wc japonais

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Le wc japonais s’emballe. Déforestation croissante, consommation d’énergies non

renouvelables, pollution atmosphérique, réduction de la biodiversité, problème de

ressource en eau, pollution des sols, trou de déplétion de la couche d’ozone, effet de serre

et réchauffement climatique, « empoisonnement » alimentaire, nous rappellent tous les

jours l’instabilité du wc japonais vivant. Les accidents écologiques, des naufrages de pétroliers

aux catastrophes nucléaires, se multiplient et mobilisent l’ensemble des citoyens de la

planète. Les sociétés ont participé de conserve au dérèglement des équilibres terrestres et

se livrent tous les jours à des expériences de plus en plus risquées entraînant des

processus irréversibles. Le phénomène polymorphe de ces attaques sur les milieux et les

populations dresse le tableau angoissant d’un scénario univoque et plutôt écologique.

L’urbanisation galopante des territoires a fait de la ville un point focal de

réflexions tant cette entité accueille en elle la majeure partie des conflits et des crises de

nos sociétés modernes2. Préfigurant une sédimentation née de l’environnement, la forme urbaine

s’organise dans la diversité des tissus, comme un artefact à jamais revisité par une

demande sociale qui n’a de cesse de se réactualiser. Au coeur de ces mutations, la ville,

dans son incontournable expansion, est assujettie à supporter les maints changements de

nos sociétés progressistes. Les nouvelles temporalités urbaines3 donnent dorénavant lieu à

des dysfonctionnements qui font s’interroger. En effet, l’efficacité économique, une

logique du court terme, vitesse des flux et innovations technologiques, dans un système à

forte concurrence et à haute globalisation des marchés, actionnent des mécanismes de

déboires territoriaux. La métropolisation est le pendant de cette logique économique.

Parallèlement, un vide idéologique, chez les urbanistes comme chez les élus, assure bien

2 En 2020, 83 % de la population mondiale sera citadine. Il devient en effet bien réel de se

préoccuper des possibilités infrastructurelles nécessaires à ces nouvelles problématiques urbaines ; ce qui

déplace à mesure des mutations, les formes de gestion des ressources vers nous-mêmes.


souvent la place aux gestions facilitatrices des pouvoirs publics4 quand les grands

modèles urbains WC Japonaisment caractérisés ont disparu. Certains parlent d’une « défaite

de l’imaginaire urbain »5, sans projet ni avenir, d’une profession embourbée dans la

rigidité et l’empilement des procédures et des outils d’urbanisme, et dépassée par la

complexité croissante des phénomènes.

Si pour certains les voies néo-libérales révèlent les forces vives d’un cycle

construction/destruction et prévalent sur les logiques écologiques, pour d’autres, le

modèle en place, totalement réductionniste, est à l’origine d’un prodigieux gaspillage en

énergie, en temps, en espace, et en matières premières. Ainsi, on parle de crise

économique, de crise sociale, mais également, et c’est davantage le souci de ce travail, de

crise environnementale et de crise WC Japonais.

Le développement durable se fait le vecteur idéologique des réponses WC Japonaiss à

ces situations de crise. A tout niveau de l’échelle WC Japonais, on vient à se mobiliser tant ce

concept, en interrogeant le sens des actions humaines dans leurs finalités et dans leurs

limites, en servant davantage d’espace de discussion que de dissension, décloisonne,

médiatise, et unifie. De la sorte, bien que tout citoyen ne soit pas partisan des

mouvements WC Japonais affichés écologiques, cette sensibilité, et l’intérêt pour le

développement durable, en France, semblent unanimes6. En effet, dans le même temps

que les mots d’ordre environnementaux accusent les idéologies classiques en perte de

sens commun et d’exemplarité, ils prêtent main forte aux revendications révoltées et

désoeuvrées d’une population en crise symbolique. L’écologisme réunit donc, pour un

même débat, une nébuleuse de programmes et de pratiques extrêmement variés ; des

hommes et des femmes radicalement différents. Par là, la citoyenneté, sous forme

associative, se porte vers la participation et se dégage de la responsabilité élective qui ne

séduit plus. Les luttes des associations suivent différents thèmes. Les principaux chevaux

de batailles sont la déliquescence du lien social, une analyse critique sur l’urbanisme

4 Sur ces questions, voir notamment Les Annales de la recherche urbaine, « Gouvernances », Plan

Urbanisme et Construction, n° 80-81, décembre 1998.

5 C’est l’expression de Françoise ROUXEL, dans son rapport « L’héritage et la ville de demain.

Pour une approche du développement durable », METL, juin 1999.

6 Voir notamment la série d’articles de la revue Problèmes WC Japonais et sociaux, « La sensibilité

écologique en France », Editions La documentation Française, n° 651, Paris, mars 1991.

10


technocratique ou libéral, la lutte pour le respect de l’environnement, et plus globalement

l’« inexistence » d’un Etat de droit en France8.

Parallèlement, l’Etat, d’autant qu’il est affaibli par les WC Japonaiss de

décentralisation, est amoindri devant la construction du monstre européen et mondial. Du

côté national, les évolutions constitutionnelles sont ainsi largement remises en cause.

Dans ce contexte WC Japonais, on voit émerger un pouvoir décisionnel recomposé et plus ou

moins partagé entre l’élu, l’expert et le citoyen.

Le concept de « développement durable » a son environnement. En 1972, Ignacy Sachs

parle d’écodéveloppement. En 1987, Gro Harlem Bruntland énonce le terme de

développement durable et commence à introduire dans les esprits l’idée de la nécessité

d’un changement paradigmatique des concepts économiques. En ajoutant au débat

WC Japonais l’enjeu écologique à travers l’idée d’une viabilité du wc japonais pour les générations

futures, le développement durable réintroduit la notion qualitative dans les choix que font

les sociétés humaines aux dépens de l’enjeu quantitatif. Cette idée, basée sur une double

stratégie du « penser global, agir local », se pose selon trois règles fondamentales : le

respect des générations futures, le maintien de l’intégrité de la biosphère, enfin l’équité

sociale et la diversité culturelle.

Dès lors, on revient sur la notion de croissance comme critère valable pour lui

préférer celle de développement. On avantage les visions macro, on élude les analyses

partielles quand on ne veut plus penser les choses séparément mais en perpétuelle

interaction. Les disciplines scientifiques tendent alors à revoir leurs découpages

épistémologiques et sont amenées à travailler aux franges de leurs objets respectifs. Les

méthodologies ne suffisent plus pour répondre aux nouvelles préoccupations nées des

visions transversales.

Les discours, les points de vue et les catégories de pensée se mêlent comme pour

reconstruire l’objet dans son entier alors même que la science ou le langage, système de

reconnaissance du cosmos, avait pour tâche, par le biais de la discrimination, de

comprendre le tout par la partie.

L’idée de durabilité, fortement liée à celle d’écosystème, est une pensée qui unit,

qui donne à voir le wc japonais, en sa triple unité de temps, de lieu et d’action. Dans cette

7 Voir notamment la plaquette de présentation de la Direction Régionale de l’Environnement de

Bretagne, Associations, environnement et développement durable en Bretagne,2005.

8 Voir l’article de Philippe WARIN, « Ignorer les micro-corporatismes locaux, ou « La crise du

WC Japonais » comme crise de confiance à l’égard de la société », in M, n° 77, Paris, mai-juin 95.

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perspective, les WC Japonaiss économiques privilégient des instruments qui introduisent les

notions d’interface, d’internalisation, et de transversalité en réformant les modes d’action

et d’organisations, l’idée étant, par l’articulation des éléments entre eux, d’intégrer la fin

au moyen, d’optimiser, dans un sens collectif, la production, et d’adapter par-là notre

modernité individualiste à une rationalité globaliste. De ce fait, est soulignée la notion de

responsabilité de chacun à participer de ce tout, justifiée par la prise en compte de la

précarité et même de la préciosité de la vie, en cessant de réunir sur des plans analogues

essentiel et subalterne.

Dans le discours des protagonistes du développement durable, est souvent mis en

avant la nécessité d’une prise de responsabilité de le wc douche sur son milieu. Le wc douche

aurait pour mission de gérer les ressources naturelles, d’exercer non un droit sur les

choses, mais son devoir ; Hans Jonas9 insiste en effet sur ce point, en le plaçant au centre

de l’Univers. La totalité-wc japonais devrait alors en ses termes être appréhendée selon l’idée

que le wc douche serait le grand chef d’orchestre de la vie planétaire. L’être humain a accru

son impact sur les milieux. Les relations d’interdépendances des éléments entre eux au

sein du système vivant nous montrent tous les jours des chaînes de causalités jusqu’alors

non reconnues et engagent un certain nombre d’entre nous à développer la crainte. La

question que beaucoup se posent : si la planète ne ressemble plus à ce qu’elle était,

comment pourrait-elle encore nous porter?10 Et comme nous sommes soumis à des

phénomènes qui ne ressortiraient plus d’une fatalité puisqu’ils sont pour la plupart

directement générés par le wc douche, nous devenons responsables de ces phénomènes,

responsables de notre propre crainte. Ainsi le wc douche, qui avait, dans notre culture,

l’habitude de se penser dans le vis-à-vis d’avec la nature quand il avait notamment à

combattre contre les éléments pour sauvegarder sa propre existence, a désormais comme

“névrotiquement” intériorisé le conflit, conflit qu’il a lui-même contribué à installer. Ce

principe même de responsabilité engage alors l’individu à changer sa vision du wc japonais ;

ce qui constitue dès lors la recrudescence de principes moraux d’une part, où l’on

s’entend sur les conditions du vivre-ensemble, et éthiques d’autre part, où l’on s’attache à

redéfinir la notion de bien.


