wellbox pour mincir

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La définition de la WELLBOX bénéfique pour la santé n’est pas univoque, elle

n’est pas définitive, elle évolue sans cesse, avec les techniques alimentaires, avec

les connaissances, avec les situations.

263 Cette population est exploratoire et nous la décrivons en détails, dans le premier LE MASSAGE ANTI-CELLULITE de

notre thèse. Elle est composée de 58 personnes atteintes d’une maladie digestive et de 58

bien-portants témoins. Ils se répartissent également, avec une moitié habitant dans le Sud-

Ouest et l’autre dans le Nord-Est.


3. Le processus de construction du sens du comportement

alimentaire et d’édification identitaire.

3.1 De l’imitation à l’invention de soi ?

3.1.1 L’imitation264

Contrastant avec la capacité créatrice énoncée par Jean Claude Kaufmann

(2004), l’humain est vu au préalable comme un imitateur. Nous reprenons à notre

compte les travaux de René Girard sur la mimesis. L’imitation est liée au désir

mimétique. Le désir mimétique explicité par René Girard (1972)265se transmet par

les mimes lors des rituels alimentaires. Effectivement, en France par exemple, le

partage du pain, est regardé comme un acte rituel. Suite à l’analyse des oeuvres

littéraires (Cervantès, Stendhal) cet anthropologue repère le mécanisme du désir

humain. Il ne se fait pas du sujet vers l’objet mais il empreinte une voie par

imitation du désir d’un autre selon un schéma triangulaire : sujet-modèle-objet. Le

médiateur du désir ici est l’autre. Partant de ces observations et pour prolonger le

désir mimétique, nous recherchons à connaître les modèles.

Jean Pierre Poulain (2002a) avec la description de son espace social alimentaire

définit par là le caractère collectif de La WELLBOX. Il présente un espace commun

et donne une identité collective à la nourriture, celle-ci peut alors devenir un

modèle au travers de sujets ‘canonisés’.

Cette dimension collective nous l’écoutons dans l’aspect alimentaire familial,

extrait du discours de Sabrina266 :

« Papa il le cuisine très bien le poisson, c’est le dimanche on mange du poisson

chez eux ; dans la famille, on aime cuisiner. La merveille c’est des petits gâteaux

264Nombreux sont les penseurs qui présentent l’imitation comme un lien fondamental du social.

Gabriel Tarde, sociologue, exprime que l’imitation recouvre tous les aspects de la vie sociale

(religieux, politique, juridique, scientifique, économique, linguistique et culturel). Selon lui les

innovations peuvent n’être qu’un perfectionnement, de découvertes réalisées auparavant. Celles

ci se propagent ensuite par imitation et répétition, s’étendent d’un milieu social vers un autre, d’un

village à un autre, d’un pays à un autre. Les civilisations conquérantes imitent ainsi les

civilisations conquises et vice-versa, ce que nous constatons au travers de l’étude de la

civilisation grecque et romaine dans l’la wellbox.

265Loin d’être autonome, notre désir est toujours suscité par le désir qu’un autre (le modèle) a du

même objet. Il s’approprie ce désir et l’autre devient modèle.

La violence et le sacré (1972) démonte ce dispositif qui expulse la violence en engendrant le

sacré. Le réalisateur, Boutang, Pierre-André a filmé les fondamentaux de la pensée girardienne,

l’un des grands penseurs du XXe siècle. Une autobiographie inédite de l’auteur de


La violence et

le sacré


, une pensée dont René Girard a bâti les fondements grâce à l’analyse des romans de

grands écrivains.

266Sabrina a 34 ans, elle pratique entre 2 à 5 heures de sport par semaine. Elle

est artisan-commerçant dans une entreprise familiale et a atteint un niveau d’études Bac.

Elle appartient au groupe témoin du Sud-Ouest.

162


c’est de la pâte que l’on lamine et que l’on découpe à la roulette. On cuit dans

l’huile et elle gonfle puis on la passe au sucre. Il nous faut une matinée pour faire

une fournée. » Il ressort un enchantement de Sabrina à la vue de la réalisation de

ces gâteaux que l’on nomme des merveilles et qui sont une spécialité que cette

famille d’artisans commercialise dans le Sud-Ouest. De plus papa est ici un

modèle à suivre dont elle peut s’inspirer pour cuisiner le poisson.

Pénétrant par le désir mimétique, nous nous interrogeons toujours plus loin sur la

compréhension de l’acte alimentaire267 .

Nos interviews en population corroborent l’élaboration de ce registre alimentaire :

Dans son enfance, Pascal s’initiait à la cuisine auprès de sa mère au moyen

d’activités partagées. D’ailleurs, Pascal268 l’annonce fièrement :

« Voilà mes habitudes de l’époque qui n’ont pas été modifiées parce que j’étais

un petit garçon autonome et ma mère m’a éduqué, j’étais fils unique et très

rapidement je faisais la cuisine avec ma mère [..] On n’a jamais été élevé à la

conserve. »

Ainsi nous discernons ici l’origine des processus des actes alimentaires et

découvrons après la voie de l’imitation qui est liée aux relations humaines, celle de

l’invention qui facilite l’adaptation de l’humain à son environnement et est liée à sa

capacité d’apprentissage et aussi de se rêver.

3.1.2 L’invention ou le processus de création de soi, une nouvelle façon

d’exister ?

Nous distinguons grâce aux travaux de Jean Claude Kaufmann l’individu de

l’identité et nous refusons à l’identique les idées subjectives qui mènent à croire

que l’individu est libre de se construire comme il le souhaite.

Ce que nous découvrons dans les apprentissages alimentaires, ce sont des

identifications collectives « (elles) sont des instruments, des ressources qui

permettent à l’identité personnelle d’opérer ces mutations.» (Kaufmann, 2004, p.

127.). Les identifications collectives sont donc motrices et elles prennent sources

dans la mémoire collective. Mais qu’est ce que la mémoire collective ?

Joël Candau (1996) s’inspirant d’une définition sociologique donnée par Roger

Bastide (1994) nous livre cette caractérisation de la mémoire collective : « (elle

est) un système d’interrelations de mémoires individuelles. Si autrui est nécessaire

267Dans ce processus de décision il y a permanence ou changement des pratiques.

268Pascal a 35 ans, est praticien hospitalier. Il est marié et père de 2 enfants. Il appartient

au groupe témoin du Sud-Ouest. Op.-Cit.

163


pour se rappeler comme le dit très bien Halbwacks, ce n’est pourtant pas parce

que ‘moi et autrui’, nous plongeons dans une même pensée sociale, c’est parce

que nos souvenirs personnels sont articulés avec les souvenirs des autres

personnes dans un jeu bien réglé d’images réciproques et complémentaires.»

L’anthropologue de la mémoire ajoute que les souvenirs collectifs sont un des

deux éléments constitutifs des croyances sociales. Car ces dernières sont aussi

« des idées ou des conventions qui résultent de la connaissance du présent »

(Candau, 1996, p. 210.). Ainsi notre mémoire collective entre en jeu dans la

constitution de nos croyances alimentaires qui sont des éléments constitutifs de

nos connaissances.

Notre mémoire alimentaire sert l’invention de soi. Nous citerons, pour illustrer

l’identité alimentaire des mangeurs qui est selon la situation idem ou ipse, les

propos de Laurine269 âgée de 31 ans. Laurine est célibataire et cadre supérieure

dans l’aéronautique à Toulouse. Dans la permanence des refus de Laurine et son

maintien dans le temps de sa position idéologique, se lit son identité. Nous

visualisons sa pensée qui est d’ : « Etre la même que soi ».

« Je n’ai jamais pu regarder un légume dans les yeux [...] je ne mange pas de

salade, pas de fruits, je l’ai gardé ce mode de nourriture que cela aille bien ou non,

c’est des tendances, je n’aimais pas les salades, je n’aime pas ! »

En écoutant son histoire, nous entendons que sa restauration évolue dans le

temps. Laurine raconte qu’au restaurant du lycée, enfin elle pouvait choisir : être

« elle-même ». En effet, au collège, le service était à table et elle grimace en

disant :

« Ce n’était pas très bon ».

Par contre au lycée, le repas s’améliore car c’est un « self » :

« Donc on avait la possibilité de ne pas manger équilibré, il n’y a personne qui

surveille, on passe avec le plateau et on met les choses. »

Nous saisissons ici l’identité ipse de Laurine qui est enfin elle-même c’est son soi

intime qui s’exprime.

Dans les histoires alimentaires, nous percevons deux modèles de permanence de

soi. Tout d’abord dans les goûts et les dégoûts et ensuite dans la fidélité à soi

même dans la manière d’être. C’est la fidélité à soi dans la manière de manger (la

269 Laurine a 31 ans. Elle est cadre supérieure dans l’aéronautique à Toulouse, touchée

par la maladie de Crohn qui a été diagnostiquée depuis 10 ans. Op.-Cit.

164


parole tenue), processus de maintien de soi par rapport à l’authenticité, à la vérité

qui est ici visible.

Pour illustrer cette pensée de l’identité « ipse », nous écoutons Michel270âgé de 31

ans qui est marié et père de deux enfants. Michel, il veut grossir, mais ‘des

muscles’ seulement et retrouver sa vigueur, ainsi il nous raconte :

« Des fois j’aimerais bien retrouver mes 20 ans mais je n’y arrive pas ; je faisais

de la musculation. J’ai essayé des produits à base de calories et de protéines,

mais j’essaye de grossir et cela ne marche pas. »

Qui est donc le mangeur ? A qui s’identifie le mangeur ? Qui sommes-nous ?

Restent des questions cruciales.

Nous sommes certes ce que nous mangeons. Cependant à l’inverse, nous

mangeons pour être ce que nous sommes pointe Annie Hubert (2007).

Chronologiquement, c’est la famille qui dès le plus jeune âge transmet le langage

et les codes sociaux les plus élémentaires : apprendre à manger, la propreté, la

distinction entre le sale et le propre, les valeurs et les normes qui l’aideront ensuite

à développer des relations sociales271. L’acte alimentaire va fabriquer le corps, et il

permet une autoplastie en rapport avec une identité ou des identifications sociales

(Corbin, Courtine, Vigarello ; 2005).

3.2 D(es) identité(s) alimentaire(s)

Le sens de « qui suis-je ? » se construit, a posteriori, d’une action et dans le cadre

d’interactions entre individus avec un minimum de référentiels communs. Notre

approche de l’identité alimentaire nécessite au préalable d’approfondir ces termes.

Saadi Lalhou (2004), sociologue, qualifie La WELLBOX comme un élément

participatif à l’édification identitaire en empruntant trois chemins. Le premier

chemin est la fabrication du corps par l’incorporation. Les aliments vont traverser

la frontière digestive et entrer dans le corps. En France, le sociologue Claude

Fischler (2001) développe ce concept de l’incorporation qui signifie l’action

d’introduire dans le corps. Il approfondit les savoirs sur les symboliques

alimentaires et énonce que nous incorporons ce que nous croyons sur

La WELLBOX et les aliments.

270Michel a 31 ans. Il est titulaire d’un BEP, et est en recherche d’emploi. Il est marié et père de

deux enfants. Sa MC est diagnostiquée depuis 2000.

271Voir G. Delbos, P. Jorion, (1990, p. 134) : « Les conditions d’accès au savoir, cette incidence

familiale, déterminant à quelle place le jeune aide est appelé dans l’unité de production,

déterminera […] par quel bout son savoir se constituera. ». Et se reporter au N° 36, Hors série

des sciences humaines, Qu’est ce que transmettre ? (2002).

165


Qu’elle est cette valeur symbolique de notre alimentation ?

« Les aliments acquièrent au sein des repas, une mystérieuse valeur

symbolique. […] (et) l’homme est probablement consommateur de symboles

autant que de nutriments. » sont les définitions que nous donne Jean Trémolières

(1975, p.61). Concernant l’aspect mythique des aliments pour compléter notre

réflexion, sur notre terrain en France, la symbolique alimentaire découverte, joue

sur le registre de la gastronomie régionale. C’est au cours de notre WELLBOX que le

cassoulet et le foie gras se sont imposés comme plats phares de la région du Sud-

Ouest alors que dans le Nord-Est c’était le baeckeofe272 et la choucroute qui

émergeaient des interviews comme emblèmes.

Pour préciser cette valeur qui donne une signification aux aliments, nous

observons que La WELLBOX est aussi sexualisée, elle édifie de ce fait le genre. La

culture en France repose inévitablement sur des classifications symboliques entre

le féminin qui s’oppose au masculin. Des valeurs symboliques sur des aliments

sont appréhendées selon cette catégorisation. Les fruits et légumes sont par

excellence des aliments consommés par les femmes, cela n’exclut pas les

hommes mais tend tout de même à limiter leur consommation. La viande est

quant à elle, l’aliment de prédilection des hommes. L’homme par son statut

hiérarchique est amené à affronter le monde extérieur inconnu, « sauvage ». La

viande ou plutôt l’animal appartient au monde métaphorique de l’homme. A

l’inverse, les femmes sont associées au monde intérieur, au foyer. Dans sa thèse

Geneviève Cazes Valette (2008) avance que les hommes sont de plus gros

amateurs et mangeurs de viande et de viande rouge en particulier que les

femmes. Alors que ces dernières préfèrent les fruits. Une jolie chanson273 de

Bénabar parle du contenu du réfrigérateur qui a changé : « il y a même des fruits,

il y a des détails qui ne trompent pas, je crois qu’il y a une fille qui habite chez

moi».

Le deuxième chemin qui contribue à cette construction alimentaire est historique.

L’histoire alimentaire participe à la création de l’identité. Elle montre les goûts et

les dégoûts du sujet et dans son récit de vie, ses rapports à la nourriture. Elle

s’inscrit dans un processus historique narratif de la personne. Cette dernière

raconte son répertoire, et ce carnet de routes alimentaires est multidimensionnel.

L’histoire alimentaire nous dévoile les aspects temporels, géographiques,

biologiques, hédoniques et sociaux de son alimentation.

272 Plat alsacien, ragout cuit au four.

273 Le titre de cet air est : « y a une fille qu’habite chez moi ».

166


Le troisième chemin, est la sociabilité alimentaire qui permet le fondement de

l’identité. La sociabilité alimentaire peut s’interpréter comme la propension à

partager des repas ou collations alimentaires avec d’autres. Gwenaël Larmet

(2002)274, écrit qu’elle peut se dérouler dans divers lieux, avec un temps dédié et

qu’elle se définit par des consommations alimentaires avec des personnes

extérieures au ménage. Dans tous les cas la sociabilité, pose la question avec qui

je mange ? Et plus globalement à quel groupe j’appartiens ?

Il est indubitable que les apprentissages et expériences alimentaires se font au

cours de partages, de rituels, des fêtes et des repas quotidiens avec d’autres.

L’espace socioculturel exprime cet ordre alimentaire dans lequel nous nous

reconnaissons et qui nous distingue des autres.

3.2.1 L’approche phénoménologique de l’identité alimentaire

Il existe des oppositions par exemple entre le « soi intime » et le « soi statutaire »

de l’enfant. D’un côté un régime autoritaire alimentaire est imposé par l’angoisse

maternelle (« il faut qu’il mange ») ou l’entourage. A ce propos un de nos

interviewés malades, nous exprime les idées innovantes de sa mère, afin qu’elle

réussisse à lui faire incorporer des aliments. Jean Patrick275 nous relate :

« Je me souviens plus avoir été forcé, je me souviens d’une fois où ma mère me

dit si tu manges tant de cerises, […] j’avais une console à l’époque, elle m’a dit tu

manges tant de cerises je t’achète un jeu cet après midi. C’était un mercredi, j’ai

mangé le quota de cerises alors que je n’en mangeais jamais, c’était un challenge.

Ca c’est passé, y a des choses qui seraient pas passées, les tomates, tout ça,

j’aurais jamais… »

Il est certain que tous les moyens peuvent être employés. Un autre argument

« c’est pour la santé » est utilisé par les mères pour forcer la bouche des enfants.

C’est ce que nous raconte Agnès276qui vit à Munster dans l’Est de la France. A

partir de 2 ans elle ne voulait plus de légumes, même pas le chou. Elle mangeait

uniquement la viande et des pommes de terre.


« Je crois que j’ai toujours fait attention de manger ce qui était légumes, laitages

et je faisais un repas équilibré et le soir pareil je ne me souviens pas d’avoir fait de

la cuisine à Paris. » Ce n’est donc pas ici la cuisine qui est synonyme de manger

pour la santé mais plutôt le choix d’aliments spécifiques.

Le yaourt à 0% qui allège le corps est mentionné comme « aliment-santé » dans

plusieurs entretiens mais uniquement chez des femmes. A l’évidence aucun

homme de notre échantillon ne consomme de yaourt à 0%. En fait nous le voyons

entrer dans l’univers d’Amandine303 à partir du moment où sa mère suit un régime

amaigrissant. Comme elle était ronde dans son enfance, elle essaye à

l’adolescence de mincir. « J’essayais de surveiller mon poids, je n’arrivais pas

trop. On se regarde beaucoup à cette époque et on regarde les autres, on se

compare pour essayer de voir les différences. »


Les dés -orientations alimentaires

Est-ce qu’ils s’ouvrent à la nourriture de l’autre ? Pour Thierry, il semble au départ

désorienté par son nouveau territoire, et pour Julia il apparaît qu’elle ne peut plus

manger suite à la rupture de sa liaison sentimentale, elle repart alors vivre chez sa

mère. Les partages alimentaires avec son ex petit ami étaient devenus impossible.

Progressivement et grâce à sa mère, elle a retrouvé l’appétit de manger et donc

de vivre.

Incorporer l’autre en soi signifie accepter des aliments, des préparations culinaires

nouvelles. Que veut dire être soi même comme un autre ? (Ricoeur, 1990). Nous

découvrons avec Sylvie des diversifications alimentaires qu’elle accepte parce

qu’elle est encouragée et soutenue par son père. Il s’intéresse à elle. Elle adopte

ainsi les nouveaux menus proposés par la diététicienne, apprend à cuisiner le

poisson et à diversifier sa nourriture.

Les réponses sur leurs identités alimentaires sont apportées par leur mémoire

alimentaire. « Sans mémoire, le sujet se dérobe, vit uniquement dans l’instant,

perd ses capacités conceptuelles et cognitives. Son monde vole en éclats et son

identité s’évanouit » écrit J. Candau (1996, p.1). Thierry va retrouver son

répertoire alimentaire classique en ré-emménageant à Strasbourg. Julia retourne

chez sa mère et réapprend à manger et goûte à nouveau la vie.

C’est grâce à ses facultés conceptuelles et cognitives que l’identité des mangeurs

se construit.

Avec le portrait de Sylvie, nous découvrons l’extraordinaire capacité de l’être

humain à penser et à rêver sa nourriture. Grâce au soutien paternel, elle va

apprendre de nouveaux plats et cuisine aujourd’hui autrement.

Les récits de vie des interviewés permettent en finalité de donner du relief à cet

évènement anthropologique total334qu’est l’acte de manger et il prend ainsi toute

sa valeur symbolique.

Dans nos portraits (Judith, Julia) les savoirs sur La WELLBOX saine sont évolutifs

et dépendent des situations dans lesquelles se place l’acteur, dans l’obligation de

s’adapter à son environnement pour survivre. Judith qui essaye de prendre corps

cherche à se composer un régime alimentaire à sa mesure. En même temps par

.

L’acte alimentaire par sa dimension bioculturelle est un fait anthropologique total.

203


mimétisme social et parce qu’elle est femme, elle a peur de grossir. De son côté,

Julia retrouve une alimentation bénéfique à sa santé quand elle est en pleine

communion sociale et affective avec son nouvel ami.

« La WELLBOX santé » est cependant encore pour certains du domaine de la

croyance. C’est ce que nous exprime clairement Sylvain dans son affirmation : « je

suis au meilleur de ma forme » même si son taux de cholestérol est élevé. Il se

soignera quand il se percevra malade. Il nous permet d’entrevoir sa vision

personnelle de la santé qui relativise notre perception du corps. Malgré son

hypercholestérolémie, Sylvain ne se représente pas comme une personne

malade. « C’est la raison pour laquelle l’imagination est le fil conducteur de l’étude

des rapports entre l’agir et le représenté ; elle fait voir ce que la nature nous

dissimule, donc ce qui sans elle demeure invisible. Et, par conséquent, elle corrige

ou idéalise tout ce qui lui sert de modèle. Elle offre à l’homme une représentation

de lui-même, souvent inadéquate avec son existence concrète, et à ce à quoi il

aspire. » (Legros, 2006). Notre Sylvain illustre cette posture car il ne se ressent

pas malade malgré son hypercholestérolémie.

En conclusion c’est aussi l’imagination et pas seulement la mémoire qui

permettent une ‘libération’ de l’humain et son adaptation à l’environnement

notamment alimentaire.

C’est aussi grâce à leur réseau social que les interviewés réussissent leur

adaptation. Parce que leurs proches posent les conditions favorables pour

apprendre à apprendre. Et l’environnement social induit la possibilité de remettre

en cause le principe de fonctionnement de leurs décisions alimentaires. Nous

avons l’exemple du père de Sylvie qui la pousse vers des innovations

alimentaires. Et puis, nous présentons des acteurs gestionnaires de leur

alimentation grâce à leurs connaissances.

Ces savoirs prennent sens dans une situation donnée. Julia finalement va trouver

un nouvel ami qui partage les mêmes représentations sur « La WELLBOX saine »

qu’elle.

3.5 L’ambivalence de l’identité

L’identité est à la fois le produit d’un processus de différenciation et de

similitude335 .

.

P. Rozin énonce le principe de contagion et de similitude concernant le rapport de l’homme à

ses aliments (dans Fischler, 1994).

204


L’identité se dessine au fil du temps, dans les constructions alimentaires (les

actions) et elle est ambivalente. L’identité alimentaire est à la fois appartenance et

se découvre à travers une phrase type « je suis plutôt fromage… » ou à l’opposé à

travers « je ne suis pas…». Dans tous les cas, elle peut-être aussi plurielle

(exotique, familiale, enfantine) ou quelque fois niée lors de refus marqué de

nourriture appartenant à son groupe familial.

3.5.1 Le processus de similitude et la communauté

Jean Claude Kaufmann revient sur le combat contre les illusions subjectivistes qui

laissent penser que l’individu est libre de s’inventer comme il le souhaite. En effet,

pour manger, l’homme dans son écosystème, va mobiliser des connaissances,

celles qu’il a acquises à partir de ses expériences et proviennent des informations

reçues de son environnement et de son réseau social.

Ces données sont donc similaires à celles de son groupe. Et ces connaissances

acquises sur « La WELLBOX saine » notamment, il les met par la suite en

contexte. Elles sont ainsi reconnues dans notre culture, en France contemporaine.

C’est notre espace socio-culturel qui nous permet de regrouper les informations et

communications sur La WELLBOX « bénéfique ou pas pour la santé de l’homme ».

Cette identification qui est un marquage est sous la dépendance des savoirs et de

leur constitution. Cette idée est soutenue par un écrit de Françoise Paul Lévy qui

soulève le problème des toxicités. Elle pointe que « le problème des toxicités est

inhérent à la nutrition. Et ils nous rappellent ainsi que notre vie est par nature sous

conditions de notre ‘culture ‘, quelles que soient l’époque, la durée, la société, de

sorte que si adaptation il y a, il y a eu, il y a aura, ce ne peut-être sans le concours

de notre intelligence, de nos capacités de discernement, de nos connaissances

336

».

Dans la mesure où les informations et les connaissances sont liés à l’histoire des

acteurs et se rencontrent dans de multiples supports émanant de réseaux sociaux

variés, de groupes de personnes aux compétences multiples (comme le médecin,

la famille, les journaux, Internet, les objets alimentaires) nous examinerons

comment les processus de décision des individus s’élaborent dans la réalité

quotidienne quand ils s’engagent dans la voie de manger pour leur santé. Sans

qu’ils prennent véritablement conscience que c’est par conformité aux us et

.

Françoise Paul Lévy, Manger c’est penser. Texte non publié, communiqué par l’auteure.

205


coutumes de leur groupe, ni même qu’ils utilisent le mot de « santé », ils agissent

pour des raisons qu’ils qualifient de « naturelles ».

Nous illustrerons ici ces remarques avec plusieurs interviewés qui mettent en

oeuvre un imaginaire moderne sur un objet alimentaire du quotidien. Par là même,

nous verrons qu’ils appartiennent à la même communauté géographique (la

France) puisque tous les trois ont un (voire plusieurs) aliment commun.

Sur les propriétés imaginées des aliments communs bénéfiques pour notre santé,

nous choisissons l’exemple du kiwi au sein de notre population vivant en France.

Nous avons interviewé Cyril âgé de 19 ans, un sportif étudiant en STAPS337

qui prépare toujours ses compétitions de VTT avec des kiwis porteurs de

vitamines et de performance physique donc de réussite, dans sa pensée. Dans ce

cas retenu, si l’interviewé choisit le kiwi pour recharger son corps en vitamines,

c’est qu’il a acquis des connaissances émanant de la société sportive dans

laquelle il vit, sur les pouvoirs diététiques des kiwis.

Il n’est pas un exemple isolé car Angèle, mère de famille âgée de 31 ans

nous expose : « je me souviens que les kiwis, j’en mangeais un tous les matins.

Quand j’ai fait mes études d’infirmière parce qu’on avait besoin de vitamines »338 .

Ici se dessine une régularité, celle d’une auto-prescription alimentaire en raison de

son statut d’étudiante infirmière.

Quant à Julia339âgée de 24 ans, elle aussi mange des kiwis dans des

circonstances particulières. Elle est actuellement étudiante en 3ème année pour

devenir éducatrice spécialisée. Sa mère était aide soignante et quand Julia enfant

présentait un état pré grippal : « Elle nous bombardait de kiwis et d’Actimel® »

nous rapporte Julia. Le kiwi apportait des éléments pour se protéger de la grippe.

Chez Cyril, étudiant de 19 ans, et chez Angèle, infirmière et mère, âgée de 31 ans

et également Julia étudiante de 24 ans, le kiwi, est véritablement identifié comme

un aliment source de vitamines. Il répond à leur besoin de renforcement physique

ou professionnel ou encore aide à renforcer leurs défenses corporelles contre des

.

STAPS : Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives. Il vit dans le Sud-Ouest

en banlieue proche de Toulouse. Son père est ingénieur dans un laboratoire pharmaceutique et

sa mère travaille comme assistante en ingénierie.

.

Angèle est infirmière. Elle a 31 ans et vit en concubinage.Elle est mère d’un enfant en bas âge

et est enceinte lors de notre entretien. Elle vit dans le Sud-Ouest, à une trentaine de kilomètres

à l’ouest de Bordeaux. Elle appartient à notre groupe témoin. Op.-Cit.

206


maux éventuels. Le kiwi est une arme secrète de la mère de Julia afin de contrer

une éventuelle infection virale.

C’est ainsi que nous comprenons par l’écoute de leurs histoires alimentaires que

les imaginaires sur les aliments proviennent de l’environnement social qui délivre

des messages sur les effets vitaminiques et leurs usages en situation.

