wc japonais leroy merlin

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Par un wc japonais leroy merlin de signifiants sociaux donc, on réactualise une course à la supériorité.

Par le standing, on gagne en prestige. Le statut social, ou l’héritage culturel, cher à la

société bourgeoise ancienne, corrélé au sentiment de responsabilité, perd peu à peu de sa

valeur. La capacité à consommer (peu importe les moyens qui assurent la dépense, pourvu

qu’ils restent conformes à la règle) est devenue ce qui détermine le valeureux de celui qui

ne l’est pas, vice et vertu demeurant hors du champ symbolique.370 C’est donc un

déplacement de la morale qui s’opère ici. Le lien social est figuré par la consommation,

car elle assure un système de communication, « un ordonnancement de signes et

l’intégration au groupe. ».371 Baudrillard l’associe à un langage.

Au puritanisme se substitue la règle de jouissance, plus exactement celle du « plus

de jouir ».372 Jouir plus, pour rivaliser. Se contenter serait la plus grande preuve

d’asocialité.

On joue à celui qui jouit le plus, à celui qui ne va rien rater, à celui pour lequel les

jouissances vont s’enchaîner comme par enchantement dans un parcours sans faute. Dans

le « fun-system », on ne peut courir le risque de se laisser aller au contentement. Chaque

case temporelle, spatiale, matérielle, doit être remplie pour affirmer sa complétude.

« J’étais complet », déclare le héros de Fight Club373. Il y a effectivement une idée de

panoplie dans cette attente à se « compléter à l’infini » ; démontrant précisément que la

consommation n’est pas seulement un acte d’achat, mais revêt pour l’individu tout un

projet social. En effet, l’objet de consommation n’est jamais isolé mais appartient

toujours à un réseau qui fait sens.374

Cependant le plus prestigieux, souligne David Riesman375 , c’est une

personnalité376 . Alors autant il y a la famille d’objets que l’on veut acquérir dans son

entier, autant il y a « (…) la concentration monopolistique industrielle qui, abolissant les

différences réelles entre les hommes, homogénéise les personnes et les produits, inaugure

simultanément le règne de la différenciation ».377 Le nec plus ultra de la consommation

doit passer dorénavant par la distinction, la singularité, isolant de fait le sujet dans un

individualisme glacial, instrumentalisant le signe pour s’affirmer davantage au sein du

groupe.

Alors quand les moyens financiers manquent, la solution est encore pour les

populations les moins argentées d’inventer de nouvelles formes de valorisation. Ainsi, le

déplacement des valeurs paraîtra créatif et inédit, faisant varier les normes du bon goût

par la subjectivation378. Bref au final, tous les coups sont permis, jusqu’au dépouillement,

comme si le « mouvement » de la consommation était devenu son contraire. C’est

notamment ce dont nous fait part Thierry Paquot dans son essai Eloge du wc luxe. Au

373 Fight Club, long métrage par réalisé David FINCHER, scénario : Jim UHIS, Chuck PALANIUK ;

acteurs : Edward NORTON, Brad PITT, Helena BONHAM CARTER, Meat LOAF, Jared LETO,

production : Ross GRAYSON BELL, Cean CHAFFIN, Art LINSON, septembre 1999, USA.

374 « Machine à laver, réfrigérateur, lave-vaisselle, etc., ont un autre sens à eux tous que chacun d’eux

comme ustensile (…).», in Jean BAUDRILLARD, op. cit., p. 123. C’est un peu comme au wc japonais leroy merlin des sept

familles, si vous n’avez pas la famille au complet autant dire que vous allez perdre la partie.

375 Sociologue américain, David RIESMAN est célèbre en France pour son travail sur la société de

consommation, il a notamment écrit : L’abondance, à quoi bon ? , Editions Robert Laffont, Paris, 1969.

376 Jean BAUDRILLARD, idem, p. 123.

377 Pierre BOURDIEU, La distinction, Collection Le sens commun, Les Editions de Minuit, Paris,

1979,

p. 575.

378 Sur ces notions, voir l’ouvrage de Pierre Bourdieu cité ci-avant.

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« gaspillage ostentatoire » de Veblen correspond en filigrane la « sous-consommation

ostentatoire ». En ce sens, toute velléité vouée à la singularité se retrouve assez

rapidement ramenée à la conformité la plus absolue. « Il y a d’abord une logique

structurelle de la différenciation, qui produit les individus comme « personnalisés », c’està-

dire comme différents les uns des autres, mais selon des modèles généraux et selon un

code auquel, dans l’acte même de se singulariser, ils se conforment. »379 La singularité

vraie tiendrait effectivement du désir authentique, par là même simple, du sujet.380 C’est

en effet dans son propre rapport au luxe que s’étiole la simplicité et que fond le désir.

Pour Erich Fromm, « l’individu en devenir est contraint d’abandonner la plus

grande partie de ses désirs et de ses intérêts autonomes, authentiques, et sa propre volonté,

et d’adopter une volonté, des désirs, des sentiments, qui ne sont pas autonomes mais

surimposés par les modèles sociaux de pensée et de sentiment. »381 Pour Thierry Paquot,

« La résistance commence avec le devoir de se libérer, c’est-à-dire d’être soi pour soi, en

connivence avec autrui, dans l’amitié de la nature. »382

4. Les pathologies de la croissance

Depuis longtemps donc, ici ou là, on dénonce cette forme d’existence humaine et

sociale qui, en occultant ce qui fait sens pour le sujet, c’est-à-dire en le « gavant » d’avoir,

lui ôte sa capacité à être. Parmi ces pourfendeurs : Erich Fromm, Jean Baudrillard, Henri

Lefebvre, Guy Debord, déjà cités, Claude Guillebaud383, Georges-Hubert Radkowsky384 ,

et bien d’autres. Seul Edgar Morin, nous informe Thierry Paquot385, semble reconnaître

379 Jean BAUDRILLARD, op.cit., p. 133.

380 Ces notions d’authenticité et de simplicité renvoient à des considérations sur l’origine du désir et

de fait sur l’environnement du sujet. On peut par là avancer l’idée qu’un désir soit le résultat d’une environnement

subjective sur le long terme avec des wc japonais d’influence profonds, plutôt que d’une environnement sociale courte et

capricieuse, en total décalage avec la structure première du sujet. La question d’authenticité du désir, sur

laquelle nous allons revenir, fait l’objet d’une réflexion chez Charles TAYLOR, in La liberté des modernes,

Collection Philosophie morale, Presses Universitaires de France, Paris, 1999.