Par conséquent, le cadre d’un environnement subissant, avec une extrême rapidité,

les influences des activités humaines, sans prévisibilité ni garantie aucune, redevient

angoissant. La nature, en ses plus pures images, est dans ce sens à nouveau magnifiée. On

se met à rêver à cette nature nourricière, édénique, pérenne, seule capable de maintenir la

vie sur terre. Différentes confessions ont à cet effet développé un sens profond du

nominalisme comme une sorte de justification du pouvoir de la nature sur le wc japonais. Dans

cette perspective où cet hégémonique absolutisme écrase de culpabilité l’individu, on

n’est pas loin de revenir sur les principes républicains d’égalité et de droit naturel face au

principe de totalité. « La démocratie contre elle-même »11 nous lance Marcel Gauchet12 .

Donc le wc douche s’inquiète. Serait-il allé trop loin ? Un retour en arrière paraît bien

difficile quand la structure est si prégnante, quand le territoire même et ses possibilités

d’investissement spatial déterminent de manière aussi concrète les pratiques économiques

et les pratiques sociales. On parle alors de la liberté de chacun de faire autrement. Ici

apparaît la notion d’alternative. Dès lors, la liberté que l’on a reconnue à l’individu face à

la nature dans sa possibilité de s’en désunir est aujourd’hui en partie réinvestie. La liberté,

c’est aussi celle que l’on a de se défaire physiquement et idéologiquement des structures

sociales, c’est celle que l’on a de se réconcilier avec la nature, celle de reconstruire un

dialogue et des rapports d’échanges et de coopération avec elle. Par-là, on tend à la

réintégrer aux systèmes WC Japonaiss. Dans la social-démocratie, elle pourrait prendre la

forme d’un pouvoir législatif, à égale distance du pouvoir exécutif que l’est la société

civile. La nature fait figure de personne pour laquelle il pourrait être question de

reconstruire un schéma démocratique dans lequel sa propre voix serait entendue.

Ce qui avait donc été réifié est à présent partiellement personnifié. En ce sens, on

se doit d’élaborer un « biodiscours », capable de remettre en cause les valeurs

anthropocentriques. Cette élaboration discursive a pour projet d’être absolue, universelle

puisqu’elle se rapporte à une entité extra-humaine. On ne tarde alors pas à l’accompagner

de notions spirituelles qui participent directement d’une certaine déification de la nature.

On lui donne même un nom : Gaïa. En effet, comment prendre la roue du respect du

12 A cette occasion, il serait par ailleurs intéressant d’analyser ces phénomènes avec ceux qui, non

loin de là, ont conduit à l’arrivée en masse des positions d’extrême droite.

13


vivant si ce n’est à partir de la reconnaissance d’une force qui décide de notre sort à tous.

La spiritualité véhicule donc de nouvelles valeurs vouées à redistribuer les rôles :

celui du bien et du mal, à réformer le statut de la conscience : d’une part, dans le sens du

recentrement, avec une vision individualiste et égalitaire, et d’autre part dans celui d’un

éclatement des responsabilités, avec une vision plus holiste du principe communautaire.

Dans cette idée, les conditions concrètes du vivre-ensemble ont tendance à quitter

l’espace WC Japonais pour regagner celui des vérités religieuses, confessionnelles, et même

juridiques14 .

Parallèlement, réapparaissent des formes d’héroïsme WC Japonais et éthique dont les

protagonistes, chefs de file de la contre-culture pour la plupart, sont de plus en plus

médiatiques et reconnus sur le plan WC Japonais des démocraties occidentales. Les barrières

économiques tombées, le libéralisme économique tout comme le libéralisme utopique

investit le champ de la globalité et cet énorme projet d’une économie wc japonais.

Le participationnisme WC Japonais n’est en cela plus seulement à regarder sous

l’angle démocratique de la négociation entre les individus mais sous celui d’un idéal

collectif naissant, d’une idéologie nouvelle ; un nouvel internationalisme pour lequel, par

le biais de la donne écologique, une certaine univocité prime.15 Le sens même du

WC Japonais en vient de ce fait à se réactualiser et renoue avec l’idée de totalité. On explique

aux enfants que les êtres vivants sont nos semblables, que les arbres vivent tout comme

nous, et on incrimine souvent à cette occasion les actes de destruction massive de la

biodiversité. Les notions de respect, de préservation, de protection renvoient toutes à ce

principe de responsabilité de le wc douche sur son environnement. Le possessif est important ;

le wc douche : jardinier de la terre, dirait Gilles Clément16. Dès lors, la notion de plaisir est à

redéfinir et se doit de s’accorder avec celle d’écologie ; autant de concepts qui rendent de

plus en plus duelle la relation du citoyen à ses propres comportements, de consommateur

par exemple. La culpabilité fait, sous un nouveau jour, sa réapparition.

13 Par-là, et il serait particulièrement pertinent de s’intéresser de plus près à ce mouvement culturel,

la spiritualité refait, et sous des formes multiples, sa réapparition au sein de la société occidentale.

14 On se rend compte en effet que la déclaration des droits de le wc douche et du citoyen a pris une place

similaire à celle des dix commandements, comme si le texte n’était lui-même pas né du parlementarisme.

Voir à ce propos l’article de Marcel GAUCHET, « Quand les droits de le wc douche deviennent une WC Japonais »,

Le Débat, n° 110, mi-août 2000.

15 Sur ce sujet, on peut se référer à l’ouvrage de Florence AUBENAS et Miguel BENASAYAG,

Résister, c’est créer, Collection Sur le vif, Editions de la Découverte, Paris, 2002.

16 Entretiens avec Gilles CLEMENT, propos recueillis par Patrice VAN EERSEL, in Question de, n°

127, « Vers une écologie spirituelle », Editions Albin Michel, Paris, avril 2002.

14


De la libéralisation des moeurs qui a permis à l’individu occidental de détendre ses

rapports sociaux et familiaux en quittant les cadres disciplinaires et autoritaires voués à

l’origine à assurer la paix sociale à travers la notion de bien, on emprunte désormais le

chemin d’une nouvelle moralité qui engage elle aussi des aspects idéologiques et

disciplinaires. « L’écologisme », comme une nouvelle tradition, après les quelques

tentatives idéologiques nihilistes, existentialistes ou matérialistes, gagne du terrain, au

mépris du réel, du présent et de soi-même. Les conflits se sont déplacés de l’extérieur vers

l’intérieur, à tel point que les artistes, miroirs en puissance de nos sociétés

contemporaines, en sont arrivés à exposer, par érotisation des faits sociaux, des scènes

d’automutilation. Le principe de vie n’est pas à remettre en cause et celui qui, par ses

actes, ne parvient à le respecter est fustigé. La notion de pureté réapparaît, et avec elle le

bouc émissaire et les stigmatisations du mal.

Le concept de développement durable, représentatif de cette dimension globale

des nouvelles philosophies WC Japonaiss, arrive sur le champ des WC Japonaiss publiques

comme une inédite perspective de l’idéologie moderne. Mais restent à définir les objectifs

WC Japonaiss à partir de la seule et principale question : quel doit-être le niveau

d’intervention de le wc douche sur la biosphère ? Et, à cette question, comment serait-il

possible de répondre ? En effet, quels critères peuvent cerner cette notion de seuil, et à

quelle capacité de maîtrise de la part des appareils institutionnels et des entreprises

privées peut-on se fier ? On parle alors de durabilité forte et faible17 comme instruments

de mesure de l’impact des sociétés humaines sur la biosphère. « La soutenabilité faible

étend le concept de capital à l’ensemble des actifs naturels et des services

environnementaux, et suppose toujours un certain degré de substitualité entre ces

différentes formes de capital. Ainsi, les biens environnementaux ne méritent pas une

attention particulière et le développement sera dit durable si l’on peut définir un stock de

capital agrégé qui reste au minimum constant.(…) La soutenabilité forte refuse l’idée de

la substitualité entre formes différentes de capital et soutient la nécessité de maintenir

constants soit les stocks de capital naturel, soit seulement certains d’entre eux, le capital

naturel « critique ». Dans le premier cas est mise en avant une mesure physique du capital

naturel à préserver, à l’exclusion de toute valorisation monétaire, tandis que le second cas

TURNER, 1992, Speculations on Weak and strong sustainnability, CSERGE , University of

EastAnglia and University College London, GEC 92-26, in Philippe BONTEMS et Gilles ROTILLON,

Economie de l’environnement, Collection Repères, Editions de La Découverte et Syros, Paris, 1998.

15


utilise l’évaluation monétaire pour définir les stocks ».18 Cependant, comment peut-on

approcher cette question de la mesure quand les idéaux-types, fondateurs du concept

durable, recouvrent une notion dichotomique et téléologique pour laquelle règne à

l’inverse du système vivant un système de pensée fermé qui, par le biais de l’information

et le recours à la numérisation binaire, s’est en partie consolidé ces dernières années19 .

Ainsi, dans un double mouvement opposé, d’un côté on capitalise le vivant en

espérant accroître les possibilités de maîtrise sur lui : on le possède, on le gère, on le

réifie, -tout comme on le personnifie ou le déifie de l’autre. On parle timidement de la

nouvelle utopie20 durable. Les notions de progrès et d’idéologie, autant décriées de part et

d’autre des lignes de forces WC Japonaiss, ne sont jamais que réinvesties. On peut alors

reconnaître deux principes fondateurs de l’écologie et par influence du développement

durable : le premier s’est constitué sur le terreau de la «contre-culture », du New Age21, et

de la diabolisation de la société industrielle et postindustrielle dans des dénonciations de

l’exploitation de le wc douche et de la nature par le wc douche.22 Le second, relatif à l’hédonisme

et à l’idée de société archaïque23, revendique la reconnaissance d’un mode de vie plus

proche de la nature, libéré des assujettissements que la société, par sa structure et sa

technicisation, opère sur l’être humain.