L’entourage social influence pour que ces informations soient mises en contexte

par les individus et qu’ils les reconnaissent et les retiennent pour établir un

ensemble de connaissances. Ainsi ils s’approprient les informations données par

leur environnement. Le principe de similitude est donc un principe qui repose sur

une même manière de penser La WELLBOX.

C’est bien la culture communautaire qui énonce les règles sur la nourriture et pour

des raisons qui ne sont pas toujours explicitées, donne des fonctions aux

aliments. Même si cela n’est pas vraiment scientifiquement démontré, nos

interviewés savent ce qu’il faut manger dans une situation de préparation à une

compétition, ou de préparation à une journée laborieuse ou encore dans un état

pré-grippal.

Dans cet exemple du kiwi, élu aliment-santé, nous revenons sur les interviews de

nos acteurs pour mieux comprendre leur histoire.

Rejoignons Cyril, étudiant en STAPS, pour approcher de plus près son monde

environnemental. C’est sa mère qui s’occupe de surveiller ses apports

alimentaires et l’éduque vers des choix qui servent ses désirs de réussite sportive.

Il semble évident que sa mère est une source sûre d’information. Elle est crédible.

Comment agit Cyril à l’égard de sa nourriture et vis-à-vis de sa mère nourricière ?

Parce qu’il vit dans un appartement à côté de son centre de formation pour

éducateur sportif (à 180 km de Toulouse), il ne rentre chez ses parents que lors

des vacances ou le weekend.

Il en profite alors pour remporter les provisions que sa mère lui a préparées.

Depuis qu’il est né, c’est elle qui a géré et gère son régime. Aujourd’hui, il est

dorénavant conseillé par ses professeurs de sport, concernant sa ration de

compétition (il boit des boissons spécifiques durant et après l’effort physique) et

son régime durant les entraînements. Ses connaissances diététiques sur

La WELLBOX des sportifs sont de sources variées, venant de personnes

.

Elle vit depuis 4 mois avec son nouvel ami dans un appartement en Lorraine.

207


différentes, et s’imposent de l’extérieur l’obligeant à reconsidérer ce qu’il aimerait

manger. En dehors de ses périodes de compétition, Cyril n’aime pas

particulièrement les fruits et les légumes. C’est sa mère qui lui explique la

nécessité d’en manger. Il en consomme quand il est chez ses parents et très peu

à son appartement d’étudiant si ce n’est des pommes de terre. Il prête attention

aux fruits pour augmenter ses performances physiques, achète à ces moments de

pré-compétitions des kiwis, des bananes et des oranges.

Pour Angèle, ses savoirs sur « La WELLBOX santé » ont été transmis sur le thème

de « La WELLBOX équilibrée » durant ses études à l’école d’infirmière. Toutefois,

sa mère est médecin et Angèle prend en considération les informations d’experts

médicaux ou paramédicaux. Elle n’a jamais suivi une diététique régulière sauf au

moment de ses études d’infirmière. C’est là qu’elle apprend et réalise

véritablement l’importance de La WELLBOX qu’elle qualifie d’équilibrée. Elle

mangera à nouveau beaucoup de légumes et de fruits, lorsqu’elle sera enceinte et

après la naissance de son premier enfant qu’elle a allaité durant neuf mois.

« C’était une vie très saine et pas une goutte d’alcool. » nous raconte Angèle.

Pour Julia, c’est à partir du savoir maternel qu’elle constitue son catalogue

d’aliments sains permettant de préserver sa santé. Sa mère a suivi une formation

paramédicale et est devenue aide soignante, elle sait donc ce que « manger

sainement » signifie.

C’est donc bien le savoir lié à leur culture340qui permet à chacun de nos

interviewés de dresser des connaissances qui deviennent des stocks de logique

de processus et qui permettent au mangeur de créer, un sens à son acte

alimentaire. Ici le sens que nous examinons est celui où le mangeur recherche

« la nourriture saine » qui répond à son besoin de performance sportive,

professionnelle ou esthétique.

Nous percevons grâce à ces interviews que c’est une dynamique de

communication dans le réseau social qui assure la circulation des informations sur

La WELLBOX saine et une identification des aliments sur leurs qualités bénéfiques.

Notre WELLBOX sur la situation actuelle en France permet un repérage de certains

objets alimentaires qui vont être privilégiés dans notre espace actuel.

.

Nous concevons le sens du mot culture dans ce contexte comme il est défini par l’UNESCO :

« La culture peut-être aujourd’hui considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels

et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle

englobe outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain,

les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. » D’ après une déclaration sur les

208


En France, dans le Sud-Ouest et le Nord-Est, nous notons des représentations

similaires sur la richesse en vitamines du kiwi. Nous retenons la circulation des

informations sur cet aliment : porteur de force, de soutien corporel donc précieux.

C’est la communication culturelle sur le kiwi en France qui régit en partie les choix

alimentaires et permet à nos interviewés d’acquérir un « savoir manger » pour

réaliser leurs désirs.

Dans une table de composition chimique341, le kiwi est certes un aliment riche en

vitamine C, en acide folique et dans l’imaginaire, le kiwi devient une source de

vitamines. Mais en réalité le sens donné à leur acte alimentaire préparatoire

conditionne leur prise d’aliments parce qu’il répond à une visée intentionnelle des

acteurs.

Nous découvrons que le kiwi, aliment des plus familiers, met en oeuvre un

imaginaire sur la réussite d’une course de VTT ou sur les forces qu’ils décuplent

pour une infirmière au travail. Il découle de ces observations que l’information est

issue de la réalité des analyses chimiques sur l’aliment en même temps que des

valeurs symboliques qui lui sont attachées au travers des représentations sur les

bienfaits des vitamines entre autres. De plus chaque mangeur compose sa propre

interprétation.

Nous sommes donc amenés à penser que les informations sont une interprétation

soutenue par un mythe (comme celui de l’homme performant physiquement) qui

fait dire à la science plus que ce qu’elle ne dit réellement.

La croyance sociale et individuelle rend ces messages valables. Pour aller plus

loin, nous faisons nôtres les idées de Frédéric Monneyron : « De sorte qu’il ne

serait pas déplacé de penser que la faveur dans laquelle la diététique

contemporaine tient cet aliment essentiel relève moins de ses propriétés nutritives

que la symbolique dont il est chargé : celle d’un état parfait de l’humanité. »

(Monneyron, 1994, p. 151).

L’imaginaire des aliments dits bénéfiques pour la santé serait donc ainsi lié à nos

mythes et rites actuels. Il est certes aussi légitime de penser que toute une

démonstration experte sur l’efficacité d’un coureur après l’ingestion d’un kiwi avant

une course de VTT et son impact sur sa performance, serait difficile à démontrer

politiques culturelles, Mexico City, 26 juillet-6 août 1982.

.

La table de composition utilisée est la table de composition Regal micro for windows, version

1,2, Max Feinberg.

209


en raison de l’omnivorisme de l’homme et des autres facteurs pouvant influencer.

La situation décrite montre par conséquent que l’imagination corrige et invite à la

rêverie. Dans l’exemple décrit la représentation imaginaire (et peut-être réelle ?)

porte sur la puissance qu’apportent les vitamines au coureur. Finalement nous

adoptons le point de vue du sociologue Patrick Legros (2006, p. 28) qui écrit

qu’« aucune société ne peut donc subsister ou prospérer sans un socle de

croyances dogmatiques, autrement dits d’idées reçues ou d’opinions acceptées en

confiance, sans discussion. »

Nous complétons cette approche avec les apports théoriques de Warde (1997) qui

illustre le rapport de l’individu à la société et les influences des représentations

des aliments sur l’individu. Ici dans notre recherche nous visons à comprendre

quelles sont les conditions qui favorisent la présence ou l’indifférence de certains

objets alimentaires. Il est indéniable dans le cas de nos mangeurs cités ci-dessus

que le côté affectif de la mère joue un rôle essentiel dans les apprentissages sur

les « objets alimentaires sains ». Ensuite, il ressort au travers de l’histoire de Cyril

et de celle d’Angèle que l’école ou plus exactement les professeurs influencent

par leurs enseignements.

Warde l’explique en partie avec les forces sociales qui s’exercent plus ou moins

sur l’individu. Dans ces forces qui le conditionnent, Warde retrouve une intégration

identitaire forte342due à la communautarisation avec une régulation élevée, et

distingue alors le mangeur traditionnel. Ou à l’opposé, cette force de régulation est

faible, il pense alors le mangeur comme quelqu’un de manipulé. A l’inverse, si le

mangeur est faiblement intégré au sein de la société, avec une régulation élevée il

est appelé mangeur esthétisant ou si la régulation est faible, il parle de mangeur

zappeur.

L’identité alimentaire est somme toute, à la fois un élément d’intégration et de

discrimination.

3.5.2 Le processus de distinction alimentaire, une vue actionniste

Un processus de différenciation se dessine en même temps qu’une réinsertion

sociale dans un nouveau monde pour quelques-uns de nos interviewés. Les voies

nouvelles qu’emprunte cette recherche vont vers les entretiens qui montrent un

.

Un principe de similitude.

210


renoncement à une identité réelle. Nous ferons le portrait d’un cuisinier ‘suicidaire’

qui tombe à plusieurs moments de sa vie dans des phases d’anorexie. C’est plutôt

étonnant de suivre l’histoire d’un cuisinier inappétent et maigre alors qu’il se

retrouve tous les jours derrière les fourneaux. Toutefois, nous acceptons les idées

de John Stuart Mill, pour qui l’individu est souverain sur son propre corps et son

propre esprit. Mill oppose la souveraineté de l’individu sur lui-même à la

« tyrannie de la majorité ». Notre représentation des cuisiniers était plutôt

effectivement sur l’image d’un homme « bon vivant » qui honore la table que sur

celle d’un corps maigre.

L’individualité démontre un acteur ou encore une identité en action. Nous

éclaircirons ces propos avec l’histoire de Cyriel, notre cuisinier.

Cyriel,

Cyriel obtient un BTS de restauration hôtellerie puis travaille comme gérant de

café. Ensuite parce que son père est atteint d’un cancer, il va reprendre l’activité

familiale paternelle de traiteur. Au départ il mène les deux activités et dort très

peu, le café ferme vers 2 h du matin et il rejoint l’atelier de traiteur familial vers 6 h.

Il résiste en grande partie grâce à la prise de stimulants soit 20 tasses de café

accompagnées de 3 paquets de cigarettes par jour. A cette période il ne mange

qu’un seul repas dans la journée. C’est-à-dire : « le plat du jour [...] le soir un plat

en sauce, avec viandes et légumes. »

Il déclare qu’à cette époque, il n’avait pas faim et sortait beaucoup avec les

copains. C’était une source de conflits réguliers avec sa femme, d’autant plus qu’il

prenait de l’alcool et également de la drogue. Ultérieurement, Il assume

définitivement l’entreprise de son père quand l’état de ce dernier décline en 1999,

et pendant 2 ans il va s’y investir pleinement et ne dormir que 5 h par nuit. A cette

période, avec cette activité de dirigeant, et les prestations de traiteur, c’est à dire

les cocktails, il sort énormément. En 2000, il est appelé pour un redressement

fiscal et il se sent humilié. « D’être sali, plus rien ne m’intéressait » et à la suite

des crises d’angoisses vont apparaître et il va tenter de se suicider. Il sera sous

anti-anxiolytique et acceptera d’être suivi pendant 2 mois par un psychiatre.

Cyriel a 36 ans quand nous le rencontrons et vit toujours maritalement. Il vit avec

sa femme depuis plus de 10 ans et ils ont deux enfants (respectivement 10 ans et

211


3 ans). Sa femme est atteinte d’une maladie génétique chronique grave. Il se pose

beaucoup de question sur l’avenir de son couple et de ses enfants.

Commençant comme gérant de café puis devenu patron d’une PME de traiteur, il

est aujourd’hui directeur de la restauration dans une institution hospitalière à

Amiens. Ce poste de fonctionnaire est un revirement dans sa vie professionnelle

suite aux difficultés financières qu’il a rencontrées. A la suite du redressement

fiscal en 2000, il a été contraint de liquider son entreprise en 2002. Il est

maintenant en sécurité au niveau économique mais regrette le temps où il avait

beaucoup d’argent et également les sorties, les fêtes qu’il faisait.

Néanmoins, il reconnaît que l’hôpital l’a aidé à « lever le pied ». Il arrive

dorénavant à manger le midi et le soir, il dîne à la maison. Ces deux repas

montrent qu’il commence à structurer son emploi temps et à mettre des limites de

temps à ses activités. De plus exerçant à l’hôpital, il témoigne que cet univers lui a

ouvert les yeux et il a décidé dorénavant « de protéger sa santé ». Il a d’ailleurs

pris la décision d’arrêter de fumer depuis 3 semaines. Il a également pris la

résolution de mieux manger. Il est dorénavant en quête d’une « alimentation

saine ».

Cyriel recherche une joie de vivre et a la nostalgie des fêtes et de sa position

sociale antérieure de dirigeant d’une PME. En même temps, il ressent le besoin

d’activités après son travail et sil ne fait rien, il dit culpabiliser. Cyriel veut modifier

l’image qu’il a de lui après son échec professionnel. En modifiant son emploi du

temps car il consacre maintenant ses soirées à sa famille, il occupe ainsi

désormais ses fins de journée.

La maladie de sa femme le touche. « J’ai perdu 7 kg après la rechute de ma

femme. » Il refusait les repas et voulait être avec ses enfants et avec elle. Il dit

d’ailleurs traverser des difficultés personnelles « c’est difficile à vivre la maladie de

ceux que l’on aime ». Au travers de ses inappétences Cyriel nous donne à voir les

moments de crise individuelle qu’il rencontre.

Embarqué par des affaires professionnelles (l’activité traiteur de son père), il ne

trouve plus le temps pour se restaurer convenablement. Quand sa femme est

hospitalisée, il reproduit le même schéma, il n’a plus d’appétit et s’occupe avant

tout de ses enfants. Il est un corps pour les autres et n’a pas de corps pour « luimême

». En définitive, il aimerait prendre du temps pour s’occuper de lui et il

pourrait faire de la musculation prochainement. Il souhaiterait retrouver des forces

et prendre soin de son corps. Il semble aussi découvrir qui il est.

212


Haut et fort, il disait qu’il n’avait pas peur de la mort. Somme toute, il nous confie :

« Je suis démuni quand je vois un enfant malade, j’ai peur du sang, je suis

l’inverse de ce que je croyais être ». Il appréhende la vie différemment à cause de

la maladie.

Ce que nous comprenons dans le récit de vie de Cyriel, c’est qu’il souhaite édifier

son corps. Il s’agit pour nous de suivre les corporéités du sujet et ses évolutions et

de comprendre les changements de vie qui se répercutent sur son modèle

alimentaire. Pour Cyriel il est des moments difficiles à surmonter et de ce fait il

n’arrive pas à manger et puis dernièrement intégré dans le monde professionnel

hospitalier, il prend autrement conscience du monde, et de qui il est.

Poursuivant notre observation sur le terrain, nous étudions les récits de vie où les

acteurs souhaitent non pas être comme les autres mais plutôt différents des

autres. Cela est retranscrit dans leurs histoires alimentaires. Nous suivons alors, à

la place d’un sujet qui imite le répertoire alimentaire des ses parents, de son

univers social, un sujet qui choisit sa nourriture et s’invente tout en compliquant

quelques fois, singulièrement son intégration dans sa société. Nous avons

remarqué en effet que certains rencontraient de réelles difficultés d’adaptation aux

repas servis à l’extérieur, au restaurant du collège et qu’ils refusaient de

s’alimenter comme leurs camarades de classe343 .

La fin de cette « égalité identitaire » collective voire de partage et communion

alimentaire signe le début d’une place identitaire individuelle. La situation de

distinction alimentaire se joue alors sur deux axes dont l’un est dans le rapport de

l’homme au temps et l’autre se situe dans son rapport à l’espace. Sur cette

question identitaire et de référent temporel et spatial, Eric Dupin poursuit notre

cheminement de pensée sur la question identitaire. Il précise à partir des

réflexions de Muchielli qui souligne qu’ « une société assure son identité dans

l’intégration du passé » (Dupin, 2004, p.12) que de nos jours le culte du présent

semble négliger cette notion d’héritage historique. Cette attitude d’oubli des

patrimoines que nous présentons ici à travers les histoires alimentaires, va aussi

se discuter au plan spatial.

C’était le cas pour Jacques, touché par la MC. Il vit chez ses parents, et est en 2ème année de

BTS. Il a 23 ans et habite dans la Somme à Revel. C’était le même schéma chez Mathieu, âgé

de 29 ans et actuellement chercheur. Il est aussi atteint par la MC et il vit aujourd’hui à

213


Nous avons noté des particularismes locaux entre nos interviewés du Sud-Ouest

et ceux du Nord-Est. Il est dans notre WELLBOX en France contemporaine des

processus contraires et qui en même temps interagissent, ce que nous explique

Eric Dupin qui sur un thème plus général que La WELLBOX écrit que : « tout le

processus même de mondialisation favorise le localisme » (Dupin, 2004, p.14).

Ainsi rapporté à notre domaine de recherche, il n’existerait pas d’opposition mais

plutôt des modes alimentaires où chaque sujet serait attiré tantôt par un pôle

tantôt par un autre. Nous relevons en effet cette distinction sociale alimentaire au

travers des interviews des personnes dont les parents par exemple sont

originaires du Maroc ou du Portugal et qui vivent en Alsace ou en région Midi-

Pyrénées. Tantôt ces personnes vont s’intégrer au registre local tantôt elles

s’expriment dans la cuisine internationale qu’elles connaissent.

Melka,

Les codes alimentaires sont transmis par sa famille où la mère de Melka344cuisine

les tajines traditionnels tous les midis. Melka vit en Alsace et mange des fruits qui

ne sont pas des mirabelles mais bien ceux qui proviennent du catalogue

alimentaire familial c’est-à-dire : le melon, la pastèque, le raisin et les figues. Ici il

existe un décalage entre La WELLBOX régionale alsacienne dans laquelle vit

Melka et leur alimentation dont l’origine géographique est le Maroc.

Nos interviewés se singularisent aussi par des goûts originaux qui peuvent être

vus comme « étranges ».

Quelques exemples de la distinction sociale alimentaire sont sur un registre plus

sucré que salé et dénotent de ce fait des moeurs usuelles. C’est Jean

Patrick345demeurant près d’Abbeville qui nous rapporte une souffrance enfantine

en raison du regard des autres, du fait de sa singularité alimentaire. Quand il avait

10 ans « j’allais quelque part à cette époque là, je faisais pas mal de sport et

quand je partais [...] Moi je mangeais sandwich-nutella, sandwich confiture,

n’importe quoi voilà.. ». Il pense que l’apparence alimentaire est primordiale. C’est

en l’occurrence de montrer que « tu manges comme les autres » qui facilite

Bordeaux en concubinage.

.

Melka a 31 ans et est mère d’un enfant en bas âge. Elle ne travaille pas et vit en Alsace à

Hoenheim dans le Bas Rhin. Elle est touchée par la MC depuis 1998. Op.-Cit.

&,.

Il a 24 ans et est touché par la MC en 2001. Il travaille dans l’exploitation agricole de ses

parents après l’obtention d’un master 2 à Lille. Il n’est pas le seul dans cette distinction sociale

alimentaire, nous avons rencontré également Mathieu qui est chercheur en informatique dans un

laboratoire à Bordeaux.

214


l’inscription dans un groupe. La nourriture ‘autre’ est mal acceptée. « Et en fait j’ai

beaucoup souffert quand je devais partir, quand je n’étais pas chez moi. ». Il jouit

chez lui d’une grande liberté dans ses choix alimentaires, tandis qu’il est confronté

à l’altérité dans un environnement à l’extérieur de sa famille, sa manière de

manger est vue comme étrange, voire grossière si ce n’est sauvage ? Il était vu

par les accompagnateurs sportifs en raison de son sandwich confiture, comme un

sauvage…

Cependant nous pouvons signaler que cet individualisme créateur d’identités

alimentaires peut-être modéré pour certains alors que pour d’autres il est affirmé.

Nous peignons ici le portrait de Noé, étudiant de 22 ans en licence santé et

aliments à l’université Jules Verne à Amiens qui s’est forgé une identité

alimentaire forte.

Noé,

Sa mère est infirmière libérale et son père travaille à l’hôpital où il est

fonctionnaire. Enfant, il apprend vers l’âge de 12 ans à cultiver un potager pour

faire pousser les légumes. Ce sont ses grands-parents qui lui ont enseigné le goût

de « manger ses propres salades et tomates ». Le matin, il ne petit déjeune pas,

le midi il se restaure à la cantine du collège privé catholique et le soir ce sont des

repas familiaux. L’été, chez Noé, les barbecues sont festifs et Noé est gourmand.

Il aime manger sans savoir où s’arrêter car il apprécie ces viandes grillées. Le midi

à la cantine du collège c’était selon lui « moyen et assez peu », il se rattrapait

alors le soir chez ses parents. Le midi au collège : « Je me souviens que l’on

prenait du pain pour se remplir l’estomac » dit Noé. Son restaurant au collège

servait des légumes qui n’étaient pas adaptés aux adolescents car sa mère fine

cuisinière l’a habitué à des gratins. Noé est croyant : « Il faut bien croire en

quelque chose, si on ne croit en rien, on n’est rien ».

Il met d’ailleurs en pratique (alimentaire) ses propres croyances afin d’affirmer qu’il

est catholique :

« J’essaye de me faire plaisir et de manger du poisson au moins le vendredi saint,

et sinon je ne mange pas de viande tous les soirs, surtout le vendredi et en même

temps je me dis que cela peut m’aider à avoir un certain équilibre alimentaire. »

Il affirme que « la religion fait bien les choses, c’est un guide alimentaire, en plus

d’un guide spirituel. » Il ne pratique pas le carême et se justifie parce que selon lui

215


le jeune est nécessaire pour se purger. Comme il ne perçoit pas son corps comme

pollué ou encombré, il ne recourt pas à cette pratique.

Cependant parce qu’il a des habitudes gourmandes, il raconte : « je ne serai pas

tenté, car par mes parents j’ai un esprit assez bon vivant et me priver de manger,

le seul plaisir de la journée, pendant un mois c’est… »

Il cherche une alimentation de qualité. Les légumes de qualité sont selon lui sont

ceux qui proviennent du potager qu’il cultive. Grâce à ses études en « alimentation

santé », il a appris que les procédés de l’industrie alimentaire dégradaient la

qualité des aliments. Il est aussi plutôt favorable à l’agriculture biologique. Il pense

que lorsqu’il mange les légumes et fruits auto-produits dans sa famille ces

aliments sont ‘bio’. Cependant pour des raisons économiques (il est étudiant) il n’a

pas la possibilité d’acheter de La WELLBOX biologique à Amiens.

Quand il allait au lycée, il raconte qu’il était déphasé au niveau alimentaire. En

raison du voyage en car pour se rendre au lycée, il ne pouvait petit déjeuner et

donc mangeait des gâteaux dans la matinée. Le midi il était à nouveau dans

l’obligation de déjeuner à la cantine où il y avait 3 services. Quand il allait à celui

de 11 heures, il n’avait pas faim. Le soir rentrant tard, et ne pouvant goûter

comme auparavant, il prenait une collation salée à base de saucisson, fromage en

attendant le dîner. Vers l’âge de 17 ans, il est en surpoids avec un IMC de 26,

cependant il pratique du football depuis 11 ans. Cette activité physique lui

permettait des relations avec les jeunes de son âge et s’ils le trouvaient

« rondouillet » au départ, ils changeaient d’attitudes ensuite. Il décide après le

baccalauréat de préparer un diplôme de kinésithérapeute puis il bifurquera vers un

DUT de génie bio-industrie.

Il ne terminera pas ses études de kinésithérapeute. Parti suivre cet enseignement

en Belgique durant 2 ans, c’est la première fois qu’il quitte le cocon familial. Mais

en raison d’une réforme ses études sont modifiées. Il abandonne car il ne

supporte plus la pression de ses parents et eux ne souhaitent plus financer un

cursus si long.

Noé est en surpoids avec son IMC actuel qui se situe à 29, cependant adoptant

des règles alimentaires religieuses, il pense son alimentation saine et son corps

sain.

216


En Belgique il mangeait beaucoup de frites « c’est quand même le pays de la

Frite ! » et il a changé de sport. Là-bas il faisait du rugby alors qu’il avait suivi

pendant 12 ans des entraînements de football. Il a choisi en quelque sorte le sport

le plus adapté à sa corpulence car il avait pris 20 kg en 2 ans et cela ne lui a donc

pas porté préjudice. « Le déséquilibre alimentaire, derrière je faisais pas mal de

sport et cela compensait quand même. »

Il est guidé par une morale catholique dans ses conduites alimentaires. C’est

pourquoi chaque aliment a sa place dans la mesure où les règles religieuses sont

respectées. Il juge par ailleurs que le commerce équitable est bien mais

malheureusement pas obligatoirement bio. Il apprécierait que le commerce bio soit

équitable et réciproquement.

Pour lui c’est l’esprit qui dicte sa conduite de vie. « Ce qui compte en premier c’est

ce qu’il y a dans la tête et l’état d’esprit avec lequel on aborde notre vie. » Cet état

d’esprit dans lequel il se trouve est lié à son éducation familiale. Ses parents lui

ont enseigné la « valeur des choses », l’argent n’est pas acquis, il doit le gagner et

les valeurs humaines d’égalité et de fraternité sont une base pour le partage selon

lui.

En alimentation, la qualité alimentaire est essentielle. C’est par exemple de savoir

la provenance de ce qu’il mange : le jardin potager, les oeufs qui proviennent de

poules d’amis, des éleveurs de lapins qui sont des voisins. « Les lapins ne sont

pas donnés, mais au moins je sais comment on les nourrit. » Les aliments qu’il

incorpore ont une provenance géographique connue. La connaissance de l’origine

de ses aliments est essentielle aux yeux de Noé.

C’est sans doute cette connaissance de l’origine géographique qui permet à

l’aliment de pouvoir être incorporé. L’incorporation prend sens et se fonde sur des

repères spatiaux identifiés. Ces derniers présentent l’aliment et rassure le

mangeur sur ce qu’il deviendra dans le corps.

La santé spirituelle est première et il parle d’équilibre spirituel qui l’aide à être en

bonne santé. Sa religion l’aide au niveau de sa santé psychique. Noé pense que

c’est l’âme pure qui donne au corps sa pureté. Il n’a donc pas besoin d’un jeûne

pour se purifier.

Noé a la foi catholique vissée au corps et nous rapporte une conversation récente

qu’il a engagée avec un Sans Domicile Fixe qu’il croise régulièrement, près de

chez lui. Il n’est pas un intégriste même s’il ne rejoint pas les modèles de

conformité des étudiants que nous avons interviewés. Il reste ouvert aux autres, il

invite aussi des copains étudiants et leur propose des gratins de pâtes ou de

217


légumes. Son particularisme religieux et son identité alimentaire ne l’obligent pas

à s’exclure socialement, bien au contraire, il est ouvert aux autres.

