau

concept alimentaire.

Cette nouvelle idée sert la lutte de l’homme contre son déclin physique et

cognitif192 . La croyance en l’éternelle jeunesse est un des moteurs de

« La WELLBOX saine » : elle peut ainsi faire reculer le vieillissement, l’entrée dans

189 Les images de bien-être servent à l’idéal du corps jeune, beau et bien fait, dynamique et

performant. D’après G. Raveneau « prolifération des images du corps et façonnage corporel ou

comment se racheter d’être ce que l’on est. » L’Homme et ses images. GALF 2001.

190 Inspiré d’après le mémoire de Master 2 de sociologie de La WELLBOX, d’A. Touillet sur

l’Analyse socio-économique du marché des compléments alimentaires vendus en pharmacie et

implantation merchandising, en 2005, non publié.

191 Nous sommes loin de la vision de Platon explicitée dans la Tyrannie des plaisirs, par J.C.

Guillebaud (1998). Il reprend les écrits de Platon : «La race humaine, écrit-il, a une affinité

naturelle avec l’ensemble du temps, qu’elle accompagne à travers la durée, c’est par là qu’elle

est immortelle, en laissant les enfants de ses enfants et ainsi, grâce à la permanence de son

unité toujours identique, en participant par la génération à l’immortalité. »

192

Le concept de La WELLBOX anti-âge est de lutter également contre les pathologies liées à l’âge

mais notre population qui ne dépasse pas 38 ans n’est pas encore directement concernée par

cette motivation.

124


la maladie. La présence des aliments anti-âge, nous informe ici sur la valeur

dominante socioculturelle « la cruelle prévalence de la jeunesse contre toute idée

de maturité ou de sagesse. » (Guillebaud, 1998, p.379)193

Auprès de notre population interviewée, âgée de 18 à 38 ans, nous n’avons pas

noté de consommation d’aliments qualifiés anti-âge alors que l’idéal de jeunesse

est fort.

Effectivement, nous regardons actuellement l’existence dans les rayons de supermarché

de produits comme : Lait jour après jour de Lactel avec son complexe

anti-oxydants « qui contribue à protéger les cellules des effets du temps » dont la

sortie remonte à 1996 ; Essensis de Danone194lequel , lancé en 2007, est là pour

améliorer la qualité de notre peau ; Jus de fruits Tropicana Essentiels -Antioxydants

qui est disponible au rayon frais depuis fin décembre 2006, et enfin l’Eau

Vichy Célestins complexe anti-âge lancée en avril 2007195 .

Ces aliments cités ne figurent pas dans les achats de nos interviewés. La liste

n’est pas exhaustive mais il semble que ce marché se développe depuis les

années 2000. Ce concept d’aliments « jeunesse » ou de nourriture anti-âge,

s’interprète plus dans notre population enquêtée comme une notion de rester en

forme, d’avoir de la vitalité, de manger pour « durer » ou encore de « rester

jeune » vu qu’ils se considèrent déjà comme tels.

Ici par exemple notre population de malades atteints de la MC cherche à faire

durer son tube digestif avec une stratégie de choix d’aliments connus et reconnus

pour faciliter la digestion. Le petit-déjeuner d’Alexia196 illustre cette posture

digestive sur le plan quantitatif et qualitatif. Elle nous décrit : « Pas beaucoup, je

prenais du lait de soja après, je suis passée à de l’eau de riz » et sa mère

ajoute : « et des galettes de riz». Ils avaient rencontré alors une « diététicienne »,

qui tient un commerce de produits diététiques. Elle les conseillait et prônait des

« laitages » végétaux pour les intestins. « Donc on est passé au lait de soja puis

après l’eau de riz» réexplique Alexia. Ainsi, les informations données à cette

période à Alexia et sa mère ont non seulement contribué à l’enrichissement de

193 Sans oublier de signaler le livre écrit par Annie Hubert sur « L’éloge de la maturité », en 2005

qui va à l’encontre des idées sociétales dominantes actuelles.

194 Danone vient d’en retirer la commercialisation depuis 1 er mars 2009.

195 La liste n’est pas exhaustive nous pouvons aussi citer : la confiture anti-âge Noréflit de Noréva

et encore Torino de Savéol, tomates « naturellement 50% plus riches en lycopène que les

tomates classiques ». Le lycopène est un anti-oxydant et s’inscrit ainsi dans une stratégie

alimentaire anti-âge.

196 Alexia a 20 ans. Elle est en 2èmeannée de BTS, ses loisirs sont la lecture et le piano, son IMC

est à 15 actuellement, elle est dénutrie. Sa MC est connue depuis 2001.Elle décrit son petit-

déjeuner à une période ou sa maladie de Crohn n’est pas encore diagnostiquée.

125


leurs savoirs, mais également dans son cas ont modifié ses pratiques corporelles.

Le but était d’économiser le travail de son tube digestif et, ce, afin qu’il dure le plus

longtemps possible dans son rôle de filtre entre le dehors et le dedans de son

corps.

D’autres produits alimentaires pour prendre soin de son corps sont proposés dans

le commerce. C’est le cas d’Actimel®. Pour renforcer les défenses corporelles de

son fils, la mère de Charles 197 a été séduite un temps: « Quand on a commencé

à voir qu’il était si maigre […] et on avait commencé à lui en donner. Mais ensuite

quand il est allé à l’hôpital la diététicienne nous a dit stop l’Actimel®. Il vaut mieux

lui donner du yaourt normal que de l’Actimel®. Cela n’apporte absolument rien ! »

Ce qui est audible, c’est que les croyances évoluent selon les informations reçues

de l’environnement social.

Dans le cadre familial, Actimel® est au départ pensé comme efficace pour

renforcer le régime de Charles alors que ce dernier s’affaiblit. Plus tard dans

l’univers hospitalier, il devient inutile.

2.2.2 L’idéologie de la performance

La seconde idéologie est celle de la performance et de la perfection du corps-outil.

Les actes alimentaires se rationalisent : manger devient une fonction nutritive pour

l’utilisation du «corps-machine». La WELLBOX pour devenir un « surhomme » est

recommandée. Nous retrouvons là les obligations de performance sportive ou de

conformité professionnelle avec un exploit cognitif. Nous sommes dans le

perfectionnisme alimentaire vanté par la société contemporaine. Sur cette notion

de performance physique et cognitive, nous avons recueilli des témoignages

auprès de notre population. Des modalités alimentaires avantageuses sont

intégrées à leurs habitudes de vie. Une étudiante en 2ème année de BTS

Diététique nous dit « Oui je suis très coca light et même j’en bois à la maison. […]

C’est avec caféine mais sans sucre. Je me suis mise à en boire plus avec les

cours de médecine. Je prenais du café, c’était pour me réveiller et le coca c’était

pareil. J’aime le goût mais c’est aussi pour la caféine. C’est du dopage, c’est cela

en fait. »198 Cette étudiante a préparé médecine et pour se tenir éveillée et

apprendre ses cours, elle buvait du coca ou du café. L’idée était de dépasser les

197 Charles, a 18 ans. Il est lycéen, et vit chez ses parents en périphérie de Toulouse, Op.-Cit.

198 Amandine a 23 ans. Elle est étudiante à BAC +2. Elle ne pratique aucun sport. Ses loisirs sont

par exemple d’écouter de la musique, d’aller au cinéma, et de faire de l’ordinateur. Op.-Cit.

126


limites de son cerveau pour continuer à travailler encore et toujours plus

longtemps.

Un autre étudiant que nous avons rencontré poursuit un cursus en sciences et

techniques des activités physiques et sportives (STAPS). Ce mangeur cherche à

augmenter sa performance physique. Cyril199 a bon appétit et il mange. Il applique

certaines règles de diététique, surtout en prévision de ses compétitions. Il ne

surveille pas son poids mais essaye d’optimiser ses réserves pour une meilleure

efficacité de son corps outil. Cet étudiant en sport, âgé de 19 ans pratique au

minimum 5 heures d’activités physiques et sportives par semaine et il mange pour

gagner !

2.2.3 L’idéologie de l’harmonie sociale

La troisième croyance est le retour d’une harmonie sociale, en compensation à

une déstructuration communautaire des repas. La mère de famille, actrice de la

vie sociale et des jeux subtils codifiés autour de la table (les rythmes alimentaires,

les préparations culinaires) revient sur scène pour régler l’assiette du mangeur et

confectionner une « alimentation saine » pour la famille. L’harmonie sociale,

familiale reste le socle d’une éducation alimentaire solide, d’une charpente

bénéfique pour la santé : le « fait maison » est prôné. Certains de nos interviewés

ont comme Dominique200 , âgé de 19 ans et mécanicien dans un garage, des

mamans qui font « bien la cuisine » et c’est ce qu’il nous livre :

« C’est maman qui prépare le dîner. C’est tout le temps maman. Maman fait de la

soupe de temps en temps [...] Elle aime bien faire la cuisine, car papa aime la

bonne cuisine » et il se déclare identique à son père au niveau culinaire. Tout ce

qu’elle prépare est systématiquement « Bon et Bien ».

Dominique ajoute : « Elle fait du couscous, des pommes de terre carottes, de la

choucroute, du baeckeoffe, de la tarte flambée et de la quiche lorraine, des nems,

du lapin au vin rouge. Elle cuisine des haricots verts et haricots blancs, des petits

pois carotte. Dans chaque plat, elle met des légumes.»

199 Cyril a 19 ans. Il est étudiant en STAPS et durant son année scolaire, il pratique de 10 à 15 h de

sport par semaine. Ses parents lui louent un appartement à côté de son centre d’entraînement

sportif. Il est célibataire et pratique le cyclisme durant ses loisirs.

200 Dominique a 19 ans et demi. Il est employé depuis 6 mois comme mécanicien-auto. Il vit chez

ses parents avec ses 2 frères qui sont plus jeunes (âgés respectivement de 17 et 18 ans). Son

père est cariste-conducteur d’engins et sa mère est gestionnaire de stock dans le textile en

Allemagne. Il vit à Strasbourg dans une cité.

127


La diversité des repas servis par la mère de Dominique, fondent l’équilibre

alimentaire du père et du fils.

Dans les périodes de grande rupture, « c’est-à-dire quand s’affaiblit à l’extrême

toute capacité de transmettre des valeurs, il n’en va plus de même. La famille

redevient un môle d’humanisation et de résistance à la barbarie solipsiste. »201

Nos interviewés masculins202qui vivent encore chez leurs parents confient l’entière

responsabilité de leur santé et de leur alimentation à leur mère et quelques fois à

leur grand-mère.