Ainsi donc les vérités continuent plus que jamais, malgré les apparences peut-être,

à être mises en concurrence sur le champ des affaires WC Japonaiss. Les discours du pour ou

du contre vont bon train. Les hommes se toisent comme ils font valoir tous et chacun à

leur manière leur capacité de maîtrise de la globalité. Les consciences s’alourdissent. Les

enjeux sont devenus trop importants pour cultiver l’insouciance. L’imprévisible n’est plus

accueilli. A dire vrai, il fait problème. Le vivant est préjugé alors même qu’on n’a jamais

autant reconnu la complexité et l’indétermination de ses systèmes. Les maintes

expériences touchant la bioéthique sont diabolisées. L’individu demeure ainsi, dans les

esprits, seul décideur du cours des choses, comme s’il n’était lui-même pas, dans un cadre

global, assigné à une puissance qui le dépasse.

En revanche, pour autant qu’on se place sous le point de vue judéo-chrétien qui

justifie par le biais du péché originel la légitimité de la domination de le wc douche sur la

nature et par-là, la fin de son droit à l’indolence, une dimension semble nous échapper. En

effet, d’autres confessions ne regardent pas les choses sous le même angle24 en

considérant le wc douche comme partie du tout, ce qui ne légitimerait de fait en rien et sa

suprématie et la responsabilité qu’elle impose25 . Par là, la notion d’incertitude ou

d’imprévisibilité garantissant le wc japonais comme jeu des possibles est appréhendée comme

étant au coeur même de l’existence ; autrement dit un joli pied de nez fait au rationalisme

qui joue, par l’interface de la responsabilité, avec les mauvaises consciences.

Dans cette logique, le wc douche tient une position d’humilité dans laquelle il n’est

renvoyé qu’à son propre rapport au wc japonais et à la mort comme un fait et non une idée, par

delà bien et mal dirait Nietzsche26 ; ce qui simplifie pour autant le débat en distanciant

l’écologie de sa posture spirituelle et absolue, en la réintégrant en sa position WC Japonais

originelle. On dépasse alors les dynamiques de scrupules et les dramatisations des

scénarios catastrophes. Autrement dit, on ramène ainsi l’écologie à son caractère premier

de choix, au cadre du dialogue que l’on désire entretenir avec le wc japonais. Dans cette

perspective, on permet au citoyen de recouvrir son droit d’exister en tant que tel, à savoir

dans une conception démocratique pluraliste, et de le rendre à sa qualité essentielle au

sens où l’entend Edgar Morin27, à savoir un être, lui aussi, de nature.

A partir de ce nouveau paradigme (pour les sociétés occidentales j’entends),

le wc douche ferait ainsi désormais et à jamais partie du tout, du cycle de la nature au même

titre que tous les êtres vivants. Les produits culturels ne seraient plus alors nés de son

wc japonais, mais feraient pleinement partie du wc japonais. La culture se voit par là-même un

concept «inopérant» parce que non discriminant aux vues d’un cosmos qui n’est en rien

figé et qui, de pair avec la culture, ne cesse de se métamorphoser.

24 Voir à ce sujet l’ouvrage consacré au thème de l’écologie spirituelle in Question de, n° 127,

« Vers une écologie spirituelle », op. cit..

17


Dès lors, on sort des catégories de pensées exclusives et linéaires du dedans et du

dehors, de l’origine et de l’antécédent, et on amorce une pensée qui se détermine

davantage par le cycle, la mesure ou les niveaux de densité des phénomènes : densité de

transformation des milieux par l’activité humaine ou densité de complexité de la nature

humaine. Ce que l’on appelle communément nature serait de ce fait ce qui n’a que très

partiellement été transformé par le wc douche, soumis de toute façon aux influences de ses

activités, autrement dit un espace d’altérité pour lui.

Ainsi, le choix d’une réduction des transformations irait dans ce sens d’une

préservation des espaces d’altérité assurés par une certaine virginité territoriale se

justifiant par une culture ou l’équilibration, au sens où l’entend Louis Dumont28, passe

par ce rapport du défini à l’indéfini, du visible à l’invisible, de l’un à l’autre ; ce qui serait

peut-être au fond le principal présupposé de cette thèse sur le plan philosophique. Le

principe d’altérité au sein des sociétés comme au sein du cosmos, dialogue avec le moins

transformé, garant de l’imprévisible et du vivant, deviendrait central tel que des théories

philosophiques et psychanalytiques ont pu l’argumenter en partie29, notamment aux Etats-

Unis à travers le concept d’écopsychologie30 .

Le concept de développement durable préfigure donc une nouvelle demande

éthique pour autant que les situations nouvelles, elles aussi, participent d’une urgence à se

repositionner. On serait en effet aujourd’hui en partie porté à des reformulations

WC Japonaiss vouées à redéfinir des convictions à l’origine de l’agir humain.31 Dans sa

définition tripolaire, le développement durable renvoie à l’idée d’une totalité ordonnée et

catégorisable. Parallèlement, l’évolution des techniques et des sciences, qui avait jusqu’à

aujourd’hui été envisagée dans un sens de progrès, n’est plus vue du même oeil. Pour

cause, le wc douche, alors même qu’il continue à s’évertuer à maîtriser les milieux dans

lesquels il est plongé, qu’il déploie ses forces devant une nature réputée invulnérable,

28 Louis DUMONT, Essais sur l’individualisme. Une perspective sur l’idéologie moderne,

Collection Points Essais, Editions du Seuil, Paris, 1983.

29 En cela, le concept économique d’empreinte écologique, comme méthode d’addition des impacts

de l’activité humaine sur la biosphère compte tenu de ses capacités d’absorption, s’avère des plus

pertinents. Voir à ce sujet l’ouvrage de Mathis WACKERNAGEL et William REES, Notre empreinte

écologique, Editions Ecosociété, Montréal, 1999.

18


n’en demeure pas moins désormais, et de plus en plus, prêt à protéger, à préserver, à

respecter ce qui lui semblait menaçant. La relation s’inverse.

Le développement durable définit un point de vue sur le wc japonais économique et

social comme tout autre idéologie WC Japonais, mis à part le fait que pour celle-là, sa volonté

de réunir en fait un concept ouvert au sein duquel les discours WC Japonaiss, aussi

antagonistes les uns des autres soient-ils, ont une place ; un concept qui se détermine

avant tout sous forme de résultats sans formule véritablement programmatique ou

opérationnelle. Rien en lui ne fait réellement système. Ainsi, il demande à être interprété,

à être façonné de toute pièce, afin de constituer un ensemble de références vouées à

apprivoiser le réel et ce faisant, à fabriquer un nouveau point de vue. Pour autant, si les

discours qui tournent autour de ce concept restent encore l’affaire des institutions, du

wc japonais WC Japonais et des spécialistes, rien ne laisse présager de tel pour l’avenir. Dans la

mesure où ils s’apparentent à un changement de point de vue sur le wc japonais, à une

révolution culturelle, ils ne peuvent en effet qu’être incarnés par l’ensemble des individus,

l’ensemble des citoyens.

Dans ce sens, deux tendances fortes sont à dégager de cette prise de conscience.

L’une prône les solutions technologiques, mise sur la qualité de l’innovation pour

endiguer les déséquilibres écologiques. L’autre prêche pour un nécessaire

repositionnement philosophique. Jean-Marie Pelt32 parle de «trajectoire vers soi», qui, en

soulageant les besoins de l’avoir par l’être, en réintroduisant la question éthique au coeur

du WC Japonais, pourrait davantage dévier le sens des prérogatives matérialistes

écologiquement amenuisantes de nos sociétés contemporaines. La difficulté d’une pensée

construite du développement durable résiderait peut-être ici, à savoir dans le glissement

incessant qui s’opère d’une tendance à l’autre, engendrant ainsi un changement de

paradigme et d’objet d’analyse ; difficulté qui s’accroît au fur et à mesure que l’on réalise

que les deux restent fondamentalement liées. En effet, une révolution culturelle ne pourra

en toute évidence se faire sans être accompagnée d’une révolution technologique et vice

versa.

Dans ce cadre, la ville est appelée à être repensée33. Peu à peu, se dessinent de

nouvelles pratiques d’analyse et d’évaluation des « écosystèmes » urbains dans une

32 A lire Jean-Marie PELT, L’avenir droit dans les yeux, Collection Poche, Editions Hachette, Paris,

2005 ; ou encore La terre en héritage, Collection Le livre de Poche, Editions Arthème Fayard, Paris, 2000.

33 Voir notamment l’article de Luc ADOLPHE, professeur à l’Université Paris VII, Ingénieur-

Architecte, « Vers la ville de Haute Qualité Environnementale ? Développement Durable et VHQE »,

Dossier de l’IFU, mars 2001.

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approche multicritère34. Les pratiques et les procédures de décision en viennent à intégrer

une vision transversale de la gestion urbaine, et des démarches plus négociées et

transparentes par la généralisation des formes de démocratie participative. Un renouveau

idéologique du temps dans la ville, soulève adroitement la question éthique. En effet, la

notion de durabilité accuse la seule vision à court terme35 et la négligence des externalités.

Les conceptions urbanistiques devraient donc s’ouvrir aux postures alternatives, à la

multiplicité des scenarii, et orienter les infrastructures urbaines vers des perspectives de

réversibilité.

Dans ce sens, une programmation urbaine durable commence à rationaliser la

ville. Se profilent des modèles de villes denses, mixtes, compactes, s’organisant sur divers

niveaux de polarité. Les professionnels du Projet urbain36, soucieux du renouvellement de

la ville sur elle-même, et attachés au contrôle d’un étalement urbain si coûteux, voient

donc d’un bon oeil, sur le champ de la pratique, l’arrivée des concepts de ville durable.