Lorsqu’il existe un repli identitaire fort, la question sous jacente de cette

catégorisation ou plutôt distinction alimentaire est de savoir à quoi sert cette

différenciation. Ce qui reste aussi à craindre c’est que ce régime identitaire

débouche sur des exclusions sociales ce qui n’est absolument pas le cas de Noé.

Au final, nous pouvons admettre que l’identité de nos mangeurs est similaire à

d’autres ou à l’extrémité opposée qu’elle permet une distinction entre les êtres

humains. Nous reprenons les écrits d’anthropologues pour comprendre que la

nourriture prend sa source dans « toutes les actions de production, d’échange, de

vente, d’achat et de consommation (alimentaire et qu’elles) sont productrices de

distinction, d’exclusion, d’inclusion et d’identité.» (Laburthe-Tolra, Warnier, 1993,

p. 379). Si nous reconnaissons des diversités culturelles, l’enjeu au niveau de la

nourriture est à l’évidence que ces particularités ne dégénèrent pas en

totalitarisme identitaire avec tous les risques de violence qui pourraient s’y

attacher.

3.5.3 La renonciation à l’identité

Nous lirons nos retranscriptions d’entretiens à la lumière des analyses de Georges

Devereux dont une de ses théories porte sur la renonciation à l’identité :

« Puisque tout symptôme (dégoût alimentaire) est une résistance soit contre

l’acquisition (et l’attribution) d’une identité (alimentaire), soit contre la découverte

de l’identité (alimentaire) réelle du patient – identité (alimentaire) qu’il ne veut ni

connaître lui-même, ni permettre aux autres de connaître. » (Devereux, 2009).

Comme nous le voyons dans nos entretiens avec les personnes atteintes de la

MC, le classement de l’espace du mangeable avec l’intolérable, le non

incorporable, et l’incorporable ne se limite pas à une classification simple et les

personnes malades nous dévoilent tout leur art qu’elles développent pour

catégoriser leur nourriture.

Gaétan,

Son père est peintre dans un service technique et sa mère est comptable. Il a 24

ans et travaille comme conseiller en défiscalisation après l’obtention d’un master 2

en achat international. Petit il ne supportait pas le lait. Sa mère après six semaines

218


d’allaitement se souvient que les laits maternisés ‘ne fonctionnaient pas’ et que

Gaétan avait eu une éruption cutanée. Parce qu’il était constipé, Il était passé au

lait de vache. Sa mère ne boit pas de lait et nous découvrons au fur et à mesure

de son histoire alimentaire que Gaétan mange les aliments que sa mère refuse.

Par ailleurs la vie de Gaétan est émaillée d’incidents corporels nous dit sa mère

avec dès sa naissance une opération du méga uretère du rein gauche. La mère dit

à propos de Gaétan « (il) est toujours quelqu’un qui court chez le médecin ». Du

côté de sa nourriture, sa mère ne mange que des fruits et des légumes et refuse

la viande et le poisson. Pour Gaétan, son alimentation est juste à l’inverse de celle

de sa mère et pour elle c’est un calvaire de voir ainsi son fils refuser

systématiquement ce qu’elle accepte de manger. Apprenant les goûts de sa mère,

nous comprenons qu’il a construit son répertoire alimentaire à l’opposé du sien

mais il ne semble pas que cela lui pose de difficultés particulières.

Aujourd’hui Gaétan travaille et profite de la vie. Il aime sortir. Il nous confie qu’il

apprécie les soirées en discothèque non pas pour danser mais pour être avec les

copains et les copines. A 23 ans, il pratique 2 entraînements de football avec en

plus un match le dimanche matin.

Lors de notre rencontre, il supporte difficilement la présence de sa mère durant

l’entretien, elle va le ressentir et partira au bout de quelques minutes. Ce n’est

qu’à la fin qu’elle réapparaît pour confier ses émotions, ses angoisses sur son fils

atteint de la maladie de Crohn.

Gaétan est serein contrairement à sa maman et il souhaite éviter les conflits avec

elle car elle dramatise son histoire.

Durant l’entretien il n’évoque pas les relations ‘tendues’ avec sa mère ni l’univers

médicalisé en raison de sa maladie. Il se comporte comme un homme « normal ».

Il ne veut pas se singulariser du fait de sa maladie. Il ne souhaite pas être reconnu

comme un malade. Il souhaite percevoir une partie de sa vie, la réalité qui

l’intéresse. « Moi c’est comme si je n’avais rien. Je ne suis pas limité au niveau de

la nourriture, je n’ai pas de douleurs.. » Concernant « les médicaments, je n’ai

presque plus rien. » Ce n’est pas moi, je ne suis pas malade, semble-t-il nous

dire. A la fin de notre entretien avec Gaétan, sa mère revient et nous donne une

autre vision de son fils.

219


Sa mère est en désaccord avec Gaétan et sa vision de la MC. Elle est angoissée

et dit qu’au moment de la découverte de la maladie qu’en 4 mois, il avait perdu 12

kilos.Elle n’accepte pas la maladie de Crohn de Gaétan.

Nous poursuivons l’analyse des discours de notre population et de la structure de

leur alimentation, rapportée dans le temps, l’espace géographique, et leurs

logiques humaines. Nous observons maintenant les mangeurs contemporains

dans leur environnement et étudions les communications et informations sur «

La WELLBOX santé » et leurs influences sur leurs savoirs et pratiques corporelles.

In fine, les savoirs acquis modifient-ils les pratiques ? Nous verrons comment la

trame de l’histoire de vie des personnes joue sur la perception des messages de «

La WELLBOX santé ».

Ils nous entraînent sur la piste que les communications et les informations

modifient la perception sur l’imaginaire des aliments et de leurs effets sur le corps.

C’est ainsi que pour continuer cette recherche sur l’identification346de

« La WELLBOX saine » humaine, nous nous attacherons à décrire des discours et

leurs influences sur les pratiques de nos deux populations.

Enfin avec une WELLBOX réalisée au moyen d’un questionnaire, nous chercherons

à comprendre comment cette population s’informe sur « La WELLBOX saine » et

verrons quels conseils ils ont mis en pratique.

346 L’homme mange ce qu’il connaît et a répertorié ou identifié comme étant un aliment comestible.

220




.

.

/[1]



[1][1]




[1]

0


[1]


1
[1]






[1]

[1]

.

221


1. Ces discours sur « La WELLBOX saine » influencent-ils les

pratiques de notre population ?

Finalement nous nous interrogeons plus particulièrement sur l’impact de ces

discours médiatisés émanant de divers médiateurs sociaux. Comment sont-ils

interprétés dans la vie de tous les jours ?

De la circulation de l’information, découlent des constructions et transformations

discursives. Comment les hommes et les femmes vivant en France, que nous

avons rencontrés, comprennent-ils ces discours ?

Sur le terrain, quelles vont être les transformations et appropriations des

discours ?

C’est ce que nous chercherons à découvrir. Dans la réalité quotidienne, la vague

de communications sur « La WELLBOX santé » va avoir des répercussions sur les

pratiques alimentaires.

Notre regard va donc porter sur les interventions et communications

environnementales qui sont opérantes347 et nous repérerons les contextes348 où

elles sont efficaces.

4.1 Des pratiques de communication qui construisent des savoirs

sociaux

Une médiatisation est considérée ici comme une pratique de communication. Elle

nous intéresse particulièrement dans la mesure où les informations et les

communications concernent le thème « La WELLBOX et la santé ».

Nous souhaitons rapporter ici un exemple de médiatisation de l’information

nutritionnelle actuelle. Cette illustration porte sur le savoir « petit-déjeuner et

goûter pour sa santé ».

Nous entrons dans le monde imaginé des médias, via Internet (notre support de

communication retenu) qui se saisissent des informations nutritionnelles et de

leurs codes. Une mode sociale s’empare-t-elle aujourd’hui de la nutrition et de ses

outils ?

347 Dans l’utilisation du terme « opérant », nous exprimons que l’action est accomplie dans les faits.

348 Nous reprenons le schéma pensé par Pierre Lévy (1997) dans son livre sur L’intelligence

collective (où il dessine une spirale de l’évolution du monde humain. Dans sa perspective, la

science (encadrant l’impossible et le possible), la technique (enfermée dans le possible et le

faisable), l’action (s’inscrivant dans le faisable et le fait), la culture (équipant l’imaginable et

l’inimaginable) et la pensée (personnelle avec l’imaginable et l’imaginé) sont des facettes

d’actes ou d’événements. « Qu’est ce qu’un acte ? Ce qui déplace une des 5 frontières » écrit-il

p. 235.

222


Sur les agissements discursifs rencontrés, nous proposons un exemple récent,

avec le site du Nouvel Observateur349qui publie le 29 septembre 2008 un article

rapportant une étude parue en septembre 2008, publiée par l’association

Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV)350 .

Celle-ci s’est intéressée aux allégations nutritionnelles figurant sur les emballages

de 66 produits industriels du petit-déjeuner et du goûter. L’article du journal cite :

« De nombreux fabricants proposent aujourd’hui des formules idéales de petitdéjeuner

ou encore des suggestions de « goûters sains et gourmands »,

évidemment en partie composées de leurs produits.

Or l’étude montre que ces menus conseillés dépassent très souvent les

recommandations nutritionnelles en vigueur351 . Cette étude ne donne pas

d’informations sur le public enquêté ni le nombre d’observations réalisées par le

CLCV. Nous ne savons pas non plus auprès de quel public les relevés sur la

consommation alimentaire du petit-déjeuner ont été accomplis.

L’article du Nouvel Observateur continue son argumentaire et selon les auteurs de

l’étude, ils précisent ainsi “qu’en moyenne, pour une portion de 50 g de 8

céréales352, le sucre ajouté représente plus de 28 % de l’apport calorique du petitdéjeuner.

On est très loin du repère de 12,5 % retenu par le programme national

nutrition santé !”

Ce qui est surprenant d’après nous, c’est que la portion de céréales est fixée à 50

g pour l’étude alors que sur les étiquetages des fabricants industriels, les portions

recommandées sont toutes comprises entre 30 g et 40 g de céréales pour un

petit-déjeuner.

C’est en effet la référence pour les industriels et quel que soit le fabricant, ce que

nous indique par ailleurs le CLCV.

Néanmoins, l’association de consommateurs a choisi de modifier les portions pour

leurs calculs car d’après eux ces quantités sont sous évaluées par rapport à la

réalité. Leur justification est cependant peu convaincante. Il s’agit en fait d’une

349 www.nouvelobs.fr,

350 www.clcv.org; Le rapport est daté du 16.09.2008 et est téléchargeable.

351 Qu’elles émanent de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA), du

Programme National Nutrition Santé (PNNS) ou encore de l’Organisation Mondiale de la Santé

(OMS) ces institutions sont mentionnées pour être les sources des valeurs repères dont le

CLCV s’est servi comme référence.

352 « En ce qui concerne le sucre, les apports nous apparaissent particulièrement élevés pour les 8

références suivantes », d’après le rapport du CLCV : Etude goûter et « petit-déj » du 9

septembre 2008.

Les marques de 8 céréales sont pointées du doigt par le CLCV : Miel Pop’s Cracks, Frosties et

Smacks de Kellogg’s _ Nesquick , Crunch et Cookie Crispey et Chocapic de Nestlé_Coco Pop’s

Lunastella de Kellog’s.

223


affirmation simple de leur part sans aucune démonstration : « La plupart des

enfants ne seront donc pas rassasiés par une portion de 30 à 40 grammes et

auront vraisemblablement envie de grignoter dans la matinée. Notre analyse est

confirmée par l’expérience de nombreuses familles où l’on voit les paquets de

céréales ‘descendre’ bien plus vite que ce que laissent entendre les mentions

figurant sur les emballages ! »353

Il apparaît donc qu’il n’existe pas de preuves sur la déclaration que 50 g soit la

portion à retenir.

Ce que nous comprenons et le CLCV en est tout de même conscient, c’est que

les apports étant plus importants, le petit-déjeuner sera plus sucré aussi.

Le CLCV l’envisage car il l’écrit : « En augmentant ainsi la quantité de céréales, on

se compose parfois un petit-déjeuner très déséquilibré. » Dans ce cas de figure

exposé, nous serions alors amenés à penser que les céréales ne sont pas du tout

compatibles avec la réalisation d’un petit-déjeuner équilibré.

Le tableau qui suit est extrait du rapport du CLCV et montre effectivement qu’avec

une portion plus élevée le sucre ajouté représente 27% de l’apport calorique du

petit-déjeuner.

« Regardons de près un petit-déjeuner constitué de 50 grammes de céréales

« Crunch » dans 150 ml de lait demi écrémé*.

Kilocalories

50 grammes de céréales 202

Crunch

150 mL de lait 69

Total 271

Or, 50 grammes de céréales Crunch contiennent 18 g de sucre ajouté sous

différentes formes :

sucre, dextrose, sirop de sucre inverti. Cela représente 76 kilocalories, c’està-

dire près de 27% de l’apport calorique total.

353 Extrait tiré du rapport de CLCV disponible sur internet : http://www.clcv.org/Gouter-et-petit-dej[

16.09.08].4587.0.html consulté le 1er Août 2009.

354 Extrait du rapport du CLCV.

224


Il est certain que selon la portion consommée, le taux de sucre ne sera pas le

même et que nous pouvons conclure à un apport trop élevé ou au contraire trop

bas selon la portion fixée. Ce raisonnement est valable quel que soit l’aliment.

Ici la pertinence des conseils nutritionnels apposés sur les emballages est donc

remise en question par l’association de consommateurs après la conclusion de

leurs calculs sur les apports nutritionnels en sucre.

Le site du Nouvel Observateur soutient la démarche de l’organisme de

consommateur et discrédite l’information nutritionnelle émanant des industries de

l’agroalimentaire qui est propre selon eux à induire en erreur le consommateur.

Le webzine du Nouvel Observateur souligne :

« Gare donc aux sucres et aux graisses qui se cachent derrière les menus “clés

en main” des produits alimentaires transformés. »

Le site du Nouvel Observateur nous prévient pour jouer sur nos ‘peurs de

l’empoisonnement’.

Ce que suggère cet écho du site du Nouvel Observateur c’est que les industriels

usent et abusent de la communication nutritionnelle à des fins commerciales.

Cependant il n’entre pas dans les détails techniques de la réalisation de cette

comparaison et ne critique pas la démarche d’obtention des résultats sur les taux

de sucre du petit-déjeuner.

Si nous cherchons la « norme officielle » qui sert de valeur de référence,

concernant le goûter ou le petit-déjeuner pourvoyeurs de sucres ajoutés qui ne

doit pas représenter plus de 12, 5% de l’apport calorique de ce repas, elle

n’existe pas.

Si nous regardons le document de départ établi par le CLCV, auquel se réfère

l’article du Nouvel Observateur, la contribution des sucres devrait se situer aux

environs de 12, 5% de l’apport calorique total sur la journée entière et non pas se

réduire à une limite pour juste un repas c’est-à-dire un menu idéalisé d’un goûter

ou d’un petit-déjeuner.

La source qu’il cite comme recommandation est le Programme National Nutrition

et Santé.

Nous notons dans cette recherche l’existence d’une interprétation d’un message,

d’un repère du PNNS qui situe sa recommandation à l’échelle d’une journée

alimentaire.

Nous touchons là un point récurrent de la pratique de nombreux nutritionnistes ou

prescripteurs. Ils considèrent que la seule manière de réaliser une alimentation

225


équilibrée est de partir de fractions de La WELLBOX elles-mêmes équilibrées. Par

fraction nous entendons soit un repas soit un aliment le composant.

Eric Grande355, explique : « C’est l’approche très anglo saxonne : mathématique.

Une approche plus latine est de mélanger, grâce à des règles établies au fur et à

mesure du temps par les générations passées, des aliments ou des repas pour

arriver à la fin à quelque chose d’équilibré. »

L’explication donnée par le CLCV rapporte cette limite en sucre à un repas : le

petit-déjeuner, ce qui ne correspond pas à l’idée de la recommandation du PNNS.

Si nous regardons de plus près les recommandations du PNNS c’est

effectivement sur la ration journalière (l’ensemble des aliments consommés dans

la journée) que le taux de sucre devrait atteindre ce repère et non sur un aliment

unique ou un seul repas. Tout se déroule comme ci ce repère de 12,5% de sucres

ajoutés devenait une valeur fétiche.

Les industriels sont dénoncés comme responsables et pourraient être

éventuellement coupables (si les consommateurs tombent malades et attaquent

par voie judiciaire les industriels). C’est sur l’aspect émotionnel, la crainte des

consommateurs que jouent les médias (ici le Nouvel Observateur), plus que sur

des arguments scientifiques.

Les médiateurs sociaux, c’est-à-dire les journaux, les sites Internet répondent eux

aussi à des logiques commerciales. Ils posent ici l’existence d’un risque de

manger malsain. Ce qui est sous jacent est que cette information publiée par les

industriels nous conduit à « mal manger ». Ce n’est plus seulement l’aliment qui

est pointé mais à partir du moment où notre mangeur devient une victime par abus

de confiance sur l’information véhiculée, ce sont les industriels qui n’ont pas fait ce

qu’il convenait.

C’est alors la faute centrale de ces groupes de fabricants qui parait et non plus le

fait que les céréales pour le petit-déjeuner soient éventuellement trop sucrées. Le

secteur agroalimentaire porte une responsabilité de la qualité et de la sécurité

sanitaire des aliments et il assure la fabrication. Les étiquettes ont été et

continuent d’être utilisées de façon usuelle pour communiquer des informations,

en plus des mentions légales.356

355 Directeur des affaires réglementaires chez Lactalis que nous avons interviewé. Se rapporter au

LE MASSAGE ANTI-CELLULITE 2 , la partie 1 et la sous section 3, sur les sources des institutions non

gouvernementales des messages sur « La WELLBOX saine ».

356 Eric Grande, directeur des affaires règlementaires chez Lactalis, précise sur les informations

nutritionnelles : « Les données que nous mettons sur nos emballages sont des informations,

voire des recommandations pour les portions. Mais ce ne sont pas des prescriptions. Or, on a

tendance à leur faire jouer ce rôle ! Il faut nettement séparer les prescriptions des autres

226


C’est ici la superposition d’informations avec des références scientifiques et des

croyances sur les us et coutumes alimentaires que nous souhaitons montrer. Mais

nous constatons également une déviation de l’interprétation des messages sur les

‘normes’ glissant vers un ordre « alimentaire sain » absolu qui engendre une

fétichisation de La WELLBOX avec des aliments sacralisés comme les légumes et

les fruits et d’autres diabolisés comme les céréales sucrées, le sucre, le gras. La

vision est alors manichéenne.

Les groupes sociaux communiquent et s’emparent ici de l’information sur la santé

pour tout simplement vendre leur médiation. Nous comprenons ainsi que les

médiateurs servent leurs intérêts et sont des marchands de rêve ou de

cauchemars alimentaires pour influencer le lecteur-mangeur.

4.2 Des pratiques alimentaires sous l’influence de messages diffusés

par des acteurs sociaux

Des messages de la politique de santé publique sur « La WELLBOX santé », sont

adoptés par notre population.

Chez les hommes, comme chez les femmes, le conseil le plus reconnu est

« Manger 5 fruits et légumes par jour ». Il peut-être suivi en pratique avec des

transformations discursives qui font varier les messages vers :

« Manger des légumes et des patates »357 ou « des légumes, j’en mange tous les

jours »358 , « Je suis devenue végétarienne »359 , « beaucoup de fruits et légumes

et au moins un fruit par jour »360 ou « des fruits, des fruits exotiques : des litchis,

des kakis, des longanes… »361Ou encore « je mange facile un fruit à chaque

repas, même 2 »362 . Nous entendons également « une journée sans fruit, cela ne

363

vapas».

modes ! »

357 Cyril est témoin dans le Sud -Ouest, âgé de 19 ans, étudiant en STAPS. Op.-Cit.

358 Pascal est praticien hospitalier. Il a 35 ans, est marié et père de 2 enfants. Il est témoin et vit

dans le Sud -Ouest. Op.-Cit.

359 Karine a 29 ans, est étudiante en thèse d’anthropologie et vit dans le Sud -Ouest. Elle

appartient à notre groupe témoin. Op.-Cit.

360 Adèle a 24 ans. Elle est puéricultrice et en recherche d’emploi. Elle vit dans le Sud-Ouest et

appartient à notre groupe de bien portant, Op.-Cit.

361 Kili est vietnamienne, elle a 20 ans. Elle est étudiante à un niveau Bac+ 1. Elle appartient à

notre groupe bien portant et vit dans le Sud-Ouest.

362 Nicole a 20 ans, elle est employée et vit dans le Sud-Ouest en concubinage avec un militaire en

mission à l’étranger. Elle appartient au groupe témoin.

363 Clarisse a 23 ans. Elle est étudiante à un niveau Bac + 3, et elle vit en concubinage sur

Toulouse. Elle appartient à notre groupe témoin. Op.-Cit.

227


Nonobstant dans notre population de malades atteints de la maladie de Crohn, (et

cependant pas uniquement chez eux) c’est aussi le message tout à fait opposé qui

est entendu364 .

Nous constatons ainsi que des informations sur les fruits et les légumes sont

reformulées. Cela nous permet de constater à nouveau que les ‘normes’

personnelles sont sous l’influence familiale et médicale. Elles sont en réalité des

réinterprétations des normes socioculturelles alimentaires.

4.2.1 Messages des familles sur « La WELLBOX santé »

L’emploi du temps est rythmé par les enfants pour cette mère de famille qui

reproduit ce que sa mère a accompli pour elle. La dimension temporelle des

repas et des autres activités de la journée est un élément essentiel de l’équilibre et

de la santé pour ses enfants.

« C’est comme maintenant avec mes enfants, jeux, promenade, repas, tout le

rythme des enfants quand ils sont petits. »365

Ce sont les règles que Sabrina a apprises de sa mère, qu’elle imite. Il en est de

même pour les recettes car elle cuisine presque tous les repas. Elle les réalise en

fonction de ses temps libres.

« Bon, je fais tout ce que je peux. »

Nous lui demandons : « Alors que faites vous le jeudi et le vendredi midi ? » Car

les autres jours, elle travaille. « Donc il y aura lentilles-saucisses qui vont démarrer

sur la plaque de cuisson. Pour ce soir je vais sûrement préparer une quiche. Je ne

fais pas la pâte, elle est feuilletée, la brisée, c’est pour les tartes. Je fais un peu à

l’avance. Souvent, le mercredi, je suis avec eux et je cuisine beaucoup plus et

j’arrive carrément à me faire des barquettes pour le congélateur.

Il y a eu la période jardin où je faisais les tomates farcies, des coulis. Je fais des

surgelés, pas de bocaux, des gratins de courgettes ou courgettes farcies que je

fais et que je sors toutes prêtes. Je fais tout cela le mercredi, avec eux, j’arrive à

joindre les deux bouts. C’est bien. J’aime bien, sinon je ne le ferai pas. Maman

cuisinait jusqu’à un certain âge, mais elle a cuisiné longtemps. »

364 Effectivement les personnes atteintes par la MC se mettent à un régime qui est pauvre en fruits

et légumes par peur d’une répercussion traumatique sur leur corps : « Eviter (ou peu) de

fibres » ou « régime strict sans fibres »-« Fruits et légumes, pas trop »-« Peu de légumes »

« Fruits sans, en période de crise » sont les conseils qu’ils suivent et appliquent dans leur

quotidien alimentaire.

365 Sabrina a 34 ans, est mariée et mère de deux enfants. Elle est artisan-commerçant et vit dans

228


4.2.2 Messages de l’enseignement primaire et secondaire sur « La WELLBOX

santé »

Ils reprennent les messages de santé diffusés par le PNNS. A la cantine scolaire,

au collège et/ou au lycée, ils servent régulièrement des légumes en

accompagnement de la viande. La réalisation en pratique de la consommation de

légumes n’est cependant pas toujours effective car la préparation du cuisinier

n’est pas toujours à la hauteur de l’attente des convives.366

Cécilia367 nous communique qu’elle n’apprécie pas les légumes et qu’il est ainsi

plus difficile pour elle de mettre en pratique les recommandations.

« Les légumes, je ne suis pas très variée sur les légumes. Parce que les

épinards, je n’en mange que depuis peu, le chou, je n’ai jamais aimé cela, la

courgette non plus. Il n’y a que les tomates, la salade, les petits pois et carottes, la

pomme de terre et puis les haricots verts et c’est tout. J’ai fait grève de courgettes

avec des copines (quand elle était au collège). »

Nous notons dans cette histoire que les messages n’influencent pas

nécessairement les savoirs, ni même les pratiques alimentaires. Il apparaît donc

que les actions d’informations et de communications bénéfiques pour la santé sont

à évaluer.

4.3 Des pratiques alimentaires sous influence et aussi sous contrôle

Des institutions publiques (comme l’USEN368 qui est une équipe de l’INVS369)

contrôlent les pratiques alimentaires et leur évolution en France.

Des instituts de sondages privés scrutent également les pratiques alimentaires

des « français ». Ils permettent ensemble de réaliser une observation sur

l’efficacité de la perception et réception des messages sur « La WELLBOX saine ».

Nous nous concentrerons plus sur le message « Pour votre santé mangez au

moins cinq fruits et légumes par jour » qui est celui le plus souvent cité (même s’il

n’est pas véritablement répété sous cette forme) par notre population enquêtée370 .

le Sud-Ouest. Elle appartient à notre groupe témoin. Op.-Cit.

366 Ici cette observation est secondaire à l’écoute répétée de leurs commentaires négatifs sur la

cuisine au collège et au lycée. Il y a une majorité très nette de témoignages qui vont dans ce

sens.

367 Cécilia a 20 ans et est étudiante. Elle ne pratique aucun sport, son niveau d’études est à

BAC+3. L’année de découverte de sa MC est 2002. Op.-Cit.

368 USEN : Unité de Surveillance et d’Epidémiologie Nutritionnelle.

369 INVS : Institut National de Veille Sanitaire.

370 En juillet 2008, dans le baromètre de La WELLBOX 41% des français citent à la question ouverte

quel est le message nutritionnel qui les a le plus marqué : « mangez au moins cinq fruits et

légumes par jour ».

229


Si les intentions de manger des fruits et des légumes sont là, il semble que les

pratiques alimentaires de l’ensemble de la population française ne suivent pas

toujours les recommandations et nous observons le déclin de la consommation de

fruits frais, à l’opposé des conseils du PNNS comme nous le montre un institut de

sondage.

Depuis 2001, le PNNS a désigné l’augmentation de cette consommation comme

l’un des objectifs nutritionnels à atteindre. Trois ans plus tard, malgré les

campagnes de communication, les achats de fruits frais ont continué à se réduire.

L’WELLBOX du CREDOC371: Comportements et Consommations Alimentaires des

Français de 2004 révèle que cette diminution touche presque toutes les catégories

d’adultes. Cette baisse s’inscrit dans une tendance de fond qui privilégie la

consommation de produits transformés au détriment, des produits traditionnels.

A la fin de l’année 2007, l’étude INCA 2372est alors plus optimiste et montre une

stabilisation voire une augmentation pour les fruits.

Elle nous apprend que dans un échantillon représentatif de la population d’adultes

français (âgés de 18 à 79 ans), d’une part la consommation de légumes est stable

et d’autre part, pour les fruits frais ou transformés, la consommation augmente de

16%.