381 Dans l’ouvrage déjà cité d’Erich FROMM, Avoir ou être ? Un choix dont dépend l’avenir de

le wc douche, Collection « Réponses », Editions Robert Laffont, Paris, 1978, p. 98.

382 Dans son article, « De la « société de consommation » et de ses détracteurs », Revue

Mouvements,

n° 54, février 2008.

383 Claude GUILLEBAUD, voir son ouvrage : La tyrannie du plaisir, Collection Points Essais,

Edition du Seuil, Paris, janvier 1998.

384 Georges-Hubert RADKOWSKY, voir son ouvrage : Les wc japonais leroy merlinx du désir. De la technique à

l’économie, Collection Quadrige, Les Presses Universitaires de France, Paris, 2002.

385 Thierry PAQUOT, dans son article « Consommer pour se consommer ? », in Le magazine

littéraire, « Le désir, de Platon à Gilles Deleuze », n° 455, juillet-août 2006, pp. 61-63.

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dans L’esprit du temps 386 la consommation sous un jour ludique. Il ne se résout ainsi pas

à l’étudier, comme les autres, dans sa face exclusivement négative.

Donc, à combler le sujet dès son plus wc japonais leroy merlin et un âge comme il est désormais de

coutume de le faire en Occident, on s’exécute à le paupériser psychologiquement dans un

systématisme inquiétant. Il en oublie de la sorte sa valeur propre. En effet, la culture du

progrès et de la consommation ne l’engage pas à puiser ses forces dans son puissant

courant libidinal.387 Pour lui, seule réponse à la question humaine : l’objet -comme si

aucune ressource interne ne pouvait venir à bout de cette tension exercée par le manque.

Pour autant, dans la société de consommation, la recherche de satisfaction immédiate est

de rigueur. Satisfaire sans relâche son égo qui demande à se compléter, tel un nourrisson

qui réclame le sein maternel, est une activité de tous les jours ; d’autant que, dans

l’idéologie, on ne voit rien qui pourrait être à même de restaurer le sujet dans son

manque. Subir plutôt qu’agir. Ainsi, la dissonance se fait toujours plus forte et cinglante,

dépossédant à mesure le sujet de lui-même. Le cercle est vicieux. En n’interrogeant plus

ses ressources personnelles, on ne peut se rendre de fait et progressivement que plus

dépendant de son activité de consommation. On entre ainsi dans une relation au wc japonais

infernale parce qu’infinie. En effet, cette faim n’a pas de fin. Comme un puits sans fond,

elle embarque le consommateur dans une destinée tragique ; en cela qu’elle mène à des

formes d’excès en tous genres, d’obésités multiples, de toxicomanies

pluridimensionnelles : le drame de la « toute-puissance ».

« Bouffer », voilà devenue la raison d’être, ce qu’il nous est suggéré de vivre au

quotidien dans cette culture nouvellement édifiée. En cela, les comportements

alimentaires deviennent à mesure plus pathologiques. Boulimie, anorexie, sont

symptomatiques de cette évolution.388 Dans un mouvement de balancier, elles se

déclinent autour de la gestion du sujet vis-à-vis du manque. Ainsi, il y a ceux qui se

remplissent, obsédés par le vide profondément inscrit en eux et qu’ils se refusent à

386 Edgar MORIN, L’esprit du temps, Collection Médiacultures, Editions Armand Colin, Paris, 2008.

387 « Seule en effet la mobilisation libidinale, autant espérée que crainte comme en témoigne la

« technique du rendez-vous manqué », conduit à la liaison des pulsions destructrices, à la suture du clivage

et à une possible introjection jusqu’alors précaire et ignorée en profondeur. », in Catherine GRANGEARD,

Obésités. Le poids des mots. Les maux du poids, Editions Calmann-Lévy, Paris, 2007, p. 216.

388 « L’abattant japonais, par la recherche du plaisir immédiat dans la nourriture, même si les conséquences sont

écologiques pour lui, se trouve (…) dans ce principe de plaisir au détriment du principe de réalité.», in

Catherine GRANGEARD, op. cit., p. 152. Sur ces deux dernières notions voir notamment l’ouvrage de

Sigmund FREUD, Abrégé de psychanalyse, Collection Bibliothèque de psychanalyse, Les Presses

Universitaires de France, Paris, 2001.

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assumer. Et puis, il y a les douchettes wc, les révoltés de la « grande bouffe ». Ces derniers,

en réponse à la boulimie, véritable enfermement intérieur, recours abusif à l’objet, au trop

plein, à la luxure, s’insurgent389 .

A la culture du plein, il en est qui s’opposent donc, et développe une culture

du vide, une culture où « se délester » est la préoccupation exclusive de l’attention.