Cyril, l’étudiant en STAPS, très sportif, est encore attaché au foyer de ses parents,

même s’il vit dans son appartement d’étudiant. Il nous confie que les meilleurs

choix alimentaires sont ceux de sa mère. Il mange des fruits et des légumes,

lorsqu’il est chez ses parents. Sa mère le conjure de manger les légumes mais il

ne suit plus ses préceptes dès qu’il retourne à son appartement. Sa mère est

ainsi, selon lui, la gardienne de sa santé.

Il arrive aussi que la mémoire des pratiques culturelles de la grand-mère relativise

les définitions actuelles de « La WELLBOX saine ». Car en effet, elles sont

empreintes de son expérience personnelle. « Toutes les valeurs nutritionnelles

que l’on peut voir maintenant, elle (sa grand-mère) disait qu’il fallait manger parce

que l’on peut », nous expose Nicolas203 . C’est donc manger à sa faim qui est

primordial pour elle et elle transmet à Nicolas, son petit fils, cette notion. Parce

qu’elle a connu la faim et la dictature mussolinienne, nous dit-il. Au travers de son

histoire, sa grand-mère sicilienne lui apprend à goûter le café dès l’âge de 6 ans,

car selon son éducation ce n’est pas mauvais pour les enfants.

C’est ici que nous comprenons le caractère culturel de « La WELLBOX saine » ou

à l’opposé, toxique. Nicolas explique qu’« Un café comme on fait chez nous en

Sicile, ce n’est pas un truc où l’on voit à travers. Alors quand je le dis… t’es

complètement fou et tu buvais du café à 6 ans et cela ne va pas ! » Nicolas tient à

argumenter en faveur de sa grand-mère, elle avait bu du café quand elle était

petite et lui aussi de ce fait. Il complète pour la défendre « et de plus quelque part

je ne suis pas mort ! » Pour parachever il ajoute qu’en Sicile, du temps de sa

grand-mère boire du vin quand ils avaient 8 ans voire 9 ans, le dimanche, « c’est

201J.C. Guillebaud (1998, p. 351) cite P. Legendre, filiation (1990).

202 Nous nous référons aux récits de vie d’une part de Charles, âgé de 19 ans, lycéen, vivant en

banlieue toulousaine qui est nourri par sa grand-mère maternelle et d’autre part à l’histoire

alimentaire de Mathieu, âgé de 29 ans, chercheur en informatique, vivant en concubinage dans

la ville de Bordeaux.

203 Nicolas a 19 ans. Il habite dans le département du Haut Rhin en Alsace dans une ville de 5000

habitants. Il a une licence et va poursuivre ses études vers une maîtrise. Ses loisirs sont

128


la culture qui est comme cela. » Pour conclure sur cette pratique de

consommation Nicolas réplique « tu bois du café, mais c’est fou des choses

comme cela qui ne sont peut-être pas fondées, je n’ai jamais eu de problèmes de

digestion suite à un repas que j’avais eu chez elle ! »

Les us et coutumes alimentaires siciliennes sont pourtant remis en cause, vivant

en Alsace, où il est anormal de donner du café à un enfant de 6 ans, sa grand-

mère est vue comme une personne ayant une conduite « folle». Néanmoins cet

exemple illustre que les représentations alimentaires du café posent cette boisson

comme un complément sain pour le régime alimentaire des enfants à l’époque de

la seconde guerre mondiale en Sicile et comme boisson « toxique » pour les

enfants en France aujourd’hui.

La notion de café nutritif perdure et cette persistance sur l’imaginaire du café, un

complément énergétique se lit encore dans les publications sur Internet, où il est

décrit comme « un tonique stimulant » ou encore comme « facilitant la

digestion »204. Cette histoire amène à penser que « la cuisine saine » familiale des

mères et des grands-mères prend sens dans un contexte géographique,

historique, politique et socioculturel donné.

2.2.4 L’idéologie de la pureté

Enfin la quatrième pensée qui porte leurs choix vers une alimentation saine,

soutenue par une idée de pureté, est le respect des règles édictées par les

religions ou des croyances profanes sur cette notion. Cette idée de pureté,

rapportée par Mary Douglas (2001), s’exprime de différentes manières.

Soit c’est l’aliment qui est propre ou à l’inverse impropre à la consommation, car il

est impur. A ce titre, Corentin nous dit par exemple à propos du gras : «Je ne

peux pas, je me le mets dans la bouche et cela me donne la nausée, je ne peux

205

pas.»

Ou alors c’est l’espace où il est cuisiné qui est considéré comme propre ou sale.

Cela peut-être aussi une façon de préparer. Cuisiner prend alors différents sens

et, pour que cette nourriture devienne propre à la consommation, elle doit passer

Internet, la lecture et la télévision. Sa mère est alsacienne et son père est sicilien.

204 D’après le livre Guérisseurs et plantes médicinales du Yémen, de Jacques Fleurentin (2004).

Cet ouvrage rapporte que le café est un tonique stimulant mais qu’au 19 è siècle il est interdit

en Europe aux enfants. Consulté le 18 juin 2009. Pour le rôle digestif du café se reporter à

http://www.cafecimo.com/cimofr/didyouknow.html, consulté le 18 juin 2009.

205 Corentin a 22 ans. Il est étudiant en première année d’IUFM après l’obtention d’une licence de

Langues Etrangères Appliquées. Sa MC est connue depuis 2001.

129


à la moulinette ou au mixeur. Cette façon de présenter l’aliment, de le broyer pour

le purifier va entraîner son acceptation :

« Je refusais le roastbeef et il fallait hacher la viande et la servir sous forme de

hachis parmentier ou de lasagnes afin que je mange » nous rapporte Mathieu206.

Outre la viande, ce mode de préparation s’applique pour les légumes

verts : « Alors les légumes toujours passés à la Moulinette, des haricots verts, les

épinards, tous les légumes. » nous dit Charles207 .

Enfin, dans certains cas, c’est le corps qui se doit d’être préparé ou purifié en vue

du partage pour le repas. Et si le corps est sale, il existe alors plusieurs

possibilités pour le laver. Le corps peut-être lavé à l’extérieur mais aussi de

l’intérieur avec des boissons. Nous retrouvons ici par exemple les vertus du jeûne

pour purifier le corps souillé, préconisé par Noé, un étudiant de 22 ans208 .

Ainsi nous avons analysé les croyances et leur incidence au sein de notre

population.

Étendant notre observation sur l’intimité alimentaire, que ce soit notre population

dite de « bien-portants » ou de malades, nous avons constaté, pareillement, des

tris alimentaires parmi la disponibilité et la variété des aliments comestibles dans

leur environnement.

Ainsi, même si les aliments sont biologiquement sains pour leur corps, la

détermination de la non-toxicité ou de l’effet bénéfique pour leur santé est motivée

par leurs représentations individuelles sur la santé. Les raisons de leurs choix,

« cet aliment est bon pour la santé », sont légitimées par leurs représentations

alimentaires et leurs effets bénéfiques imaginaires ou réels sur leur corps.

Les représentations corporelles sont aussi motrices dans leurs décisions

alimentaires. Nous avons ainsi recueilli parallèlement aux histoires alimentaires,

leurs représentations corporelles. Ces dernières sont liées aux groupes sociaux.

2.3 Des formes sociales de « Manger pour sa santé »

Nous avons cherché à mettre à jour auprès de notre population interviewée, les

éléments communs qui les motivent, pour sélectionner leurs aliments et ou

206 Mathieu est docteur en informatique. Il est âgé de 29 ans, chercheur et vit en concubinage à

Bordeaux. Sa MC est connue depuis 2003.

207 Charles a 18 ans, il est lycéen et ses loisirs sont l’escalade et le snowboard. Il fait

approximativement 1 heure de sport par semaine. Sa MC est découverte depuis 2001. Op.-Cit.

208 Noé est en licence d’aliment santé à l’université d’Amiens. Il vit dans un appartement seul et

effectue un stage à la cuisine de l’hôpital quand nous le rencontrons.

130


La WELLBOX bénéfique pour leur santé. A titre d’exemple pour les personnes

malades, c’est surtout lorsque « leur nourriture est bonne à digérer qu’elle est

bonne à manger ». Ainsi, pour eux, une alimentation saine se définit comme une

alimentation digeste. Manger sain c’est manger léger, prendre des aliments sans

résidus comme le riz. A l’inverse, c’est proscrire certains aliments qui ont des

conséquences négatives sur leur corps. La mère d’Alexia nous confie « Elle a

toujours aimé la viande blanche, la viande rouge c’était la catastrophe, elle allait

aux toilettes.»209

Mais « manger pour sa santé » va aussi prendre d’autres sens dans la population

dite de bien-portants que nous avons rencontrée.

Manger sain, c’est remplir son corps d’énergie nous explique Chokri210 . Il est

étudiant et présente une obésité. Il boit du Coca Cola systématiquement avant ses

entraînements de football américain parce qu’il a besoin d’énergie pour tenir

durant les « affrontements » sportifs. Il pense que cet apport nutritionnel le sert

dans sa volonté de performance physique. C’est l’énergie bénéfique pour son

corps qu’il va ingérer. Son histoire montre que le Coca Cola est sain.

D’après les récits de vie, c’est toujours parce que c’est bénéfique pour leur santé,

leur bien être physique, psychique et social pour reprendre la définition de l’OMS,

et que cela répond à leur intention corporelle d’être, que les mangeurs font ces

choix. L’histoire de Chokri rejoint l’écrit de Christine Durif-Bruckert « la résonance

de l’aliment dans le corps peut ainsi fonctionner comme une garantie de la santé

et d’un sentiment de sécurité de soi. » (Durif-Bruckert , 2007, p.23)

Avec les interviews de notre population de personnes atteintes de la MC ou non,

nous allons apprécier la sphère digestive qui est le lieu par excellence des

projections les plus passionnées et des tentatives de transgression et inventions

les plus fantaisistes (les incorporations non alimentaires, voire sexuelles ne seront

pas traitées ici).

Ainsi à l’insu du mangeur, le ventre porte des défis imaginaires et des invitations

souhaitées vers la nourriture « autre » sont rendues absolument impossibles par

toute une série d’obstacles insurmontables, qu’ils soient attribués à l’insuffisance

organique, à l’aliment dans le cadre, par exemple, de la MC, ou à la peur de

grossir chez certaines femmes interviewées, soucieuses de se rapprocher des

corps de sylphides, les canons de beauté actuelle.

209 Op.-Cit.

210 Chokri a 22 ans. Il termine un BTS d’électronique avant de continuer vers une école d’ingénieur.

Il vit chez ses parents à la périphérie d’Amiens. Son IMC est à 32, il se situe donc à un stade

131


Pour exposer les représentations alimentaires, sur La WELLBOX dite bénéfique

pour la santé de notre population vivant en France, nous avons classé leurs

verbatims en 4 parties.