(Nous ne sommes pas dans notre travail de recherche sur un échantillon

représentatif et ne pouvons pas confirmer cette remarque générale).

Ici le point de comparaison de départ est l’WELLBOX INCA réalisée en 1998-1999.

Cependant nous ne pouvons conclure à la hâte sur le succès du message

publicitaire lancé par le PNNS, car avec 135 g/ j de légumes pour les hommes et

141g/ jour de légumes pour les femmes, les recommandations nutritionnelles

(Martin, 2001) sont loin d’être atteintes. De plus nous ne savons pas dans quelle

mesure la campagne d’information du PNNS sur les fruits et légumes qui est une

source de formation parmi d’autres sur « La WELLBOX santé », est ici à l’origine

de ces modifications du comportement alimentaire des adultes vivant en France.

Il reste sans doute des efforts de communication à accomplir, ce que suggère un

rapport de l’INPES373 qui propose des communications plus ciblées à l’égard de

groupe de populations.

371 Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de Vie.

372 Etude Individuelle de consommations Alimentaires de 2006-2007.

373 Rapport dirigé par Jean Pierre Corbeau, Impact des discours nutritionnels sur les

comportements alimentaires : une approche socio anthropologique qualitative auprès de

groupes « ciblés », réalisé pour L’institut National de Prévention et d’Education pour la Santé

(INPES).

230


Tenir compte de la diversité des récepteurs est effectivement indispensable, car le

même message adressé à tous n’est pas reçu de la même façon. Il est décrypté

par chaque individu selon ses valeurs, ses normes, ses représentations et son

mode de vie.

Dans les faits, il s’agit de diffuser à diverses populations des savoirs alimentaires :

savoir manger. La question qui se pose alors est comment transmettre les

connaissances sur La WELLBOX bénéfique pour la santé ? Ces savoirs acquis

servent à modeler les représentations alimentaires qui sont des moteurs du

comportement du mangeur. Ainsi nous poursuivons pour analyser comment ces

messages peuvent influencer les pratiques.

4.4 Comment des messages sur « La WELLBOX saine » peuvent

influencer les pratiques alimentaires ?374

Il existe des obstacles à une communication « percutante ». L’accès à

l’information est avant tout primordial. Il ressort nettement de nos WELLBOXs que

selon les personnes, si elles sont issues d’un cursus médical ou paramédical ou

encore travaillent dans un milieu professionnel en rapport avec la santé, leurs

connaissances et l’attention portée à leur santé sont plus grandes que celles des

autres interviewés375 . Le simple fait de travailler dans le monde médical leur

permet assurément d’accéder plus facilement à l’information sur La WELLBOX

bénéfique à leur santé.

4.4.1 Le lien entre les propos, le geste et les fonctions

Il apparaît que les messages sont ensuite remaniés par les acteurs. Ils les

analysent et ils peuvent ensuite les mettre en pratique. Leurs discours sur «

La WELLBOX santé » sont révélateurs de leurs pensées sur la nourriture et leurs

manières de manger. Ils exposent leurs pratiques alimentaires. Ces manières de

dire qui illustrent des actes nous rappellent le livre d’Yvonne Verdier qui rapporte

le lien entre les propos, les gestes et les fonctions des femmes. « Façons de dire

et façons de faire » (1979), dans cet ouvrage, se relaient et s’éclairent les

manières narratives et les actes, mutuellement pour dessiner un monde de

374 Pour la rédaction de ce paragraphe nous nous sommes inspirés des travaux conduits par la

FAO sur l’application de la communication de risques aux normes alimentaires et à la sécurité

sanitaire des aliments (2005).

375 Nous avons écouté l’histoire de Cyriel dans le LE MASSAGE ANTI-CELLULITE 3. Cyriel est un acteur qui mange pour

sa santé. En effet il travaille dorénavant dans un hôpital, aujourd’hui, il prend conscience de sa

fragilité corporelle et donc soin de sa santé.

231


représentations et d’actions qui appartient en propre au monde féminin. Dans

notre exemple, ci-dessous, Florence nous expose avec sa manière de dire et ses

manières de faire, ses représentations et actions qui ne sont cependant pas

spécifiquement celles de l’univers féminin.

Florence376 nous dit :

« Je prenais à chaque fois ‘le menu normal’. En général, en entrée, je préférais

prendre plutôt les crudités. Tout ce qui est charcuterie comme cela en collectivité

je n’aime pas trop, vu que je suis habituée à manger chez moi des charcuteries377

qui sont différentes et en dessert je prenais plutôt des produits laitiers en général.

[…] Et le plat, ce qu’il y avait, en général des frites parce que les légumes ne sont

pas des fois très appétissants, je me forçais à en manger mais ils n’étaient pas

très appétissants. […] On essaye de varier. »

Florence souhaite consommer suffisamment de légumes (pour suivre les

références actuelles du PNNS, qu’elle connaît ?), cependant elle se force tout de

même parce qu’il est nécessaire selon ses normes alimentaires de diversifier ses

aliments.

Et puis nous distinguons des obstacles à la communication dans tous les

contextes. Les raisons sont plurielles, c’est soit une difficulté de perception ou soit

une différence de réceptivité des messages.

4.4.2 Les différences de perception

Nous les voyons au travers d’une interview où la mère d’un jeune atteint de la

maladie de Crohn (MC) est présente.

Les perceptions sur le risque (ou le bénéfice) alimentaire dépendent de la nature

du risque alimentaire et de l’inconvénient versus l’avantage qu’ils pensent en

retirer. Si les mères des personnes atteintes de la MC sont quelques fois

angoissées par La WELLBOX qu’elle propose à leur enfant, nous voyons qu’elles

ne perçoivent pas le régime alimentaire de la même façon que leur fils ou leur fille.

Dans l’exemple qui suit la mère de Grégoire378 qui est atteint de la MC se heurte

aux préférences alimentaires de son fils. La mère de Grégoire soupire :

376 Florence, a 24 ans, elle est employée. Elle vit dans le Sud Ouest et appartient à notre groupe

témoin. Op.-Cit.

377 Elle se fournit sur le marché auprès d’un charcutier aveyronnais.

378 Grégoire a 20 ans. Il est employé et atteint par la MC depuis 2001.Il vit dans le Sud-Ouest. Op.-

Cit.

232


« Cela je le sais, il ne faut pas trop, trop consommer de la charcuterie. Mais quoi

leur donner quand ils sont difficiles ?»

Les mères aimeraient au travers de la nourriture qu’elles donnent, réussir à

soigner leur enfant mais d’un autre côté leurs fils ou filles, eux aspirent à des

aliments choisis pour leur faciliter la digestion ou pour d’autres raisons

imaginaires.

Les mères des personnes dites « bien-portantes » quant à elles surveillent la

nourriture de leurs enfants, elles veulent au travers de La WELLBOX prévenir

l’arrivée de maladies par leur régime maternel.

4.4.3 Les différences de réceptivité : l’émotion engendrée

L’émotion s’exprime soit sur le versant positif ou soit sur le versant négatif.

La nourriture est tout simplement une nécessité pour vivre alors que selon les

sensations de la personne, La WELLBOX peut-être reçue comme un plaisir :

« Je suis assez sommaire, j’ai tendance à faire le minimum. Lui c’est son plaisir.

Pour moi c’est plus histoire de combler la faim et que l’on n’en parle plus. Le tout

c’est que cela soit équilibré. Je n’en fais pas une corvée mais on pique nique, il

m’arrive de faire des repas de ‘bric et de brocs’ de faire des crudités sans

sauce. »379 dit Amélie. Amélie apprécie la nourriture pour ses qualités nutritives

alors que son mari retire un bénéfice plus affectif de son repas. Nous apprenons

dans le déroulement de l’entretien qu’Amélie a été anorexique au moment de son

adolescence. Son mari est quant à lui professeur de philosophie.

4.4.4 L’incompréhension à l’égard du processus de diversification alimentaire

est également un obstacle à la communication

Quand le terme est scientifique ou bien dans l’absence de communication, ces

dispositions masquent le sens du message, la situation devient incompréhensible.

« Ma fille est très difficile, je ne sais pas pourquoi, elle veut toujours manger la

même chose des pâtes ou des frites.

Quoi que maintenant elle se met depuis quelques mois à bien manger des

haricots verts, du jour au lendemain elle se met à aimer cela, je ne sais pas

pourquoi. C’est peut-être un petit peu de ma faute car quand je faisais plus

original, elle avait tendance à mieux manger. » 380 dit Carine.

379 Amélie est âgée de 33 ans. Elle est chercheure après un doctorat de biologie. Ses loisirs sont

la lecture. Elle appartient au groupe témoin. Op.-Cit.

380 Carine, âgée de 35 ans est préparatrice en pharmacie, mère de 2 enfants. Elle vit en

233


Carine a un emploi du temps très chargé, son concubin est atteint de la maladie

de Crohn et elle s’occupe de leurs enfants (respectivement 2 ans et demi et 10

ans et demi). Elle est employée à temps plein comme préparatrice en pharmacie.

Tout le long de notre entretien, elle se plaint de ne pas trouver de temps pour

s’occuper d’elle ; d’ailleurs, le soir elle explique qu’elle cuisine du « vite fait ».

Quand elle est de repos, elle en profite pour faire les couses, le ménage et elle

s’occupe du linge…De son emploi du temps il ressort qu’elle ne s’occupe ni d’elle

ni réellement de sa fille avec qui elle communique peu. Il semble logique dans ce

contexte d’absence de communication qu’elle ne puisse comprendre les

évolutions des goûts alimentaires de sa fille.

4.4.5 La crédibilité des informations selon les sources

La population n’accorde pas la même confiance à toutes les sources

d’informations sur « La WELLBOX santé ».

Nous regardons les sources médicales qui semblent être reconnues par la mère

d’un de nos interviewés témoins : Mathias381 .

Il présente sa mère qui selon lui est : « genre elle mange les kiwis parce que c’est

bon pour la santé. Donc elle va nous faire bouffer des kiwis. Elle a ses aliments ;

Elle va boire ActimelÒparce que c’est bon mais à coté de cela […]

En fait, elle a vu 1 ou 2 nutritionnistes parce qu’elle a fait quelques régimes. Mais

moi j’ai toujours l’impression qu’elle a été au régime. […]

Je lui dis tout le temps de laisser tomber parce que je ne sais pas si elle a la

volonté, parce que je sais que c’est plus pour une raison de santé. Parce qu’elle a

été sportive, elle aussi. Elle courrait, faisait un footing de temps en temps ; mais

question de santé, il y a l’âge. Mais en fait c’est plus pour faire un régime,

surveiller son alimentation que pour être belle l’été. Du coup, elle avait des trucs

comme cela. »

Il ne semble absolument pas convaincu des choix du régime alimentaire de sa

mère qui mange néanmoins dans le but d’améliorer sa santé. Elle lui distille aussi

des conseils pour son alimentation personnelle pour lesquels il ne semble pas qu’il

y attache une importance particulière.

concubinage. Elle appartient au groupe témoin du Sud-Ouest.

381 Mathias a 25 ans et est étudiante en Master 2 à Toulouse. Il vit en colocation avec deux amis et

retourne régulièrement en banlieue toulousaine, chez ses parents. Il appartient au groupe

témoin.

234


Une fois les sources des informations vérifiées, il reste le message en lui-même. Il

apparaît ici que la crédibilité d’un message repose à la fois sur son origine mais

également sur la nature du message en lui-même.

4.4.6 L’élaboration claire du message est un facteur pour augmenter sa

crédibilité

Ce qui peut signifier que les informations délivrées sont alors nécessairement

complètes. Elles s’inscrivent dans le contexte et ne sont pas décalées et pour finir

elles sont désintéressées car cela nuit à leur vraisemblance.

Nous pouvons en effet recevoir des informations incomplètes et manipulées. Dans

notre exemple ci-dessus, même si la mère de Mathias souhaite que lui et son frère

boivent un Actimel®

pour renforcer leurs défenses corporelles, cette information

est déplacée par le regard des lectures de Mathias, et elle devient récusable :

« Mais à mon frère et à moi elle ne nous a jamais dit, il faut en prendre un

Actimel®

tous les jours. En plus, j’ai lu dernièrement que manger un yaourt ou

boire ce truc, c’était pareil. »

Au final, les messages influents sont surtout composés d’informations crédibles, à

partir d’un émetteur qui est une source fiable. Si dans l’exemple de Mathias, le fils

met en cause les recommandations de sa mère, pour d’autres, la maman reste la

référence. Dans le cas ci-dessous, la mère est le modèle pour la fille.

4.4.7 La mère peut-être une source ‘sûre’ voire ‘sacrée’

La mère reste une personne ressource, généralement estimée surtout quand elle

occupe dans la famille un statut sacré.

Sabrina382 reproduit ce que sa mère et sa grand-mère lui ont appris sur le plan

culinaire, et au niveau de l’approvisionnement ; elle cuisine elle-même beaucoup

pour ses propres enfants :

« En fait ici on fonctionne un peu à l’ancienne, c’est-à-dire que moi j’ai été élevée

avec les légumes, on avait le jardin. […] Ensuite ce qui était viandes, je me

rappelle avoir tué le cochon tout ce qui était cochonnaille. Mon père avait un

troupeau de moutons, on avait des agneaux. Les poulets, on les élevait là. Donc,

c’était beaucoup de la maison. J’ai un peu reproduit cela. C’est le côté que j’ai

382 Sabrina est âgée de 34 ans, artisan commerçante et mère de deux enfants. Elle appartient au

groupe témoin et vit dans le Sud-Ouest. Op.-Cit.

235


gardé. Donc on se fait un tout petit jardin. Mamie l’avait beaucoup plus grand,

mais elle a dû cesser. »

La transmission familiale est présente dans cet exemple. D’ailleurs la petite fille et

la grand-mère cohabitent dans la même maison.

Ce cas de figure semble assez courant car Julia383 nous précise que sa mère,

aide soignante, l’informe régulièrement sur une « alimentation santé ». Il en est de

même pour Judith qui interroge toujours sa mère sur les pouvoirs des repas

qu’elle lui élabore : « maman, est ce que cela fait grossir ? ». Les femmes se

tournent vers leur mère pour apprendre leurs choix alimentaires.

La culture partagée entre l’émetteur et le récepteur, permet ‘la gestion’ voire la

digestion, une réassurance sur les prises de décisions alimentaires :

Nous comprenons que la culture donne les « outils cognitifs » de gestion, des

‘essais pilotes’ qui servent pour l’action de manger. Si nous empruntons le

concept de l’habitus qui permet d’expliquer les goûts alimentaires, celui-ci est

générateur de pratiques sociales et culturelles.

Dans leurs histoires alimentaires, nous retrouvons diverses modalités

d’expression en fonction des goûts. Les interviewés décrivent différentes

pratiques. Ils s’informent aussi avec des lectures, des recherches sur Internet qui

sont en rapport avec leur univers culturel.

Par exemple Anne Louise qui travaille dans la communication384et apprécie la

cuisine, se connecte sur internet sur des sites comme « Marmiton.org » et étant

par ailleurs atteinte de la MC, elle surfe également sur un site de santé connu :

« Doctissimo.fr ».

Les médias sont des sources d’informations ou de formation qui sont, selon les

individus, reconnus comme crédibles.

Nous avons interrogé notre population sur leurs sources d’informations :

Est-ce qu’ils estiment que l’on dit la vérité sur Internet ?

Grégoire385 nous dit « Oui » et il visite notamment les sites sur la MC.

Il en est de même pour Annie386qui, elle, va sur le site de l’association des

personnes atteintes de la MC : l’AFA387. Christine388 pense aussi qu’Internet est un

383

Etudiante pour devenir éducatrice spécialisée, elle vit dans le Nord -Est de la France, Op.-Cit.

384

Notre interview s’est déroulée au restaurant à Paris, Anne Louise, a 28 ans. Elle vit à Amiens et

est atteinte de la MC depuis 2005. Elle travaille à un poste de cadre dans la communication sur

Paris.

385 Il a 20 ans et est employé, il est touché par la MC depuis 2001.

386 Annie a 23 ans, elle est assistante d’agence après un BTS de secrétariat. Sa MC est

découverte depuis 2004.

236


canal d’information sur lequel on dit la vérité et elle va surfer également sur

« Doctissimo.fr ».

Nous saisissons que l’histoire globale familiale et la trajectoire de vie de nos

interviewés influencent considérablement les pratiques alimentaires qui sont des

pratiques culturelles corporelles.

Une autre approche concerne l’influence de l’histoire de vie sur la perception des

messages de « La WELLBOX santé ». Nous analysons alors les expériences de

nos interviewés qui finalement ont des pratiques individuelles et en même temps

collectives.

2. La trame de l’histoire de vie des personnes sur la perception et

la réception des messages de « La WELLBOX saine » :

Quelles sont les raisons du succès de cette mémorisation plus portée sur les fruits

et les légumes ? Nous chercherons à retrouver dans leurs histoires alimentaires

tirées de leurs récits de vie comment ils sont conduits à une écoute plus attentive

portée sur les fruits et légumes.

Est-ce véritablement la publicité pour leur santé qu’ils ont retenue ? Les sources

des messages sont multiples et nous enquêtons sur les informations et

communications que notre population saisit.

2.1 De la grande histoire collective à l’histoire individuelle

Certes, la publicité va nourrir leur imaginaire et leur inspirer des représentations

sur les fruits et les légumes. Cependant, elle s’inspire de la grande histoire

collective des hommes et des représentations communes qu’ils ont des fruits et

légumes.

L’histoire peut débuter à celle de nos ancêtres, homo sapiens sapiens, né il y a

100.000 ans. Ils affichaient déjà à leurs menus des fruits, des racines et des

champignons. Vient ensuite la révolution néolithique aux environs de 9 000 ans

avant J.-C. et les hommes inventent l’agriculture. Elle se diffuse du 8e au 6e

millénaire avant J.-C. et débutant en Syrie et Palestine va s’étendre largement

dans le bassin méditerranéen oriental mais elle est présente en même temps dans

différentes parties du globe.

387 www.afa.asso.fr

388 Christine a 19 ans, elle a terminé un BEP de secrétariat et est en recherche d’emploi, sa MC est

découverte depuis 2002.

237


Les symboliques des fruits et légumes dans l’histoire servent ici les

représentations collectives de notre population et elle nous permet de constater

aujourd’hui, qu’elles ne se sont pas affaiblies au cours des siècles.

2.1.1 Les fruits et les légumes sont des images illustrant l’abondance

Les croyances qui veulent que la variété des fruits et légumes reste attachée à

l’abondance sont toujours répandues.

Si nous abordons l’histoire à partir de l’Egypte ancienne et de sa mythologie. Ce

pays à cette période montre déjà les liens qui se sont tissés entre les fruits, les

légumes et l’homme. L’Egypte est considérée par ses voisins comme un pays

riche. Les fruits et les légumes figurent lors des fêtes comme cadeaux et

participent aux réjouissances, lors notamment des célébrations du dieu Amon

Râ389

.

Cette notion de diversité prouvant l’abondance se retrouve plus tard dans l’empire

romain et encore sous le règne de Louis XIV. La Quintinie, à Versailles, est

l’intendant général des jardins potagers et des vergers du roi qui constitueront un

modèle pour toutes les Cours d’Europe. Le jardin potager de Versailles est d’une

extrême diversité et un signe de la puissance de la France.

En effet, la diversité des fruits et des légumes est une marque d’abondance, de

prospérité.

De nos jours la corbeille de fruits peut aussi être envoyée à un ami via Internet à

l’occasion, par exemple, de son anniversaire. Aujourd’hui encore, les fruits sont

une offrande et procurent des moments de réjouissances.

Noé390 nous le raconte, il se remémore sa mère, infirmière libérale qui rentrait

quelques fois avec une cagette entière de cerises offerte par un de ses patients.

« C’est très bon de rentrer le soir et de voir sa mère qui arrive avec une cagette

entière de cerises. » Nous dit-il en se délectant par la pensée de ce moment. C’est

ici un cadeau de reconnaissance professionnelle qu’elle offre ensuite à ses

enfants.

389 Dieu égyptien de la fertilité et du soleil. D’après « wikipédia.org », consulté le 23 août 2009.

390 Noé, est étudiant à Amiens en licence d’aliments santé, il appartient au groupe témoin. Op.-Cit.

238


2.1.2 Les fruits391 et les légumes sont des emblèmes féminins

Les fruits et les légumes s’inscrivent également dans les rites et les

représentations de la fertilité et de la fécondité, commençant avec le mythe de

Déméter chez les grecs, ces représentations se poursuivent dans les peintures de

l’école flamande à la Renaissance392 .

Une des deux femmes enceintes que nous avons rencontrée nous expose la

nécessité de consommer des fruits durant cette période. Elisabeth393 dit : « le fruit,

je le mange en ce moment et le matin et l’après midi […] Et, avant la grossesse, je

mangeais une clémentine tous les 15 jours, je ne faisais pas du tout attention. »

Il semble pour cette femme que le fruit joue un rôle indispensable dans le cadre de

sa ‘mission’ de grossesse. Même si elle n’en mangeait pas auparavant, elle les

inscrit dorénavant à son menu du jour.

Quant à Nicole, c’est une posture gustative régulière qu’elle a imitée de longue

date :

« Ma mère aime beaucoup les fruits et je pense que cela vient de là. J’ai toujours

mangé des fruits. Depuis toute petite, j’ai des photos quand j’avais 2 ans, je suis

avec une poire dans la main. » 394

Elle énumère un nombre important de noms de fruits et puis elle nous dit, « je

mange facile un fruit à chaque repas même 2. » Si nous simplifions, en peu de

mots, elle peut en manger 7 à 8 par jour.

2.1.3 Les fruits et les légumes sont des éléments de distinction sociale

Dans la Rome antique, les fruits et les légumes étaient un élément de distinction

sociale. Ils avaient conquis les hautes classes de la société romaine et nous

trouvons dans « De Re Coquinaria » (Apicius, 1965) des recettes de cardon.

Cependant n’oublions pas que la plupart des gens, à cette époque, ne pouvaient

manger que du pain, de la bouillie de blé ou du haricot (fève). D’une frugalité

primitive, les romains après les conquêtes et dès le IIe siècle dans les hautes

391

Le fruit contient la graine.

392

Nous pouvons admirer le tableau d’Abraham Bruegel, Femme prenant des fruits (1669) au

musée du Louvre à Paris. Et il existe aussi une peinture flamande et des Ecoles du Nord, don

et occupations de l’Automne, hommage à Pomone -datée vers 1623 oeuvre des Artistes : Jacob

Joardens, Frans Snijders. Les fruits se retrouvent à nouveau liés aux femmes et à la fécondité.

393 Elisabeth a 28 ans. Elle est mariée et est enceinte de 9 semaines. Son IMC actuel est à 19, elle

mesure 1, 70 m pour 55 kg. Si elle ne nous avait pas indiqué qu’elle était enceinte nous

n’aurions pu le deviner. Elle travaille comme hôtesse d’accueil.

394 Nicole a 20 ans. Elle est employée et vit dans le Sud-Ouest en concubinage avec un militaire

en mission à l’étranger. Elle appartient au groupe témoin. Op.-Cit.

239


classes de la société cherchent une nourriture plus raffinée. Les recettes du livre

d’Apicius vont témoigner de ce luxe : « Minutal sucré de cédrats » et « Minutal

sucré d’abricots ».

Poires, pommes et prunes sont très fréquentes chez les romains et les abricots

originaires de Chine sont cultivés en Asie mineure, ils ne leur sont parvenus qu’au

Ier siècle après J.C.

Cette distinction sociale des aliments se retrouvera tout au long des siècles

suivants jusqu’à aujourd’hui. Dans l’imaginaire du moyen-âge, une échelle

alimentaire des légumes se dessine : tout en bas, nous trouvons les plantes qui

viennent de la terre. Encore faut-il bien distinguer entre les feuilles poussant sur

une tige, tels les choux ou pois, et celles qui partent de la racine (épinards,

salades).

Les racines elles-mêmes, comme les carottes et les raves, viennent plus bas dans

la classification car elles poussent sous la terre, ainsi que les bulbes (oignon,

poireau et ail) qui sont de loin les aliments les plus méprisés. Une hiérarchie des

légumes se dessinent ainsi en fonction de leur position par rapport à la terre395 .

Dans notre France contemporaine, nous retrouvons ces fruits et légumes qui sont

encore et toujours des éléments d’appartenance socioculturelle.

Nous avons rencontré Kili396. Elle vit en banlieue de Bordeaux, et ne mange que

des fruits exotiques : des litchis, des kakis, des longanes et des noix de coco car

ses parents sont d’origine vietnamienne. Les fruits et les légumes, éléments de

distinction socioculturelle entrent par apprentissage familial progressivement dans

leur répertoire alimentaire. Si la choucroute est un plat fréquemment nommé dans

nos rencontres sur le terrain dans l’Est, les endives sont citées dans le Nord et

dans le Sud-Ouest, c’est plutôt les mogettes qui sont dans le vocabulaire de nos

interviewés.

Les fruits et légumes au fil du temps vont refléter l’environnement social,

économique de l’homme. La Commune de Paris rendra la pomme de terre

« républicaine et obligatoire » (Toussaint -Samat, 1987, p. 523).

Elle ordonne par arrêté de transformer les jardins des Tuileries en champs de

culture. Un fleuriste de la royauté, Germain Chevet, est même déclaré ennemi de

la République. Il se voit arrêté puis relâché sous contrainte d’arracher les plants

de roses qu’il cultive pour les remplacer par des pommes de terre.

395 D’après les textes d’une exposition de la BNF disponible sur :

http://expositions.bnf.fr/gastro/arret_sur/sources/index.htm consulté en 2007.

396 Kili a 20 ans et est dans notre groupe témoin vivant dans le Sud-Ouest .Elle est vietnamienne.

240


Mis en boîte au XIXème, les légumes et les fruits symboliseront la révolution

industrielle qui fournit à tous les pays développés ces végétaux, toute l’année. Nos

interviewés qui sont aussi sous la pression de leur emploi du temps utilisent

justement des conserves car ils déclarent ainsi avoir à portée de leur main des

légumes qui ne sont pas périssables.

2.1.4 Les fruits et les légumes sont des outils esthétiques pour la minceur

Objets comestibles, ils deviennent de plus en plus cosmétiques au XX ème siècle

et vont définir une nouvelle forme esthétique de la table avec la cuisine minceur.

Ils sont intégrés au répertoire des femmes qui suivent un régime amincissant ou

des journées « maigres ». Nous pouvons faire un parallèle avec le calendrier

chrétien des jours maigres et des jours gras. Les fruits et les légumes font partie

intégrante du quotidien féminin, et ils sont régulièrement ajoutés pour la

composition de leurs menus légers. À noter que la nouvelle cuisine rime avec

cette nouvelle esthétique. La nouvelle cuisine s’introduit dans nos paniers grâce

aux surgelés et relance les légumes avec la gamme « cuisine minceur » réalisée

avec la complicité de Michel Guérard dès les années 1980 (Poulain, 1997).