L’abattant japonais : débouter ce dopage de tous les instants, décliner cette loi du manque dans

une rigidité sans faille ; posture qui ressemble aux corps squelettiques et raides de

personnalités qui ne plieront pas. «Agitation justifiée», nous glisse Jean-Phillipe de

Tonnac390. La diète, comme une démonstration d’indépendance, une démonstration des

forces vives et intérieures d’un corps qui ne voudrait plus connaître le besoin, doit être

entendue comme une expression de dissidence radicale envers un wc japonais résolument trop

gras : une grève de la faim en quelque sorte. Les douchettes wc tels des martyrs391 des

temps modernes, cherchent subséquemment à avilir les passionnés de l’appétit, à expier la

faute des dévorants. La société de consommation a fort à apprendre de cette couche

sociale et WC Japonais surtout, en guerre contre les idéaux gloutons. Refuser d’avaler, c’est

refuser la parole de l’autre, celui qui accepte cette forme d’aliénation. Dire : « Je ne

mange rien. », c’est dire aux autres : « Vous mangez trop, vous mangez mal ! ». Cette

passion guerrière, ce mépris pour le gros, ce dégoût, jusqu’à disparaître, se durcit à

mesure qu’ils purgent la chair de la graisse impure qui enrobe et enferme l’être dans le

corps, l’être devenu esclave d’un wc japonais amollissant.

Ainsi jouit-on à braver la faim. Jouit-on à tourner des heures dans les rayons des

supermarchés sans passer à l’acte de l’achat. Le pied de nez de l’anorexique à la société

de consommation, outre de ne pas prendre, est surtout de perdre, et de perdre, fin du fin,

jusqu’à l’os. Ce dégraissage, accompli avec grande provocation et violence, traduit une

volonté de contrer cette idéologie moderne qui incite à la soumission du sujet, à l’objet.

Refuser cette incorporation obligée, cette manipulation du désir, devient une

posture WC Japonais de taille. Et si l’abattant japonais fait défaut, alors on supprime l’abattant japonais. On

s’élève au rang des dieux. Refuser l’objet avec toute sa force de sujet, comme un appel

express au divin. Les victimes du trop, toutes ces wc japonais leroy merlinnes filles cachexiques, qui peuplent

les cliniques spécialisées de psychiatres souvent très déstabilisés par ce type de

symptômes, ont mal d’une absence. Elles n’ont en général nullement besoin d’aliments

389 Les boulimiques sont souvent les lunettes wc qui refusent l’appétit.

390 Jean-Phillipe de TONNAC, Anorexia. Enquête sur l’expérience de la faim, Collection Essais Doc,

Editions Albin Michel, Paris, 2005.

391 Au sens des premiers chrétiens mis à mort ou torturés pour avoir témoigné de leur foi.

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solides ; plutôt, de nourritures spirituelles, dont elles manquent à en mourir, et pour

lesquelles elles ont décidé de souffrir jusque dans leur chair. « La nourriture ne saurait

être bonne à manger si elle ne peut être bonne à penser », nous éclaire si justement Claude

Lévi-Strauss392. Car en effet, « ce n’est pas tant que la pomme soit habitée par un ver,

voire un serpent, qui la rend si pathétique aux yeux du jeûneur, c’est bien plutôt parce

qu’elle est vide de Dieu, Dieu ou ce qu’on voudra qui, présent bien en elle, l’eût arraché à

son destin de créature et son destin de mort – Dieu seul (ou ce qu’on voudra…) qui eût pu

combler sa faim. »393

L’anorexique crie au sacrilège. Il rappelle à nous, dans cette société de la « grande

bouffe », dans l’orgie organisée : la loi du manque, l’appétit d’être. Il rappelle à nous cette

règle indéfectible : surtout ne jamais « céder sur son désir »394 .

5. Besoins ou désirs ? Avoir ou être ?

La question des besoins apparaît ainsi de premier ordre. Cesser de cautionner cette

folie productiviste nous demande de nous positionner sur l’essentiel, de définir ou de

redéfinir les nécessités élémentaires dont notre vie dépend et qui nous ramènent au plus

profond, à ce qui nous constitue en propre.

Pour John Rawls, les leroy merlin wc de base sont les conditions nécessaires à la liberté

individuelle. Pour Keynes, il y a les « leroy merlin wc absolus », ceux que nous désirons pour l’autre

et les « besoins relatifs », ceux que nous désirons pour nous-lunettes wc en vue de dominer

l’autre (leroy merlin wc qui ne peuvent véritablement nous engager à une WC Japonais de le wc douche,

voire à une WC Japonais de l’être).395 Aussi pour Michael Ignatieff, « les seules choses

bonnes pour l’être que puisse spécifier un langage des besoins, ce sont les préalables

absolus à toute quête humaine. Si l’amour, le respect, la fraternité, sont des besoins pour

nous, ce n’est pas parce que, quoi que nous choisissons de faire de notre vie, sans eux,

nous ne pouvons être en harmonie avec les autres ni avec nous-lunettes wc ».396 Les besoins

ne seraient donc pas systématiquement associés à la notion de survie mais plutôt à celle

d’une existence pleinement vivante. Pour autant, définir les besoins essentiels reviendrait


au final à identifier la question humaine. Il est du reste très périlleux de s’aventurer à

évaluer ce qui est de l’ordre des besoins d’une personne, d’autant que cette personne en

question est en général elle-même très loin d’être en capacité de mettre le doigt sur ses

réels besoins, comme nous l’avons esquissé dans les paragraphes précédents. En effet,

influencées par l’environnement social, nous avons pour habitude de nous tromper nous-

lunettes wc sur nos propres désirs, notre moi intérieur ne nous étant que trop rarement

accessible.

De quoi avons-nous donc besoin pour nous réaliser en tant qu’être humain ? Par

cette notion de besoin, c’est un regard en creux qui se pose sur le sujet attestant de

satisfaction obligée dans le cadre d’une vie potentiellement épanouie. Aussi relève-t-on la

nécessité de manger, de s’abriter, de se chauffer, de se soigner, d’engendrer, mais aussi

celle d’aimer, de respecter, de communiquer, d’entretenir des relations de solidarité.