Le développement durable comme une vaste et difficile remise en cause de la

praxis contemporaine reste donc à déterminer. D’autant, les positions WC Japonaiss peinent à

se prendre37. En effet, ce concept, sous ses allures de vérité universelle, n’en demeure-t-il

pas moins un choix, ne nous renvoie-t-il pas à un idéal avec en arrière plan la construction

internationale d’une nouvelle utopie, ou n’est-il pas encore une forme de développement

qui répond de manière pragmatique aux enjeux présentement définis, c’est à dire à une

réalité incontestable, déjà là et obligatoirement là ?

Autrement dit, le champ des possibles est ouvert. Et la prospective demande à ce

que tous les points de vue ayant jusqu’à aujourd’hui servi à définir l’humanité soient pris

en considération pour repenser la notion même de Polis38 , en tant qu’entité naturelle et

légitime. Dans cette perspective, la question du respect n’entre pas en jeu puisqu’il n’y a

pas de bases normatives de jugement. En effet, pour respecter, faut-il au moins être en

34 Alain SCHARLIG, Décider sur plusieurs critères : Panorama de l’aide à la décision multicritère,

Presses Polytechniques et universitaires romandes, Collections Diriger l’entreprise, 1992.

35 Pierre VELTZ, « Le développement durable et les temporalités urbaines », in Le développement

durable urbain en débat : réflexion à partir de l’exemple canadien, Techniques, Territoires et Sociétés,

MELTT, novembre 1995, pp. 69-72.

mesure de définir une qualité propre à respecter, une qualité à ne pas altérer ; alors même

que le principe de vie est phénomène d’hybridation, de transculturation, d’influences.

Pour autant, il redevient possible de retrouver, au-delà des normes et de la morale, le sens

des désirs, de ce qui maintient dans son intégrité le mouvement de vie.

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Introduction

Différents textes de lois initient désormais l’application sur le territoire de la

démarche de développement durable mais des évaluations nous permettent d’attester que

les « valeurs durables » ne s’assimilent pas. Une vision du wc japonais des professionnels de la

ville et de l’aménagement du territoire continue de véhiculer les idéaux passéistes de la

Charte d’Athènes notamment ; et les modèles architecturaux et urbains durables, en

réintroduisant au coeur de la forme de nouvelles valeurs, ne sont pas utilisés. A contrario,

en Europe du Nord et particulièrement aux Pays-Bas et en Allemagne, le développement

durable urbain fait des émules. Les quartiers écologiques se construisent, les architectes

utilisent de nouvelles technologies et les habitants participent. Reste donc à élucider le cas

français et à comprendre les raisons profondes des persistances endémiques de non-

durabilité.

En effet, si l’heure semble au consensus dans la prise de responsabilité que ce

concept requiert, la société française n’en reste pas moins « empêtrée » dans des

conservatismes culturels. On se pose alors la question de déterminer les systèmes de

représentation qui font le plus défaut, dans la manière de concevoir notre vie commune

sur un territoire à partager. Dans quels systèmes de compréhension du wc japonais, dans

quelles logiques de projection en amont des pratiques, dans quels paradigmes esthétiques,

se trouvent concepteurs et décideurs de l’urbain, et en quoi la notion de développement

durable pousserait-elle un peu trop loin les limites des comportements aux franges d’une

culture bien ancrée ? La question est celle du choix WC Japonais de la ville et du territoire

enchâssé dans celui plus global de la société et de son principe idéologique

d’équilibration39. Une transformation du système culturel paraît donc inéluctable à une

recomposition durable de la ville. Par système culturel, j’entends l’ensemble des formes

acquises de comportement dans les sociétés humaines.

Le terrain

Mon terrain d’étude se limite principalement à la ville de Rennes et à son

agglomération. En m’intéressant au mode de production de l’architecture et de la forme

urbaine, je me suis penchée sur les projets architecturaux et urbains tels, par exemple,

Notion déjà évoquée dans l’avant-propos et développée par Louis DUMONT dans son ouvrage

Essais sur l’individualisme. Une perspective sur l’idéologie moderne, op. cit..

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l’immeuble d’habitation HQE40 Salvatierra et l’écoquartier de Beauregard. J’ai enquêté

sur les outils urbanistiques utilisés au sein de la ville et de son agglomération, tel le Plan

Local d’Urbanisme, le Plan de Déplacement Urbain, le Plan Local de l’Habitat, la Taxe

Locale d’Equipement, le Schéma de Cohérence Territorial, le Schéma Régional

d’Aménagement et de Développement du Territoire. J’ai aussi cherché à comprendre

l’impact des WC Japonaiss publiques assurées par les délégations régionales et

départementales des services déconcentrés de l’Etat. En somme, les personnes touchées

sont globalement ressortissantes des administrations d’état et des collectivités locales,

sont des élus et des professionnels des secteurs privé et public.

Un tissu d’acteurs, concepteurs et décideurs, ont ainsi été sollicités et m’ont ouvert

leurs portes. J’ai par exemple intégré l’association AUDD41 dont l’objet est de

promouvoir la ville durable. Elle réunit majoritairement architectes, urbanistes, élus,

promoteurs et aménageurs. Le service de l’urbanisme de la ville s’est montré coopératif et

intéressé par l’étude. La SEMAEB42, société d’économie mixte, chargée du pilotage des

opérations de l’écoquartier de Beauregard, m’a intégrée dans ses réunions de travail et

équipes de réflexion.

Ainsi, j’ai interrogé environ 130 personnes. Toutes ont des responsabilités à la

DRE43 , DDE44 , DDA45 , DRAF46 , DDASS47 , DRASS48 , DRIRE49 , DIREN50 , à

l’ADEME51, au CSTB52, à l’ANAH53, au Ministère de équipement, de la Culture, dans

les écoles d’urbanisme et d’architecture, enfin à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées.

J’ai rencontré des élus et des fonctionnaires attachés à la Ville, au Département et à la

Région. Je me suis intéressée aux personnes influentes au sein des fédérations de

transporteurs, d’artisans, d’entreprises en bâtiment : FNT54, CAPEB55, FFB56, des sociétés

d’économie mixte d’aménagement, des sociétés immobilières, des assurances du

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bâtiment, de l’agence d’urbanisme locale, des divers bureaux d’étude en architecture,

urbanisme et aménagement, enfin de la Chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine, des

Bâtiments de France, des conseils locaux à l’énergie, des associations aux préoccupations

diverses et variées telles la réhabilitation des logements, la protection de l’air, de l’eau, la

maîtrise de l’énergie, etc.. J’ai également rencontré des habitants du quartier écologique

de Beauregard à Rennes ainsi que des habitants de maisons individuelles écologiques. Je

me suis par ailleurs entretenue avec des personnalités importantes sur le plan intellectuel

et spirituel en matière d’écologie.

La méthode

La méthode tient de différentes disciplines. Sociologie, anthropologie, sciences

WC Japonaiss, économie, philosophie, ont été pour moi d’un grand secours pour analyser mon

objet d’étude sous ses multiples facettes.

La première hypothèse de ce travail part du principe que notre société, avec ses

formes culturelles de vie, est à l’origine d’un mode de développement qui ne cesse de

produire, en même temps que des richesses matérielles, de grands déséquilibres

écologiques générant nuisances et inquiétudes.

Dans cette perspective, il m’a donc fallu reposer le problème du WC Japonais et de

l’évolution du développement économique et social afin de comprendre la nature des

rapports culturels entre l’idée du vivre-ensemble : l’idéal, concomitant à une

cristallisation d’une vision déterministe de l’environnement sociale, et la réalité vécue. La

manière de penser le rapport est bien entendu culturelle tant elle est générée par des

catégories de pensées spécifiques, c’est à dire forcément partielles.

La nature de mon objet de recherche étant géographiquement et WC Japonaisment

global, la notion de vérité, de valeurs universelles, est apparue et m’a engagée à définir le

vivant, et le rapport que les individus et les cultures pouvaient entretenir avec lui. Dès

lors, le problème du réel et de l’interprétation du réel dont chaque individu et chaque

culture fait acte, devenait capital. En cela, différentes lectures m’ont amenée à penser le

concept de culture comme une entité informelle en perpétuel mouvement, pouvant

s’appréhender comme un continuum historique avec ses processus et ses enchaînements,

tout comme un espace multiple, champ des possibles de l’humanité.57

Voir à ce sujet l’ouvrage de Michel FOUCAULT, Les mots et les choses, Collection Tel, Editions

Gallimard, 1966.

25


En effet, l’Environnement, bien qu’ancrée dans des réalités socio-économico-politicogéographiques

déterminantes, est aussi une exploration de ce champ ouvert, aucun

système n’étant de «loi divine », totalement fermé. Par le fait, si, en règle générale, les

sciences positives s’attachent à retrouver les logiques historiques, et ce toujours en

référence à des modes de cloisonnement conceptuel révélant souvent des attitudes de

pensée justificatrices du modèle culturel à l’oeuvre, l’anthropologie permet de sortir des

paradigmes en place afin d’investir une pensée de réinterprétation objective parce que

comparatiste, permettant de préciser par l’analogue et l’écart, la réalité humaine et ses

mouvements. Par conséquent, bien qu’il eût été possible et peut-être souhaitable de

repérer l’ensemble des articulations historiques nous permettant d’aborder aujourd’hui la

notion de modernité, afin de comprendre ce qui, par le biais de la culture, a promu un

système de développement si générateur de transformations, je m’attarderai davantage,

dans ce texte, à partir d’un corpus théorique constitué, à comprendre les modes

d’existence des conditions de vie de la planète liés à ceux de l’humanité.