Cela transparaît dans l’entretien avec Sindy397 . Cette femme maigre nous dit à

propos de son mari qu’il ne cuisine pas les légumes : « Non, c’est plutôt moi, lui

est style, pommes de terre, pâtes, il le fait. Mais je me rappelle qu’au début quand

on était ensemble, il ne mangeait pas les légumes. »

Nous pouvons aussi rappeler que Judith398emmène tous les jours un fruit de la

maison car si elle a un petit creux dans l’après-midi, elle le grignote.

2.1.5Les fruits et les légumes sont des outils pour la réalisation d’ « une

alimentation saine » et cette image est soutenue par le corps médical.

Florence399 nous rapporte que son père doit suivre un régime alimentaire sain en

raison d’un problème de santé.

Elle est étudiante à Bac + 1, Op.-Cit.

397 Sindy a 32 ans. Elle est mariée et mère de 2 enfants. Elle est vendeuse dans un magasin de

chaussure, et vit en campagne à 20 km de Toulouse. Elle est très mince. Après ses grossesses

elle a suivi par elle-même un régime pour retrouver une taille fine de guêpe. Son IMC est à 18

lors notre entretien, c’est-à-dire que sa corpulence se situe dans la maigreur. Selon la norme

WHO de 2008, la corpulence qualifiée de « normale » se situe à un IMC 18, 5. Op.-Cit.

398 Judith a 19 ans. Elle est étudiante et vit chez ses parents dans le Nord-Est.Elle appartient au

groupe témoin et a une peur : celle de grossir. Op.-Cit.

399 Florence a 24 ans et habite en région toulousaine. Elle est employée dans un Flunch. Op.-Cit.

241


« C’est comme les docteurs qui essayent de le mettre au régime en lui disant de

manger plus de légumes, mais il mange plus de légumes et ce dont il ne se rend

pas compte c’est qu’il met un peu trop de matières grasses quand il cuisine ses

légumes. » Cependant dans cette histoire, les conseils culinaires font défaut.

2.1.6Les fruits et les légumes sont les outils pour la réalisation d’une

alimentation équilibrée

Cette opinion est soutenue par le corps médical…mais pas uniquement à propos

de ces aliments.

Sabrina 400 après ses deux grossesses était sujette à un trouble du comportement

alimentaire, elle n’arrêtait pas de manger. Elle était allée consulter deux

endocrinologues qui lui disaient d’arrêter de trop manger. Elle essayait mais sans

succès :

« J’avais enlevé tous les féculents en me disant que ce n’était pas bon, et je ne

tournais qu’aux légumes bouillis ».

Elle désespérait car même avec ce régime, elle n’arrivait pas à perdre du poids.

Enfin, une endocrinologue à l’hôpital de Lourdes a fini par la croire capable de

maigrir.

« Je me suis dit qu’en mangeant que des légumes, je vais finir par maigrir » lui a

expliqué Sabine. L’endocrinologue lui a modifié alors ses menus et elle a

réintroduit des féculents dans sa répartition alimentaire journalière. Et finalement

le résultat de ce suivi et de ce changement de régime arriva « En mangeant

presque 2 fois plus, j’ai maigri !» nous annonce Sabrina gaiement.

Le court trajet historique effectué sur les imaginaires des fruits et légumes

alimente une réflexion avec les multiples facettes qu’ils représentent. La « Manière

dont on mène son existence, soit, mais aussi manière de rêver son corps, de

fantasmer l’avenir, d’associer l’aliment et le réel dans la futurition. Il n’y a pas de

diététique innocente » nous explique Michel Onfray (1989, p. 38).

Chemin faisant, nous pouvons mesurer combien les perspectives changent d’une

personne à une autre : de la pratique alimentaire d’une femme dont la culture est

vietnamienne, à la consécration esthétique des fruits et légumes jusqu’à leur

engouement contemporain soutenu par le corps médical, l’horizon de nos fruits et

400 Sabrina est mère de deux enfants et est commerçante dans le Sud-Ouest, Op.-Cit.

242


légumes (et d’autres aliments) se déplace et les liens de l’homme et ses aliments

se transforment. La vision s’étend d’une représentation positive à une

représentation négative pour les autres et pour soi.

Nous voyons aussi à quel point cette réflexion sollicite tous les paramètres de la

représentation alimentaire : des donnés historiques, des questions esthétiques de

l’assiette et du corps, et où les enjeux individuels et collectifs des hommes se

croisent et se modifient comme autant de métamorphoses. Après une exploration

des visions collectives des fruits et des légumes, nous procédons à un examen

des représentations individuelles.

L’histoire individuelle nous entraîne sur une autre forme de temporalité que nous

écoutons grâce à leur récit. Le récit est un langage qui va nourrir leur imaginaire.

« Il était une fois …..une histoire de vie ». C’est là que va surgir le réel et

l’imaginaire de la personne. A travers cela nous percevrons la présence ou

l’absence de fruits et de légumes.

Car ils connaissent déjà tout un vocabulaire sur l’univers des aliments (fruits et

légumes) qui est donné par leur propre histoire de vie. Nous les écouterons

remonter le cours du temps, pour explorer les liens qui se sont tissés entre les

objets emblématiques que sont les fruits et les légumes et eux. Il apparaît alors

que les fruits et les légumes sont des symboles attachés à leur histoire de vie.

2.2 Des pratiques alimentaires et représentations qui s’ancrent dans

leur histoire de vie

À la lecture des retranscriptions, ce qui émerge des discours de notre population

d’adultes, sur leurs savoirs et pratiques corporelles401de santé, ces savoirs

cognitifs, acquis par l’information et la communication402 , c’est qu’ils parlent

régulièrement de la publicité « mangez au moins 5 fruits et légumes par jour ».

Mais en pratique, que font-ils ?

Pour évaluer ce qu’ils font, nous nous basons sur leurs « pratiques rapportées ».

Leurs histoires alimentaires nous ouvrent également en plus d’une description de

leurs pratiques, une image sur leurs représentations alimentaires. Si

effectivement, dans le message publicitaire, il est question de fréquences

401 Manger est une pratique corporelle.

402 Dans « Manger, c’est apprendre » écrit par G. Haddad, il prend l’exemple de l’allaitement toutes

les 3 heures qui appartient au discours de la puériculture et « Ce savoir, jour après jour, l’enfant

l’avale à son insu, effectuant le nouage de son corps avec l’ordre symbolique du verbe. ». C’est

donc par l’intermédiaire du langage que les pratiques alimentaires, que les soins du corps se

transmettent, s’acquièrent et se reconstruisent expliquent dans La transmission des savoirs, G.

Delbos et P. Jorion, (1990).

243


alimentaires, il est cependant délicat d’estimer les portions de fruits qu’ils

consomment, d’autant plus sur une recherche qui reprend dix années en arrière

de leur existence, avant notre rencontre.

Et puis, pour l’un, 3 abricots sont l’équivalent de 3 parts alors que, pour l’autre, il

considère que c’est l’équivalent d’une portion.

Le message de 5 fruits et légumes par jour est donc en l’état imprécis et de ce fait

est sujet à de multiples interprétations. Dès lors, il nous importe ici, avant tout de

savoir s’ils aiment ou s’ils ont une préférence pour les fruits et légumes, car c’est

finalement, le déclencheur de leur décision d’en manger403 .

Des représentations qui s’ancrent dans leur histoire de vie ?

Nous rencontrons dans notre travail de recherche sur le terrain, des

« gourmands » ou des « gourmets », et des mangeurs sous influences multiples :

De leur maman à leur petit ami, tout dans leur environnement c’est-à-dire « leur

équipe culturelle », les connaissances scientifiques et techniques comme par

exemple les messages qu’ils répètent sur les légumes crus « ce sont pour les

vitamines » et cuits « c’est pour faciliter la digestion », les encouragent (ou à

l’inverse) à manger des fruits et des légumes, sans oublier leur imaginaire qui les

pousse aussi à la consommation.

Pour examiner s’ils mangent des fruits et des légumes, nous relevons ce qu’ils

disent de ce qu’ils font :

« Depuis que je suis avec lui, on mange beaucoup de fruits et de légumes, du

jardin de ses parents » raconte Julia, 24 ans, étudiante, qui vient d’emménager

avec son nouvel ami.

Les actions convergent car les représentations individuelles alimentaires du

couple sont structurellement similaires. Ce goût pour les fruits s’est édifié au cours

de partages de pratiques et d’échanges alimentaires. Petite, la mère de Julia « la

bombardait de kiwis » quand elle était enrhumée, nous confie-t-elle.

Ces aliments ont aussi une origine géographique connue, donc ils sont ainsi

identifiés comme étant de qualité alimentaire supérieure. La notion selon laquelle

les fruits et les légumes sont bénéfiques pour la santé est déjà bien ancrée chez

Julia, par la transmission des savoirs maternels. En effet, la maman de Julia est

aide-soignante. Ces informations acquises sont apprises depuis son enfance.

403 Jean Pierre Poulain explique, que ce sont les représentations alimentaires qui sont les moteurs

des comportements alimentaires, dans Poulain (2002a).

244


Julia avait une mère soucieuse de sa santé corporelle et elle développait une

attitude préventive par La WELLBOX pour la prémunir des maladies enfantines.

Côté masculin, le désir est aussi présent, cependant « l’appétence pour » les fruits

est liée avant tout, dans l’exemple qui suit, au plaisir éprouvé plus qu’à des

connaissances scientifiques. Nous accordons de l’attention aux dires d’un

gourmand, car dans ses représentations, les fruits sont considérés comme des

friandises : « Chez moi, si je prenais une orange à la fin du repas, j’en prenais 2.

Les poires, je pourrai en manger 4 ou 5. »404

Mathias en savourait quotidiennement et sa mère, gouvernante à la maison, lui

mettait ces fruits, à disposition tous les jours. C’est ici la perception émotionnelle

plutôt hédonique de l’aliment qui est déterminant de sa consommation de fruits.

Elle répond à sa recherche de bien-être dans laquelle figure du « mémoré »

positif.

Ce penchant d’amateur de fruits est présent aussi chez les femmes.

Pour Carine405, cette gourmandise s’associe dans ses dires au fait qu’elle estime

que c’est « bien » d’en manger. Pour elle, non seulement c’est bon mais en plus

c’est bien : « Ce sont les fruits, clémentines, prunes. Je mange des fruits, 1 à 3 ou

4, c’est moi qui en mange le plus ! ». Elle parle avec fierté de cette consommation,

car elle applique la recommandation sociale actuelle et elle le souligne ici. Elle

précise aussi qu’elle les achète chez le maraîcher plutôt qu’au supermarché parce

qu’elle les trouve meilleurs.

La provenance géographique est encore un critère de choix pour l’achat. Ce que

nous apprendrons par cette interview c’est que la mère de Carine cuisine

beaucoup et concernant les fruits elle fait des confitures. Les fruits sont donc

présents dans l’histoire alimentaire de Carine depuis son enfance et elle conserve

cette habitude acquise.

Les légumes et les fruits frais sont des éléments de distinction pour une élite

sociale.

A l’opposé, la consommation de fruits et légumes était auparavant essentiellement

limitée aux productions locales et le calendrier du cuisinier était calqué sur celui du

jardinier. Mais la seconde moitié du XIXème siècle et ses inventions permet aux

européens occidentaux d’avoir des végétaux frais, et des produits considérés

404 Mathias a 25 ans. Il est étudiant à un niveau bac+ 5.Il vit en colocation avec deux autres

garçons de son âge à Toulouse.

405

Carine a 35 ans. Elle est préparatrice en pharmacie, est mariée et mère de 2 enfants en bas

âge. Elle vit dans un petit pavillon avec son mari et ses deux enfants, dans le bassin

d’Arcachon.Op.-Cit.

245


pendant longtemps comme luxueux ou réservés à une élite deviennent

accessibles à tous en quelques décennies grâce aux boîtes de conserve et aux

surgelés.

La consommation de fruits et de légumes frais dépendant du calendrier du

jardinier redevient aujourd’hui un élément de distinction et un signe de qualité

alimentaire. C’est pour certains plus sain de consommer des légumes et fruits frais

que d’acheter des produits manufacturés406 .

Déjà Yoann407 après la rencontre de sa petite amie augmente la présence de

légumes dans ses menus parce qu’elle voulait suivre une hygiène de vie avec un

régime riche en crudités, selon sa volonté. Puis après la découverte de sa MC,

ses habitudes alimentaires vont changer.

« Moi cela m’a fait évoluer mes habitudes alimentaires » et il nous explique les

modifications de ses manières d’acheter : « J’ai commencé à acheter sur le

marché de la bonne viande et des bons fruits, car il est vrai qu’en grande surface,

ce n’est pas terrible. C’est aussi le marché, c’est cher, vous vous en sortez pour

cher avec 2 ou 3 produits seulement, c’est des bons produits… »

D’après le tableau dressé par Mathieu, sur le modèle de La WELLBOX industrielle,

il est certain qu’il donne plutôt envie d’écarter ces denrées alimentaires. Il abonde

ainsi dans le sens de Yoann.

Mathieu408 dit : « On voit les reportages à la télévision [..]. C’est vraiment où cela

m’a écoeuré : on voit les poulets entassés, il y en a qui meurent d’étouffement et

les autres qui marchent par-dessus. Ils vont bouffer quoi ? Ils vont traîner dedans

et la nourriture qu’on leur met, il y a un peu de farines animales. »

Pour synthétiser, Mathieu choisi de s’approvisionner sur le marché et se renseigne

alors sur l’élevage du poulet qu’il va acheter. Sur sa consommation personnelle de

légumes. « C’était plutôt genre frites ou riz. Les légumes, ce n’est pas

franchement des légumes ! » en ce qui le concerne.

A l’inverse des personnes touchées par la MC, les interviewés qui appartiennent

au groupe de bien-portants sont plutôt amateurs de fruits et légumes.

406 Pour les produits manufacturés c’est Lydie demeurant à Bordeaux et atteinte de la MC qui nous

dit dorénavant qu’elles les évitent.

407 Yoann a 31 ans. Il est cadre supérieur et sa MC est découverte en 2002.

408 Mathieu a 28 ans est chercheur et vit en concubinage à Bordeaux. Sa MC est connue depuis

2003

246


Les fruits et les légumes sont dans ce groupe de personnes, plutôt provocateurs

d’envies enfin pour presque tous (tout dépend de la définition qu’ils donnent du

mot légumes). Leur comportement s’avance dans la direction d’une « incorporaction

» alimentaire. Dans leurs récits de vie : est-ce qu’ils mangent des fruits et

des légumes grâce aux messages publicitaires ?

Il semble, à les entendre que la construction et la circulation des savoirs sur les

effets bénéfiques pour la santé et, ou sur le plaisir de la consommation de fruits et

légumes ne datent pas de 2007.

Pourtant dans l’histoire de La WELLBOX humaine, les fruits n’ont pas été toujours

perçus comme des éléments bénéfiques pour l’homme. Jean Louis Flandrin écrit

qu’ils étaient nombreux à mettre en garde contre les fruits : non seulement les

fruits verts

« Mauvais est li fruiz qui ne meüre » (fin XIIIe) -mais tous les autres également : «

De bon fruit, méchant vent et bruit » (1578). Ils parlaient plus particulièrement de

la poire, difficile à digérer sans vin : « Après la poire, le vin » (XVe, 1) ou encore «

Sur poyre vin boire » (1577) et aussi « Après la poire, prestre ou boire » (1578) «

Après la poire le vin ou le prestre » (1579, 1611)409. Cette transmission culturelle à

la fin du moyen-âge et au début du XVI ème sur les fruits et les légumes résulte

bien d’un système de représentation qui va ensuite servir à modeler les

éducations collectives (Delbos, Jorion, 1990).

2.3 Une éducation alimentaire, nourriture de représentations

Ce que nous retenons de leurs histoires, c’est que les personnes qui mémorisent

facilement le message sont celles qui tirent avantage de cette recommandation et

elles finissent par « passer à l’acte ». Car même si de façon contemporaine,

l’environnement culturel produit un discours favorable à la consommation de fruits

et légumes, dans l’imaginaire de certains de nos interviewés atteints de la maladie

de Crohn, leurs pensées sur ses aliments sont négatives et rendent l’action

« infaisable ». Néanmoins tous ceux qui passent à l’acte nous ont décrit les

avantages qu’ils retirent.

409D’après Jean Louis Flandrin sur le site « lemangeur-ocha.com » Alimentation et médecine.

Histoire de La WELLBOX occidentale : Diététique ancienne, cuisine & formation du goût.

Proverbes diététiques. Texte non daté.

247


2.3.1 Des avantages dits de la consommation de fruits et légumes

Les avantages que des interviewés appartenant à notre groupe de « bienportants

» trouvent à l’incorporation de fruits et légumes sont les suivants :

« Ne pas grossir », « rester en bonne santé » ou « en bonne forme », et aussi « se

procurer du plaisir », « prendre des forces » -Ne pas grossir est devenu

aujourd’hui une préoccupation primordiale en raison du risque d’obésité qui est

synonyme de perte de la santé en même temps qu’un souci d’apparence

corporelle.

Rester en bonne forme signifie se prémunir des maladies et donc mettre sous

surveillance sa santé. Les valeurs sociales dominantes sont : la minceur donc la

femme et l’homme dorénavant tirent avantage d’une alimentation qui ne fait pas

grossir. La santé est prônée comme un idéal, donc rester en santé, c’est une

manière de vivre. Il est aussi de bon ton de se procurer du plaisir, la souffrance est

aussi bannie de notre société occidentale.

Dans les récits de vie, pour certains, manger de tout est évident, la variété

alimentaire va de soi et ils sont omnivores. À l’opposé, il ressort pour d’autres

interviewés que le choix des aliments est complexe et source de peurs voire

d’angoisses vives.

Il s’agit de voir que leurs pensées jouent sur la peur de l’incorporation. La pratique

culturelle de manger des fruits et légumes est donc alors socioculturellement

construite.

2.3.2 La famille un des premiers pôles de l’éducation alimentaire

Nous comprenons que pour Odile410 il est évident de manger des légumes, car

dès le primaire, les légumes venaient du jardin l’été, sinon cela dépendait des

saisons.

« Dans le potager, il y avait des haricots verts, petits pois, citrouille, tomates,

carottes, voilà des oignons aussi. Ma mère passait du temps au jardin, et elle

faisait aussi des pommes de terre dans les champs. Mes grands-parents du côté

de ma mère étaient agriculteurs et du côté de mon père, il y avait des vaches, des

champs de maïs. »

En ce qui concerne les fruits, pour Odile, c’était facile d’en manger :

410 Odile a 24 ans et est célibataire. Elle vit à temps partiel chez elle et chez sa grand-mère. Sa MC

est découverte depuis 2001. Elle a un BTS Agricole. Il semble dans son cas que la

représentation des fruits et des légumes est positive et cela même si elle a des douleurs

248


« On allait ramasser les myrtilles. Quand j’étais petite, il y avait toujours des fruits

à la maison. »

Une culture de la consommation de fruits et légumes est visible dans la famille

d’Odile et d’ailleurs, elle l’affirme : « J’aime beaucoup les légumes, tous » et pour

nous montrer que c’est vrai, elle les énumère et cite les épinards. Il en est de

même pour les fruits : « Je mange beaucoup de fruits, 2 à 3 fruits par jour, des

kiwis, j’adore cela… Je ne peux plus m’en passer. »

La famille apprend à discerner parmi les fruits quels sont les fruits sains. Nous le

comprenons dans le récit de Noé411 . II nous explique qu’effectivement il a une

appréhension à les acheter en grande surface. Il doute de leur qualité. Son

éducation familiale l’oblige à connaître la provenance du producteur de fruits et de

légumes.

Il faut savoir que Noé a vécu son enfance à la campagne à Meung sur Loire et

dans le jardin de ses parents, il y avait un mirabellier et également des reineclaudes,

mais aussi des framboisiers et de la vigne pour récolter du raisin qui

ornait leur table et avec lequel il se régalait.

2.3.3 L’école, puis ensuite le milieu professionnel sont des acteurs de

l’éducation alimentaire

Il semble cependant que dans le cas de Victor412, lorsqu’il arrive à son restaurant

d’entreprise le midi, il choisit souvent la même chose : le steak et les frites. Il

ajoute que le soir il mange différemment. Il pense pourtant qu’il devrait varier :

« C’est vrai que je devrais, je pense, parce que l’on voit toutes les pubs à la télé.

C’est vrai que cela doit être bon, mais je ne le fais pas.»

Le midi, il mange souvent en plus du plat principal un yaourt au chocolat ou aux

fruits. Souhaitant abréger son repas, s’il ne prend pas de fruits c’est parce qu’un

yaourt cela plus vite à manger : « Il n’y a pas à éplucher un fruit et c’est moins

embêtant à manger. » L’habitude de manger un fruit chez Victor n’est pas acquise

à l’âge de 29 ans. Il est marié et sa femme est de son côté attachée à suivre une

alimentation équilibrée et variée alors que pour lui, cette alimentation avec des

fruits et des légumes ne l’enchante pas.

digestives du fait de sa MC.

411 Noé, étudiant de 22 ans.Son portrait est dessiné dans le LE MASSAGE ANTI-CELLULITE 3. Op.-Cit.

412 Victor a 29 ans et est marié. Il travaille aux impôts. Il appartient au groupe témoin et vit dans le

Nord près d’Amiens.

249


2.3.4 Les médecins et paramédicaux informent sur « La WELLBOX saine »

Sylvain413 nous rapporte que son médecin le conseille sur une meilleure

alimentation depuis qu’une prise de sang récente vient de révéler une

hypercholestérolémie.

« Le médecin m’a dit pas de régime, mais je dois arrêter le lard et les oeufs et faire

un régime léger. »

Son médecin l’a pareillement informé que plus tard il devra prendre un traitement

médicamenteux. En fait dans sa famille, ils connaissent déjà les « problèmes de

cholestérol » et donc il se surveille pour savoir à quel moment il sera contraint de

recourir à une médication. Sylvain est d’après son IMC à 25, en surpoids, mais

selon lui « depuis 2 voire 3 ans, je suis stable au niveau du poids. » Le médecin

lui a seulement indiqué de limiter sa consommation de charcuterie, mais il ne lui a

pas proposé de régime amaigrissant414. En réalité Sylvain est dans l’attente d’un

traitement médicamenteux et ne veut pas écouter des conseils alimentaires ni

parler d’une modification de ses habitudes. Il ne se représente pas le bénéfice

qu’il pourrait en retirer. Son alimentation habituelle s’est édifiée sur la cuisine de

son grand-père Alsacien dont il est fier et il n’est pas question pour lui de toucher

à son héritage.

2.3.5 Des médias jouent aussi le rôle d’éducateur en matière « d’alimentation

saine »

Et ils sont influents dans des contextes délimités par la recombinaison de leurs

connaissances. Le choix des sites Internet que nos interviewés visitent n’est pas

dû au hasard car la majorité des personnes appartenant au groupe de malades

choisissent des sites de santé pour s’informer sur « La WELLBOX saine ». Ils

recherchent ce type d’information et fréquentent par exemple « santé magazine.

fr » ou le site de l’AFA415comme nous le dit Laurence416 qui a 32 ans et est mère

de deux enfants (3 ans et 4 ans et demi respectivement). Elle reconnaît par

413 Sylvain a 24 ans. Il est acheteur chez Siemens. Il vit dans le Nord-Est au dessus de Strasbourg,

il appartient au groupe de « bien-portants ».

414 Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) vont proposer en premier un régime

aux personnes qui présentent un taux de cholestérol élevé et qui sont en surpoids. Ensuite si le

régime n’est pas efficace, il sera temps alors de recourir à un traitement médicamenteux. La

synthèse des recommandations de l’HAS sont disponibles sur :

www.has

sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/prevention_vasculaire_apres_infarctus_cerebral_ou_

ait_-_synthese.pdf consulté le 21 août 2009.

415 Site de l’Association François Aupetit, une association de personnes atteintes de la MC.

416 Elle habite Bordeaux et sa MC est connue depuis 2004.

250


ailleurs qu’elle ne sait pas si l’on dit la vérité sur Internet. Dans tous les cas elle

met tout de même en pratique quelques conseils reçus. Les deux

recommandations qu’elle suit sont d’abord de manger cinq fruits et légumes par

jour et ensuite d’éviter les produits manufacturés en raison de sa maladie de

Crohn.

Afin d’approfondir ce rôle d’éducation des médias en matière d’alimentation santé,

dans un second temps, un recueil de données a été réalisé à l’aide d’un

questionnaire sur La WELLBOX saine et Internet. Il est élaboré pour recueillir des

éléments sur leur utilisation de cette source d’information et de communication.

3. Comment notre population s’informe-t-elle sur « La WELLBOX

saine », via Internet ?

Si cet échantillon n’est pas représentatif de la population française417, il reste

cependant intéressant car il constitue un échantillon exploratoire qui autorise

certains constats.

Les résultats des deux groupes seront présentés et discutés. Ce qui émerge

néanmoins c’est que les personnes malades sont portées à s’intéresser à un

nombre plus important de sites sur la recherche de la qualité de leur alimentation

que les « bien-portants ».

Est-ce qu’ils s’informent sur La WELLBOX saine ? Quelles sont les sources qu’ils

utilisent à ce sujet ? Quelles opinions ont-ils sur ces informations ?

Quels sites sur Internet, fournisseurs d’informations sur « La WELLBOX saine »

fréquentent-ils ? Quel crédit accordent-ils à l’information sur Internet ? Et enfin,

mettent-ils ces conseils en pratique ?

Ce questionnaire a été adressé par sondage téléphonique à la fin du mois de

février 2008 et jusqu’en mars 2008. Il a été envoyé par mail lorsque nous

n’arrivions pas à joindre les personnes par téléphone ou si elles préféraient le

remplir de cette façon.

Les résultats de l’WELLBOX :

Ici nous présentons, les résultats des 10 questions que nous avons posées à

notre population418 .

417 Nous avons constitué au départ un échantillon de malades atteints de la maladie de Crohn et

celui-ci ne suit pas les caractéristiques de la population globale actuelle en France, des adultes

âgées de 18 -38 ans.

418 Cf annexe N°2 pour lire le questionnaire établi.

251


Le questionnaire sur La WELLBOX et Internet est construit afin de recueillir auprès

de notre population d’adultes des informations plus précises sur leurs

investigations concernant La WELLBOX et plus spécifiquement sur La WELLBOX

saine.

3.1 L’analyse du questionnaire

La première question porte sur la recherche d’information au sujet de leur

alimentation :

Concernant votre alimentation (en général) vous vous informez ? Beaucoup, pas

mal, peu, ou pas du tout ?

Au cours du traitement statistique de cette question, nous avons regroupé les

réponses « beaucoup et pas mal » ainsi que les avis « peu et pas du tout ». C’est

pour des questions de faible effectif, que nous avons été amenés, pour ces

variables à plus de deux modalités à effectuer ce regroupement.

Sur un nombre total de 30 paires, nous utilisons ici les réponses de nos

populations appariées.

Le test de Mac Nemar corrigé (soit


2 = 0, à 1 degré de liberté ; p-value= 1.) nous

montre que nous n’avons pas mis en évidence de différences de recherche sur

l’information selon que l’on soit malade ou bien-portant.

La deuxième question porte sur leur principale source d’informations sur

La WELLBOX (en général).