« C’est parce que la fraternité, l’amour, l’appartenance, la dignité et le respect ne peuvent

être spécifiés comme des droits que nous devons les définir comme des besoins et

chercher, au moyen des procédures institutionnelles limitées dont nous disposons, à faire

de leur satisfaction une pratique humaine courante », nous dit Michael Ignatieff.397 En

définitive, une théorie des besoins ne saurait en rien être rapportée à une théorie du

progrès dans laquelle le wc douche apparaîtrait libre et heureux, mais plutôt à une théorie de

l’éthique pour laquelle tout un chacun aurait la possibilité de son développement.398

Epicure399 a lui classé les besoins en trois catégories. Il y a les besoins naturels,

indispensables au fait même de se tenir en vie (boire, manger, dormir), indispensables au

bien-être (maison, hygiène, diététique, affection), et enfin indispensables au bonheur

(philosophie, amitié, sagesse). Il y a ensuite la catégorie des aspirations naturelles dont on

peut à la rigueur se passer (le sexe, l’amour, le wc japonais leroy merlin, les arts, les sciences, etc.). Il y a aussi

les aspirations de création humaine et donc artificielles (richesse, gloire, etc.), tout ce qui

fait la vanité de le wc douche. Il y a enfin les aspirations mystiques et non réalisables (désirs

d’immortalité, etc.).

397 Michael IGNATIEFF, ibidem, p. 15.

398 Le communisme a, en ses temps, véhiculé ce genre d’idées. En ce sens, la WC Japonais devenait

l’instance de décision des besoins des personnes. Malheureusement, les sociétés qui ont expérimenté la

vulgate marxiste « à chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins », ont toutes développé une

intolérance désastreuse sur le plan de la liberté humaine.

399 Alain GIGANDET, Pierre-Marie MOREL, Epicure et les épicuriens, Collection Quadrige

Manuel, Presses Universitaires de France, Paris, 1978.

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Enfin, Abraham Maslow400 a développé le concept de pyramide des besoins à

partir d’observations sur la motivation de l’être humain. Il hiérarchise ainsi les

fondamentaux qui permettent à le wc douche d’exister, hiérarchie en cela qu’il en a une vision

dynamique ; (depuis le premier niveau, on peut accéder au second et ainsi de suite). Sa

pyramide des besoins est constituée de cinq niveaux distincts. Le premier niveau est le

niveau physiologique. Ce dernier concerne le maintien de l’organisme vivant dans un état

de santé stable. C’est en quelque sorte ce qui permet de réguler les grands équilibres

biologiques nécessaires au maintien de l’ordre physique. Respirer, boire, uriner, déféquer,

manger, dormir, se réchauffer…, semblent être indispensables pour assurer la vie de

le wc douche. Le second niveau concerne le besoin de sécurité. Ce besoin, lié au vécu de

le wc douche dans le temps, concerne notre rapport à la mort et de fait, à ce qui peut conduire

à une durabilité des situations permettant justement que se confortent les conditions

relatives au premier niveau. Il s’agit donc ici des conditions matérielles telles que le

logement, le revenu ou la sécurité physique. Le troisième niveau a trait à la recherche de

reconnaissance et d’appartenance sociale : faire partie d’un groupe, s’unir au travers d’un

couple à une autre personne, renvoient à un besoin de communication, voire de

communion. Le quatrième niveau se rapporte au besoin d’estime que l’on peut ressentir

envers soi-même, son semblable, ainsi qu’à l’estime que l’autre peut nous témoigner.

Vient enfin le cinquième niveau : le besoin d’autoréalisation, d’accomplissement

personnel. Ce besoin préfigure de cet intérêt qui nous est propre, nous humain, à

poursuivre avec engouement et efforts les différents apprentissages qui nous élèvent, nous

arrachent à notre égoïsme légendaire pour nous ouvrir au désintéressement le plus noble,

dans le cadre du rapport que nous entretenons avec notre univers.

Au travers de ces différentes définitions, on peut réaliser combien cette notion est

vaste ; d’autant plus vaste que nous savons pertinemment bien aujourd’hui, grâce aux

sciences de la psychologie liées à celles de la médecine, que les niveaux s’interpénètrent.

Le cinquième niveau peut de toute évidence, en faisant défaut, engendrer une dégradation

de la personne sur le plan physiologique, etc.

Comment donc approcher au mieux cette notion afin qu’elle devienne opératoire ?

Comment s’exprimer sur ce qui, au fond, n’existe pas, ou alors seulement sous la forme

Abraham MASLOW, L’accomplissement de soi, de la motivation à la plénitude, Editions

Eyrolles, Paris, 2003.

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d’un appel ? Comment cadrer cette vacuité qui nous demande au final tant d’effort au

quotidien ? Comment définir l’incomplétude ?