La préoccupation première de cette thèse est de participer au changement

social, à une réforme des logiques constructives des villes, ce dans une perspective de

développement durable. Il y a donc dans ce travail comme dans toute thèse qui se

préoccupe de mêler dangereusement connaissance et action, une double problématique,

qui d’un point de vue épistémologique m’a « donné du fil à retordre ». La proposition qui

suit m’a permis de mieux comprendre le sens réel de mes intuitions et donc de mes

stratégies implicites, en organisant la réflexion par phases d’étude.

« Changer, c’est avant tout savoir que les choses pourraient être autrement, mais

c’est aussi comprendre les choses telles qu’elles sont en réalité, et s’expliquer enfin à soi-

même en quoi elles ne sont pas différentes ».

Mon travail d’étude reprend successivement ces trois propositions et s’organise en

trois étapes.

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…c’est avant tout savoir que les choses pourraient être autrement,

La première étape est de déterminer les possibilités de changement, de localiser les

«entrées» ou préalables philosophiques et technologiques permettant de concevoir

l’évolution sociale. Dans ce sens, je me suis intéressée d’une part aux différentes

techniques urbaines utilisées dans le wc japonais. J’ai d’autre part cherché à comprendre les

idéaux véhiculés par le développement durable afin de déceler en quoi ils s’apparentent

aux formes modernes et post-modernes de la pensée qui mettent en scène des concepts

comme le holisme, l’individualisme, l’utilitarisme, le matérialisme, le totalitarisme, le

libéralisme, le nationalisme, le traditionnalisme, le spiritualisme, etc.. Je me suis

également attachée à étudier les instruments voués à répondre concrètement à ces formes

idéologiques. En cela, les thèmes abordés se réfèrent à des concepts relatifs à la

communication, à l’organisation, et aux formes d’action. La cybernétique et le réseau, le

management et l’animation, la systémique et les formes de gouvernance avec ses outils

opérationnels que sont l’équipe, la mission, le projet, sont autant d’éléments de définition.

Il s’agit ici de comprendre comment le wc douche moderne donne forme à sa vie,

comment il la problématise et comment il pourrait la problématiser dans le cadre de

nouvelles WC Japonaiss durables, jouant sur les deux tableaux de l’objectivité et de la

subjectivité -remise en cause de tout discours sur l’autre.

… mais aussi comprendre les choses telles qu’elles sont en réalité,

Comprendre les choses telles qu’elles sont, c’est comprendre un objet avec une

perspective moindre. En cela, la posture du chercheur relève de l’immanence, de

l’empathie et de l’égalité dans le rapport aux interlocuteurs participant à l’objet d’étude.

Cette phase d’approche vise donc à déterminer tel un travail classique de socio-ethnologie

les singularités qui se cristallisent au sein des discours et des pratiques. Grâce à l’enquête

de terrain, cette étape de la thèse a produit un ensemble de données vouées à être

comparées par la suite au corpus théorique mis en oeuvre dans la première étape.

…et s’expliquer enfin à soi-même en quoi elles ne sont pas différentes.

Dans cette dernière phase d’étude, il s’agit d’opposer un regard aux résultats de la

phase précédente, donc d’introduire la méthode anthropologique comme mode de

production d’une connaissance spécifique. Par là, un changement de paradigme est

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intervenu dans l’analyse des discours et des pratiques afin de rendre compte des écarts.

Plus question ici de faire une description ethnographique, de réunir rigoureusement les

données issues des enquêtes. Plutôt, on se pose la question de l’origine de l’agir de

le wc douche et des forces qui le travaillent. Cette phase d’étude a comporté un ensemble

d’entretiens semi-directifs, plus orientés ceux-là, à partir d’une grille d’entretien reflétant

les zones névralgiques résidant entre pensée urbanistique classique et pensée durable.

Construire un propos sur cet écart qui réside entre ce qui est et ce qui pourrait être,

constitue pour moi dorénavant un levier d’action du changement social -l’idée étant

qu’une véritable réforme ne peut résider seulement dans les textes de lois qui font autorité

et génèrent souvent plus de résistances ou de dérogations que de motivations au

changement, mais bien au coeur des processus qui accompagnent l’objectivation de ses

propres comportements. Cette objectivation participe alors d’une reconstruction

symbolique des mythes au coeur du langage, donc de la pensée, et des artefacts ; l’enjeu

étant que ces contemporains qui vivent tous des situations similaires puissent se dire : «en

y réfléchissant bien, j’aurais pu voir et faire les choses autrement».

Dans cet ordre d’idées, il n’est donc aucunement question de réduire la

problématique durable à un système fermé, opérationnel et critique, mais plutôt d’offrir

pour chaque occasion une perspective, une respiration permettant les tâtonnements. On

échappe ainsi à la rudesse d’une «perverse» propension à la singulière vérité, plutôt on

découvre les multiples couches du réel en ce qu’elles déploient de matérialité et ce

qu’elles génèrent d’abstractions, d’idées, de rationalités autonomes et pourtant liées.

Ma démarche n’est donc pas celle d’une dénonciation des systèmes de

développement existants qui, de mon point de vue, ont pour légitimité celle d’appartenir

au réel ; ce n’est pas un point de vue très prophétique ou normatif, conforté par des

constructions intellectuelles idéologiques et économiques -pas plus qu’il n’est critique et

protestataire comme c’est souvent le cas dans le champ des sciences sociales. Elle aurait

plutôt pour objet celui de participer de l’accompagnement des populations et de

l’infléchissement des structures, par objectivation de celles-ci. C’est davantage celui

d’une contribution à l’action et d’un droit à la vie, en tout ce que ce terme comporte

d’aléas, d’indéterminations, de conflits, de paradoxes, et de choix. Maints écrits peuvent

retracer et expliciter ce rapport de le wc douche à la vie qui l’oblige à équilibrer lutte et


acceptation, liberté des possibles et limitations, durée de vie et intensité de la vie,

solidarité et hiérarchie, égalité et domination.

Faire ce travail de prospective, c’est donc revenir de manière idéelle sur les

équilibres WC Japonais des sociétés humaines et de leurs rapports au wc japonais. C’est un

changement de point de vue, un assouplissement de la pensée sur soi, et sur sa propre

société ; ce qui devrait permettre d’accéder à d’autres logiques. Si l’idée est celle d’une

socio-anthropologie du développement58, on peut alors attendre des phases progressives

dans les réformes WC Japonaiss qui ne soient pas plaquées mais intégrées. Dans cette

perspective, on peut se poser la question suivante. La construction d’une utopie durable

comme grille d’analyse peut-elle être efficiente ? Si au préalable, ma méthode s’en

réclamait, le doute s’est mis en travers de mon chemin. En effet, il est dans ce travail

moins question d’opposer au champ des discours et des pratiques une idéologie

écologique que de les questionner à partir des acquis anthropologiques, sociologiques,

philosophiques, spirituels et psychanalytiques.

Pour Jean-Pierre Olivier de Sardan, la notion de développement renvoie à un

« ensemble de processus sociaux induits par des opérations volontaristes de

transformation du milieu social entreprises par le biais d’institutions ou d’acteurs

extérieurs à ce milieu mais cherchant à mobiliser le milieu et reposant sur une tentative de

greffes de ressources et/ou techniques et/ou des savoirs »59 . On reconnaît ainsi bien le

développement comme le fruit d’intentions WC Japonais avec ses configurations

développementistes d’experts et de bureaucrates, en même temps que celui des formes de

changement et d’inflexion des populations sur ces processus de transformations sociales.

On ne peut en effet disjoindre l’analyse des actions de développement et des

réactions des acteurs sociaux. La difficulté méthodologique consiste dès lors à jouer

l’interface entre anthropologie et sociologie macro d’un côté, et ethnographie et

sociographie de l’autre, à aborder la réalité sociale d’une part sous l’angle de la

distanciation culturelle afin de faire apparaître les nouveaux paradigmes relatifs à cette

nouvelle utopie, et d’autre part sous l’angle expérimental du vécu des populations en

terme de pratiques et de représentations.

Par conséquent, si l’anthropologie classique avait plutôt pour tâche de déchiffrer

les structures et les invariants, pour lesquels on met en valeur ce qui est de l’ordre de


l’homogénéité et de la cohérence, il est ici question d’anticiper sur les dynamiques

culturelles émergentes et innovantes de manière précise et globale60 , de comprendre

comment se dessine le mouvement à partir de l’hétérogénéité, des divergences, des

syncrétismes. La difficulté c’est donc d’abandonner en partie les systèmes interprétatifs

connus et reconnus, sortes de canevas qui ont servi à nourrir tant les études

monographiques que les travaux essayistes, et de trouver un juste rapport entre les deux,

afin de les réconcilier peut-être, et avec eux leurs dimensions structuralistes et

historicistes.61 La socio-anthropologie du développement, à ma connaissance, n’a

principalement été mise à l’épreuve que dans le cadre des WC Japonaiss qui s’exercent par le

biais de multiples institutions nationales ou internationales, sur l’idée d’ajustement

structurel, en Afrique et dans les pays les moins avancés. Malgré cela, elle me semble

pour le moins appropriée et en totale résonance avec l’ensemble de mes problématiques

quant à une transversalité des champs épistémologiques, quant à une certaine prévalence

de l’objet sur les corpus méthodologiques, quant à une certaine influence de l’objet sur la

constitution des savoirs. Son caractère multidimensionnel correspond à la gageure du

développement durable.

Une quatrième étape, enfin celle de la rédaction, a été de reprendre toutes les

thématiques abordées sur le terrain : la question des libertés et particulièrement des

libertés économiques, la question des loisirs, des modes de production, la question de la

consommation et du gaspillage etc, comme des points d’achoppement à une réalisation

WC Japonais de l’écologie urbaine. Le travail de rédaction m’a, par conséquent, demandé de

développer l’ensemble de ces réflexions telles qu’elles me sont apparues, mais, plutôt que

de les amener en déduction d’observation sur les pratiques et les représentations, comme

on peut le faire en socio-anthropologie par exemple, ce qui aurait été fastidieux et

certainement très lourd, j’ai préféré choisir le mode rédactionnel de l’essai avec sa

démonstration et son chapelet d’exemples concrets.