Dans un premier temps, nous présenterons les représentations socioculturelles

parce que les acteurs sont immergés dans une culture alimentaire « à la

française». En effet, l’être humain vit dans une société, qui lui ouvre des

représentations communautaires. Cette perspective nous entraîne vers des

représentations sociales multiculturelles, qui s’inspirent des morales et des

religions.

Dans un deuxième temps, nous traiterons des représentations morales211sur

La WELLBOX bénéfique pour la santé.

Dans un troisième temps, la société possédant un patrimoine de religions, nous

avons retrouvé dans les représentations religieuses des applications alimentaires.

Les attitudes rapportées sur une alimentation « purificatrice » du corps, pensées

comme bénéfiques, permettent de cultiver chez les pratiquants, les vertus de leurs

croyances. Après ces représentations collectives nous nous placerons, pour finir,

dans une quatrième partie, au plan de l’individu, afin d’aborder les représentations

idiosyncrasiques.

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.

«Contrairement à une vision purement individualiste du comportement de l’acteur,

d’obésité.

211 La morale vient du latin moralitas, elle concerne les règles de conduite en usage dans une

société. Elle se rapporte au concept des actes humains et concerne les sujets du juste et de

l’injuste, également désignés sous le nom « bien et mal ». La morale peut se décrire aussi

comme une connaissance du bien ou du mal. Nous nous baserons sur les représentations de

ce qui est juste sur le plan alimentaire donc répondant à une morale pour notre santé ou

autrement dit bien pour notre santé. Cependant si nous complétons cette approche par celle

écrite dans le vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, ouvrage d’initiation de

Louis-Marie Morfaux (1980), nous comprenons que cette théorie de l’action humaine conçue

généralement sous forme normative se distingue du point de vue de la doctrine comme par

exemple la morale du bien, avec derrière ce mot peut-être le plaisir ou une morale de

l’hédonisme. Ce « Bien » peut-être aussi le bonheur, l’intérêt ou encore la perfection voire aussi

la liberté. La morale prend également le sens de la morale du devoir dans ce cadre, elle est

telle que l’écrit Kant : « Le devoir est une nécessité d’accomplir une action par respect pour la

loi ». Nous enrichissons cette notion avec la pensée de Durkheim qui précise que « Chaque

peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit. »

212 Le concept de représentation sociale, l’une des notions fondatrices de la psychologie sociale,

mais aussi de la sociologie désigne une forme de connaissance sociale, la pensée du sens

commun, socialement élaborée et partagée par les membres d’un même ensemble social ou

culturel. C’est une manière de penser, de s’approprier, d’interpréter notre réalité quotidienne et

notre rapport au monde. D’après « wikipedia.org », consulté le 21.01.2009. Cependant les

anthropologues attachent une grande importance à la culture et la rattache systématiquement à

la société, c’est pour cela que nous évoquons ici d’emblée les représentations dites

socioculturelles, l’un, le social, ne pouvant exister sans l’autre, le culturel.

132


supposé producteur autonome de ses idées et qui déciderait librement selon ses

intérêts [...], celui-ci (l’acteur) agit le plus souvent sous l’emprise de

représentations sociales (croyances, normes, modèles, valeurs, …) plus ou moins

profondément intériorisées (sous formes consciente et inconsciente) et qui lui

dictent ce qu’il convient de faire dans les diverses circonstances de la vie. […] À

cet ensemble de représentations sociales, les anthropologues ont depuis

longtemps donné le nom de culture, notion essentielle pour qui veut comprendre

le fonctionnement d’une société. Que l’univers symbolique de la culture

conditionne fortement, voire détermine de manière quasi-impérative le

comportement des hommes, voilà qui peut sembler évident. » (Donnadieu, 2003,

p.1)

Nous recueillons ici en premier le discours de nos interviewés sur les

représentations socioculturelles de La WELLBOX saine auprès de notre population

témoin âgée de 18 à 38 ans, afin d’entrer dans le culte contemporain de «

La WELLBOX santé »213. Ensuite nous étudierons celles de notre population de

personnes atteintes de la maladie de Crohn.

Dans cette première analyse, nous avons uniquement relevé ce que veut dire une

alimentation saine auprès de cette population constituée de personnes témoins.

Si nous écoutons leurs interviews, nous trouvons que les réponses sont

polysémiques. Le modèle alimentaire « sain » est vécu, selon les individus, ou

bien comme un plaisir ou bien comme une contrainte, source de douleur pour leur

corps, lorsqu’ils s’infligent des régimes stricts.

2.3.1.1 Une alimentation saine par la variété et la légèreté

Pour eux, manger varier c’est accéder à une alimentation saine. Reste que cette

façon de se nourrir devient parfois une obligation de variété : il faut manger de

tout, même si l’on n’aime pas. C’est ce que nous rapporte Adèle, étudiante en

recherche d’emploi, dont la mère était « femme au foyer ». « Elle cuisine bien

donc, j’ai été bien habituée, très petite, à manger de tout et même si je n’aimais

pas, il fallait quand même que je mange.»214

213 Etude sur la population de bien-portants sur 58 entretiens menés au domicile (30 hommes et

28 femmes). La moitié vit pour une partie dans le Sud-Ouest de la France et l’autre dans le

Nord-Est.

214 Adèle, pratique entre 2 à 5 heures de sport par semaine. Elle a 24 ans et atteint un niveau BAC

+1. Elle est en recherche d’emploi. Ses loisirs sont la décoration, la peinture sur verre et la

danse en couple. Elle vit depuis peu en concubinage. Elle appartient au groupe témoin.

133


Pour certains, c’est en variant leur alimentation qu’elle devient plus sûre car

actuellement, nous pouvons douter de la qualité de notre alimentation. « Comme

on ne sait plus quoi manger, on varie, comme cela il y a moins de risques »215

nous dit Elise, une mère de famille. C’est pour lever ses craintes d’intoxications

corporelles, sur le long terme, qu’elle diversifie ses aliments.

Cette variété, s’inscrit aussi comme une source de plaisir, Amandine présente son

modèle alimentaire varié et gourmand. Etudiante âgée de 23 ans, elle se nourrit

librement mais surveille son poids au travers de son régime alimentaire. Sans

restriction, elle cherche la diversité et dit être « naturellement » gourmande.

Cependant, elle mange tout de même des yaourts à 0%. De fait, elle contrôle

dorénavant plus son alimentation que lorsqu’elle était plus jeune car à 13 ans,

avec un IMC à 22, elle était ronde et présentait une obésité dite modérée216. Elle

nous rapporte ses menus plaisirs quand il y avait des spaghettis bolognaise ou

des lasagnes, « c’était la fête ». Aujourd’hui elle choisit des desserts moins

énergétiques comme la crème anglaise, et raconte qu’à cette époque: « c’était des

madeleines et des gaufres, des biscuits que l’on mangeait avec les glaces [..] »

Au travers de son nouveau répertoire alimentaire, elle varie avec gourmandise.

Manger sain est aussi synonyme d’une alimentation légère, modérée, voire d’un

devoir de réduire les consommations en sucre et en matières grasses. Manger

léger est souvent cité comme la recommandation à suivre pour manger

sainement. Cette référence alimentaire devient un devoir moral et nous la

détaillerons dans les représentations morales. Il est aussi nécessaire de suivre cet

allègement en sucre et matières grasses lorsqu’un régime amaigrissant s’impose.

Or cela peut-être réellement difficile comme nous l’a confié Bernard, lui qui se

préparait ses repas spéciaux, la veille, pour le déjeuner du lendemain.

Mais que faut-il faire d’autre, encore, pour manger sainement ?

2.3.1.2 Une alimentation saine par des aliments bénéfiques

Il est indispensable d’atteindre une consommation en quantité suffisante de

certains aliments jugés « bons pour la santé ». Ceux-ci sont entendus comme

autorisant une autre manière de manger sainement.

215 Elise a 38 ans. Elle est mère de deux enfants âgés de 8 et 4 ans. Elle est enseignante dans le

primaire et vit à 3km de Mulhouse. Elle appartient au groupe témoin.

216 Selon les critères de définition infantile de l’obésité. Amandine a 23 ans et le jour de l’entretien,

son IMC est à 25 ce qui signifie qu’elle est à la limite de la zone de surpoids. Elle est 2 èmeannée

de BTS de diététique et vit célibataire, dans un pavillon en périphérie de Toulouse. Ses parents

lui ont offert ce pavillon afin qu’elle y emménage avec son petit ami, mais il vient de la quitter.

134


Il est nécessaire de manger plus de légumes, beaucoup de soupes « maison »

avec des légumes du marché. Et puis d’autres aliments doivent être restreints

parce qu’ils sont qualifiés négativement comme les matières grasses. Il existe

aussi des quantités à ne pas dépasser pour certains aliments, et il est conseillé

de ne pas tomber dans l’intempérance.

C’est une affaire de dose nous dit Dominique. « Pour être en bonne santé, il faut

faire du sport et manger sainement [...] C’est faire des repas équilibrés tous les

jours, avec de la viande, des fruits et du lait. [..]Il faut prendre une dose de lait

chaque jour, c’est mon médecin qui me l’a dit. »217

Manger sainement, c’est à la fois un nouveau répertoire alimentaire, et une carte

d’aliments reconnus. Dans tous les cas, c’est édifier une classification alimentaire

culturelle qui va définir la qualité de son alimentation.

La distinction s’effectue sur un plan qualitatif. Il ressort des discours qu’une image

santé se focalise sur les fruits et les légumes.

Le pain est aussi un aliment qui contribue à l’équilibre alimentaire et Bernard,

vivant en colocation, raconte à son sujet : « (C’est) une personne qui mange

équilibré aussi, il mange beaucoup de pain, donc je mange beaucoup de pain du

coup et au niveau des quantités c’est plus raisonnable et je mange des légumes

tous les jours. » raconte Bernard218 .

Fréquemment dans les discours, il est devenu obligatoire de manger des légumes

et un fruit en dessert. « On mange de tout, on essaye même de manger plus de

légumes et de fruits qu’avant » nous explique Florence219 .

Les garçons ont également acquis cette habitude de consommer un fruit en

dessert sous l’influence de leur mère. Mathias vit depuis 2 ans, en colocation avec

deux autres étudiants et les fruits ne sont pas, comme chez ses parents, mis à sa

disposition. Il se doit de les acheter : « il y a des fruits en dessert. Parce que moi

Elle appartient au groupe témoin. Op.-Cit.