Quelles sont vos principales sources d’informations ? Nous leur demandons de

classer leurs choix : le premier, le second et le troisième parmi les propositions

suivantes :

a. Les journaux, magazines

b. les émissions de télé, radio

c. Les sites Internet

d. les amis, parents

e. Les médecins, paramédicaux

f. Ne sait pas

g. Si autre (s), les quel (s) : …… …….

Notre traitement est ici qualitatif et nous reprenons l’ensemble des réponses (86

questionnaires). Nous notons par contre, des différences sans pouvoir établir si

elles sont significatives ou non. Nous ne traiterons ici en fait que leur premier

252


choix419 étant donné le nombre trop faible de réponses obtenues pour le second et

le troisième choix420. Ce taux de réponses insuffisant pour le second et troisième

choix ne nous permet pas un traitement quantitatif de cette question.

Ne sait pas

Les médecins

et

paramédicaux

les amis,

parents

les sites

internet

Emissions de

télé, radio

journaux

magazines

0

2

4

6

8

10

%vs 40

répondants

Quelles sont vos principales sources

d’informations ?

1er choix

Tableau 2 : Réponses du groupe de bien-portants sur leurs principales sources

d’informations

En premier lieu, ce sont les médecins et paramédicaux que les personnes du

groupe « témoin » (tableau 2) vont solliciter pour l’information sur La WELLBOX

alors que pour les personnes atteintes de la maladie de Crohn, c’est Internet qui

est plébiscité (tableau 3). Il nous semble intéressant de constater à l’identique du

baromètre santé421 Kiria-philips, que le recours à Internet pour l’information ne

cesse d’augmenter qu’il s’agisse d’information sur la santé ou la nutrition. Internet

est aujourd’hui une source plus souvent évoquée que la télévision, la radio ou les

journaux et magazines.

419 Sur les réponses concernant le premier choix, nous avons 27 paires qui ont répondues.

420 En second choix nous avons 8 non réponses chez des bien-portants et 9 non réponses chez

des malades. Nous avons donc un pourcentage de réponses trop faible. Pour le 3ème choix il y a

20 non réponses chez des bien-portants et pareillement chez des malades

421 Comment les français gèrent-ils leur santé ? Cette étude est réalisée par l’IFOP en juin et juillet

2007 auprès de 1004 personnes âgées de 18 ans (et plus), représentatives de la population

française (méthode des quotas).

253


Quelles sont vos principales sources

d’informations ?

0

2

4

6

8

10

12

14

journauxmagazines

Emissionsdetélé,radio

lessitesinternet

lesamis,parents

Lesmédecinsetparamédicaux

%vs

46

répondants

1er choix

Quelles sont vos principales sources

d’informations ?

0

2

4

6

8

10

12

14

journauxmagazines

Emissionsdetélé,radio

lessitesinternet

lesamis,parents

Lesmédecinsetparamédicaux

%vs

46

répondants

1er choix

Tableau 3 : Réponses du groupe de malades sur leurs principales sources d’informations.

Nous retenons donc qu’Internet est une source majeure d’information sur

La WELLBOX auprès de notre échantillon de personnes touchées par la maladie

de Crohn qui est rappelons-le, un ensemble de personnes, plus diplômé que la

moyenne nationale.

Ce qui nous semble paradoxal c’est que ces malades fréquentent régulièrement

les médecins dans le cadre de leur MC qui est une maladie chronique et que

finalement ils se tournent vers Internet pour récupérer des informations sur leur

alimentation.

Le facteur alimentaire étant peut-être en cause dans leur maladie422 , ils se

trouvent souvent seuls quand ils ont des manifestations digestives avec des

douleurs face à la question de leur nourriture. « Qu’est ce que je peux manger ? »

Est une de leur question récurrente. Et s’ils ne savent pas ce qu’ils peuvent

incorporer, que vont-ils devenir ?

Lors de nos interviews à domicile, nous avons ressenti chez les plus jeunes

atteints de la MC un désir de régime pour guérir et ils sont prêts à tout pour

réaliser ce rêve. En effet, lors d’un entretien dans le Nord-Est, Jean-Bernard423 qui

a 20 ans, et est en recherche d’emploi après un BEP de vente, nous raconte qu’il

va prochainement arrêter son traitement médicamenteux prescrit. Parce qu’il a vu

422 La responsabilité de La WELLBOX dans l’étiologie de la maladie de Crohn est une question à

laquelle les scientifiques se trouvent toujours confrontés. Si David Séguy dit lors d’une interview

réalisée en juin 2004 : « À ce jour il n’existe aucun argument de certitude concernant la

responsabilité de La WELLBOX dans la physiopathologie des MICI »422. D’autres comme

Jacques Cosnes écrivent qu’à long terme La WELLBOX quotidienne peut avoir un effet sur

l’évolution de la maladie (Cosnes J., 2002, p. 9).

423 Il vit chez sa mère qui est remariée. Sa MC est diagnostiquée depuis 2003, il avait alors 17 ans.

254


sur Internet une proposition de plantes et de tisanes qui le soigneraient de sa MC,

il a envoyé sa commande dans l’Est de la France, pour recevoir un colis avec ces

produits qui le guériront de sa MC. Nous percevons une difficulté majeure pour

ces jeunes d’accepter leur condition de « malade ». Ils errent parmi toutes les

informations qu’ils cherchent sur leur maladie. S’ils voient ou entendent un

discours qui leur promet un soulagement ou une guérison, ils ressentent un espoir

et sont tentés de suivre un traitement miracle.

Ensuite, il nous est apparu pertinent de savoir si cette information qu’ils recevaient

sur La WELLBOX était selon eux, « tout à fait », « plutôt », « plutôt pas » ou alors

« pas du tout » bien faite. Sont-ils confiants dans la qualité de ces informations ?

Afin de traiter quantitativement cette question, nous avons regroupé les réponses

positives424 et celles négatives425 . Avec les questionnaires de nos populations

appariées, nous n’avons pas pu mettre en évidence de différence significative

entre les évaluations sur la qualité des informations. (Khi 2 Mac nemar


2= 1,

5625, à 1 degré de liberté, p-value = 0, 2113).

La question qui suit porte toujours sur La WELLBOX en général :

Diriez-vous que l’information que vous recevez aujourd’hui concernant

La WELLBOX est « tout à fait », « plutôt », « plutôt pas », « pas du tout »

suffisante ?

Pour le traitement statistique nous avons regroupé les réponses « pas du tout » et

« plutôt pas » ainsi que les réponses « tout à fait » et « plutôt ».

Les réponses ne sont pas significativement différentes encore une fois, entre les

deux groupes, dans la perception positive, de recevoir une information suffisante

ou négative. (Le khi2 Mac Nemar corrigé :


2 = 5, 2636, à 1 degré de liberté, pvalue

= 0, 02178).

Si nous entendions parler de cacophonie alimentaire426autrefois, nous avons

interrogé notre échantillon de personnes sur la question de l’information trop

changeante aujourd’hui.

Diriez-vous que l’information que vous recevez aujourd’hui concernant

La WELLBOX est trop changeante ?

424 «Tout à fait » et « plutôt »

425 « Plutôt pas » et « pas du tout »

426 Se rapporte au terme utilisé par C. Fischler dans L’homnivore, (2001).

255


Pour effectuer le traitement statistique nous avons dû regrouper les réponses

« tout à fait » et « plutôt » et également les choix « plutôt pas » et « pas du tout ».

Les différences de réponses entre les deux groupes ne sont encore pas

significatives (khi2 Mac nemar


2 = 0, 2667, à 1 degré de liberté, p-value = 0,

6056). Pour les personnes qui attestent que l’information concernant La WELLBOX

est « tout à fait » et « plutôt » trop changeante et les autres qui déclarent qu’elle

n’est « plutôt pas » et « pas du tout » changeante, il n’a pas été possible de

montrer une différence significative de jugement chez les malades versus leurs

témoins.

La question suivante est ouverte et destinée plus spécifiquement à ceux qui ont

répondu qu’ils surfaient sur Internet pour trouver des informations sur

La WELLBOX.

La question est : Quel (s) site (s) visitez-vous ?

Plusieurs réponses sont possibles, 5 au maximum.

Etant donné la diversité des retours, nous traiterons cette question sur un plan

qualitatif et utiliserons l’ensemble des questionnaires. D’emblée ce que nous

remarquons, c’est que les sites visités sont véritablement différents entre la

population de malades et celle de ‘bien-portants’. Nous notons qu’un seul site vu

est commun aux deux groupes, il s’agit de « Doctissimo.fr ».

Dans notre échantillon de bien-portants, la recherche d’informations sur Internet

n’est pas leur première attitude, ce que nous avions pu déjà relever lors de leurs

réponses à la question sur leurs principales sources d’informations.

Quand nous leur demandons de citer des noms de sites sur lesquels ils vont se

renseigner, ils sont alors 26 personnes sur 40 au total, à ne pas répondre. Pour

mémoire, ils nous précisaient que c’était les médecins et paramédicaux leur

première source d’informations.

Par contre ils ne sont que 13 individus, chez les malades (sur notre échantillon de

46 personnes) à ne pas donner de noms de sites. Nous avons cherché à

connaître les thématiques des sites visités. La présence de la maladie influence

de façon incontestable la navigation et le choix social des sites.

Dans le groupe de bien-portants, ils vont sur des sites comme « Doctissimo.fr » (3

p.)427ou des sites de santé gouvernementaux et de sécurité alimentaire428 afin de

rechercher des informations sur la santé et La WELLBOX, mais aussi sur

427 3 p. est l’abréviation de 3 personnes.

428 « l’AFSSA », « l’INPES », « www.sante.gouv.fr », « PNNS » sont chacun cités, une fois.

256


Marmiton.org (3 p.) pour des recettes de cuisine. Il est aussi possible de trouver

chez nos témoins, des recherches d’informations sur Internet relatives à des

actualités plus générales et destinées aux femmes sur « Aufeminin.com » (1 p.).

Enfin sur des sites commerciaux d’industriels agroalimentaires (4 p.), nos témoins

vont puiser des idées. Ce sont ici plus souvent des femmes qui en définitive

cherchent des astuces pour des recettes rapides à réaliser avec l’aide des

produits prêts à l’emploi.

Notre échantillon de personnes malades, va surfer sur le site de l’AFA (15 p.),

c’est-à-dire l’association française de malades atteints de MICI429, ou encore sur

les sites et blogs traitant des MICI (5 p.) mais également sur « Doctissimo.fr » (10

p.) pour recueillir des informations sur la maladie et « La WELLBOX santé » . Ce

sont surtout des sites qui traitent de la maladie qui sont visités. C’est véritablement

la maladie et sa compréhension avec des informations sur comment vivre ou que

manger avec sa MC ? ou encore des témoignages qui les intéressent. Un autre

élément qui les distingue du groupe de « bien-portants », c’est qu’ils sont

nombreux à déclarer « naviguer au hasard » pour recueillir des informations alors

que les témoins connaissent leurs adresses sur Internet.

Pour le traitement des trois questions suivantes nous avons utilisé le test de Mac

Nemar avec les données de nos populations appariées.

La question posée se resserre sur La WELLBOX bénéfique pour la santé :

Recherchez-vous des informations sur une « alimentation saine » ?

Les réponses proposées sont « oui », « non », « plus ou moins ».

Nous n’avons pas pu mettre en évidence que les malades recherchent ou non

voire plus ou moins, que des personnes dites « bien-portantes » des informations

sur La WELLBOX saine. (Le test de mac nemar corrigé :


2=7,815, p-value=0,

48073).

La question suivante est sur la crédibilité d’Internet :

Estimez-vous que l’on dit la vérité sur Internet ? Les réponses proposées sont :

« oui»,« non », « plusou moins» et « ne sait pas».

A nouveau aucune différence significative entre l’opinion chez les témoins bienportants

et les personnes atteintes de la MC sur la question si l’on dit la vérité sur

429 MICI signifie Maladie Chronique Inflammatoire Intestinale. La maladie de Crohn appartient à

cette famille de maladie digestive.

257


Internet est trouvée (le test de Mac Nemar corrigé :


2=12,592, p-value =0,

076).

En avant dernière question :

Est ce qu’ils mettent ces conseils sur La WELLBOX saine, en pratique ? « oui »,

« non », « plus ou moins » sont les choix indiqués.

La généralisation du test de Mac Nemar ne nous a pas permis de mettre en

évidence de différence de comportement significatif entre les deux groupes (Le

test Mac Nemar corrigé :


2 = 3,4 ; Pour alpha = 0 ,05 et 3 degrés de liberté, la

valeur théorique de


2 = 7, 815). Comme le

2 théorique est supérieur au

2

calculé, nous ne pouvons cependant pas rejeter l’hypothèse.

Nous avons souhaité terminer par une question ouverte pour savoir quels conseils

ils déclaraient mettre en pratique ? Quels sont les conseils que vous avez mis en

pratique ? (3 réponses possibles au maximum)

Notre traitement est ici qualitatif en raison de l’exhaustivité des réponses.

Nous avons consigné 10 conseils différents (mis en pratique) pour la population

de témoins et 22 recommandations déclarées mises en pratique, pour la

population de malades. Néanmoins celui qui est le plus amplement suivi (nous

sommes sur du déclaratif) par les deux groupes est « manger 5 fruits et légumes

par jour »430 .

Nous rencontrons ici un consensus dans les deux groupes avec un total de 29

répondants qui nous expriment cette recommandation. Ce conseil qui est le plus

cité présente toutefois des variantes en fonction du sexe, de l’état de santé. Ainsi

ce message, ils se l’approprient. Ils le reformulent en fonction d’une adaptation

personnelle qu’ils réalisent par rapport à leur goût. Nous prenons comme exemple

Yoann431qui nous explique consommer des fruits et des légumes plus

régulièrement, pour essayer d’approcher d’une « alimentation normale », parce

qu’il est atteint de la MC.

Quant à Charles432, lui a un rapport distant avec les légumes. Il est difficile « au

niveau des légumes ». Il suit donc la recommandation à sa manière. Le conseil

qu’il met en pratique est de manger des féculents et tous les fruits. Avec sa MC, il

compose au mieux son menu pour varier son alimentation. Etant relativement

430 La première version est « manger au moins 5 fruits et légumes par jour » dans le PNNS.

431 Yoann a 31 ans. Il est cadre supérieur. Il est célibataire et vit à Toulouse. Il est atteint de la MC

depuis 2002.

432 Charles a 18 ans. Il est lycéen et vit dans le Sud-Ouest. Il appartient au groupe de personnes

malades. Op.-Cit.

258


maigre, il comprend à sa manière le mot « légumes ». Son objectif est de prendre

du poids et il essaye donc de grossir avec des légumes qui sont devenus dans sa

réalité quotidienne, des féculents, fournisseurs de calories. Par contre en période

de crise, il déclare ne plus manger aucun fruits.

Il semble dans l’ensemble que notre population de malades souhaite le plus

possible se rapprocher d’une alimentation ‘comme tout le monde’ dite ‘normale’.

Un de nos interviewés, Alain433 qui est « témoin » déclare également qu’il suit le

conseil de : « manger des légumes à chaque repas ».

Nous remarquons au travers du questionnaire qu’il n’est pas possible de

comprendre ce qu’il entend sous l’appellation de légumes. Les interprétations du

terme légumes sont personnelles, elles peuvent signifier qu’il s’agit de légumes

verts ou de légumes d’accompagnement comme les pâtes ou le riz. Donc le mot

légume est sujet à variation et permet à l’imaginaire de l’homme de s’exprimer.

Nous notons aussi que certains ont un bon appétit et ils réinterprètent le message

de la façon qui les intéresse. Raoul434applique l’information à son ordinaire social,

c’est-à-dire : « manger des légumes et des féculents » parce que c’est sa pratique

alimentaire habituelle.

Raoul puise ses renseignements sur La WELLBOX dans les émissions de

télévision et à la radio.

3.2 Des messages perçus selon l’état de santé corporel

Etant donné les nombreux conseils qu’ils déclarent mettre en pratique, nous avons

souhaité regarder de plus près ces affirmations auprès de nos deux populations.

Nous supposons en effet que les messages sont reçus et perçus différemment

selon la présence ou non de la maladie.

Les conseils que les personnes atteintes de la MC déclarent mettre en

pratique peuvent se classer sur une échelle qui commence par des conduites

additives et qui passent par des conduites neutres et se terminent par des

conduites suppressives.

Pour les conduites additives alimentaires, ces actions vont être renforcées. C’est

« plus de » à ajouter à son modèle alimentaire. C’est ajouter tel aliment en plus à

votre régime ou manger plus de.

433 C’est Alain dont nous dessinons le portrait dans la partie 3. Il était un futur champion de France

de badminton.

434 Raoul a 26 ans. Il est employé à la fois dans une boulangerie et dans une usine. Il vit au nord

de Strasbourg. Il appartient au groupe de « bien-portants ».

259


A l’opposé, les actions alimentaires à écarter, sont les conseils qui prônent

« moins de » ou éliminer, ou encore supprimer, qui sont alors mis en pratique.

Et puis en dernier point, se trouvent les recommandations suivies qui se

rapprochent de l’équilibre et d’une démarche neutre, qui reprennent la finalité

philosophique du ni trop, ni pas assez. Le rationalisme est sous tendu dans ces

devoirs alimentaires et, comme l’écrit le philosophe Bautain435 « produit une

morale très répandue [..], c’est la morale de l’intérêt, bien entendu, dont la

maxime, aujourd’hui fort usitée est celle-ci : Ne quid nimis.». Ces conseils neutres

sont : « un peu de tout », « pas trop de mais juste ce qu’il faut ».

3.2.1 Les conseils perçus et suivis par notre population de malades

3.2.1.1 Au sujet des aliments, les conseils additifs :

« Beaucoup de fruits » ou « manger 5 fruits et légumes », « beaucoup de fruits et

légumes », « plus de fruits » ou « manger des féculents 7 jours sur 7 » ou « plus

de poissons que de viandes » ou « boire beaucoup » ou « des aliments bio » ou

« alimentation saine, non bas de gamme ».

Il existe auprès de notre population de malades, à l’identique du modèle dominant

contemporain un enthousiasme pour les fruits et les légumes. Quelque part la

montée de la consommation de poisson par rapport à la viande rejoint aussi une

certaine forme de végétarisme qui accompagne l’engouement pour les

végétaux436 . Concernant « La WELLBOX saine » suivie, il résulte du discours

« alimentation saine, pas bas de gamme » une pensée sur l’aliment « sain » qui

serait « pur » et en conséquence ne polluerait pas leur corps déjà malade, ce que

pourraient peut-être réaliser les aliments bio.

3.2.1.2 Les conseils suppressifs :

Eviter « les fibres » ou « les résidus » ou « sans fruits quand crise » ou « éviter le

gras » ou « moins manger » ou « respecter les interdits » ou « une consommation

modérée de protéines et de lait animaux » ou « éviter les laitages » ou « Eviter les

boissons gazeuses ».

Ce qui paraît paradoxal, c’est que si les malades évitent les fibres et les résidus,

ils sont dans la restriction de la consommation de fruits et légumes. Cela est à

l’encontre des recommandations que d’autres personnes malades appliquent ;

435 Philosophe du 18ème .

436 C’est ce qu’il nous apparaît ressortir des interviews.

260


sauf pour la personne qui précise que c’est en temps de crise. Ce dernier estime

logique d’adapter son alimentation à son état corporel.

Notre hypothèse sur ce paradoxe, c’est que les discours médicaux sont

divergents. L’absence de repères clairement reconnus favorise une « cacophonie

alimentaire » et génère de l’anxiété chez des jeunes adultes désireux d’agir sur

leur corps. Ils vont alors se diriger vers des médecines parallèles qui elles

proposent des « rituels alimentaires » pour exorciser leurs angoisses. L’idée qui

apparaît de modérer la consommation de protéines, de lait animaux voire de

laitages n’est pas dans les modèles alimentaires préconisés par l’Académie de

Médecine. Par contre elle rejoint les notions développées par le Dr Seignalet437. Il

existe aussi chez ce médecin une préconisation vers le crudivorisme. Néanmoins,

il n’a à ce jour pas prouvé par une démonstration validée par la communauté

scientifique, l’efficacité de son régime qu’il préconise dans le cadre de la MC.

3.2.1.3 Les conseils neutres chez les personnes atteintes de la MC :

Ils concernent la pensée d’un équilibre alimentaire et sont : « manger équilibré »

ou « fruits et légumes pas trop » ou « alimentation ni trop sucré, ni trop salé. »

Nous retrouvons ici les recommandations diffusées par les messages du PNNS

dans les publicités alimentaires c’est à dire ne pas manger trop salé, ni trop sucré.

Et puis concernant les fruits et légumes, c’est peut-être la sensibilité et les

difficultés digestives rencontrées, qui les poussent à ne pas tomber dans les

excès alimentaires quel que soit l’aliment, y compris pour la consommation de

fruits et légumes, ils essayent de modérer leur appétit.

Pour conclure par rapport aux conseils que les malades mettent en pratique,

touchant « La WELLBOX santé », nous notons que ce sont des recommandations

qui s’inspirent largement des messages transmis par le PNNS.

437 Le régime « santé » du Dr Seignalet. Le concept qu’il développe repose sur la « mauvaise

nourriture moderne » qui peut-être la cause de la maladie. Si on se base sur cette idée,

l’évolution moderne de l’homme est alors génératrice de maux tels les MICI. En pratique, il

exclut : les céréales sauf le riz sauvage qui est resté selon lui sous sa forme préhistorique –

Les laits animaux et leurs dérivés qui peuvent être remplacés par le lait et yaourt au soja. Les

viandes, charcuteries, oeufs et ces derniers doivent être consommés une fois par jour et de

préférence crus.

Une consommation au maximum de produits crus est préconisée. Tous les légumes verts, crus

ou cuits et les légumineuses cuites à la vapeur sont admis. Les fruits et les fruits secs sont à

consommer crus. L’utilisation d’huiles vierges obtenues par pression à froid est recommandée.

Manger des produits biologiques est encouragé fortement et le plus frugalement possible. Le

but de ce régime n’est pas la perte de poids bien qu’elle soit probable étant donné les

restrictions qu’impose ce régime.

Ces conseils sont tirés de La WELLBOX ou la troisième médecine de J. Seignalet (2004).

Les affirmations du régime du Dr Seignalet reposent sur des témoignages.

261


3.2.2 Les conseils perçus et suivis par notre population de personnes « bienportants

»

Les conseils que les personnes témoins appliquent, peuvent se classer sur cette

même échelle (conseils additifs, suppressifs, neutres). Néanmoins ce qui surprend

c’est le nombre très faible de conseils qui sont saisis et surtout mis en pratique si

nous comparons à la liste longue remise par les personnes malades. Sur 40

répondants bien-portants il ne ressort que 10 commentaires généraux au total, ce

qui est très faible par rapport aux retours de la population de malades (plus du

double de conseils différents). L’autre point frappant, c’est que c’est toujours la

consommation de fruits et légumes qui est à l’ordre du jour dans les conseils

suivis.

3.2.2.1Les conseils additifs chez les bien-portants :

« Manger 5 fruits et légumes par jours » se décline :

« Des légumes à chaque repas », ou « manger des légumes et féculents », ou

« consommer des fruits et légumes », ou « privilégier les légumes verts », ou

« manger des légumes », ou « manger des légumes et des fruits », ou « cuisiner

des légumes frais et du jardin », ou « augmenter les consommations de fruits et

de légumes » ou « des légumes à chaque repas ».

De façon incontestable c’est le message qui a été le plus retenu par notre

population. Ce qui est visible c’est que ce sont dans nos deux ‘sous populations’

les messages positifs qui sont les plus cités. A nouveau la place accordée pour les

fruits et légumes en France est celle d’aliments bénéfiques pour la santé de tous.

« Boire beaucoup », ce conseil est cité ici une seule fois, nous reverrons cette

affirmation mise en pratique à la lumière de l’entretien et de l’histoire de vie de la

personne qui déclare suivre cette recommandation. En effet, sans plus de détails,

il nous est impossible de comprendre le sens de cette conduite. Nous rencontrons

également cité deux fois : « faire un bon petit-déjeuner ». Il semble que le petitdéjeuner

soit le repas à privilégier et dans lequel il est nécessaire d’ajouter des

aliments alors que ce serait plutôt l’inverse pour le dîner.

262


3.2.2.2Les conseils suppressifs chez les bien-portants :

Ils sont peu nombreux et semblent sortir directement des publicités qui reprennent

les messages du PNNS : « Ne pas grignoter » -« Ne pas manger trop gras, ni

salé »-« Manger moins sucré ».

Par curiosité, nous regarderons si ces messages sont en lien avec les histoires de

vie plus personnelles. Nous verrons un peu plus loin en réunissant les

questionnaires avec les entretiens correspondants comment nous pouvons

comprendre leurs pratiques alimentaires.

De manière isolée, dans un questionnaire, une personne suit le précepte de

prendre « un repas léger le soir ». Cette remarque ne nous a pas été notifiée par

d’autres.

Il apparaît que certains messages comme « boire beaucoup » et « 5 fruits et

légumes par jour » sont retenus par les individus malades et bien-portants, alors

que le conseil « un repas léger le soir » n’apparaît que chez une seule personne

appartenant au groupe témoin.

3.2.2.3. Les conseils neutres chez les bien-portants :

« Manger varié » – « Manger un petit-déjeuner équilibré » -« Manger équilibré »

Si l’idée de variété est aussi une notion répandue par des messages politiques du

PNNS, et aussi dans les webzines féminins, nous verrons que le concept de petitdéjeuner

est plus en lien avec l’histoire personnelle du sujet qui raconte son

imaginaire sur la nourriture du matin. C’est là que l’expérience individuelle montre

toute son importance dans la perception des messages sur « La WELLBOX santé

». Parce que nous sommes ici sur un questionnaire qui a duré en moyenne 10

minutes, il n’a pas été possible de comprendre comment ces messages sur

« La WELLBOX saine » ont pu être intégrés à leur pratique.

C’est ce que nous voulons essayer de pénétrer en revenant sur les réponses

qu’ils nous ont données lors de ce contact téléphonique et en les croisant avec les

entretiens que nous avons pu mener avec eux, à leur domicile.

S’il est vrai que La WELLBOX est évolutive nous postulons que le comportement

alimentaire s’est construit sur les histoires de vie qu’ils nous ont en partie confiées.

Nous abordons maintenant la question qui est celle de l’intégration de ces conseils

ou à l’inverse le refus de ces avis, par notre population. Nous reprenons les

réponses aux questionnaires et les lisons à la lumière de leurs récits de vie.

263


4. Les conseils sur « La WELLBOX saine » sont-ils mis en

pratique ?

Les difficultés d’interprétation des questionnaires nous ont guidé vers une mise en

parallèle des déclaratifs avec les interviews que nous avions réalisées à leur

domicile.

Alors qu’au départ nous avions envisagé simplement de regarder les portraits de

ceux qui font ce qu’ils disent et aussi de ceux qui savent mais ne font pas, il est

clairement apparu lors des entretiens que c’était le rapport au corps et leur

représentation de La WELLBOX bénéfique à leur santé qui influençaient leurs

actes.