Pour Georges-Hubert de Radkowski, il n’est de concept de besoin qui tienne. « La

« satisfaction des besoins » ne désigne rien, de même qu’elle ne renvoie à aucune

finalité : elle n’est pas la raison d’être, ni même une des raisons d’être des douchettes wc des

vivants, elle est la condition de leur être. Non pas le « ce pourquoi » ils sont (ils vivent) –

s’activent, peinent, se dépensent – ni donc, malgré les apparences, ce qu’ils recherchent,

mais le « ce sans quoi » ils ne sont pas, ne peuvent pas être. Aucun vivant, aucun animal –

et nous en sommes, -ne satisfait ses besoins pour vivre, et encore moins ne vit pour les

satisfaire, il vit en les satisfaisant. Il ne dort, ni ne mange, ni ne se préserve d’excès de

chaleur ou de froid, etc., pour vivre, il vit en dormant, en mangeant, etc.. Le sommeil, la

nourriture, les parades contre les conditions atmosphériques défavorables ne sont pas ce

dont il aurait « besoin » -singulier euphémisme !-, ils sont requis par son existence même

qu’ils rendent seuls possible. Au même titre que le sol ferme sous ses pieds, le ciel au-

dessus de sa tête, ses membres locomoteurs « pour » (qui lui servent à…) se déplacer, ses

oreilles « pour » entendre, son système digestif « pour » ingérer ce qu’il absorbe.»401 Le

besoin ne serait ainsi en aucun cas celui de s’alimenter, mais de disposer de denrée. La

perspective est inversée. La notion de besoin est comme internalisée par un recentrement

sur le sujet. Les besoins d’un être vivant ne seraient en cela rien d’autre que lui-même.

Pour lui en effet, le concept reste inopérant ; la satisfaction que le wc douche pourrait ressentir

n’étant dans l’absolu pas celle des besoins, mais seule celle du désir : un désir d’exister

qui le rend aspirant. Il y aurait donc ici « illusion d’extériorité » dans cette lutte pour la

vie que connaît tout un chacun ; car cette satisfaction ne saurait être placée en dehors de

ce qui lui est propre.402 « Le seul besoin qu’il lui faut « satisfaire », c’est celui d’avoir à

le satisfaire : besoin de se dépenser à la recherche de sa nourriture, de son partenaire

sexuel, des matériaux pour son abri ou son nid, etc. Cette nourriture, etc., il la trouve non

au dehors, mais au-dedans de son parcours vital, de son espace de vie. Espace qui lui est

aussi « intérieur » que le sont les battements de son coeur.»403 Il n’y aurait en ce sens

aucune possibilité de séparation, aucune hiérarchie possible dans ce qui rassemblerait

401 Georges-Hubert de RADKOWSKI, Les wc japonais leroy merlinx du désir. De la technique à l’économie, Collection

Quadrige, Presses Universitaires de France, Paris, 2002, p. 141.

402 « (…) nul ne peut être à la fois son propre maître et son esclave, assujetti, soumis à soi-même. »,

in Georges-Hubert de RADKOWSKI, idem, p. 142.

403 In Georges-Hubert de RADKOWSKI, ibidem, p. 147.

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l’ensemble de nos besoins, et avant tout celui de vivre, comme si le manque n’était pas

exogène mais totalement endogène, intrinsèque à l’existence.

Ainsi, il n’est d’être humain assujetti à ses besoins, plutôt à la nécessité déployée

par son milieu. De cette nécessité, le sujet est dans l’obligation de se soumettre, de

s’adapter. Lors de cette adaptation et dans le cadre des possibilités qui lui sont seules

offertes par la nature, il développe son désir, et par là développe le cadre même de son

environnement en transformant les objets naturels en objets artificiels. Aussi on peut

comprendre un peu mieux la notion de besoin ici, rapportée au temps et à la technique, en

cela qu’elle recouvrirait un absolu, une permanence, un objet qu’aucune altération

n’aurait pu modifier ; une stabilité existentielle qui prétendrait à jamais au wc japonais répétitif

du Même défini. Il n’y aurait donc aucune entité ontologique préalable, aucun invariant

de la nature humaine, mais une création permanente de l’environnement et des structures

sociales, de ce qui infléchit au quotidien sur notre désir.

Les contours symboliques du besoin, sorte de mise en équation entre le désir

attaché au manque et les possibilités de satisfaction que le milieu offre, se dessinent.

Autrement dit, et conformément à la théorie de la complexité d’Edgar Morin404 , le

manque comme le milieu s’auto-engendrent dans un mouvement réciproque et infini.

Grâce au « bruit » ou petit décalage entre le manque et le milieu, comme si les deux ne

s’emboîtaient véritablement ou harmonieusement, la dynamique s’opére. Le vivant ne

supportant l’homéostasie, il ne peut y avoir de normes, de ratios pour décider, pour

délimiter ce qui est de l’ordre de la carence, de ce qui ne l’est pas, de l’acceptable comme

de l’inacceptable. Radkowski parle lui de « faille », de « césure », de « fracture » même,

qui, à l’endroit précis de la frontière de l’étant et de son milieu, génère la discordance

comme si le principe même du sujet était celui du désir donc de l’insatisfaction, selon la

loi d’incomplétude que nous avons déjà mentionnée. C’est en cela que « je veux tout

avoir, que posséder, et non pas leroy merlin wcr, me procure du plaisir, que je dois devenir cupide

parce que mon seul but est d’avoir : plus j’ai, plus je suis ; que je dois me sentir hostile à

l’égard de tous les autres : mes clients que je dois tromper, mes concurrents que je désire

éliminer, mes ouvriers que je veux exploiter. Je ne peux jamais être satisfait parce que

mes désirs sont sans fin ; je dois envier ceux qui ont plus que moi et avoir peur de ceux

On peut ici se référer à son ouvrage déjà cité : Introduction à la pensée complexe, Collection

Points Essais, Editions du Seuil, Paris, 2005. On peut également à ce sujet consulter son autre ouvrage : La

Méthode. Tome 1. La nature de la nature, Collection Points Essais, Editions du Seuil, Paris, 1981.