217 Dominique a 19 ans, et est employé mécanicien dans un garage. Il vit chez ses parents en cité

à Strasbourg. Il appartient au groupe témoin, Op.-Cit.

218 Bernard a 22 ans. Il ne pratique que peu ou pas du tout de sports. Il est étudiant à un niveau

BAC+3. Ses loisirs sont la photographie, le reportage sur design. Son père est cadre et sa mère

ne travaille pas.

219 Florence a 24 ans et son IMC est à 21. Elle ne pratique aucun sport. Elle est actuellement

employée dans un restaurant après un master 2.Cependant elle recherche un autre emploi. Elle

n’a pas de loisirs et projette d’ouvrir un restaurant avec son ami qui est cuisinier. Elle appartient

au groupe témoin du Sud-Ouest.

135


j’en consomme beaucoup de fruits, moins ici, parce qu’on fait des courses plus

rarement » dit-il220 .

Il ressort que chez les femmes, les habitudes sont données également par la mère

Adèle raconte: « Beaucoup de fruits et de légumes et au moins un fruit par jour au

moins […] Des fois cela me prend de faire des salades de fruits ou des compotes

et j’adore faire des soupes maison. Ma mère m’a habituée comme cela et j’adore

221

cela. »

Les légumes figurent aussi dans la présentation de leurs menus sains, avec une

définition qui englobe à la fois les légumes verts et les légumes secs sans

distinction dans leur esprit : « Les légumes, je mange […] car j’ai toujours aimé les

lentilles, les flageolets et les haricot verts. Les carottes pas trop, tout ce qui est

vert, épinards, les choux de Bruxelles, je mange bien en boîte, car frais je ne

pense jamais à les faire donc ils pourrissent en général dans le frigo. » dit

Natacha222 .

Si le choix de l’aliment est majeur, nous constatons que son état de fraîcheur joue

également comme un critère de qualité. Cependant ce critère n’est pas valable

pour tous comme nous le montre Natacha.

Les légumes ne sont pas toujours consommés frais, en soupe, sous forme de

crudités ou encore de salade.

Certains rejettent les conserves, d’autres les apprécient. Le choix des aliments

n’est pas seul constitutif d’une alimentation santé, il y a également la préparation

et la cuisson qui jouent.

2.3.1.3 Une alimentation saine par la « self » cuisine

Faire la cuisine soi-même, cuisiner avec des aliments frais ou encore faire à

manger (ce n’est pas obligatoirement « cuisiner»), c’est une autre façon

d’équilibrer son alimentation. Faire la cuisine est synonyme de prendre soin de soi

et d’adapter son alimentation à soi.

« Déjà cette année, je mange beaucoup plus équilibré parce que j’ai une meilleure

cuisine, et j’ai plus de quoi faire un bon repas et mes amis sont là. Donc on se fait

220 Mathias a 25 ans et est étudiant à un niveau d’études BAC+5. Il pratique environ 1 heure de

sport par semaine. Ses loisirs sont : la musique, le bricolage, le sport. Son père est retraité et

sa mère est mère ne travaille pas. Il appartient au groupe témoin du Sud-Ouest.

221

Adèle a 24 ans. Elle pratique entre 2 à 5 heures de sport par semaine. Elle est en recherche

d’emploi après avoir atteint un niveau BAC +1. Elle appartient au groupe témoin du Sud-Ouest.

Op.-Cit.

222 Natacha, a 28 ans et est employée comme hôtesse. Elle a atteint le niveau de la classe

136


des bons repas. [...] Des petites bouffes le soir, au lieu du Macdo. Oui on prenait

le temps de se faire un petit repas tout cela et le midi pareil vu que je mangeais

chez moi. [...] Oui, j’aime bien, et je me faisais des petites soupes avec des purées

avec des vraies patates (et de vrais légumes) » 223 nous dit Martine.

Nous retrouvons chez une autre étudiante cette conversion culinaire : faire la

cuisine soi même, l’assurance qualité pour la santé passe par la « self cuisine ».

Amandine n’aimait pas « faire la cuisine » mais à partir de la rencontre avec son

ami grec, elle n’était plus trop « fast food ». Il appréciait « la cuisine ». A cette

époque, elle va entreprendre en outre, des études de diététique et donc apprendre

des techniques culinaires lors des travaux pratiques. Elle reproduira ces cours

chez elle et Amandine nous l’assure : désormais « je cuisine ». Elle devient actrice

de son alimentation grâce à l’apprentissage d’un répertoire culinaire et elle en est

fière : « J’ai appris les goûts et je cuisine plus moi-même. Je regarde mes cours

de cuisine et je les mets en pratique. »224

Si dans ce cadre, « La WELLBOX saine » se dessine au niveau culinaire pour

d’autres ils déclarent que c’est la structure de leur menu ou de leur journée

alimentaire.

2.3.1.4 Une alimentation saine par la structure des menus et des journées

alimentaires

Nous avons écouté des interviewés qui pensent que c’est leur manière de manger

qui leur garantit la sécurité et la santé.

La qualité de La WELLBOX va s’articuler également autour de l’agencement des

éléments du menu. Donc la répartition est fixe avec des règles, instituant un ordre

d’apparition des groupes d’aliments. Une chrono-logique alimentaire se dessine.

Dans la prévision d’une alimentation saine, une répartition calorique plus légère en

fin de journée apparaît. Prendre soin de soi et de sa santé, c’est aussi prendre le

temps de manger, comme ne jamais sauter un repas. Manger régulièrement et

sans excès aux moments des repas. C’est finalement contrôlé le rythme

de terminale. Elle ne pratique aucun sport et ses loisirs sont la brocante. Elle appartient au

groupe témoin du Sud-Ouest.

223

Martine a 22 ans. Elle est étudiante en Science et Technique des Activités Physiques et

Sportives. Elle pratique beaucoup et très régulièrement des sports. Elle est à un niveau BAC+3

en STAPS. Ses loisirs sont le cheval. Son père est cadre et sa mère est médecin. Ses parents

sont divorcés. Elle habite en périphérie de Bordeaux. Elle appartient au groupe témoin du Sud-

Ouest.

224 Amandine a 23 ans et à ce jour son IMC est à 25 ce qui signifie qu’elle est à la limite de la zone

de surpoids. Elle est 2 ème année de BTS de diététique et vit seule dans un pavillon en

périphérie de Toulouse. Elle appartient au groupe témoin. Op.-Cit.

137


alimentaire. Tous ces concepts sont énoncés pour édifier ce que nos interviewés

appellent une alimentation équilibrée.

L’évolution de leurs habitudes alimentaires, lorsqu’ils désirent manger sainement

va dans ce sens. Il s’agit d’une structure saine pour édifier le repas et obtenir ce

statut alimentaire. Un ordre varie selon les personnes, avec une entrée, un plat,

un dessert pour établir l’équilibre alimentaire pour leurs repas.

« Aujourd’hui, on s’efforce de manger de la viande ou un oeuf.. Animal on va dire,

après à chaque repas, c’est légume ou féculent et fromage une fois par jour et un

laitage [...] A l’époque je n’avais pas de structure par rapport au repas » nous dit

Louis225. Néanmoins une, ou même plusieurs combinaisons se profilent pour créer

l’équilibre des repas « C’était 2 desserts et pas d’entrée ou 1 entrée et pas 2

desserts, souvent je prenais une entrée et un dessert » avertit Claude226

Cette alimentation équilibrée est également en rapport avec l’origine de l’aliment.

Pour certaines personnes, cela passe directement par le choix d’aliments dits

équilibrés, avec une composition choisie. Cet aliment équilibré est multiforme et

selon la culture familiale il fluctue (lait, produits frais, légumes et fruits).Pour

Angèle, ne sont sains que les produits frais. Elle nous renseigne « Pour revenir

sur le plan alimentaire, cela m’a appris. Les études d’infirmière m’ont quand même

fait réaliser l’importance d’une alimentation équilibrée avec des produits frais. »227

Il existe aussi des situations où manger équilibré devient une obligation. Pour

celles qui entrent dans le rôle de mère, c’est dans ce nouveau jeu qu’elles

commencent à cuisiner, et à manger équilibré: « Le soir, je me suis mise à

cuisiner […] pour le petit déjà et pour mon ami, donc là on mangeait équilibré. Des

pâtes régulièrement mais des légumes et de la viande.»228 .Il existe également des

cas plus singuliers où manger sainement est décrit comme une vertu alimentaire

et un devoir de se nourrir sans carence.

225 Louis a 34 ans et est employé dans le milieu bancaire à Toulouse. Il est marié et père de

deux enfants. Il ne pratique aucune activité physique et sportive et ses loisirs sont la console

de jeux , les vidéos, et le cinéma.

226Claude a 21 ans. Il est étudiant à un niveau d’études BAC+4. Il pratique plus de 5 heures de

sports par semaine. Ses loisirs sont le foot-ball, le rugby, le hand-ball et le volley. Il appartient

au groupe témoin du Sud-Ouest.

227Angèle a 31 ans. Elle est infirmière et elle ne pratique aucun sport. Ses loisirs sont: son travail

d’infirmière et s’occuper de son enfant. Elle appartient au groupe témoin du Sud-Ouest. Op.-Cit.

228 Idem ci-dessus

138


2.3.1.5 Une alimentation saine sous surveillance

Tout d’abord, Amélie229 nous explique que manger répond à un besoin

physiologique « la faim » et pour elle : « Il ne faut pas manger quand on n’a pas

faim. Il ne faut pas finir son assiette par principe (des obèses le sont devenus en

partie à cause de ça), il vaut mieux avoir un peu faim, qu’être toujours en

hyperglycémie. » Les menus qu’elle préconise sont aussi bien élaborés que

simples. Elle conseille également une modération sur les quantités et une

surveillance sur la provenance des aliments, et même un petit verre de temps en

temps, autant pour les vertus antioxydantes que pour oublier qu’on s’alimente, et

penser à autre chose. Une autre idée émerge de son discours, celle du devoir de

« bien » se nourrir pour ne pas être carencé. C’est ainsi qu’une manière de

manger sainement se profile dans son discours.

Dans ce style où la restriction apparaît, nous avons rencontré des adeptes du

végétarisme. Etre végétarien, c’est un choix qui fait partie d’un mode de vie.

Au lycée, Clarisse était très active sur le plan sportif et cherchait à augmenter ses

performances : « Au moment de la seconde je suis devenue végétarienne, et

j’avais maigri un peu. Je ne mangeais plus de viande, que des légumes et fruits et

il fallait que tout soit un peu bio machin. Cela n’a pas duré. Il me fallait des fruits et

légumes et tout ce qui était en sauce non, je n’ai d’ailleurs jamais bien aimé. »230

Elle n’a pas par la suite poursuivi dans cette voie alimentaire.