C’est l’incorporant acteur et décideur :

Les attitudes qu’ils ont à l’égard de leur corps et notamment leur conception de la

santé corporelle est reliée à leur imaginaire et leurs croyances sur la santé. Nous

allons esquisser trois portraits438 pour refléter les soins alimentaires qu’ils ont à

l’attention de leur corps.

4.1 Pratiquer des soins alimentaires à son corps439

Martine souhaite élever son niveau de santé, elle est soucieuse de son corps et

de sa nourriture. Au travers de son alimentation, elle cherche l’efficacité de son

corps qui sert sa raison d’être. Elle veut grâce à son alimentation acquérir de la

force, de la souplesse et de la précision. Son comportement alimentaire se tourne

vers un modèle alimentaire régulé. Elle souhaite toujours atteindre l’équilibre sur

une journée et suit de ce point de vue, une comptabilité d’apothicaire. Sa

surveillance alimentaire est attentionnée, elle est soigneuse de son corps ;

Notre second portrait décrit Jules qui ne surveille pas son mode alimentaire et ne

diversifie pas son alimentation. Il pense s’occuper de son corps à partir du

moment où il sera malade. Il est en quelque sorte « insouciant » de son corps.

Nous peindrons aussi Irène, femme préventive. Elle est attentive à son

alimentation afin de préserver son corps et se prémunir des maladies.

438 Ces trois personnes sont issues de notre population de bien-portants.

439 Nous faisons nôtres les idées de Michel Foucault qui montre un terrain commun à la

médecine et à la philosophie par l’éthique. « Foucault agglomère souvent la diététique

médicale et la philosophie morale dans la notion de techniques de soi. » (Razac O., 2006, p.17).

264


4.1.1 Martine440, « la vigilante de son corps »

Elle nous répond dans le questionnaire sur les recommandations qu’elle applique

tous les jours. Elle dit : « Manger de tout en petite quantité » -« limiter le gras et le

sucre » et « équilibrer La WELLBOX sur la journée ».

Martine atteste qu’elle s’informe beaucoup au sujet de son alimentation.

Ses sources d’informations sont ses amis et ses parents, les journaux et

magazines puis viennent secondairement les médecins et paramédicaux,

respectivement dans cet ordre par l’importance qu’elle attache à ces médiateurs.

Les explications qu’elle obtient sont plutôt bien faites mais selon elle, pas du tout

suffisantes. Elle n’a pas Internet chez elle et recherche plus ou moins des

informations sur « La WELLBOX saine ». De plus elle ne sait pas si la vérité est

dite sur Internet, de toutes façons elle n’utilise pas ce canal d’information.

Bien évidemment elle s’impose des règles de vie pour maintenir son corps sain

grâce à une « alimentation saine ». Son credo est de « manger de tout » et « un

peu tout ». Elle contrôle par une limite son incorporation de gras et de sucre.

Martine semble bien connaître les grandes lignes de son modèle alimentaire. En

complément avec ses nombreuses activités sportives, elle se sculpte un corps

guerrier, mobile, et musclé.

Martine a 22 ans et habite avec son copain dans un appartement composé de 2

pièces à la périphérie de Bordeaux. Elle est actuellement en 3ème année de

Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives et durant ses loisirs

elle va s’occuper de son cheval et le monte régulièrement dans son club

d’équitation.

Elle pratique habituellement d’autres activités sportives, dans le cadre de ses

cours à la faculté (basket, football, hand ball, rugby, natation, athlétisme…). Pour

elle « être en bonne santé » c’est pratiquer du sport régulièrement et bien sûr

suivre un régime où l’on ne mange pas trop gras, ni trop sucré. La surveillance est

comptable, celle d’une consommation régulée d’aliments. Elle doit comporter

obligatoirement des fruits : « surtout des fruits, cela c’est super important ». Cette

incorporation est selon elle capitale, à tel point qu’elle déclare : « quand on en

mange pas, moi, je me sens moins bien ».

440 Elle appartient au groupe témoin du Sud-Ouest.

265


Sa mère est médecin et travaille dans une PMI441. Depuis son plus jeune âge, elle

rentrait déjeuner le midi chez elle où une bonne de maison leur préparait

« souvent pommes de terre sautées ou pâtes, c’était vachement équilibré, il y

avait une salade au début.[..] Enfin, en dessert, je mangeais un fruit.»

Plus tard, le soir, le dîner était élaboré par sa mère et restait toujours équilibré et

surtout varié. Donc ses idées sur « La WELLBOX saine », sont déjà audibles, dès

ses années où elle va au collège.

Ensuite, elle obtient son baccalauréat littéraire et s’inscrit en STAPS442, elle vit

alors seule, dans un appartement, parce qu’elle ne s’entend pas avec son beaupère.

Elle « petit-déjeune » copieusement (elle ne mettait pas le chauffage pour

réaliser des économies) et partait ensuite pour un emploi du temps chargé avec

de multiples activités physiques et sportives prévues.

Elle prenait selon ses mots « un petit-déjeuner bien calorique ». A cette période

elle pratiquait entre 10 et 12 heures de sport par semaine. Cela lui plaisait mais

elle reconnaît que c’était « fatiguant ». Durant cette première année, parce qu’elle

vit seule, elle dinait le soir, à l’extérieur. Son alimentation était moins équilibrée

qu’à la maison familiale. « Le sport cela donne énormément faim et j’ai mangé un

peu trop de Mac Do, Kebab. »

Puis elle enchaîne et la seconde année, elle déménage pour prendre une

colocation avec trois personnes. Grace à la nouvelle cuisine équipée de ce

nouveau logement, ils peuvent cuisiner. En conséquence, elle mange plus

équilibré. C’est un principe, chez elle, un souci récurrent de reconquérir cet

équilibre alimentaire.

La nourriture qu’elle mange vient l’habiter de l’intérieur et lui transmet ses

propriétés. Nous sommes dans la configuration où l’incorporé devient « soi ».

Cette notion « d’équilibre » est reprise plusieurs fois dans son discours et elle a

été informée sur la meilleure façon de s’alimenter. Ce sont ses amis et parents qui

sont ses informateurs principaux. Ses concepts sur l’incorporation sont classés

avec d’un côté les aliments à privilégier et de l’autre ceux à écarter : « non pas de

coca ni des trucs comme cela. Du jus d’orange, oui le matin et je me presse des

oranges en ce moment et c’est meilleur. » Le terme « trucs » est fort

441 PMI : Protection Maternelle et Infantile.

442 Sciences et Techniques des Activités physiques et Sportives.

266


heureusement choisi car il se rapporte à l’image qu’elle a sur ces boissons

sucrées magiques qui prises en excès renverseraient l’équilibre de son corps.

Elle refuse aussi de grignoter en dehors des repas : « Oui, en général je me

maintenais le goûter si je n’ai pas trop mangé le midi, je vais me faire un avant

repas avec du fromage, du pain tout cela. Mais en général un yaourt. J’essaye

d’attendre le soir, c’est difficile, oui.» Son éducation l’a contrainte de manger aux

heures des repas et donc elle reproduit ces ‘commandements’.

Avec un IMC à 22 quand nous l’interviewons, Martine a une corpulence se situant

dans ‘la normale’, elle vit depuis le début de sa troisième année d’étude en

STAPS avec son nouvel ami. Ensemble, ils se préparent des bons repas, car il

cuisine aussi nous raconte Martine. Elle incorpore la cuisine de Damien, son

compagnon qui suit le même cursus et est en 4ème année de STAPS. Il se soucie

lui aussi de son corps pour être physiquement efficace.

4.1.2 Jules443, « l’insouciant » en quête d’une autre

Jules nous confie la seule recommandation qu’il a mise en pratique : « faire un

dîner plus léger ». Cette remarque nous a surpris car elle est énoncée une seule

fois parmi les 86 questionnaires que nous avons analysés. Notre souvenir durant

notre entretien était qu’il ne parlait pas du tout de son alimentation.

C’était donc d’autant plus singulier, que lors de ce questionnaire, il évoque un

conseil alimentaire.

C’est ainsi que nous avons décidé de regarder de plus près le modèle alimentaire

de Jules. Quelle est son histoire alimentaire qu’il nous conte lors de notre entretien

en novembre 2005 ?

Jules a 34 ans, il est artisan-commerçant. Il vit dans un appartement bourgeois

situé dans le centre ville d’une commune de 17 000 habitants, dans le Lot et

Garonne. Il est alors célibataire même s’il fréquente une femme divorcée.

Après l’obtention d’un BTS d’audio-visuel à Bordeaux, il crée en 1996 un

commerce avec son frère et le soutien de ses parents444, c’est un magasin de

photos.

Il est très investi professionnellement et deviendra à partir de 2000, le président de

l’association des commerçants de sa ville. Devenu représentant des

commerçants, il réussit aussi à être élu conseiller après des élections municipales

443 Il appartient au groupe témoin du Sud-Ouest.

444 Ses parents ont tenus une quincaillerie dans cette même ville de Marmande.

267


et va conduire des projets pour l’industrie notamment. Cependant il ne restera en

poste que peu de temps suite à une réorganisation politique. Au niveau de ses

affaires, il accroît les services de son magasin avec une activité via Internet de

développement de photos sur carte postale pour un service aux particuliers. Il

étend ce concept en 2002 mais il est ensuite dépassé par des investisseurs plus

importants.

Il rêve d’ailleurs de devenir millionnaire d’ici 2 ou 3 ans….

Puis il se ravise en concédant qu’il aimerait plutôt réussir sa vie sentimentale. Il

nous raconte alors ses différentes aventures avec les femmes et des difficultés

qu’il a pour se stabiliser. Il aime sortir avant tout.

Puis, il repart sur ses activités professionnelles, il est maintenant trésorier dans

une association qui s’appelle l’expansion. Malgré cela il revient à nouveau sur la

jalousie qu’il ressent lorsqu’il voit des personnes en couple. Il ne parle pas de son

alimentation et ne suit pas de régime. L’incorporé ne le préoccupe pas, c’est

comme si les aliments n’existaient pas, c’est lui qui les mange et les détruit. Il se

nourrit par ses affaires mais ses aliments ne s’inscrivent dans son récit qu’au

travers d’un repas où il occupe la place sociale valorisante de président de

l’association des commerçants. Il se délecte alors des regards des autres qui le

félicitent de sa réussite. Manger prend le sens chez Jules de régner.

Cela nous est confirmé par ses réponses dans le questionnaire. Il ne s’informe

pas du tout en ce qui concerne son alimentation. Les informations qu’il reçoit, sont

tout à fait bien faites et pourtant il précise qu’elles ne sont plutôt pas suffisantes et

en même temps « plutôt pas » changeantes. Il ne recherche pas non plus de

renseignements sur « La WELLBOX saine » (« non » est sa réponse). Par contre il

estime que l’on dit la vérité sur Internet445 et il met plus ou moins en pratique des

conseils sur La WELLBOX saine. Finalement « faire un repas léger le soir » est la

seule suggestion qu’il déclare suivre.

Jules a visiblement un faible intérêt pour sa nourriture, il n’en parle pas. Nous

lançons des recherches du côté de ses activités physiques et sportives. Est-ce

qu’il prend des dispositions pour un entretien physique de son corps ? Même si

durant ses études il pratiquait de nombreux sport, (football, basket et judo) depuis

bientôt 10 ans, c’est-à-dire la création du magasin, il a cessé toutes activités

sportives.

445 Jules a créé deux sites sur Internet pour favoriser les affaires de son commerce.

268


Lorsqu’à la fin de l’entretien, nous lui demandons ses mensurations (poids et

taille), il nous répond ne pas savoir hormis sa taille. Néanmoins à le voir, il est en

surpoids. Jules est lors de notre entretien préoccupé par son avenir personnel et

la réussite de sa vie professionnelle l’a véritablement éloigné d’une attention à

son corps.

Il n’a jamais eu l’envie de créer ce magasin, il aime plutôt être à l’extérieur sur des

projets de film publicitaire comme il avait réussi à accomplir auparavant. Sa

nourriture ne le préoccupe pas. Il a le désir aujourd’hui de rencontrer une femme

et de partager sa vie avec elle. Manger ou refaire du sport pour sculpter son corps

ne sont pas dans ses plans futurs. Au sujet de sa dernière rencontre « elle est

amoureuse, je pense, elle sort d’un divorce [..] Moi, je ne suis pas très amoureux.

Elle vient de divorcer et est sans enfant. »

Il aimerait être simplement amoureux…

4.1.3 Irène446, « la préventive »

Dans le questionnaire Irène nous livre les conseils qu’elle a mis en pratique.

Après quelques temps troublés suite au décès à la naissance de son premier

enfant, elle se recompose un régime équilibré, afin de préserver sa santé.

Irène nous donne ainsi dans cette optique 3 recommandations qu’elle a mises en

pratique :

« Boire beaucoup » -« Manger moins sucré » et « Privilégier les légumes verts »

Lors de notre rencontre en novembre 2006, dans un petit village près d’Amiens,

Irène a 26 ans, elle est mariée et mère d’un enfant âgé de 1 an. Elle est alors en

surpoids car son IMC est à 28,6. Auparavant, bien avant ses grossesses, sa

corpulence se situait vers 18, 2 et donc dans la zone ou le statut nutritionnel est dit

« normal ».

Irène à l’issue de sa première grossesse a perdu son enfant peu de temps après

l’accouchement. Elle faisait 76 Kg pour 1m67 après le décès de son fils. Un mois

et demi après elle montait à 90 kg, elle était alors d’après le calcul de son IMC à

un stade d’obésité. Depuis juin 2007, elle désire un autre enfant et donc souhaite

pour cela maigrir.

Irène a obtenu un bac STT447, et a poursuivi ses études par un BTS de secrétariat

à Amiens. Elle est actuellement secrétaire dans un hôpital où elle peut facilement

446 Elle appartient au groupe témoin du Nord-Est.

447 Sciences et technologies tertiaires dans lequel l’économie et le droit sont les matières où le

coefficient est le plus élevé.

269


recevoir des conseils nutritionnels afin de l’aider à perdre ses kilos. Elle bénéficie

de conseils personnalisés que lui donnent les médecins et paramédicaux

(diététiciens) de l’hôpital. Si elle dit devoir boire beaucoup c’est effectivement pour

éliminer ses kilos superflus et aussi pour se « couper la faim » peut-être. Par

contre pour les légumes verts elle en mange peu car c’est son mari qui effectue

les courses et également cuisine pendant qu’elle s’occupe de leur fils en bas âge.

« Il s’occupe du ménage de la cuisine des courses, il râle mais il le fait quand

même. » et elle s’occupe de Maxime (leur enfant) pendant ce temps. « Il cuisine

des frites, des frites, des pâtes gratinées. »

Son mari lui a une corpulence plutôt filiforme et quelques fois il se moque d’elle

parce qu’elle est trop grosse et qu’elle ne sait s’arrêter lorsqu’elle mange du

chocolat. Il devient alors méchant nous avoue Irène.

Le comble c’est que lui peut manger ce qu’il veut et ne pas grossir ce qui n’est pas

le cas d’Irène. Ils sont inégaux à table.

Dans le questionnaire, elle nous livre cette confiance qu’elle accorde pour les

messages délivrés par le corps médical et paramédical. Irène puise ses

informations auprès des médecins et des diététiciens, sa première source

d’information. Elle ne visite aucun site Internet, pour obtenir d’autres

renseignements sur La WELLBOX. Sa seconde source d’informations sur

La WELLBOX est les journaux et les magazines et vient ensuite derrière les

émissions de télévision et la radio.

« Manger moins sucré » est une recommandation qu’elle affirme également

appliquer. Dans son récit de vie, Irène nous rapportait sa gourmandise. Elle

s’achetait tous les matins un pain au chocolat quand elle était en terminale et

l’après midi c’était des boissons gazeuses sucrées et des barres chocolatées. Elle

apprécie aussi les desserts (glaces, gâteaux et coupe de fruits) qu’elle prenait au

restaurant universitaire lorsqu’elle suivait les cours de préparation en BTS.

A cette période elle continue toujours l’achat du petit pain au chocolat tous les

matins. Le chocolat est un de ses grands plaisirs. « Il y avait aussi les bonbons,

toujours les bonbons, on prenait un paquet et il faisait deux jours. »

Irène rapporte son désir, elle souhaite une nouvelle grossesse. Par contre elle a

conscience qu’avec son surpoids actuel elle prend des risques « pour son coeur ».

Elle veut donc manger pour perdre du poids afin de mener à terme cette

grossesse et se préserver pour ses enfants. La volonté de perdre du poids est liée

à cette appétence d’enfant pour remplir sa vie. Toutes les 3 semaines elle va

270


fleurir la tombe de ce premier enfant qui n’a vécu que quelques minutes et qui

pourtant est toujours bien présent.

Son rôle de secrétaire est pour Irène secondaire. Sa responsabilité de mère est

essentielle et elle recherche une alimentation équilibrée pour se préserver dans ce

rôle.

Elle avait, à l’évidence, déjà des notions sur La WELLBOX saine avant de travailler

à l’hôpital car en effet quand elle est en BTS elle évite la cafétéria : « la cafète

avec pizza, frites-merguez ou frites-chipos, j’y vais rarement, car cela n’était pas

équilibré » A-t-elle aujourd’hui réussi à perdre du poids pour mener à bien son

projet de grossesse ? Oui nous l’apprenons en août 2009, elle est désormais

depuis peu maman d’une petite fille.

Questionner plus en profondeur « La WELLBOX santé » nous permet de creuser

les messages principaux retenus.

Ils nous ouvrent sur les sens de l’incorporation soit des aliments symboliques, soit

sur l’environnement de la prise de position alimentaire. Nous continuons dans

cette logique de décortiquer ces conseils qui illustrent les comportements actuels

d’une alimentation dite bénéfique à la santé.

Nous pouvons ainsi procéder à un nouveau classement des meilleurs aliments

pour la santé, c’est-à-dire ceux qui sont à incorporer en priorité et permettent la

construction d’un corps sain.

Nous adoptons les idées développées par Lucie Gillot dans son mémoire sur la

digestion : « Bien que, de prime abord, la digestion puisse se définir comme le lieu

de rencontre du réel, c’est-à-dire comme une opération où l’imaginaire se

confronte à la réalité, elle ne peut pas pour autant être réduite à un phénomène

objectif. En effet, elle fait le lien entre deux éléments riches en subjectivité :

l’incorporé, l’autre et l’incorporant (le corps). Il convient de voir en quoi la

représentation de la digestion est subjective et surdéterminée par le rapport que le

mangeur entretient avec les deux éléments précédemment énoncés. »(Gillot,

2004, p.33)

Développant cette approche à partir de l’incorporé (l’autre) et de l’incorporant (le

corps) nous étudions les conseils mis en pratiques sur La WELLBOX bénéfique

pour la santé en regardant l’incorporé (l’autre) et son rôle et le jeu du corps de

l’incorporant.

271


4.2 L’incorporé448 alimentaire

La décision sur l’incorporation alimentaire est sexuée, et c’est l’imaginaire sur

l’aliment incorporé (l’autre) qui conditionne l’acte de manger.

Parce qu’ils sont bons à penser, ils sont bons à manger aussi bien chez les

« bien-portants » que chez les malades.

4.2.1Chez des femmes, le choix de l’incorporé (l’autre)

Côté féminin, c’est le message « plus de fruits et de légumes » qui ressort. Il est

présent chez 15 interviewées449 dont presque la moitié sont des personnes

malades. Les légumes verts450 sont nommés avec précision une fois seulement,

sinon ce sont les légumes d’une manière générale et, ou les fruits451 . Nous

examinons en premier l’incorporé chez les femmes malades puis en second chez

les femmes témoins.

Chez les femmes malades :

Aurélia452, atteinte de la MC, nous précise que son alimentation est sans crudités,

et Alexia également touchée par la maladie, s’associe à cette affirmation en

indiquant qu’elle mange plus de fruits et légumes certes mais « cuits ». Ce qui est

dans une certaine mesure, une manière plus positive de regarder les fruits et

légumes. Elle correspond à l’imaginaire de sa digestion. Il lui sera plus facile de

digérer ces incorporés « autres » une fois cuits, ramollis, attendris, aseptisés,

détruits, que lorsqu’ils sont crus à l’état brut.

Concernant Aurélia, lors de notre entretien elle mangeait déjà des légumes et des

crudités du jardin de ses parents mais cela remonte à ses années scolaires

d’école primaire, lorsqu’elle était au CM2. Sa consommation régulière de fruits et

légumes a perduré jusqu’à ce qu’elle tombe malade et soit diagnostiquée atteinte

par la MC. Finalement pour préserver son corps, son tube digestif d’agression, elle

suit un régime alimentaire. Elle écoute les conseils qui émanent des médecins et

paramédicaux qu’elle a rencontrés. Son alimentation est douce, digeste c’est-à

448 Nous aurions pu écrire l’imaginé. Cependant quand l’aliment est vraiment au centre de la

réflexion et du choix, la pensée dominante est « je deviens ce que je mange ». Quant à

l’inverse c’est l’acteur incorporant qui domine la situation, alors l’aliment n’est plus un objet aux

pouvoirs magiques.

449 Chez les malades et les bien-portants.

450 Pour Valériane âgée de 24 ans et atteinte de la MC et son témoin est Irène 26 ans, Op.-Cit .

Irène la préventive est présentée dans cette partie.

451 Sur 32 répondants féminins.

452 Aurélia a 24 ans, elle est employée et travaille dans un secteur administratif après une licence

de langues étrangères appliquées. Elle vit en concubinage.

272


dire « sans gras, sans crudités, sans épices et pas de plats cuisinés. ». Ce sont

les conseils qu’Aurélia dorénavant applique à son mode de vie.

Pour Alexia, étudiante en BTS de biologie et âgée de 20 ans, les médecins et

paramédicaux sont aussi, les premiers à l’aider pour trouver des solutions sur sa

manière de s’alimenter, viennent ensuite ses parents et les amis. Elle a augmenté

sa consommation de fruits et légumes mais sous forme cuite.

Toutefois sa définition des paramédicaux453 est étendue car elle s’informe avec sa

mère, pour des conseils alimentaires, dans un magasin de produits diététiques où

la commerçante est consultée comme si elle était médecin. Par ailleurs, Alexia a

depuis sa naissance des difficultés à supporter les légumes fibreux. Sa mère lui a

supprimé très tôt certains légumes à part la carotte, suite aux avis des pédiatres.

Pour sa mère, Alexia était très tôt dans l’enfance sujette à des diarrhées et son

alimentation était perçue par Alexia comme un cauchemar.

Chez les « bien-portantes »

Pour Clara, Sindy, Sophie, c’est « manger des légumes et des fruits » qui est

l’important pour conduire leur régime alimentaire et préserver leur corps.

Clara a 28 ans, est mère de 2 enfants, et elle nous raconte durant l’interview

qu’elle est boulimique. Son IMC est de 17 quand nous l’interviewons. Il est calculé

d’après son poids et nous confirme qu’elle est dénutrie en raison de ses périodes

d’anorexie.

Nous détaillerons ses actes alimentaires dans le LE MASSAGE ANTI-CELLULITE V avec un portrait d’elle.

Son alimentation se déroule dans la douleur.

Ses principales sources d’informations sur La WELLBOX sont les émissions de

télévision et la radio puis viennent les sites Internet. Elle ne nomme pas de sites

particuliers et pense que la vérité est plus ou moins dite sur Internet. Elle

approfondit « plus ou moins » ses informations sur La WELLBOX saine et met

« plus ou moins » en pratique les conseils qu’elle reçoit. Clara se restreint au

niveau alimentaire car elle a peur de grossir. Incorporer des légumes et des fruits

est possible car ils sont peu caloriques.

Sindy a 32 ans, est mère de 2 enfants, et elle nous confie dans l’interview sa prise

de poids après sa première grossesse et ses difficultés pour reperdre ses kilos

ensuite. Elle avait repris la cigarette pour se couper la faim et l’aider à retrouver un

453 Dans notre questionnaire il eut été judicieux de détailler cette fonction ou ces professions dites

paramédicales.

273


corps mince. Son IMC actuel est à 18. Il confirme qu’elle est à la limite d’un statut

nutritionnel normal et d’un état dit de sous poids. Ses principales sources

d’informations sont les médecins et paramédicaux puis en second les sites

Internet. Elle visite le journal des Femmes sur Internet. Elle déclare prospecter sur

« La WELLBOX saine » même si elle estime que l’on dit plus ou moins la vérité sur

Internet. Augmenter sa consommation de fruits et légumes est un objectif qu’elle

met dorénavant en pratique. Avec cette posture alimentaire, elle se protège d’un

surpoids quelle a très mal vécu par le passé.

Sophie a 26 ans, est mariée mais sans enfant, la recommandation qu’elle applique

à son quotidien est de « manger plus de légumes ». Elle nous confie les troubles

du comportement alimentaire qu’elle a rencontrés plus jeune. Sa mère est obèse

et elle ne veut surtout pas lui ressembler. Son IMC actuel est à 19 et elle présente

un statut nutritionnel « normal », mais elle aimerait maigrir et être plus mince.

Ses sources majeures et uniques d’informations sur son alimentation sont les

journaux et les magazines. Elle approfondit plus ou moins des informations sur

« La WELLBOX saine » et estime que l’on dit plus ou moins la vérité sur Internet.

Cependant elle met les conseils qu’elle perçoit en pratique. Elle désire suivre un

régime riche en fruits et légumes car elle a peur de prendre du poids. Dans son

cas, « manger plus de légumes » pour son alimentation saine est légitimé par sa

peur de l’obésité.

4.2.2 Chez des hommes454, le choix de l’incorporé (l’autre)

4.2.2.1L’incorporé sain, vu par les malades :

Chez les hommes ils sont seulement deux malades (sur 18 répondants malades

masculins, au total) à revendiquer suivre le conseil de manger « beaucoup de

fruits et légumes ». Ils sont donc minoritaires par rapport aux 7 femmes malades à

suivre cette recommandation.

Pour Yvan455, les légumes qu’il incorpore sont issus de l’agriculture biologique. Il

se renseigne en premier dans les journaux et magazines. En second, il navigue

sur les sites Internet, pour ses investigations concernant son « alimentation

saine ». Notamment, il consulte le site du Dr Seignalet qui prône le crudivorisme et

454 Chez les hommes qui ont répondu au questionnaire.

455 Yvan, est atteint par la MC, il vit dans le Nord-Est. Il nous reçoit dans l’entrée et reste méfiant

durant l’entretien. Il refuse que l’entretien soit enregistré mais accepte que nous prenions des

notes.

274


également surfe sur Bio-gourmand456 . Il examine les informations sur

« La WELLBOX saine » et navigue sur Internet, même s’il pense que l’on y dit plus

ou moins la vérité.

Nous sommes, avec sa vision, à l’opposé de celle d’Aurélia qui incorpore les

légumes et fruits uniquement sous leur forme cuite. Yvan lui accorde de l’intérêt

aux concepts du crudivorisme.