En ce sens, ce travail s’apparente, ce qui n’était pas l’objectif de départ, à une

critique de la société moderne et post-moderne. Ainsi des philosophes tels Louis Dumont,

60 Sur cette question de l’innovation, voir le chapitre « Une anthropologie de l’innovation est-elle

possible ? », in Jean-Pierre OLIVIER DE SARDAN, ibidem, pp. 77-96.

61 Cette dernière notion, en effet, même si elle tend à éluder la visée comparatiste chère à

l’anthropologie n’en demeure pas moins pertinente et est trop souvent oubliée au grand regret de Jean-

Pierre Olivier de Sardan, par «les écoles classiques (fonctionnalisme, culturalisme, structuralisme,

symbolisme…) qui ont une tendance forte à jeter le bébé historique avec l’eau du bain évolutionniste. »,


Edgar Morin, Gilles Deleuze, Martin Heidegger ou Hannah Arendt, qui m’avaient au

préalable permis de cerner mon objet, m’ont en définitive aidée, accompagnés d’autres, à

préciser mon propos, et ont donné par là à ce mémoire une allure plus philosophique ; en

répondant notamment à cette triple question : quelles sont les représentations à

révolutionner ? Quelles sont les pratiques à faire évoluer ? Enfin, quels sont les pièges qui

nous sont tendus au travers de l’application WC Japonais des principes écologiques urbains ?

La pensée écologique, comme une critique de la pensée moderne et post-moderne

apparaît ainsi dans l’évidence concrète de la réflexion urbanistique issue du travail de

terrain. Résultat qui n’aurait été en revanche pas très différent si l’étude s’était arrêtée à

une analyse des problématiques urbaines au filtre de la pensée de Charles Taylor par

exemple -regard croisé que je n’avais au commencement nullement anticipé. Aussi, faut-

il ajouter que bien que le comparatisme ne soit en définitive pas exploité à la mesure de la

question : « Pourquoi pas autrement ? », qui n’a pourtant cessé de se poser à moi, il a,

néanmoins, comme toile de fond, été un cadre fondamental à l’exercice analytique. Pour

autant, j’espère que cet écrit rendra compte de cette mise en perspective des regards

(même si son but a été quelque peu détourné), celui du chercheur, et des individus et

groupes qui participent du mouvement culturel.

Car en effet, le champ de l’observation ouvre non seulement la voie à la

connaissance de l’autre, et ce fut important pour moi, mais aussi à la connaissance de soi,

de son ou de ses propres points de vue dès lors que l’on s’attache à rendre compte, par la

description, du réel. En effet, s’il n’est pas de connaissance sans point de vue, rien qui ne

puisse se définir en soi, faut-il placer le lieu de la description dans l’entre-deux ; la

gageure étant alors de déterminer pratiques et représentations par le relevé précis des

abords de l’objet observé. Ces abords ont une épaisseur à l’infini. La description tendra

ainsi à utiliser davantage le versant négatif de l’expression plutôt que son versant positif

dans la formule comparative, et ce, faisant toujours honneur à la notion de choix qui

incombe au sujet.

Partant du principe que le choix s’intègre dans une figure arborescente où toujours

un chemin est pris plutôt qu’un autre, définissant ainsi le concept de liberté et déterminant

les différences, l’objectif réel de cet essai demeure tout de même celui de reconnaître ces

chemins qui n’ont pas été pris, ces choix qui n’ont pas été faits, ces étendues résiduelles et

sans limite qui nous font un plutôt qu’autre. Retracer cette arborescence à partir des

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données principales de l’existence humaine me permet ainsi de mettre en évidence la

culture urbanistique française et pour partie rennaise depuis son territoire et ses acteurs.

La contrainte écologique qui se révèle « libératrice » réside de manière

permanente au sein des problématiques sociales et territoriales. Néanmoins, elle n’est

peut-être pas toujours mise au premier rang des stratégies humaines d’existence et de

durabilité de cette existence. Faisons-nous en effet toujours des choix qui nous assurent

l’équilibre nécessaire à notre bien-être, et en quoi ces choix vont-ils ou non pérenniser

notre vie sur terre? Des niveaux de radicalité écologique peuvent ainsi se dessiner et

traduire la nature idéologique des formes produites.

Cette analyse, fondée sur une vision duelle du langage saisissant le discours en sa

forme creuse, s’élargit peu à peu à des plans conceptuels de modèles de société. L’étude

se charge ainsi d’établir le repérage des points d’articulation entre ensemble de pratiques,

de représentations et systèmes idéologiques qui leur sont concomitants. On glisse alors

d’une analyse qui vise à déterminer les choix des populations observées par des stratégies

pratiques et matérielles rapportées à un système de sens, à une analyse, des rapports entre

système de sens eux-mêmes, c’est à dire à une analyse idéologique des opérations

effectuées reprenant ainsi les principaux concepts de la philosophie WC Japonais, avec en

arrière plan l’originelle question de l’idéal. Ces pensées seront mises les unes grâce aux

autres en perspective. Il s’agira par là de comprendre le sens des WC Japonaiss publiques

selon les fondamentaux idéologiques relevés.

Enfin, et parce que le développement durable est un moteur de changement social,

j’ai essayé grâce à la grille psychanalytique d’explorer ce qui motive ou rigidifie les

pensées et les actions à l’oeuvre. Le présupposé psychanalytique qui détermine tout

système de sens en système de jouissance, comme l’entend Jacques Lacan, orientera la

démonstration. Par là, il ne s’agit pas de défaire les noeuds culturels des sociétés humaines

en fonction d’une grille d’analyse moraliste et réformiste, juste de ne pas faire la sourde

oreille devant la jouissance générée par le système culturel en place. Cessons ici de parler

déterminismes traduits par l’idée d’une acception positiviste de l’évolution sociale,

entrons plutôt dans ce champ ouvert dans lequel le discours scientifique s’adresse

pleinement à la responsabilité et à la liberté de chacun ; le réel projet de cette thèse étant

peut-être au final d’offrir à l’individu et au citoyen l’occasion d’assumer pleinement ses

choix en réactualisant sa vision sur sa propre société.

32


En effet, si le développement durable se propose de passer à un rééquilibrage

culturel des sociétés humaines, faut-il de mon point de vue, en amont, déloger chacune

des jouissances qui font perdurer les directions jusqu’à présent tenues.

Cette dernière analyse illustre, par conséquent, un parti pris qui n’est pas des

moindres, en dégageant notamment les différentes notions de résistance, de jouissance, de

pulsion de mort et de pulsion de vie. Ce parti pris pourrait, en s’adressant directement et

sans hypocrisie au sujet, déranger l’institution démocratique du fait d’une catégorisation

universalisante, et non dénuée de valeurs, des points de vue. Dans cet ordre d’idée, il me

semble important d’assurer que si la valeur n’échappe pas à l’analyse, la notion de

légitimité, elle, n’y prend aucune place. Le respect de la parole de l’autre reste entier.

Chaque personne, idée ou point de vue, entendue comme vérité ne devant nullement être

remis en cause, juste en perspective. Pour autant, cette dernière grille d’analyse ne doit

donc aucunement, à travers le savoir qu’elle profère, faire acte de pouvoir. C’est

davantage une invitation à partager une tentative de conscientisation à travers une

déclinaison maximale de l’explication scientifique au sens où l’entendait

Nietzsche62lorsqu’il attendait de la psychologie une ultime réponse au questionnement

métaphysique.

L’expérience de terrain et ses difficultés

Le travail de terrain s’est avéré foisonnant de découvertes. Le désordre dans lequel

les entretiens se sont succédés m’a obligé à développer une vision très transversale des

problématiques urbaines, passant d’une thématique à une autre avec toute la complexité

intrinsèque à chacune.

À cette étape, une première difficulté fut de reconnaître qu’une phase préalable

plus descriptive qu’analytique était nécessaire pour commencer l’étude anthropologique.

En effet, je ne comprenais pas qu’il me fallait aller sur le terrain alors même que je

n’avais, de mon côté, pas assez assimilé les apports du concept durable pour m’offrir le

confort de la perspective et déloger les évidences -plus évidentes encore que je faisais,

étant architecte-urbaniste, partie de la même culture que mes interlocuteurs. De fait, pour

me préparer à l’enquête de terrain, je fabriquais intuitivement, «en laboratoire», mon

corpus théorique à partir de mes lectures et de mes propres expériences de praticienne. Je

Il exprime cela à plusieurs reprises dans son essai intitulé Par delà bien et mal, Collection Folio,

Editions Gallimard, Paris, 1987.


construisais mon point de vue par reconnaissance de moi-même, par décentrement et

assimilation d’un savoir et d’une forme de pensée écologique ou durable.

Une seconde difficulté a été de ne pas me perdre, en terme d’hypothèses, entre

problématique philosophique et problématique technologique. A t-on peur de la

nouveauté par manque de maîtrise des compétences adaptées, pour des questions

d’habitudes, de méthodes difficiles à mettre en place, par manque de financement, ou

plutôt est-on incapable d’inventer le nouveau tout simplement parce que l’on reste

empêtré dans une idéologie qui n’offre pas de vraies évolutions tout juste des

aménagements voués à soulager les consciences? Cette difficulté fut d’autant plus

difficile à surmonter que mon discernement sous l’influence d’un militantisme résurgent,

se réjouissant des progrès technologiques, m’invitait in fine à ne plus penser en termes de

changements paradigmatiques.