Ensuite, ce régime composé de végétaux s’impose aussi à l’entourage. Dans ce

cas, c’est ici celui qui dicte ses choix qui fabrique le repas. Le concubin d’une

végétarienne, Fabrice, nous exprime que « manger sainement » est compliqué :

« Je n’avais pas envie de prendre en charge des préparations de repas très

longues et très complexes que je n’aurai pas fait pour moi. Les fois où je faisais la

cuisine, cela n’allait jamais ! quand je faisais les courses, je ne ramenais jamais

exactement ce qu’il fallait. Cela a été très rapide la distribution des tâches à

l’intérieur du foyer, c’est elle qui prenait tout en charge pour la popote. »231

229 Amélie a 33 ans. Elle est mère de deux enfants en bas âge, chercheure en biologie dans un

centre anticancéreux, elle vit en banlieue de Bordeaux. Elle appartient au groupe témoin. Op.-

Cit.

230 Clarisse a 23 ans et pratique 1 à 2 heures de sport par semaine. Elle est étudiante à un niveau

d’études BAC+3. Ses loisirs sont : les sports et les repas avec les copains. Elle vit en

concubinage. Elle appartient au groupe témoin du sud-Ouest.

231

Fabrice a 32 ans et il pratique entre 2 à 5 heures de sport par semaine. Il est professeur dans

un collège et est doctorant en sociologie. Ses loisirs sont : les voyages, la lecture, la rédaction

de sa thèse et le judo. Son ex petite amie était végétarienne et lui aussi est venu à cette

alimentation, contraint par cette relation. Il appartient au groupe témoin du Sud-Ouest.

139


2.3.1.6 L’ alimentation santé, c’est une affaire de femmes

Cette répartition des tâches à l’intérieur de la maison est relativement classique. Et

même si le régime alimentaire prend en considération les goûts de chacun, c’est

en majorité les femmes interviewées qui cuisinent.

Régulièrement dans les discours masculins, nous entendons que manger

sainement est avant tout une affaire de femmes :

Les recommandations de maman sont là, et c’est elle qui porte attention et

prépare les repas :

« Ma mère elle fait attention à ce qu’elle fait donc c’est varié, donc c’est équilibré,

même maintenant [...] comme entrée, pas mal de crudités, souvent. Il y a toujours

de la viande et du poisson et toujours un légume et un fruit en dessert et un

yaourt. Rarement des desserts préparés, souvent un fruit. ‘Mange des fruits’ elle

me dit de faire attention à cela. »232 nous explique Claude.

Mais cette volonté d’une alimentation plus saine, Clotaire nous apprend qu’elle

provient surtout de son épouse : « Ma femme [...] préfère que cela soit un peu

plus équilibré »233 .

2.3.1.7 Une quête d’alimentation saine en voie de disparition

Tout le monde ne se situe cependant pas dans la quête permanente de

La WELLBOX saine.

Ainsi « La WELLBOX santé » est une préoccupation qui concerne plutôt des sujets

plus âgés, elle est liée à leur représentation de la santé. Ou bien cette

alimentation santé s’inscrit dans une démarche préventive, ou bien elle s’avère

nécessaire, si le corps est malade et requiert un régime spécifique. « On est

jeune, on est en bonne santé on n’a pas besoin de faire attention ! »234

Florence ajoute par ailleurs que le moteur de ses choix alimentaires est avant tout

l’hédonisme. Son rapport à La WELLBOX se place dans le registre du plaisir ; la

santé vient ensuite. La preuve est là et elle l’expérimente « parce que nous

aimons bien la cuisine et l’on arrive quand même à être en bonne santé. »235 nous

lance Florence.

232 Claude, 21 ans, étudiant Bac + 4. Op.-Cit.

233 Clotaire a 31 ans, il est marié et a un enfant en bas âge. Il est en recherche d’emploi. Il a atteint

un niveau d’études Bac + 2.Il appartient au groupe témoin du Sud-Ouest.

234 Florence, a 24 ans. Elle est employée et souhaite ouvrir un restaurant. Son IMC est à 21, elle

ne pratique pas du tout de sport. Op.-Cit.

235 Id Florence, Op.-Cit.

140


« La WELLBOX saine » est, en définitive, dépendante de l’individu mangeur

(femme enceinte, sportif). Elle varie aussi selon la situation spatiale et temporelle

– selon que les individus se trouvent dans un restaurant scolaire, ou chez maman.

Elle dépend également du type d’aliments choisis. Nous retrouvons la triade

décrite par le triangle du mangeur énoncée par Jean Pierre Corbeau (1997). Ce

sociologue contemporain de La WELLBOX pose comme cadre de définition de

l’acte alimentaire : le mangeur identifié avec l’aliment identifié et la situation

identifiée. Partant de ce décor, il nous est possible en conséquence de distinguer

les aliments malsains et des mangeurs coupables dans des situations immorales.

2.3.2 Des représentations morales sur les aliments nocifs ou sur le mangeur

immoral

Nous distinguons ici le sens moral, car nous analysons à la lumière de nos

interviews que les aliments bénéfiques pour la santé représentent des images

morales. Ce caractère dans l’acte alimentaire est décrit par Claude Fischler :

« Aspirer à avoir une bonne alimentation, c’est un peu vouloir mériter un certificat

de bonnes moeurs. » (Fischler, 1994, p.11)

Manger prend ici le sens du devoir à accomplir. Il est marqué par des normes

sociales, des obligations, des interdictions caractérisées à la fois par une exigence

d’universalité (tout le monde fait ainsi !) et par un effet de contrainte.

Nous recueillons ici les différents points de vue selon les mangeurs sur

« La WELLBOX saine » (des aliments coupables/innocents ou purs/impurs). Par

ailleurs ce devoir de manger sainement est une manière de vivre au sens large et

c’est ce que nous expliquent nos interviewés.

2.3.2.1Le devoir moral d’une « alimentation saine »

Manger allégé est un devoir moral féminin qui s’étend de plus en plus vers les

hommes. Pour la majorité des femmes que nous avons rencontrées, manger un

produit allégé c’est incorporer la symbolique qui l’entoure. Si « le bon et le sain

sont mesurés à la seule aune d’un critère ultime : fait ou ne fait pas grossir »

(Fischler, 2001, p.387), c’est alors dans une perspective d’intégration sociale que

se noue la relation du sujet à son corps mince. Vouloir ne pas grossir, c’est

s’intégrer socialement à la société des femmes françaises d’élite.

Les mannequins vus dans les magazines ne sont pas qu’un cliché, l’interview

d’une employée des impôts de 26 ans à Amiens, appartenant à notre groupe

141


« bien-portant », confirme qu’elle intègre les images de ces femmes comme des

modèles féminins. Etre mince, c’est souhaiter se distinguer des femmes qui ne

peuvent pas maîtriser leur appétit, et à travers lui, leur corps. Le devoir de

contrôler sa faim chez cette femme, montre l’importance du mécanisme moral mis

en place ici par la société occidentale française. Celui-ci est en train de s’étendre

de plus en plus à l’univers masculin car les hommes ont eux-aussi dorénavant le

devoir de rester mince. C’est ce que nous développerons un peu plus loin dans le

cinquième LE MASSAGE ANTI-CELLULITE de notre thèse.

Nous creuserons ici les tenants et les aboutissants de cette morale du bien qui se

propose de déterminer quel est le bien pour la santé et comment l’atteindre ? Ce

bien pour la santé peut-il être l’hédonisme ? La perfection ? Voici l’histoire de

Pascal236, praticien hospitalier, qui nous montre l’importance pour son bien-être

(sa santé psychique) de se nourrir équilibré et avec une pointe d’exotisme.

Il raconte : « C’est assez équilibré, ce n’est pas de la grande bouffe […] Il y a une

entrée, un plat et un dessert, les fruits. […] (Que prenez vous en entrée ?) Des

légumes, il y a de la charcuterie pour ceux qui veulent. Mais moi c’est des

légumes. Et pour la viande, il y a du poulet, un poisson à chaque fois.[…] Oui c’est

varié mais en fait ce n’est pas trop varié non plus. » Il a une volonté d’équilibrer

son alimentation, ne sautera jamais un repas et, de plus, il aime « faire la

cuisine ». D’ailleurs, dans ce cas, c’est lui qui effectue les courses : « De temps en

temps, je vais faire les courses le samedi pour changer notre univers alimentaire

sinon cela reviendrait toujours un peu pareil. […] Des fois, je mets une note

d’exotisme, dans les courses, sinon c’est un peu trop répétitif. » Dans son récit, il

raconte que sa mère lui a appris à cuisiner dès son jeune âge et le mercredi soir,

quand il rentrait de ses activités, il élaborait le repas. « Elle m’avait tout prévu pour

que je puisse faire le repas. On n’a jamais été élevé dans la conserve. »237 . Ses

parents arrivaient plus tard. Il a donc débuté tôt derrière les fourneaux et

maintenant, il sait cuisiner des daubes, préparer des garnitures de pizza. Il

apprécie la bonne cuisine et conçoit son alimentation comme un bien-être vital :

« Je mange de tout et […] en revanche je suis à cheval sur un truc. Je ne rate

jamais un repas. » Manger sainement prend ici le sens de bien-être, de goûter à

tout en plus du caractère rituel d’inscription dans l’emploi du temps. Poursuivant

236 Pascal, a 35 ans. Il est marié et a 2 enfants, ses loisirs sont : le golf, les promenades, le vélo et

les expositions. Il appartient au groupe témoin du sud-Ouest.

237 Pascal, Op.-Cit.

142


notre questionnement sur la morale du bien, nous cherchons donc quelle autre

forme peut revêtir ce bien ? Est-ce que ce bien peut-être la perfection ?

2.3.2.2 Cyriel

Nous rencontrons Cyriel, âgé de 36 ans, marié et père de 2 enfants. Cyriel

poursuit une quête : atteindre la perfection physique et pour ce faire il restreint son

alimentation.

La santé est ici pour Cyriel représentée comme étant l’aboutissement du bienêtre,

il ne considère pas ses restrictions alimentaires comme un risque pour sa

santé. Il perçoit uniquement comme bénéfique le résultat qu’il obtient sur la finition

de son corps, et cela lui permet de ressentir du « bien-être ».