Le deuxième homme prônant la consommation augmentée de fruits et légumes

est Christophe, il est âgé de 30 ans. Il est marié et père de deux enfants (son fils 4

ans et sa fille 2 ans). Il exerce le métier de conducteur de travaux et sa MC a été

découverte en 2003. Lors de notre rencontre, il présente un surpoids et nous

déclare « ne plus se peser ». Par contre il est désireux de perdre des kilos car il

rencontre des problèmes de dos et en souffre. Une consommation de fruits et

légumes plus élevée est pour lui un moyen pour éliminer ce surpoids.

Nous retrouvons un lien entre les conseils qu’il pratique et son histoire

personnelle. Si les fruits et légumes peuvent le soulager de son excès de poids

par leur légèreté alors ils ont une image positive et une influence favorable sur son

corps. Digérer ces fruits et légumes ne semblent plus dans cette vision poser de

difficultés de digestion secondaire à sa MC, il retire ici un bénéfice.

Parmi le groupe de malades nous comptabilisons 4 hommes qui évitent les fibres

parce que leur imaginaire les entraîne rapidement à penser que les fibres portent

une atteinte à leur tube digestif.

Dans ce cas de figure, nous avons rencontré Laurent457. Il nous confie qu’il ne

veut pas du tout connaître l’origine de sa MC : « On se met assez la rate au court

bouillon pour se poser tout ce genre de question »458. Laurent évite les fibres bien

naturellement, et depuis son enfance il consomme au pire 20 fruits par an. Pour

les légumes verts c’est uniquement durant la saison, mais peu. En fait « je n’étais

pas trop légumes et maman me surveillait pour m’en faire manger. » nous confie

Laurent. C’était en réalité une obligation contrôlée par sa mère et non un plaisir.

Un autre récit de vie est celui de Lucien459. Il a 27 ans et est secrétaire général au

culte israélite. Il déclare que ce sont les médecins et paramédicaux qui le

456 Bio gourmand est un site créé par Valérie Cupillard. Elle dit elle-même se situer « Entre le

plaisir des sens de la gastronomie et les éléments essentiels d’une cuisine bio et saine ». Son

site est « biogourmand.com » consulté le 19.08.09.

457 Laurent a 38 ans vit avec son père. Il est agent commercial et a créé son entreprise. Il est dans

notre groupe de témoins.

458 Un professeur de l’hôpital lui a dit que cette maladie était connue et courante dans les pays

scandinaves. De ce fait il ne comprend pas comment il a pu « attraper » la MC car il n’est

jamais allé dans ce pays.

459 Son père est magistrat à la cour de Strasbourg et sa mère était pédiatre. Il a vécu dans une

275


renseignent principalement sur son alimentation. Il ne cite pas d’autres sources

d’information sur ce sujet. Il est cependant critique par rapport à leurs indications

car il dit que cette information n’est pas du tout bien faite et pas du tout suffisante.

Nous voyons se dessiner chez lui une certaine insatisfaction par rapport aux

informations reçues, en même temps il ne cherche pas plus de conseils.

Il ne visite pas de sites Internet et ne recherche pas sur ce média des avis sur «

La WELLBOX santé ». Par contre il suit le conseil de manger « peu de légumes,

peu de fibres » comme une grande majorité de personnes touchées par la MC.

Lucien nous rapporte plus en détails son histoire de vie.

Quand il est adolescent, c’est une employée de maison qui lui cuisine tous ses

déjeuners, « c’était génial il y avait de plats alsaciens, des tartes, tous les jours ».

Mais du fait de l’absence de ses parents, il ne rentrait pas chez lui, après les cours

et il partait au stade de football pour s’entraîner. Il faisait énormément de sport, un

minimum de 2 heures par jour. Il n’effectuait pas ses devoirs et c’est sa mère qui

dés son arrivée en rentrant le soir préparait vers 20 heures le diner. C’était bien

souvent hamburger et frites devant la télé. Les légumes sont inconnus, mais ils

étaient présents au temps où il y avait la bonne. Elle a démissionné en raison

d’actes de violence du frère aîné à son égard. Les conseils qu’il suit sont donc en

rapport avec ses habitudes alimentaires car depuis le lycée il ne mange que

rarement des fruits et des légumes. Il poursuit en définitif aujourd’hui le conseil de

manger peu de légumes car il reproduit une pratique habituelle.

4.2.2.2 L’incorporé (l’autre) sain vu par les bien-portants :

Lionel460 suit les conseils d’incorporer « moins de graisses et de sucre » et de

« manger plus équilibré ». Ce sont ces points importants qu’il met en oeuvre pour

sa santé.

Lionel a 29 ans quand nous l’interviewons. Après une scolarité survolée, il devient

barman durant 2 ans. Mais cette vie décalée avec les sorties en boîte ne le mène

nulle part. Il part en Chine, pour un court séjour pour retrouver son père. Il revient

ensuite en France et effectue des petits boulots : « c’est manoeuvre, déménageur,

tout ce qui est physique et basique. Allez faire le pigeon sur le bord de la route

ambiance familiale « chaotique » car son frère ainé était psychotique et violent. Son frère était

souvent en crise et tous les soirs il battait Laurent. Laurent dit qu’il était le bouc émissaire de

son frère.

460 Lionel a 29 ans. Il est formateur chez Mac Donald et vit en concubinage à Toulouse. Quand

nous l’interviewons, son IMC à cette période est à 24, il se situe donc à un statut nutritionnel dit

« normal ».Il appartient à notre groupe de témoins.

276


avec un panneau sens interdit quand il y a des travaux, faire 8 heures par jour

(ainsi) l’horreur ! »

Il poursuit des jobs en intérimaire et arrive finalement à être embaucher chez Mac

Donald. Le soir, seul, sur Toulouse, il rentre à son appartement. Ses courses sont

le plus souvent des plats cuisinés, des boites : raviolis, choucroute en boîte,

gratins, cassoulet. « Cela on passe aux micro-ondes, il n’y a pas de vaisselle à

faire ».

Puis il héberge une copine qui suite à un dégât des eaux dans son appartement

arrive chez lui et « squatte». Ensemble, ils se mettent au régime car il avait atteint

100 kg pour 1m 76. Le soir, c’est alors Charlotte qui cuisine car elle poursuit un

programme weight watchers durant plusieurs mois.

« Ce sont les recettes weight watchers ou adaptées à sa façon (pauvre en

graisses et lipides). On a un congélateur rempli de légumes surgelés. Soupe, oui,

ou salade et un plat combiné pour qu’il y ait féculent et légumes : épinards,

courgettes, haricot verts, choux-fleurs, brocolis. J’ai découvert des légumes que

je n’aimais pas étant petit » nous raconte Lucien.

Il buvait aussi beaucoup de coca mais il a stoppé maintenant. Finalement, cette

union lui permet de découvrir une autre façon de cuisiner. Ils ont partagés un

même régime alimentaire et il a ainsi perçu et expérimenté une nouvelle manière

de « manger équilibré ». Ce qui est intéressant c’est que ces règles acquises, il

les applique toujours deux ans après notre entretien. Nous savons à ce jour qu’il

s’est marié depuis, avec Charlotte. L’union s’est fondée grâce au partage des

mêmes rites alimentaires.

S’ils sont moins attachés à consommer plus de fruits et de légumes que les

femmes, il semble que ce soit surtout dans leur rôle d’acteur-mangeur que les

hommes adoptent une ligne de conduite pour leur santé.

Pour les hommes, il semble que c’est plus l’acteur incorporant qui agit sur leur

santé et non l’incorporé qui est extérieur à soi, qui joue un rôle.

4.3 Les postures des incorporants

4.3.1 La posture de l’incorporant (le corps)

Une des attitudes que suivent les hommes parce qu’elle leur apparaît saine est

celle de « ne pas grignoter ». Noé, Thierry, nous racontent leur histoire.

Noé est en surpoids et gourmand et apprécie les dégustations à tous moments,

c’est en quelque sorte un caractère familial. Il a 22 ans et étudie à Amiens en

277


licence aliment-santé, où il est en dernière année. Il s’informe avant tout sur «

La WELLBOX santé » via les sites Internet, c’est sa première source d’information.

En second, ce sont les journaux et magazines qui alimentent son savoir puis il se

réfère aux émissions de télévision et de radio. Il va surfer et plus particulièrement

sur le site du PNNS pour s’instruire.

Noé ajoute deux autres conduites à sa règle alimentaire de « ne pas grignoter ». Il

fait un petit-déjeuner et il mange plus de fruits. D’après l’entretien que nous avions

conduit en août 2006, il n’était effectivement pas prêt à déjeuner le matin. Il

négligeait ses apports alimentaires matinaux. Ensuite, pour les fruits, il appréciait

les fruits et légumes « Bio » qui selon lui étaient des aliments santé. Il lui était

difficile financièrement d’acheter ces aliments car il était étudiant. Noé était

cependant déjà un amateur de fruits et légumes, de ce fait, manger plus de fruits

semble relativement aisé à mettre en oeuvre pour lui.

Noé dit ouvertement chercher des informations sur La WELLBOX saine et les

mettre en pratique. Par contre il pense que l’information sur La WELLBOX d’une

manière générale n’est pas du tout suffisante et qu’elle n’est « plutôt pas » bien

faite. Nous retrouvons chez lui un désir missionnaire. Noé souhaite après ses

apprentissages universitaires sur « La WELLBOX et la santé » pouvoir

communiquer sur la qualité alimentaire. Il est en quête d’informations sur

« La WELLBOX saine ». Il recherche un emploi en restauration collective

(restaurants scolaires, ou dans les collèges et les hôpitaux) pour améliorer cette

prestation afin que La WELLBOX soit plus saine.

L’histoire alimentaire de Thierry rejoint celle de Noé quand il déclare adopter cette

attitude dite saine de ne pas grignoter. Il a 26 ans et est en recherche d’emploi

après un DEUST des Activités Physiques et de Loisirs pour les Publics Seniors,

effectué à l’université Marc Bloch de Strasbourg. Il s’avère être un grand sportif,

mais il a pris récemment une dizaine de kilos après l’arrêt de ses activités

sportives en raison d’un déménagement. De retour à Strasbourg, sa ville « natale

», il nous explique qu’il souhaiterait perdre ce poids car il a une image de lui à

préserver et une présentation à tenir auprès de son cercle d’amis. Dans sa

décision de ne pas grignoter, il réaffirme son désir de retrouver son corps d’avant.

Ce déracinement qu’il a vécu, a perturbé ses activités et suspendu ses relations

sociales. Car il avait quitté son cocon familial et amical pour rejoindre sa petite

amie à Dijon. Il ajoute également qu’il met en pratique les conseils de manger 5

278


fruits et légumes par jour en plus de l’arrêt de ses grignotages. Somme toute, il

applique ces recommandations dans le but de perdre du poids.

4.3.2 La posture de l’incorporante (le corps)

Si un conseil revient dans la vie des femmes, qu’elle soit bien portante ou malade,

c’est celui de « boire beaucoup ».

Même si la boisson n’est pas précisée, il s’agit effectivement « d’éliminer ». Pour

Irène nous savons qu’elle veut perdre du poids avec cette technique, pour

Marielle461 nous allons nous replonger dans son histoire de vie afin de mieux

comprendre ce choix.

Au préalable nous tentons de reconstituer ce que boire signifie, car la boisson

s’incorpore comme une nourriture affective, biologique et culturelle. Une

classification des effets attendus et des réponses cénesthésiques est proposée

par Jean Claudian462 . Elle nous est utile afin de rechercher dans les réponses

données par Marielle une explication à son application de « boire beaucoup ».

Marielle ne supporte pas l’alcool en raison de sa MC et donc ce n’est pas l’effet

enivrant qu’elle vise. Par contre elle nous conte sa quête de bien-être, de

tranquillité et de calme. Elle souhaite prendre soin d’elle et de son corps. Elle se

ménage des moments de repos. Institutrice, elle travaille près de son domicile et

nous dit « l’année dernière je mangeais le midi, c’était sympa ça fait une coupure.

Ou sinon le temps de prendre un bain, de faire plein de choses. »

Son envie est de trouver son bien-être et si simplement boire c’était aussi prendre

soin d’elle ? Lors de notre entretien, nous discutons de ses boissons qu’elle prend

lorsqu’elle est étudiante.

Notre question : Café, thé?

« Non, j’en ai jamais bu. Toujours du chocolat chaud ou de l’eau » répond

Marielle.

Lorsqu’en 2003 elle consulte le médecin généraliste parce qu’elle a maigri en

raison de ses diarrhées, il lui répond : « tu ne dois pas manger ce qu’il faut ou tu

bois trop de lait ou trop de jus de fruits ».

Il apparaît dans son histoire que la boisson est investie de pouvoir néfaste et peut

jouer ainsi un rôle négatif sur son corps. Cette perte de poids s’aggravant, elle

461 Marielle a 28 ans et vient de se marier. Elle est atteinte de la MC depuis 2003, et vit en

périphérie d’Amiens.

462 Voir annexe N°11, le tableau d’après J. Claudian s ur le comportement de l’homme vis-à-vis du

liquide. (1970, p.25-40).

279


sera ensuite hospitalisée en urgence pour des douleurs abdominales et le

diagnostic de la MC sera aussitôt connu. Alors elle s’est complètement vidée à

cette période comme elle nous l’exprime. Nous pouvons peut-être comprendre ce

besoin qu’elle peut ressentir de se remplir et sa décision qui est en conséquence

de « boire beaucoup ».

Un autre comportement évoqué comme bénéfique pour la santé par deux femmes

est celui de ne pas grignoter.

Amandine, l’une d’elles, a adopté cette conduite. Etudiante en 2ème année de BTS

diététique, elle décide de « ne pas grignoter » il s’agit d’une gourmande qui

surveille son poids. Elle a déjà suivi un régime pour maigrir. « A 13 ans je faisais

un peu attention à mon poids, je crois que c’est à une période où j’avais déjà

perdu. Quand j’étais petite, j’étais plutôt rondelette et à l’adolescence avec la

croissance, j’avais déjà perdu. A cette époque là, je me suis stabilisée. »

Elle regardait son corps lorsqu’elle était au lycée en classe de première et elle

suivait un cours de danse. Lorsque nous l’interviewons à l’automne 2005, son

IMC est à 25 soit à la limite de la zone qui définit un état nutritionnel dit en

surpoids. Elle est soucieuse de son alimentation, parle de sa gourmandise et de

ses découvertes culinaires grâce au cours de cuisine qu’elle suit dans le cadre de

ses études de diététique.

Nous nous attendions quelque part du fait de sa gourmandise à une prise de

nourriture fréquente. Le grignotage qui est une manière de manger par petites

quantités ne nous surprend pas chez Amandine. Selon elle, si elle mange moins

souvent, elle grossira moins. Amandine reçoit des informations sur La WELLBOX

saine principalement par les médecins et paramédicaux, puis en second elle surfe

sur Internet. Un des conseils pour la santé, largement diffusé par le PNNS auprès

des experts médicaux et paramédicaux est de ne pas grignoter. Il semble logique

de retrouver chez Amandine ce savoir qu’elle connaît et donc met en pratique.

Nous concluons sur la subjectivité des conseils que les sujets mettent en pratique

concernant « La WELLBOX saine ». Ce qu’ils disent faire, semble correspondre à

leur intention corporelle d’être. Et parce que le corps humain n’est pas seulement

biologique, l’humain produit par sa culture des normes culturelles pour son corps.

Nous comprenons que la santé ou les informations des sciences biomédicales

sont utilisées pour justifier une conduite. L’incorporation donne à voir l’expression

corporelle.

280


Manger « peu de viande », est la nouvelle manière de manger d’Amélie….qui

applique ce conseil à sa pratique parce qu’elle le considère comme sain. Elle est

créatrice de son corps et imagine une carence en calcium si elle ne mange pas

son laitage. Comment l’homme normal se créé-t-il des « maladies

nutritionnelles » ? Voici ce que nous étudierons dans la dernière partie qui nous

permet de constater que l’incorporation est une expression corporelle de l’être

humain.

281




.

/2











[1]

[1]3


[1] 






[1]

[1].

283


1. Les maladies alimentaires (ou nutritionnelles) de l’homme

« normal » vivant en France.

1.1 Normes sociales alimentaires et normes sociales corporelles en

France

L’incorporation est vue comme une expression corporelle et inversement. Nous

empruntons cet éclairage aux philosophes pour qui « Le régime alimentaire relève

également d’une volonté de produire son corps, de désirer sa chair » comme l’a

écrit Michel Onfray (1989, p.149).

Nous mettons à jour avec les sites internet, comment les représentations des

normes corporelles sont liées aux représentations alimentaires. Nous menons

notre recherche sur « la norme sociale » corporelle avec comme porte d’entrée

l’IMC463, mesure anthropométrique reprise sur l’ensemble des sites féminins et

masculins que nous avons déjà parcouru dans le second LE MASSAGE ANTI-CELLULITE de notre thèse.

1.1.1 L’IMC une norme corporelle et alimentaire commune

L’IMC nous entraîne d’emblée vers la lecture d’un ordre corporel lié à un statut du

corps en rapport avec un modèle alimentaire. La définition que nous retenons est

celle de l’OMS en Europe464 datée de 2008 et elle démontre ce lien :

IMC Statut Nutritionnel

En dessous 18.5 Sous poids

18.5 -24.9 Normal

25.0 -29.9 Pré-obèse

30.0 -39.9 Obèse

40 Très obèse

Quel sens est donc donné à l’IMC sur les sites les plus visités, par les femmes ?

Nous cherchons sur ces sites le cadre dans lequel est proposé aux femmes de

calculer leur IMC.

Les mots clés associés à l’IMC, sur les 10 sites féminins les plus visités par les

femmes adultes vivant en France, sont reliés, à deux concepts clés : l’esthétique

et l’obésité.

463 IMC: Indice de masse corporelle. L’IMC ou le BMI c’est le Poids en kg/ T ( cm) au carré

464 http : www.euro.who.int/nutrition. Consulté en janvier 2008.

284


Une liste de mots clefs, en amont et en aval du terme IMC, a pu être établie ; de

cette analyse sémantique, deux profils essentiels se dégagent à partir des thèmes

l’esthétique et l’obésité :

1, L’esthétique : le bilan de votre silhouette – Le Poids Idéal :

« Vous pouvez malgré tout vous composer un Programme Minceur pour

entretenir votre forme et assurer votre ligne ! »

« Indice de forme -Minceur -trop gros, trop maigre -Mode de vie pour maintenir

son IMC -Problèmes de poids -tour de taille -Recherche menu pour perdre

rondeurs -Indice de condition physique -Kilos = bobos -Maigrir pour la vie -

Perdre du poids -Perdre 5 kg/mois -Stop aux kilos.»

2, L’obésité : l’évaluation de votre corpulence et des risques éventuels sur votre

santé :

« Le look est une chose la santé en est une autre -Mode de vie pour maintenir

son IMC »

« Votre poids est idéal – Obésité –Votre poids et vous – Votre poids est normal »

– « mangez équilibré – Problème d’obésité – Obésité comment s’en sortir ? –

tour de taille –Vérifier que vous n’êtes pas en surpoids -médicament de l’obèse -

Courbes de corpulence -Testez vos connaissances sur l’équilibre alimentaire imposer

des régimes fait plus de mal -restriction cognitive -Dépistage et

prévention de l’obésité -Découvrez l’équilibre alimentaire. Goûter idéal -Prise de

poids et risques -Obésité de maman = danger -Obésité et surpoids. Obésité

des enfants se stabilisent. »

Les deux idées majeures qui se dégagent sont :

Premièrement l’esthétique car l’IMC entre dans le cadre d’une représentation de la

beauté et d’une moralisation du comportement alimentaire pour atteindre cette

figure idéale. Le jugement de votre poids est donné après le calcul de votre IMC :

« votre poids est idéal » et s’il ne l’était pas il faudrait se mettre au régime.

Pour l’esthétique, les verbatim sont comme nous l’avons vus plus haut :

« Bilan de votre silhouette – Poids Idéal – Recherche menus pour perdre

rondeurs… »

Et deuxièmement l’obésité émerge avec l’idée de l’apparence qui fait référence à

la représentation du corps, et celle de l’IMC à la santé.

Pour l’IMC et l’obésité, les termes rencontrés sont résumés par :

285


« Évaluation de votre corpulence et des risques éventuels sur votre santé -

Obésité comment s’en sortir ? – Dépistage et prévention de l’obésité. »

L’IMC, norme médicale glisse sur des sites populaires d’Internet, vers une norme

esthétique sociale.

Dans la rubrique et sous rubrique « Minceur », si vous avez un IMC « normal »,

« Aufeminin.com » explique aux femmes comment faire pour conserver la ligne et

rester mince après des écarts alimentaires des fêtes de fin d’année.

Cette recherche a été effectuée en janvier 2008 et, durant cette période, il est

socialement recommandé de retrouver une corpulence « mince »

« Vous n’avez pas besoin de faire un régime, mais vous pouvez malgré tout

vous composer un Programme Minceur pour entretenir votre forme et assurer

votre ligne ! »

Sous prétexte des repas festifs, le site « Aufeminin.com » propose d’intégrer le

club minceur pour découvrir : « Mes plans minceur post-fêtes ». Le service n’est

pas payant, mais les solutions proposées passent par l’achat d’aliments conseillés

(le poisson plutôt que la viande). Nous sommes encore dans l’omniprésence des

recommandations de minceur corporelle chez la femme, celles qu’Annie Hubert a

dénoncées en France en 2003 comme étant « la dictature de la minceur » dans un

colloque intitulé « Corps de femmes sous influence »465 .

Par ailleurs, « Doctissimo.fr » invite par son onglet nutrition sous sa rubrique

‘Obésité’, à découvrir si votre IMC se situe dans la catégorie « normal », et vous

conseille sur le mode de vie pour maintenir votre IMC. « Doctissimo.fr » est un site

parcouru par les femmes comme par les hommes.

L’IMC devient un indicateur social de corpulence qui signe une réussite corporelle

avec un statut nutritionnel en lien avec un régime alimentaire. La difficulté étant de

situer si le problème de poids mis à jour avec l’IMC est lié à l’esthétique ou

réellement à la santé. Sur cette distinction entre problème esthétique et difficultés

de santé, « Doctissimo.fr » ne donne pas plus de renseignements. Nous nous

posons alors la question du lien entre la beauté et la santé. La santé de la femme

passe-t-elle obligatoirement par une apparence de beauté ?

Il y a un problème d’obésité certes, mais un problème d’image corporelle de

« l’humain idéalisé » vient s’y greffer et se voit dans la diabolisation de l’obésité.

465 Symposium Observatoire du CNIEL et de l’Harmonie Alimentaire en décembre 2003.

286


Des études nord américaines montrent que les personnes se retrouvant dans

l’intervalle de l’excès de poids ou de l’obésité présentent un risque accru d’image

corporelle négative (Sarwer et al., 1998)466 ; l’insatisfaction à cet égard semble

néanmoins indépendante du poids corporel réel (Sarwer et al., 1998; Foster et al.,

1997)467 .

« Doctissimo.fr » joue donc sur le tableau de la santé et de la beauté,

l’appréciation de la corpulence corporelle par l’IMC rejoint une préoccupation

esthétique corporelle. En effet « si vous souffrez de problèmes de poids ou

d’obésité », vous êtes envoyés par une proposition de « Doctissimo.fr » vers un

forum de discussion « Nutrition ».

Et nous lisons dans ce contexte que le problème de poids n’est pas toujours

justifié par un IMC supérieur à un statut nutritionnel normal468. L’IMC devient alors

un indicateur plutôt esthétique pour se situer dans une échelle d’apparence plus

que de corpulence.

Les premiers sujets de discussions de ce forum Nutrition sont évocateurs d’une

recherche de silhouette mince et musclée mais pas nécessairement d’un réel

problème de surpoids voire d’obésité469 .

Quelles que soient les motivations, il apparaît difficile de distinguer les réelles

demandes de santé qui se noient parmi les requêtes esthétiques. Et si santé rimait

aujourd’hui avec esthétique ? Pour être en santé, il faudrait être ou plutôt paraître

beau ?

Le site que nous visitons pour suivre le sens de l’IMC chez les hommes est

toujours « Doctissimo.fr » Il est un des rares sites où nous avons trouvé des

466 Cité par le site canadien pour la santé dans la rubrique « Aliments et Nutrition », paragraphe sur

les recherches sur l’image corporelle et le poids, disponible sur : http://www.hc-sc.gc.ca/fnan/

nutrition/weights-poids/guide-ld-adult/why_review_healthy_weightsfaut_

il_reviser_lignes_directrices-02-fra.php

467 Idem ci-dessus.

468 Nous rappelons qu’aujourd’hui l’OMS met face à l’IMC un statut nutritionnel (sous-poids_

normal_ pré-obèse_obèse_très obèse.) voir LE MASSAGE ANTI-CELLULITE 5. Partie 5.1.1.1.Auparavant en 1998 la

World Health Organisation présentait l’IMC comme un indice de risque.

469 1. Le nouveau programme minceur Oenobioldiet

2. Régime protéine: -5 kg avant la plage

3. A fond pour perdre 20Kg

4. Ensemble pour perdre nos Kg….

5. 2008, ma réussite, mes kilos en fuite

6. La Bodega des régimeuses

7. Quel a été votre déclic pour maigrir ?

8. Problème de poids..impasse

9. Motivée, motivées. Objectif fin 2008 : 87 kg !

Consulté sur « Doctissimo.fr » en janvier 2008.

287


conseils qui leur sont destinés au sujet de La WELLBOX saine. Nous cliquons dans

la rubrique Nutrition et suivons les informations à l’attention des hommes.

Dans le cadre de nos travaux, nous comprenons que, pour les hommes

La WELLBOX, sur « Doctissimo.fr470 » est « la première médecine » comme il est

écrit.

Cela passe par la variété et les produits light. A l’évidence, la silhouette mince de

l’homme (comme chez les femmes), est prônée et devient un modèle rêvé pour

les hommes d’aujourd’hui. C’est Louis Asana, rédacteur de la note sur « mes

courses régimes » qui nous présente, entre autres, les fruits et les légumes légers

à acheter. Il conseille, si les hommes suivent un régime, en raison des petits creux

probables de 11 heures et de 16 heures, de prévoir « dans vos courses de quoi

faire une collation le matin et l’après-midi : biscuits allégés, clémentines et

pommes, par exemple. ». Cette tendance à suivre un régime minceur est une idée

encouragée par les femmes car sur « Aufeminin.com », il est proposé également

de faire maigrir son homme en partageant ses conseils minceur471 .

En conséquence nous retrouvons la même problématique chez les hommes que

chez les femmes à savoir la surveillance de leur poids. Les hommes doivent aussi

se sentir bien dans leur corps et répondre à la question : « Etes-vous bien dans

vos kilos ? ».

1.1.2 L’expression corporelle des femmes

Les sites que nous visitons pour comprendre l’expression corporelle des femmes

sont extraits de la sélection de « mindshare » que nous avons utilisé dans le

LE MASSAGE ANTI-CELLULITE II472. Nous travaillions sur « Aufeminim.com » et nous tombons sur cette

géniale nouveauté en 2007, le Bust up gum. Ce chewing gum est destiné aux

femmes qui souhaitent se sculpter un corps sain de femme avec des seins !

Manger pour son corps : sa peau, ses seins, son ventre473.Qu’il s’agisse de

l’intérieur du ventre ou de son apparence extérieure. st

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