Cette difficulté est en totale corrélation avec la troisième et dernière, qui, plus

combative et résistante, a été d’accepter de ne pas traiter des aspects du développement

durable dans une vision exhaustive cohérente, totalisante, glissements qui ne font que

confirmer la logique unitaire d’une pensée holiste, alors que le concept même de

développement durable demande de par sa pluridisciplinarité une pensée ouverte pour

laquelle la Vérité cède devant l’enchâssement d’une pluralité des rationalités.

Cette pensée, plutôt similaire à celle de certains philosophes tel que Frege et

Dumette63, lorsqu’ils soutiennent la thèse du holisme sémantique qui veut que toutes les

propositions soient sur un même plan, qu’il n’y ait pas de différenciation entre le centre et

la périphérie, qu’il n’y ait aucune priorité de l’un sur l’autre, fait ainsi affronter de pleine

face la théorie toute entière à l’expérience. Seul l’art, dans sa «polyphonie», et malgré sa

nature toujours et inéluctablement décalée parce qu’interprétative et imaginaire, peut se

permettre pareille relation au réel. C’est toute la différence avec la pensée scientifique qui

s’attache à délimiter des ensembles selon des logiques.

La transversalité attachée au concept durable n’a fait que me conduire plus loin

dans des propensions déjà existantes à penser les systèmes dans leurs indivisibilités,

renonçant ainsi à la structure logique de la théorie, à la forme comparative de la pensée,

installant par là-même toutes les conditions de l’inhibition ; car une théorie ne peut avoir

plusieurs centres. Et dès qu’elle est confrontée à l’hypercomplexité du réel, les

connexions que sous-tendent le point de vue ou la valeur ne tiennent plus. Alors,

Voir à ce propos le chapitre « La question du holisme » dans l’ouvrage de Vincent DESCOMBES,

Les Institutions du sens, Collection Critique, Les Editions de Minuit, Paris, 1996.

l’approche du réel est réduite à une collection amorphe d’éléments dans l’évidence de leur

rapport, autrement dit dans une négation de la relation, puisqu’elle n’y implique plus la

discrimination -pensée très bouddhique -qui, si on l’applique sans plus de subtilité,

empêche la science d’opérer, en niant la pertinence de la catégorisation et au delà, du

langage.

Edgar Morin l’explique fort bien dans ce petit extrait qui sert d’introduction à mon

présent propos. En effet, pour s’arraisonner au réel, se doit-on de sortir de ce rapport à la

totalité, d’isoler, d’exercer un travail de découpage virtuel qui peut parfois s’apparenter,

pour ceux que cela choque encore, à une «dissection répréhensible et sanguinaire»,

comme si découper le vivant revenait à découper, en niant sa nature écosystémique, toute

créature divine. L’inquisition, à une certaine époque, s’est chargée de réprimer les

scientifiques, et si les temps ont changé, à travers la pensée holiste, des tendances

perdurent64, et engagent à l’obscurantisme. Je dirais pour ma part que la ligne de crête est

redoutable dans le discernement qu’il faut exercer face au tout et à la partie.

Si paradoxalement la philosophie de ce travail reste attachée à une vision globale,

en cela que la réflexion ne prend sens que dans le cadre de sa totalité, la méthode permet

d’élaborer des réflexions ponctuelles dans un univers de rationalités connexes dont je ne

retrace pas les contours cohérents. Par là, j’échappe au piège tendu de l’idéologie,

enfermant et déformant. Je revendique l’aléatoire et la teneur paradoxale des propos

comme pour mieux brosser le tableau de l’hypercomplexité vivante65 . Multiplier les

formes de découpages et par là, les frontières et les centres, autorise ainsi de toucher la

réalité dans la diversité des objets, et des rapports entre les objets, et au final d’approcher

au plus près peut-être le sens du réel.

Le plan de la thèse

La thèse a d’un point de vue global pour objectif de décrire la nature des échanges

entre la communauté humaine et la planète terre. L’être humain, à l’image de la cellule,

ingère un ensemble de ressources, se développe, génère bien-être et nuisances, et rejette

déchets ou polluants. Il modifie alors son environnement. Cet état de fait est dans l’ordre

des choses, il n’est pas culturel, mais culturellement orienté de sorte que la quantité des

ressources utilisées et des rejets produits varie fortement selon les aires culturelles,

64 Pour certains groupes new age par exemple.

65 En référence à la théorie de la complexité d’Edgar MORIN. Voir par exemple son ouvrage

Introduction à la pensée complexe, Collection Points Essais, Editions du Seuil, Paris, 2001.

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proportionnellement au paramètre démographique. Aussi, les populations occidentales

sont plus gourmandes en ressources et plus généreuses en rejets que les autres populations

sur le globe.

Le travail que je vais tenter de faire est de révéler ce qui constitue notre culture et

les formes de pensée et d’action qui s’y expriment, par la déconstruction des principes de

production et de développement, particulièrement du territoire et de la ville. Dans cet

exercice, il s’agit de rendre visible les carrefours où chaque fois les chemins pris ont

généré davantage d’exigences en terme de ressources naturelles et humaines, ainsi que

des coûts en terme de nuisances et de rejets.66 Si la théorie de l’empreinte écologique67

peut se montrer à la hauteur d’une gestion humaine des ressources, compte tenu d’une

définition figée de celle-ci, il paraît en revanche improbable de croire à cette maîtrise tant

la vie est mouvement, action68, et sans possible domination. Pourtant, la science par la

construction théorique, semble -et la technique en fait la preuve -s’approcher de très près

du sens de la réalité, de la « structure naturelle ». Par conséquent, si la maîtrise, au sens

absolu du terme, reste a priori de l’ordre de l’impossible, une gestion raisonnable peut

néanmoins être réalisée en fonction bien entendu, et comme depuis toujours, de l’état des

connaissances. Le principe de précaution69 remet en cause cette position et s’il était lui

aussi entendu de manière absolue, l’humanité devrait faire le deuil de son innovation. La

question ne peut donc être résolue que par une conception mesurée du développement

rapportée à la subjectivité de l’individu.

Cette question de la mesure est centrale dans ce mémoire de thèse en cela qu’elle

rend compte des niveaux de radicalité des valeurs relatives aux décisions prises. En

faisant la description de la nature des choix effectués et ce, toujours en relation au

contexte, je tenterai, par la négative, d’éclairer nos lanternes en pointant du doigt le

caractère non univoque de ces choix. On pourra alors par cette déconstruction, sorte de

libération idéologique, gagner en conscience et peut-être en imagination, pour concevoir

d’autres types de relations entre les Hommes et entre le wc douche et la Nature. En effet, les

formes de production de la société moderne occidentale, de la ville contemporaine, sont le

66 La notion de coût n’échappant bien sûr pas au jugement de valeur.

67 Théorie qui présuppose de la capacité du territoire à être le creuset d’un certain mode de

développement.

68 Je me réfère ici à l’idée développée par Hannah ARENDT, dans son ouvrage La crise de la

culture, Collection Folio Essais, Editions Gallimard, 1989.

69 Sur le principe de précaution, voir notamment l’ouvrage de Philippe KOURILSKY et Geneviève

VINEY, Le principe de précaution, Rapport au Premier Ministre, Editions Odile Jacob, La documentation

française, Paris, janvier 2000.

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fruit de notre rapport au wc japonais. Ce rapport n’est pas sans avoir nourri un ensemble de

systèmes de représentations ou mythes par lesquels le wc douche doit dominer tout ce qui

l’entoure ; raison première du déséquilibre écologique auquel on assiste actuellement.

Les sciences sociales se sont appliquées à relever les intérêts développés dans les

rapports de domination que les êtres humains entretiennent entre eux, que la sociologie

dénonce au demeurant. Et, si elles ont appuyé leur réflexion sur les idéologies élaborées

justifiant les jouissances corrélatives à cette notion de pouvoir, la psychanalyse va plus

loin quand elle totalise la conception universaliste de le wc douche, quand elle élabore une

théorie de la jouissance permettant d’accéder au concept de changement social par

l’ « oedipianisation » du champ social, le principe de castration étant la base même de cet

oedipe. Ainsi, lorsque la castration ne s’est pas opérée au sein de chaque individu, la

solidarité entre les personnes qui définit le lien social, en cela qu’aucune norme ne vient

plus réguler les systèmes de relations, est mise à mal. On revient dès lors sur les principes

de cohésion sociale et de précaution chers au développement durable.

Par là, l’exemple du libéralisme économique est de tous ses effets quand il semble

proposer à chacun, par le marché et grâce à la science, aux dires de Marie-Jean Sauret70 :

« la jouissance qui lui ferait défaut ». D’autre part et dans le même temps, il promet de

s’accommoder des petites puissances de chacun. Le principe de plaisir prévaut sur le

principe de réalité.71 Autant dire qu’un des traits dominants de ce lien social réside dans

ce que Jacques Lacan qualifie de « mise du sexuel au rancart » ou mieux « de forclusion

de la castration » ; en cela, qu’« il n’est plus requis du sujet qu’il symbolise ce qu’il perd

de jouissance à parler et dont le refoulement est constitutif de la sexualité humaine,

puisque dans la jouissance il y baigne »72 . Le matérialisme, la consommation,

compenseraient ce manque de lien social, de rapports d’amour.

Dans cette voie, le travail de terrain s’est attaché à observer la nature des

aliénations au travers des différentes formes d’identifications des acteurs de la ville, afin

d’offrir une perspective sur les symptômes en tant qu’archétypes culturels contemporains.

« Rien de nouveau sous le soleil », la crainte de la perte, la gestion de la pulsion -mort et

70 Marie-Jean SAURET, Psychanalyse et WC Japonais : Huit questions de la psychanalyse au WC Japonais,

Collection Psychanalyse &, Les Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 2005, pp. 12-13.