Cyriel faisait un repas unique le soir et avait des difficultés pour manger, « Quand

tu cuisines les odeurs sont un coupe faim. […] » . Il ne mange toujours pas le

matin, très peu et « pas équilibré » au déjeuner. Actuellement à midi, il consomme

un pain de 50g et un gâteau de riz, ce qui lui tient au corps. Il ajoute une orange

parce que c’est riche en vitamine C. « Je mange plus le soir, 9 fois sur 10, à la

maison, c’est crudité ou potage, viande, légume avec fromage et dessert. » Il ne

réalise qu’un seul repas par jour. Il se justifie par la peur de l’embonpoint «

attention l’homme doit paraître jeune et en forme. » Il déclare être « raciste de

l’obésité ». « Je n’admets pas que l’on puisse se mettre dans des états pareils

mais en fait je me suis mis dans l’anorexie. »

Après la rechute de sa femme atteinte d’une maladie chronique, il a perdu 7 kg. Il

refusait tous les repas. Il est en pleine réflexion sur lui-même quand nous

l’interviewons.« J’arrive à l’âge où j’ai encore à plaire, je vais retourner à la

musculation ». Il a lu dans les magazines et sur Internet qu’à 40 ans un homme se

pose des questions. Dans VSD, il a vu un article qui traite du sujet, comment bien

passer ses 40 ans ? A cet égard, il déclare que la plus grande des punitions selon

lui, serait de devenir obèse. Donc « je vais refaire du sport avec la reprise, la

rentrée des classes, donc je vais m’organiser. Dans un mois, je vais reprendre la

musculation […]. Peut-être, je ne mangerai pas à midi » Pour lui, son apparence

physique prime sur le reste. Il faut sculpter son corps pour plaire. Et : « quand on

veut, on peut ! C’est ma devise. » Ce qui est primordial pour lui, c’est de se sentir

bien. Et pour Cyriel, cela équivaut à être physiquement attirant : il cherche le

regard de l’autre. En sculptant son corps par un régime alimentaire restrictif et la

musculation, il désire attirer l’attention sur lui.

143


Continuant l’analyse des discours de notre population, nous discernons que

manger sainement prend sa source pour certains dans des rites alimentaires

religieux. Les représentations religieuses sont alors examinées.

2.3.3 Des représentations religieuses

Le « vendredi, manger du poisson c’est cela manger sainement. » nous annonce

Noé, un étudiant en licence238, âgé de 22 ans et vivant à Amiens. Il présente aussi

le jeûne comme une source de purification du corps. Même s’il ne l’a pas pratiqué

lui-même, il semble y trouver un intérêt et approuve moralement ses amis

personnels qui suivent cette prescription religieuse.

Les attitudes purificatrices du corps reposent sur le choix de la qualité alimentaire.

Par exemple, le poisson étant considéré comme un aliment maigre, il permet la

réalisation d’une abstinence qui symboliquement lave et purifie le corps.

Les interdits alimentaires religieux se dessinent également, dans les choix des

repas pris à l’extérieur par Rachel239 . Agée de 27 ans, assimilée cadre, de

confession juive, elle travaille dans le milieu bancaire, à Toulouse. Elle ne

consomme pas n’importe quel sandwich pour son déjeuner à l’extérieur de chez

elle. Elle élimine ceux où se retrouvent mélangés de la viande et du fromage car

«Tu ne feras point cuire un chevreau dans le lait de sa mère »240 est une

prescription de la bible qu’elle applique dans sa vie quotidienne. Elle montre ainsi

son attachement à la religion juive au travers de sa consommation alimentaire.

Manger, c’est se distinguer par ses croyances alimentaires voire plus simplement

se différencier de l’autre par sa manière de consommer. Ainsi en est-il pour

Rachel.

Sa foi, et ses coutumes alimentaires notamment, l’ont séparé de cet autre. Plus

elle pratiquait et plus elle s’éloignait de ce futur époux, non croyant. Manger

sainement prend ici le sens d’incorporer des aliments selon des règles religieuses.

Les rites alimentaires impliquent le partage de concepts de vie, de choix spirituels

identiques et les autorités religieuses autorisent alors l’union par le mariage.

238 Noé est en licence d’aliment santé à l’université d’Amiens. Il vit seul dans un appartement

d’étudiant à Amiens. Il appartient au groupe témoin. Op.-Cit.

239 Rachel vit en concubinage dans un appartement en centre ville de Toulouse. Elle est touchée

par la MC depuis 2004.

240 D’après : Exode XXIII, 19 et XXXIV, 26 et Deut.XIV, 21. Cet interdit, dans les discussions

talmudiques puis dans la loi telle qu’elle est fixée, s’applique non seulement à la cuisson, mais

aussi à tout mélange, au cours d’un même repas d’aliments lactés et d’aliments carnés (viande

+ volaille). Ce passage est extrait du texte de Sophie Nizard (2006) écrit pour le colloque de

l’Ocha : L’homme, le mangeur, l’animal. Qui nourrit l’autre ?

144


Manger c’est ainsi s’unir à l’autre (Corbeau, 2000) dans un cadre circonscrit par

des manières « saines de vie » définies par la communauté religieuse. C’est parce

qu’elle construit ses choix alimentaires selon les règles établies par la

communauté juive qu’elle a refusé l’union maritale avec un mangeur étranger, ne

respectant pas les mêmes lois. Par voie de conséquence, cette union n’a pas

réussi à « prendre corps » dans la société. C’est ici son histoire personnelle

qu’elle nous a confié. C’est d’ailleurs ses convictions et ses pratiques assidues qui

d’après elle, l’ont sauvée d’un mariage qui eut été désastreux.

Enfin, il est des représentations individuelles que nous examinons ici : les

représentations idiosyncrasiques.

2.3.4 Des représentations idiosyncrasiques

En médecine, l’idiosyncrasie est une disposition qui fait que chaque individu réagit

d’une façon qui lui est propre aux influences des divers agents extérieurs. Dans sa

thèse, Mohamed Merdji (2002), explique que le dégoût idiosyncrasique peut-être

relié à un trouble psychologique ou à un traumatisme physiologique241 .

Nous présenterons quelques exemples de refus de nos mangeurs atteints de la

maladie de Crohn sur la viande (Masdoua, 2007, p. 5-14). Le dégoût de la viande

rouge et/ou grasse est explicité par Corentin 242: « De l’agneau, je n’en mange

pas », sa mère « les escalopes de veau, elles passent parce qu’il n’y a pas de

gras. Dans un poulet, il ne mangera que le blanc » A la cantine, Corentin subit la

daube : « Je ne peux pas, je me le mets dans la bouche et cela me donne la

nausée. » Et puis c’est la maman de Christine243 qui ajoute : « Plus elle a grandi,

plus elle a sélectionné, la viande, le boeuf, elle n’en a plus voulu. »

Mais leurs dégoûts sont divers et ils se portent aussi sur le lait, les yaourts et

fromages notamment : « Il ne boit pas de lait » affirme la maman de Florian244. De

même la maman de Charles245 indique : « Il n’en mangeait pas du fromage,

non ».

241 Dans notre étude, pour notre population de personnes atteintes de la maladie de Crohn, le

dégoût physiologique pour certains aliments est secondaire à la diarrhée. Ils accusent alors ces

aliments d’être la source de leurs maux.

242 Corentin est touché par la MC depuis 2001. Il a 22 ans et est étudiant à Bac + 3. Il souhaite

devenir professeur des écoles. Op.-Cit.

243 Christine a 19 ans. Elle a terminé un BEP de secrétariat et est en recherche d’emploi, sa MC

est découverte depuis 2002.

244 Florian a 20 ans et est en BTS sur Toulouse. Il vit dans une chambre d’étudiant. Il pratique le

rugby, et est atteint de la MC depuis 2001.Op.-Cit.

245 Charles a 18 ans. Il est lycéen et vit chez ses parents en périphérie de Toulouse. Sa MC est

connue depuis 2001, Op.-Cit.

145


Les dégoûts et refus alimentaires sont très présents chez les malades et liés à

leurs histoires personnelles.

Finalement pour rechercher une alimentation saine, il est nécessaire que les

personnes se la représentent. Pour ce faire, elles doivent y trouver un intérêt. Cela

participe aussi de la croyance.

Ces messages sur La WELLBOX bénéfique pour la santé, sont exo-prescriptifs ou

auto-prescriptifs et ils circulent dans notre environnement. Certains mangeurs les

intègrent facilement et mettent en pratique ces informations, alors que d’autres les

ignorent.

Nous avons écouté la polysémie des définitions socioculturelles de La WELLBOX

saine. Poursuivant, nous recherchons maintenant auprès des médias les

messages véhiculés. Etant donné notre population de jeunes adultes, Il nous est

apparu intéressant de travailler sur Internet. Après l’analyse des représentations

issues de nos entretiens sur le terrain, nous regardons un territoire imaginé et créé

par l’homme. Il appartient aux nouvelles technologies de l’information et se

développe : Internet246 .

3. Quels sont les écrits sur « La WELLBOX saine », médiatisés

sur Internet ?

Nous allons procéder à l’analyse des messages et des orientations éditoriales sur

« La WELLBOX santé » dans le world wide web. Les sites et blogs sont vus

comme une société discursive intermédiaire. Notre regard se porte sur ces médias

inventés par l’homme, reflets de la société.

3.1 Des

sites pour les internautes féminines et un recueil de leurs

grandes lignes éditoriales sur « La WELLBOX saine »

Le numéro 1 des sites destinés aux femmes en France est « Aufeminin.com »,

premier portail Internet européen dédié aux femmes. Le groupe exploite des

portails spécifiques dans 5 pays (France, Espagne, Italie, Allemagne et Royaume

Uni)247 .

246 Voir les statistiques sur le développement incontestable d’internet en France

http://www.internet.gouv.fr/informations/information/statistiques/. (2008).

247 Le CA de « Aufeminin.com » se répartit comme suit : les revenus publicitaires 88,3% et les

autres : 11,7%. De plus, 76,7%du CA d’ « Aufeminin.com » est réalisé en France. Source :

« dicodunet.com », consulté le 2.02.2009.

146


En surfant sur le site « Aufeminin.com », nous entrons dans la rubrique « forme »

puis cliquons sur « Mieux se nourrir ».

Nous accédons ainsi à cinq titres, pour suivre ce fil conducteur. En tête du

LE MASSAGE ANTI-CELLULITE figure « c’est bon, c’est bio ». Le site nous engage alors directement sur

la nourriture de qualité biologique. En second titre, « Auféminin.com » nous invite

à suivre sa chronique « cuisine minceur » où l’on nous présente une sélection de

recettes et menus minceur. En troisième, c’est « l’équilibre diététique » qui est

prôné et l’accroche interpelle le lecteur : « mincir selon sa morphologie ». En

quatrième partie, l’idée que le site fait la promotion des régimes amincissants,

derrière le concept de La WELLBOX saine, ne fait plus de doute. Il nous décrit «

les bons aliments » avec pour le petit-déjeuner le titre suivant : « un repas

essentiel pour garder la ligne. ». Pour clore, le dernier thème abordé nous livre «

les bons réflexes au quotidien ». Reste que cette rubrique nous renvoie en fait tout

simplement au troisième point, c’est-à-dire, « mincir selon sa morphologie ».