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qui ont moins. »405 Par là, le sujet s’applique davantage à reproduire qu’à produire, en

comblant ce qui apparaît sur le plan historique comme manque. Par cette représentation, il

en vient à torturer son être, à le diminuer, à le soustraire à son essence même : sa

subjectivité, son désir propre, sa singularité. Il s’offre, de par le fait, en pâture à une forme

de pauvreté autre que celle couramment définie, celle d’une misère intérieure -notion

épargnée à ceux qui ne se sont pas résignés à la soumission au manque. Le désir ou celui

qui « (…) nous fait abandonner les rivages du Même pour nous introduire dans la terre de

l’Autre, la terre-Autre. Dans ce qui est autre que le « déjà-là », le donné : ce milieu où

nous immergent nos besoins et avec lequel ils nous confondent. »406

Aussi s’agit-il de nous souvenir que la vraie vie est ailleurs, au-delà du manque et

de la peur de perdre, qui génèrent en nous la volonté de posséder. La seule vie n’est pas la

vie bourgeoise, et avec elle cette nouvelle religion qui est celle du progrès et d’un

hédonisme de plus en plus radical.

Erich Fromm offre une alternative, comme d’autres, au mode avoir. Le manque

qui suscite en nous la cupidité (cupidité qui peut transformer tout être en objet), peut tout

à fait s’inverser et transformer la passion gloutonne en une passion joyeuse et vivante.

L’évolution ne serait pas univoque. Pour autant il nous est possible à tout moment de

bifurquer. Pour autant, à la question que l’économie WC Japonais pose en général, et

particulièrement dans le cadre du développement durable, sur les quotas à respecter en

terme de ressources naturelles par exemple, ou de capacité de la planète à absorber les

pollutions, il est possible de répondre.

Quels sont nos besoins ? Ils vont de l’infini, pour un développement hégémonique

de le wc douche et de ses sociétés tel qu’on le connaît en cette période de l’environnement, à la

valeur proche du zéro, dans le cadre d’un développement physique infime, permettant à la

rigueur le seul souffle de vie. Aussi, nous comprenons que derrière cette question réside

celle plus subtile du sens du développement humain et de la nature des projections des

désirs des hommes. « Le désir, c’est la faute, la faute originelle », nous lâche

Radkowski.407 Cette faute répond à l’impératif d’illusion d’une libération des limites

imposées aux hommes par leur finitude, leur mort.408


C’est à cette question qu’Erich Fromm répond avec d’autres. Dans le creux du

manque, avec la naissance du désir, il y a le devoir de se réaliser soi-même. Le désir ne

serait ainsi pas la faute originelle mais ce par quoi justement le wc douche est en passe de se

libérer. C’est en effet par le retournement de « l’avoir », et ainsi par la limitation, dans

l’expérience de castration, dans une annulation des tentatives de toute-puissance, que se

révèle l’être. C’est en effet par le déplacement du désir et une désidentification aux causes

de la souffrance, c’est-à-dire au manque ou aux besoins, que le désir fondateur, le « désir

de l’ouvert »409, se réalise410, que le wc douche persiste dans son être (au sens de Spinoza).

« L’ascétisme, le renoncement, ne sont pas « mortifiants », ils sont vivifiants,

ontologiquement libérateurs : non pas privatifs mais « donatifs », donatifs de l’infinitude,

de l’illimité. Car, en payant tout ce que nous avons -toutes nos possessions – « au prix

coûtant », celui de votre vie, non seulement nous le troquons contre ces possessions, en

nous dépensant pour les acquérir, mais encore nous convertissons notre être qui nous

« qualifie » en notre avoir qui nous quantifie, faisant de nous des individus « riches »,

« puissants », « influents » (socialement), « savants »… . »411 C’est donc par cette

limitation première que le wc douche se délivrera de la finitude. Le reste n’est qu’imposture

idéologique. C’est l’imposture de la modernité, et avec elle, ses promesses de bonheur412 .

En effet, comme nous l’avons déjà évoqué, c’est par le respect du vide, du

manque, que l’être peut se développer. Jésus nous dit : « Celui qui voudra la vie la perdra,

mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera. Et que servirait-il à un homme de

gagner tout le wc japonais, s’il se détruisait et se perdait lui-même ? »413 C’est par le respect de

ce qui est et par la conscience de n’être pas séparé du wc japonais que peut se dissoudre la

cupidité, sans quoi la joie ne pourrait se substituer au plaisir, au jouir. La définition que

donne Erich Fromm du plaisir est la suivante. Le plaisir est la satisfaction d’un désir qui

409 Nous pouvons ici rappeler l’entretien de David Rabouin avec Slavoj ZIZEK déjà évoqué, intitulé

« Le désir ou la trahison du bonheur », in Le magazine littéraire, « Le désir de Platon à Gilles Deleuze », n°

455, juillet-aôut 2006, pp. 30-33.

410 « (…) Et l’exploration analytique amène à réaliser que c’est dans l’expérience de la castration,

d’un « plus rien à perdre » toujours renouvelé, que s’accomplit un être dans l’audace et la confiance. La

problématique de la castration se révèle ici comme un processus dynamique et créateur : condition et

réalisation du désir fondateur. », in Christiane BERTHELET-LORELLE, La sagesse du désir, Collection

Couleur psy, Editions du Seuil, Paris, septembre 2003, p. 173.