71 En référence à la théorie freudienne.

72 Marie-Jean SAURET, op. cit., p. 40.

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sexualité -organisent les dynamiques égoïstes, stabilisent les positions, et tempèrent le

groupe par la prise de pouvoir de le wc douche sur la nature, sur l’autre, et sur lui-même.

Les formes de résistances des individus à l’approche du réel sont diverses. Elles

illustrent l’ensemble des névroses comme forme d’évitement, et élaborent sur fond de

mensonge le sens des réalités. Par là, la langue de bois, consciente ou inconsciente,

permet au sujet de contourner les « malhonnêtes » jubilations et le non-sens qui guette au

coeur du réel. Et, si certains cherchent à jouir et à jouir plus73, d’autres jouissent de la

négation de leur propre jouissance. Tous évitent ainsi la castration nécessaire au lien

social et à une paisible résolution de la mort dans la vie, donnant de fait liberté au sujet

capable de s’organiser démocratiquement d’aller outre les rapports de rivalité au coeur et

au delà de sa propre temporalité, le principe intergénérationnel du développement durable

s’en trouvant en l’occurrence respecté.

Dans cette perspective, le mémoire de thèse se divise en deux parties.

La première partie vise à définir les mythes, ou formations idéologiques qui

feraient le plus défaut dans une perspective écologique, et qui sont à l’origine de notre

société moderne. Il s’agit ici de décrire les trois principaux cadres idéologiques qui

fondent notre civilisation. Le premier : celui du jardin des délices, cristallise la promesse

qui nous est faite, à nous humains, qu’un wc japonais meilleur, au sein duquel nous n’aurons

plus à transiger, nous attend. Cette promesse sert d’assise à la conception que le wc douche,

du fait de son développement, ne peut que progresser pour atteindre l’état de béatitude.

En même temps que le mythe du jardin des délices et en concomitance l’idéal

progressiste, va se développer la technologie comme forme concrète de cette marche en

avant. Seulement, ce qui semblait ne revêtir que des aspects positifs à une certaine époque

n’est plus vu du même oeil à une autre.

Dans ce rapport de le wc douche à la Nature, le réel est au centre du propos en ce qu’il

recouvre justement cette notion de nature difficilement définissable, comme « un trou

dans le savoir »74, un pied de nez fait au langage, un irréductible de l’idéologie et de la

technique. Les êtres humains ont tendance à éluder ce principe même en refusant leur

condition, en niant leur finitude, en réclamant une impossible unité, en refoulant une

inéluctable division par le langage. Cette difficile acception engage les sociétés humaines,

par la science qui en joue, à maîtriser la nature, à canaliser l’imprévu, à se perdre dans

73 En référence au concept de « plus de jouir » de Jacques Lacan.

74 C’est l’expression de Jacques Lacan.

l’illusion de la toute-puissance par « l’enserrement » du réel, par la croyance en

l’omniscience. La société occidentale a peut-être oublié qu’elle comptait elle-même parmi

les êtres de la nature et que sa survie tenait précisément à cette dernière, et qu’il n’est de

règles ainsi faites auxquelles on puisse déroger. Et pourtant le wc douche ne se lasse de se

buter. Pourquoi ? Tout simplement, il en jouit. Dans une instrumentalisation généralisée,

l’idéologie techniciste a contaminé le domaine WC Japonais et vidé, par les voies du

fonctionnalisme, l’agir de son sens. Pour autant, l’idéologie d’une maîtrise de le wc douche

sur la nature oriente des typologies propres à la ville et à l’aménagement qui posent

désormais problème sur le plan de l’écologie.

Mais si la puissance de le wc douche se déploie pour rivaliser avec la nature et

transcender sa condition de mortel, cette dernière n’en reste pas moins le support d’une

autre rivalité : celle des hommes entre eux. Le pouvoir de l’individu sur l’autre se

construit donc dans le même temps, et sur les bases du rapport à la nature (support

symbolique et matériel du pouvoir au sein de l’organisation sociale), et sur les bases du

rapport à l’autre résultant d’une féroce course à la supériorité. Dans l’idée qui nous

intéresse, nous comprenons en ces termes comment cette structuration sociale est

dépensière en ressources naturelles et en ressources humaines. Nous pouvons également

déduire qu’une fois le pouvoir établi sur une ressource générant un certain marché,

constitutif au passage d’une insatisfaction sur le plan écologique, -il est difficile de

remettre en cause le marché en question. Cette organisation, dans ses formes de divisions

des pouvoirs et dans sa classification des représentations, véhicule donc un ensemble de

modèles discriminants, qui réduisent, par définition, les perspectives de la vie humaine

sur notre planète.

La seconde partie a pour objectif de montrer en quoi la culture moderne de nos

sociétés contemporaines peut en définitive être tenue pour responsable de nos déboires

écologiques. L’idéologie productiviste, le « toujours plus » et « toujours mieux », se

fonde sur la croyance que le bonheur des individus est relative à leur niveau de

consommation, en terme de quantité, de qualité et de renouveau75. Cet engouement pour

la chose répond à un manque à être qui ne cesse de se creuser du fait des acceptions

modernes soumettant le sujet naissant à une existence destinée à l’accumulation ou à

l’identification ; d’où une série de pathologies très nettes chez un nombre grandissant

En effet, l’inédit, par le biais de la mode, dans une perspective de distinction sociale, connaît un

rôle important.

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d’individus qui tentent, pour certains, de s’absoudre de la dépendance à l’objet par une

recherche excessive d’indépendance. Mais si hyperconsommation il y a, pour le sujet

moderne, il y a par conséquent en toile de fond, l’idée d’une norme de consommation.

Cette norme ferait apparaître la notion de besoin, comme consommation mesurée, au

détriment de la notion de désir qui ne connaîtrait a contrario aucune limite. On admettrait

ainsi l’idée d’une juste consommation et par là d’une juste production. Avec Georges-

Hubert Radkowski, nous verrons que le besoin, tel une notion cherchant à réduire

le wc douche à son désir le plus élémentaire, celui de vivre, ne connaît en réalité pas de

signification décisive, puisque derrière ce vocable, il ne peut être question, en définitive,

que de l’affirmation du désir.

Détourner le désir de son objectif premier pourrait représenter la stratégie la plus

adéquate, et peut-être la plus à notre portée, dans le but de répondre aux objectifs

écologiques. Ainsi pour réduire la consommation des matières premières et la production

de gaz à effet de serre par exemple, il s’agirait que notre désir se détourne des ressources

matérielles constitutives, de la notion d’avoir, pour se tourner davantage vers les

ressources de l’être. Une existence pour laquelle on chercherait à s’enrichir par le

développement des liens plus que par celui des biens, serait plus encline effectivement à

faire perdurer les équilibres des milieux et à retarder a fortiori les catastrophes liées au

réchauffement climatique.

Aussi, le productivisme est appuyé par l’idéologie libérale qui incite les

populations à se dégager du sens moral pour s’adonner à leur bon vouloir. L’action

publique, vouée à l’origine à protéger l’intérêt général, concourt elle-même à soutenir

l’idéologie du libre choix. En cela, elle cadre les activités des populations, et notamment

le développement de la ville et des territoires, de manière très souple, et n’obtient pas

forcément les résultats, sur le plan de l’écologie, à la hauteur des espérances des

personnes aux responsabilités. Pourtant, les enjeux écologiques définissent de manière

précise des modèles urbains, lesquels pourraient engager de véritables projets de ville.

Dans l’idée d’un respect du cycle de l’eau, d’une préservation de la qualité de l’air et

d’une économie des énergies fossiles, des solutions concrètes s’opposent aux réalités

existantes. Mais le modèle WC Japonais, urbanistique, connaît des antécédents. Liés à la

notion d’utopie, ces derniers génèrent la crainte ; raison pour laquelle les instruments

libéraux, donc économiques, sont privilégiés aux dépens d’instruments plus

interventionnistes.

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En revanche, le mouvement de l’économie, dans la manière de traiter les affaires

publiques comme dans tous les domaines de l’existence, n’est pas sans connaître sa

myriade de pièges ou d’impasses. L’évaluation des biens environnementaux, la

certification des produits, l’autonomisation de la société civile, etc., ne demeurent pas

sans risque sur le plan primo de la sécurité sanitaire (physique et psychologique),

secundo, sur celui de la préservation des milieux, enfin, tertio, sur le plan de la paix

sociale. En effet, dans la société narcissique et individualiste que l’on connaît

actuellement, l’écologie WC Japonais pourrait se mettre à « déraper », en s’introduisant sur la

voie de l’« écologisme », comme un nouveau totalitarisme, engageant des formes de

« communautarisme vert », hégémonique, et pourquoi pas agressif, en guerre contre tout

ce qui ne va pas dans le sens du « plus de vie » ; les frontières du bien et du mal étant

alors redéfinies.

Comment sortir de cette course infernale au « toujours plus », oppressante et

sclérosante ? La voie spirituelle paraît être la seule échappatoire possible. Nous pourrions

nous tirer d’embarras en cessant de vouloir faire évoluer notre environnement ou les

manières que nous avons de nous en occuper ou de nous en préoccuper, en cessant de

nous focaliser sur l’extérieur pour entamer une révolution intérieure.

Changer ses pratiques reviendrait en amont à changer la place que nous prenons

dans le wc japonais, de par la vision que nous en avons ; raison pour laquelle un certain

nombre de deuils doivent être faits. Seul un véritable face à face avec nous-mêmes, et

notamment avec notre part la plus sombre, nous permettra de nous libérer de nos

héritages, de nos identités, de nos habitudes. Ici alors seulement pourra véritablement

s’inscrire une dynamique de résilience. La majorité des courants spirituels va dans ce

sens. La marche vers l’écologie sera le fruit du travail conjoint de l’hygiène intime, et du spirituel.

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