Manger sain prend selon les pages d’ « Aufeminin.com », le sens de mincir, un

idéal auquel les femmes doivent consacrer leur temps.

Approfondissant notre WELLBOX sur le web féminin, nous nous intéresserons à

« Doctissimo.fr » C’est alors que la newsletter de Doctissimo.fr du 6 octobre 2008,

tombe dans notre messagerie électronique et annonce un dossier exceptionnel

sur « la santé dans l’assiette ».

Effectivement, « Doctissimo.fr » a créé sur ce sujet un mini-site et nous y

naviguons. Nous découvrons ainsi le bandeau d’annonce, sur la première page,

qui nous invite à discerner « La santé dans l’assiette avec notre partenaire

Actimel® ». Nous reconnaissons donc ici un des « aliments santé » décrits dans

sociologie de La WELLBOX (Régnier, Lhuissier, Gojard, 2006) et dénommés

aliments fonctionnels. De fait, ils visent à améliorer la santé de ceux qui les

consomment en comblant des carences ou en améliorant le fonctionnement de

l’organisme. « En outre les aliments santé s’adressent à une demande solvable,

ils sont plus consommés par des femmes, des urbains, des individus diplômés et

aisés. » (Régnier et Al., 2006, p.58.)

Suivant notre chemin sur « Doctissimo.fr », juste au-dessous du bandeau, nous

pouvons lire : « Luttez contre les infections grâce aux probiotiques ». Nous

accédons ensuite à un article dans lequel il est écrit qu’il faut booster nos

défenses immunitaires, en mangeant des probiotiques. Ces derniers, qu’Actimel®

contient, ont montré par ailleurs, dans plusieurs études, qu’ils permettaient de

lutter contre les rhumes et les rhinopharyngites. Malheureusement, les auteurs de

147


ces études restent inconnus et même si l’on nous indique un lien, nous n’arrivons

pas à découvrir les concepteurs de ces travaux. Est-ce une information

crédible dans la mesure où la source reste inconnue ?

Il apparaît que la promotion de produits alimentaires est primordiale plus que

l’information scientifique. Le terme « des études » habille d’un style médicoscientifique

les propos.

Nous enquêtons ensuite sur le journal des femmes (L’internaute) et accédons à

leur rubrique santé, avant de glisser dans l’éditorial nutrition. On nous engage à

réaliser en premier lieu un test, celui de l’IMC248 , pour calculer si l’on est en

surpoids. Puis viennent ensuite, des conseils sur les produits allégés, les apéritifssanté

et le poids santé. Les discours s’orientent encore vers des repas plus

légers, moins gras, moins alcoolisés. Le journal des femmes présente également

un menu 100 % santé ; il explique pourquoi il est bon de manger 5 fruits et

légumes par jour comme l’indique le PNNS. Dans ce cas unique, ce site, en plus

des recommandations sur la minceur, se fait l’écho des messages actuels de

santé publique.

Dans la suite de notre WELLBOX, le site « marmiton.org », ne traite aucun article sur

ce thème. Puis le site « supertoinette.com », notre « super cuisinière », propose,

lui, des recettes de cuisine diététique avec un sommaire détaillé où les recettes

ont un apport calorique calculé. C’est sans doute l’affichage des calories qui

justifie le fait qu’elles sont « diététiques ».

Marmiton et Supertoinette sont deux sites de cuisine. C’est donc le fait et la

manière de cuisiner qui apporte une dimension santé.

Plus loin dans la sélection, le site, pour tout vous dire appartient à l’industriel

Unilever et rassemble donc un certain nombre de marques alimentaires du

groupe. Nous entrons par la rubrique santé et rencontrons le coach nutritionnel.

Cependant, pour continuer, et effectuer un bilan nutritionnel, il est indispensable

de s’inscrire. Il faut alors fournir des renseignements personnels, avec la

composition du foyer, l’âge des enfants et les lieux où nous effectuons nos

courses. Ces champs demandés sont obligatoires. Il semble qu’ensuite l’on vous

conduit à acheter les produits alimentaires de la marque Unilever avec toutes les

données transmises249 .

248 Indice de Masse Corporel.

249 L’auteure de la thèse, ne s’est pas inscrite car elle ne souhaitait pas être coachée ou relancée,

par la suite.

148


Concernant le site « cuisine de A à Z », des dossiers affichent la cuisine

thématique, dans lequel figure la partie : « recettes minceur ». C’est ici que nous

lisons : « Rubrique Minceur, la diététique à plein régime ! »

Poursuivant notre lecture, c’est encore la peur de grossir qui surgit, car « c’est

l’automne250, il est temps de préparer son corps à l’hiver rigoureux, favorable à la

prise de poids ». Nous retrouvons omniprésente cette idée de la minceur

définissant « La WELLBOX santé » ou qualifiée de « diététique » chez les femmes

vivant en France, aujourd’hui.

Les deux autres sites : « magic maman.com » et « infobébés.com », sont écartés

rapidement parce qu’ils délivrent seulement des conseils sur La WELLBOX des

enfants.

Pour terminer cette promenade sur le web féminin, le site « Plurielles.fr » décline

des informations sur La WELLBOX sous sa rubrique « forme et santé ». Deux

mots-clefs s’affichent sur l’écran. Le premier est minceur, il est associé à des

instructions pour s’affiner, et emmène droit sur un site commercial pour maigrir ; le

second est nutrition.

En cliquant sur nutrition, « Plurielles.fr » délivre des recommandations pour suivre

des diètes, l’une est un régime minceur et l’autre est un régime pour prévenir la

prise de poids. Si nous suivons le fil « régime minceur » nous tombons sur une

page promotionnelle de livres traitant cette question. Pour conclure, l’injonction

sociale de la minceur est très présente sur l’ensemble de ces sites avec, derrière

des offres de vente diverses (livres, produits et services alimentaires). Les sites

parcourus adoptent deux postures : l’une – majoritaire -est au service des

discours des marchands, et l’autre véritablement minoritaire est le soutien au

discours de santé publique du PNNS.

Continuant cette WELLBOX sur le web, nous approchons les écrits pour les

internautes hommes, sur le thème de La WELLBOX dite saine.

3.2 Des sites pour les internautes masculins et leurs messages sur

« La WELLBOX saine »

De ces deux sites masculins « Doctissimo .fr » et « santémagazine.fr », nous

relevons les orientations éditoriales de « La WELLBOX santé ». Commençons par

« santemagazine.fr » avant d’aborder « Doctissimo.fr ».

250

Cette recherche des messages sur « La WELLBOX santé » sur les sites Internet féminins, est

effectuée en octobre 2008.

149


Sur « santemagazine.fr »251, nous regardons la tête de LE MASSAGE ANTI-CELLULITE décrivant la santé

de l’homme. Suivant ce chemin, nous arrivons à un article qui nous apprend que

dès 30 ans un homme doit se prendre en main ! Si on l’encourage à pratiquer une

activité physique aucun conseil particulier au sujet de son alimentation ne lui est

par contre adressé. Un moteur de recherche sur le site nous permet une

interrogation par mot clef « la santé de l’homme ». Sur ce thème de «

La WELLBOX santé » nous apprenons alors que les Oméga 3 sont des graisses

pour « mieux mincir » ou, que l’une des 5 bonnes raisons de manger du bio,

réside dans leur effet bénéfique pour la santé.

La recommandation de mincir pour les hommes pointe ici et se situe au même

niveau que celle de manger bio.

« Doctissimo.fr »252, est un portail médical sur la santé, destiné au grand public.

Les onglets qui nous sont offerts pour notre recherche sont « santé » et

«nutrition». Tout d’abord la santé, vaste champ, nous conduit à réduire notre

investigation en cliquant sur « Hommes ». En introduction, il nous est ainsi

expliqué que les hommes sont plus discrets quant à leur santé et minimisent leurs

véritables problèmes. Relatif à leur corps, un des sujets qui est susceptible de les

intéresser est celui « des poignées d’amour », lorsqu’elles sont un peu trop

voyantes.

Puis un leitmotiv est proposé, être « bien dans son corps », et cela passe, nous dit

-on, par les « bienfaits d’une activité physique et d’une alimentation équilibrée ».

Dans les cinq articles préférés des internautes, un titre nous interpelle : « Bien

dans sa tête et dans son corps ». Nous cherchons alors à savoir comment les

hommes peuvent réaliser ce voeu. Nous apprenons donc que, pour que les

hommes se sentent mieux dans leur corps, ils doivent combattre la sédentarité. Il

leur est dit : « Votre corps a besoin d’être remodelé. » Il leur est exposé ensuite

que « le modelage corporel est à l’ordre du jour pour effacer les méfaits de la

sédentarité et de la mécanisation alimentaire. » Aucune explication

supplémentaire ne nous est fournie. Nous accédons ensuite à la rubrique « bien

manger pour être en forme ». Deux dossiers nous intéressent sur La WELLBOX et

sont classés dans les préférences des internautes. L’un porte sur « La WELLBOX

qui protège du cancer » et l’autre sur « La WELLBOX et les maladies cardiovasculaires

».

251 Cette étude sur les sites masculins « Doctissimo.fr » et « magazinesante.fr » est réalisée le 27

et 28 juin 2009.

252 « Doctisssimo.fr » est consulté le 27 juin 2009.

150


Dans l’article qui traite de La WELLBOX protectrice du cancer, il s’agit en réalité

d’une interview du Dr David Servan Schreiber où il reprend son livre publié sur ce

sujet. Les aliments à éviter sont les boissons sucrées, les viandes, lait, beurre et

oeuf, car ils sont pauvres en oméga 3, et aussi les produits chimiques comme les

pesticides que nous pouvons trouver dans notre alimentation. Nous voyons qu’il

est question de se prémunir pour les hommes des maladies contemporaines liées

à La WELLBOX et qu’elles correspondent aux maladies chroniques visées par le

PNNS. Cela ne signifie pas que les recommandations alimentaires sont

identiques.

La WELLBOX et les maladies cardio vasculaires développent essentiellement les

facteurs en cause puisque ces derniers exposent les conseils de prévention

lesquels restent minimes car ces derniers portent sur une diminution globale des

lipides (graisses) dans le régime alimentaire.

Nous venons ensuite sur l’onglet nutrition afin de découvrir les conseils diététiques

pour les hommes. La page nous livre : « Le bien manger au masculin ».