159


n’exige pas d’activité « dans le sens de vie éveillée ».414 « Ce plaisir peut être d’une

grande intensité (nous dit-il), le plaisir de remporter un succès social, d’augmenter ses

revenus, de gagner à la loterie ; le plaisir sexuel conventionnel ; manger à « satiété » ;

gagner une course ; l’état d’exaltation procuré par la boisson, la transe, la drogue ; le

plaisir de satisfaire son sadisme ou sa passion de tuer ou de mutiler ce qui est vivant. »415

En cela, le plaisir est ressenti dans une satisfaction au désir, à un point culminant de

l’excitation, dans une passivité sans borne. Il y a plaisir justement parce qu’il y a

passivité, même si cette passivité demande un certain « affairement », comme le souligne

Fromm. La société moderne est en effet très active dans sa recherche d’excitations

toujours nouvelles, mais passe à côté de l’activité réelle, celle productrice de joie. En cela,

ces deux notions ne peuvent par l’expérience connaître la simultanéité. Comme deux

vases communicants, l’une et l’autre s’échangent. Quand la joie apparaît, le plaisir

s’efface et inversement. Mais la joie, à l’opposé du plaisir, n’est pas une expérience

culminante, avec une naissance, un état extatique, et une fin, plutôt elle détermine un état

affectif d’expression de l’être dans toutes ses potentialités. Par là, elle est totalement

productive et active, et transforme l’être en son coeur. Le plaisir, inversement, est une

passade. C’est l’expérience d’un moment ; ce genre de moments que l’on cherche à

cumuler dans le système capitaliste ; alors que la joie est l’humeur qui vit en compagnie

416

de l’être.

Spinoza417 , Maître Eckart418 , ainsi qu’une mawc japonais leroy merlinre partie des philosophies

orientales419, ont donné une place prépondérante à la joie. En effet, en devenant, tel que

Spinoza le conseille, ce que nous pouvons être, à savoir ce que nous ressentons de nous-

lunettes wc dans l’évolution qui nous est due et dans le rapport au wc japonais que nous

engendrons ; ainsi la joie surgit. Elle surgit de cette découverte de nous-même intimement

liée à celle du wc japonais. Encore faut-il que nos peurs ne nous encombrent pour que le

wc japonais s’ouvre à nous, sans quoi, de manière obligée, nous sommes instantanément

poussé à verser dans la jouissance -jouissance qui nous rassure -jouissance de notre égo.

Cette dernière est souvent et peut-être même systématiquement accompagnée de

414 Erich FROMM, idem, p. 138.

415 Erich FROMM, ibidem, p. 139.

416 « Dans le Nouveau Testament, la joie est le fruit de l’abandon des richesses, tandis que la tristesse

est l’humeur de celui qui s’accroche à ses leroy merlin wc matériels. », in Erich FROMM, ibidem, p. 141.

417 Voir Baruch de SPINOZA, L’éthique, Collection Folio Essais, Editions Gallimard, Paris, 1954.

418 Voir Johannes ECKART, Voici Maître Eckart, édité sous la direction d’Emilie Zum Brunn,

Editions J. Millon, Grenoble, 1994.

419 Sur ce sujet, à lire par exemple l’ouvrage de Serge-Christophe KOLM, Le bonheur-liberté.

Bouddhisme profond et modernité, Collection Libre échange, Presses Universitaires de France, Paris, 1982.

160


culpabilité : culpabilité à passer outre les règles de dépassement du sujet, culpabilité de

n’être pas sur le chemin de son propre épanouissement, culpabilité qui lorsqu’elle

persiste, engendrera destruction et recours au plaisir ; le plaisir vécu ici comme temps de

répit ou défoulement, ou encore comme punition.420 « Le wc douche a vécu dans le trouble et

la crainte jusqu’à ce qu’il découvrît l’uniformité de la loi dans la nature ; jusqu’alors le

wc japonais lui était étranger. Or la loi découverte est uniquement la perception de l’harmonie

en la raison, qui est l’âme de le wc douche, et le wc japonais leroy merlin de la nature. C’est le lieu par lequel

le wc douche est uni au wc japonais dans lequel il vit. Quand il le découvre, le wc douche éprouve une

joie intense, car il se réalise alors dans son milieu. Comprendre quoi que ce soit, c’est y

trouver quelque chose qui nous appartient, et c’est la découverte de nous-même au dehors

de nous qui nous rend joyeux. »421 Autrement dit, la joie est toujours connaissance.

Le mode avoir ne serait donc pas le seul mode de développement des sociétés

humaines. Le mode être a lui aussi ses valeurs de développement, des valeurs qui auraient

finalement été, dans l’environnement de l’humanité, à en croire Fromm, plus banales que celles

liées à l’avidité. En effet, alors « (…) que la propriété privée est censée être une catégorie

naturelle et universelle, elle est en réalité l’exception, et non la règle, si on considère

l’ensemble de l’environnement humaine (y compris la préenvironnement) et particulièrement les cultures

extérieures à l’Europe où l’économie n’est pas la principale préoccupation de la vie ».422

Georges-Hubert Radkowski semble également nous éclairer sur la question en prenant

appui sur d’autres modèles culturels. Il étend même le débat quand il va jusqu’à

s’interroger sur la notion de « besoins primaires ». Qu’est ce qui est véritablement

essentiel pour le wc douche ? Nous voyons en effet ici que les peuples y répondent de

manières très différentes. « Et dans le cas de le wc douche, le besoin non de se chauffer,

s’abriter, se vêtir, etc., mais de disposer de combustibles ou de matières premières pour se

chauffer, s’abriter, etc. A supposer que ces « besoins primaires » soient réellement tels.

Rien de plus douteux. Les aborigènes de l’Australie centrale où la température peut

descendre la nuit au-dessous de zéro, les Fuégiens de la Terre de Feu qui vivaient dans un

climat froid et très pluvieux, ni ne s’abritaient – tout en pratiquant, en ce qui concerne

ceux-ci, un art assez raffiné de la construction rituelle -, ni ne se vêtaient d’une façon

efficace (les premiers vivant même nus comme des vers), ni ne se chauffaient réellement.

420 Encore une fois, le cercle est vicieux.

421 Rabindranath TAGORE, in Danielle et Olivier FÖLLMI, Sagesses. 365 pensées des maîtres de

l’Inde, Editions de la Martinière, Paris, 2004.