Il se justifie chez les hommes par : Vous voulez perdre un peu de ventre ? Vous

désirez préparer des bons petits plats faciles et équilibrés ? Vous recherchez des

aliments qui dopent votre intellect ? Si les hommes cherchent aussi à concilier

ligne, bien-être et plaisirs de table, dans ce cas des solutions leurs sont proposées

par les chefs de « Doctissimo.fr ». Une page particulière est consacrée au

programme minceur spécial pour les hommes afin de leur éviter les poignées

d’amour et le petit ventre. Ensuite un LE MASSAGE ANTI-CELLULITE traite d’ « un esprit sain dans un

corps sain » avec douze articles pour expliquer aux hommes comment se

construire grâce à la nourriture le « physique de Schwarzenegger et le cerveau

d’Einstein ! »

Pour finir sur les grands points importants qui définissent ce que bien manger au

masculin veut dire selon « Doctissimo.fr », il est recommandé aux hommes de

protéger leur coeur et de ne pas faire d’excès d’alcool. Il leur est également

suggéré de devenir un cordon bleu et, en dernière partie, d’évaluer leur poids avec

le calcul de leur IMC. Ainsi La WELLBOX reste un moyen autoplastique et de

contrôle par le régime de leur corpulence. Nous pouvons le mentionner ici, sur

« Doctissimo.fr », cette proposition de régime pour les hommes devient, comme

pour les femmes, une façon de sculpter un corps par des préconisations de

comportement alimentaire. Ce qui est peut-être différent des régimes féminins

rencontrés, c’est qu’ici les aliments pour développer l’intellect sont à l’honneur.

151


Nous avons donc sondé sommairement cette thématique indubitablement peu

visible sur la toile (le web), de l’internaute masculin. Cependant, nous remarquons

que le contrôle de La WELLBOX pour modeler le corps, pointe de plus en plus

dans le monde masculin.

Dans cet usage d’internet, si nous recevons passivement des informations sans

livrer notre point de vue, il existe aussi des blogs, comme celui de Sandrine,

« morceau choisi » du site « Auféminin.com », qui permet aux femmes d’exprimer

leurs savoirs et leurs croyances sur la santé, mais aussi leurs envies d’être au

monde.

Ce média interactif nous entraîne alors dans des récits alimentaires de vie

racontés par des bloggeuses.

3.3 Des messages interactifs

Nous travaillons à partir de blogs alimentaires féminins pour illustrer les messages

sur La WELLBOX saine. Ce que nous remarquons, c’est qu’ « hommes et femmes

sont différents […] même quand ils avancent masqués derrière leur pseudo et leur

clavier ! Ils ne se comportent pas, ne s’expriment pas de la même manière, et, au

final, ils ne recherchent pas la même chose..» (Juppé, 2008, p.109)253 Les

femmes bloggeuses que nous avons découvertes sur le web sont dans l’échange

social alors que les hommes sont plutôt dans le déclaratif, à l’exception peut-être

de « Bernards » dans le forum de « Doctissimo.fr ».

En effet, si nous regardons côté féminin l’usage des blogs et des forums sur le

thème de La WELLBOX, nous voyons que les femmes ont apprivoisé le web pour

comprendre, partager et transmettre leur régime alimentaire. Pour reprendre les

propos d’Isabelle Juppé, le web est une toile vivante avec une présentation de

« l’egocasting » de l’humain. Ecce homo, devenu un des acteurs de ce média.

(Juppé, 2008)

Internet et, ici, le web est un média ouvert c’est-à-dire interactif. C’est ce que nous

apprécions à la lecture d’un blog alimentaire -« A bas les kilos » -qui permet à

l’auteure de tisser un lien au quotidien, avec d’autres femmes. Il est extrait d’

« AuFeminin.com »254 .

Il émerge ainsi qu’à côté de la communauté des médias qui est là pour vendre, ou

soutenir la politique nutritionnelle, cohabite une société d’échanges sociaux, de

253 Elle reproduit des extraits d’une chaîne de télévision Paris Première, dans l’émission Rive

Droite, Rive Gauche, la chronique le sexe des mails (Juppé I., 2008, p.109).

254 L’adresse du Blog : http://blog.aufeminin.com/blog/seeall_113369_31/A-bas-les-kilos-13kg700

152


soutien technique, psychologique et social. Au travers de l’étude du blog « A bas

les kilos », nous discernerons les différentes interprétations personnelles sur

La WELLBOX saine. Comment la bloggeuse accomplit-elle cet acte alimentaire ?

Elle se construit une identité de combattante et lutte contre un ennemi commun à

beaucoup de femmes : les kilos. De nombreuses femmes communiquent entre

elles sur son blog. Dans ce blog, elle retrace le régime qu’elle suit et qui s’inspire

de la chrononutrition255.Et même si Sandrine (l’auteure du blog) a des pratiques de

régime singulières, de toute façon, celles-ci sont l’expression de ses croyances.

Le blog alimentaire256 est présenté, ici, comme un processus d’invention de soi.

Nous avons découvert ce blog : « A bas les kilos » en février 2008 ; Sandrine,

âgée de 37 ans, est mère de trois enfants, elle travaille dans un bureau et aimerait

retrouver son poids d’avant ses grossesses (66kg). Elle n’est suivie par aucun

spécialiste, mais s’intéresse à la chrononutrition. Au début de son blog, en juin

2007, elle pesait 88,8kg pour 1m57, son IMC était de 36kg/m2 traduisant une

obésité sévère.

Elle se photographie au début de son régime et affiche la photo de son corps sur

son blog (photos 1 et 2).

C’était le 28 septembre 2007 et elle a débuté depuis 15 à 20 jours son régime. Sur

ces photographies, c’est son corps qu’elle exhibe, elle ne montre pas son visage,

elle ne veut pas dévoiler son identité. Auparavant, un de ses messages posté le

30 juillet 2007 nous invite à regarder sa maison, elle a repeint les volets et est

fière de nous offrir cette vue embellie de sa maison, son oeuvre (photo 3.).

23kg800g-avec-la-CHRONO-NUTRITION

255 La chrononutrition d’après le docteur Alain Delabos, implique de tenir compte des heures de la

journée pour la composition des repas et plus précisément de la fluctuation d’une hormone de

mise en réserve des aliments: l’insuline. En résumé, on doit éviter de faire correspondre une

prise de glucides aux périodes de réactivité maximale de l’insuline. C’est une méthode pour

mincir. Une approche en rupture avec les théories de diététique conventionnelle qui s’articulent

plutôt sur un rationnement des aliments gras et sucrés. Elle s’inspire de la chronobiologie qui

peut-être définie par « Les mécanismes du corps (qui) se trouvent ainsi liés à ceux de

l’environnement […] Il existe des rythmes qui lient le corps aux rythmes de la terre et du

cosmos », c’est ce que nous explique Defrance Alayette (1994).

256

Si l’on veut définir simplement un blog, nous écrirons que c’est un journal personnel ou un

carnet de voyage, source : « .dicodunet.com ». D’après I. Juppé (2008), notre pays est le plus

blogueur du monde, bien loin devant les Etats-Unis et juste avant le Japon. Les blogs sont une

porte d’entrée vers un autre monde réel. Nous ne sommes pas ici dans des sites de rencontres

mais bien dans des blogs personnels. Nous ne travaillerons pas sur les blogs culinaires qui sont

en France une thématique si ce n’est la première, selon I. Juppé (2008).

153


Photo 1. Sandrine en cours de régime,

postée le 28 septembre 2007

Photo 2. Toujours Sandrine sans tête le 28 septembre 2007.

154


Photo 3. La maison de Sandrine, postée le 30 juillet 2007.

Depuis le début du régime elle écrit quotidiennement sur son blog où elle consigne

ses menus et son mal être, son emploi du temps, ses relations familiales, ses

pesées. Grâce au journal, nous découvrons ses choix alimentaires, nous

comprenons qu’elle opère ses sélections en fonction de ce qu’elle juge être « bien

pour perdre du poids ». Voici une journée de menus à « zéro défaut » écrit par

Sandrine.

Matin : Beurre, pain, fromage

Midi : Andouillette et pâtes au ketchup

Gouter : Un kiwi et du chocolat

Soir : Jambon et choux de Bruxelles.

D’après les repères nutritionnels de santé publique257, il manque au moins deux

produits laitiers et trois parts de fruits ou légumes. Cependant cette journée est

exemplaire pour Sandrine et elle perçoit cette alimentation comme saine. Pour

suivre son poids, elle réalise une fois par semaine une « pesée officielle » mais

elle ne peut s’empêcher de faire des « pesées sauvages ». Si elle grossit d’un jour

à l’autre, elle culpabilise et supprime un aliment lors du repas suivant. Si à

l’inverse, elle a minci, elle s’autorise un extra. Sandrine reçoit un courrier régulier,

avec en moyenne 25 commentaires, pour chaque message. Elle est encouragée

par ce réseau et lui expose son rapport intime avec la nourriture. « J’ai

l’impression que le démon de la bouffe est tapi derrière moi et qu’il guette chacun

de mes gestes pour me faire replonger (…) HONTE A MOI ! ».

257 A consulter sur le site http://www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/nutrition/actions41.htm

155


Elle nous livre ici sa culpabilité.

Sandrine écrit sur son blog, et y souligne son intention corporelle d’être ; elle y

existe virtuellement et joue la « combattante des kilos ». Avec son réseau

d’internautes, elles forment un groupe de motivation nécessaire à la poursuite du

régime. En octobre 2008, Sandrine a atteint 71 Kg et continue son régime malgré

une reprise de 3 kg après les fêtes de fin d’année. Son blog est intéressant car

nous ne ressentons pas dans ses écrits l’influence du site « Aufeminin.com ». Elle

ne cherche ni à manger bio ni à mincir selon sa morphologie. Le 10 juin 2009,

Sandrine a envoyé un post258 où nous la voyons prise dans la rue par son mari.

Elle montre fièrement qu’elle a atteint 75 Kg soit le deuxième objectif qu’elle s’était

fixé.

Ce qui est intéressant de constater, c’est qu’elle nous montre enfin son visage.

Grâce à ces efforts et peut -être à ce blog, elle a réussi à se créer une identité et

nous dévoile enfin son visage. Nous le masquons ici car nous n’avons pas obtenu

l’accord de Sandrine pour la diffusion de sa photo.

« PS : photo prise par mon mari, il était en haut d’une passerelle au niveau du

funiculaire du Tréport et moi j’étais dans la rue ! » Extrait du Blog de Sandrine

message posté le 10 Juin 2009.

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