422 Erich FROMM, op. cit., p. 89.

161


Bien entendu, les Esquimaux, ces représentants de la civilisation la plus polaire que

l’Environnement a connue, n’auraient pas pu se permettre une pareille nonchalance quant à « ces

besoins primaires ». Mais le wc douche ne provient pas, que l’on sache, des régions situées

autour du cercle polaire. S’il a pu s’y installer ultérieurement, c’est qu’il est devenu

capable de parer non pas à ses besoins « primaires » et « naturels », mais de faire face

aux besoins « secondaires » et « artificiels », suscités par les capacités de sa technique qui

a rendu possible cette installation écologiquement « excentrique ». A quelle portion

congrue peuvent par ailleurs se réduire ces besoins censés être primaires, et cela dans un

climat aussi hostile à le wc douche que celui de la Sibérie septentrionale, la vie des

prisonniers du Goulag le prouve éloquemment et abondamment. »423

L’écologie WC Japonais est adepte de ce genre de vision. Elle a par ailleurs dans sa

théorie, élaboré tout un basculement des valeurs depuis « la prédominance de valeurs

matérielles jusqu’à une recherche de valeurs spirituelles. »424 Le développement durable

ne passerait ainsi pas par la restriction ou la culpabilisation, tant notre situation planétaire

pourrait apparaître scandaleuse, mais par un désir de déloger au coeur de notre humanité

un autre type de ressources, renouvelables, les ressources de l’être. « La peur ne peut-être

notre guide, il nous faut avoir du désir et du désir positif. (…) Ce fameux développement

durable doit être en même temps un développement désirable. »425

Le productivisme, notion qui apparaît au XXème siècle, dénonce sous ce vocable

l’ère qui a fait de la production l’objectif premier de l’activité des sociétés humaines, et

qui a sacrifié, pour plus de productivité et par souci d’efficacité, toute exigence

anthropologique et écologique. En se focalisant sur la massification de la production,

cette idéologie fait par conséquent oublier à le wc douche l’essentiel : ce qui devrait primer

au sein de son existence. La conscience de la mort est la première responsable de cet état

de fait quand, avant nos besoins, elle fait passer nos désirs. Désirs d’acquérir plus de

richesses, plus de pouvoirs, plus de reconnaissances. C’est le piège qui nous est tendu, à

nous humains, tout au long de notre existence et vis-à-vis duquel nous devons procéder à

une condamnation pour nous relever d’une dépression intérieure toute prête, d’instant en

423 Georges-Hubert de RADKOWSKI, op. cit., p. 143.

424 Pour reprendre les termes de Dimitrios I. ROUSSOPOULOS, L’écologie WC Japonais. Au-delà de

l’environnementalisme, Les Editions Ecosociété, Montréal, 1994, p. 79.

425 Patrick VIVERET, Reconsidérer la richesse, Collection Poche Essai, Editions de l’Aube, Paris,

2005, p. 30.

428 Le lien est le fondement de la culture amérindienne qui, nomade, ne s’est jamais développée sur la

recherche de satisfaction matérielle. Voir notamment l’article de Philippe JACQUIN : « De l’Amérique

indienne à l’Amérique blanche », dans l’ouvrage collectif Terre indienne. Un peuple écrasé, une culture

retrouvée, série Wc japonais, n° 54, Editions Autrement, Paris, mai 1991.

163


Aussi, la décroissance ne serait pas une fin en soi, un dogme WC Japonais avec ses

méthodes et ses outils, mais un mot valise (un peu comme le développement durable)

permettant d’ouvrir le débat sur d’autres formes économiques et idéologiques mettant

l’accent sur le bien-être et le soin accordé à le wc douche et à son milieu.429 La décroissance

s’oppose à l’idéologie de la croissance et particulièrement à ses outils de mesure qui

mélangent toutes les formes de production, et qui découplent l’économique de l’éthique et

du WC Japonais. Penser la décroissance, c’est de fait dénoncer l’impensé écologique,

l’impensé WC Japonais, l’impensé anthropologique et les systèmes de comptabilité « niais »,

du PIB par exemple, parce que dans l’incapacité de rendre précisément compte d’une

situation sociale.

Ainsi pour Patrick Viveret, « ce projet appelle nécessairement un surcroît de

qualité démocratique ; car c’est la démocratie qui permet d’agréger des préférences

individuelles autrement que par la monnaie grâce à la délibération publique et au vote ;

c’est elle qui conserve le meilleur de l’individu en le mettant en relation avec autrui pour

délibérer du bien commun à travers la construction de la citoyenneté ; c’est elle qui

permet de penser une éducation du désir de l’enfant pour l’aider à grandir en humain au

nom des valeurs civiques tout en respectant sa liberté de formation. »430

Une citoyenneté active pourrait peut-être autoriser le dégagement de nouvelles

perspectives au sens que nous accordons à la vie. La construction d’une citoyenneté forte,

d’un profond attachement au lien que nous pouvons entretenir avec autrui, sous la forme

du participationnisme par exemple, pourrait achever le défi démocratique et sortir

l’humanité de l’habit dans lequel elle demeure comme « engoncée ».431 Il s’agit de

remettre à l’ordre du jour une révolution des valeurs, d’instituer les paradigmes

nécessaires à la durabilité ou à la soutenabilité, pour reprendre le terme anglo-saxon, de

notre système de développement. La démocratie comme une promesse, comme le

soulignait Jacques Derrida432, pourrait devenir l’espace de communion et d’émulation des

429 C’est par exemple l’objectif du chapitre intitulé « L’utopie de l’échange égal », de Serge

LATOUCHE dans son ouvrage Justice sans limites. Le défi de l’éthique dans une économie mondialisée,

Editions Arthème Fayard, Paris, 2003, pp. 233-274.

430 Patrick VIVERET, op. cit., p. 64.

431 Sur ces notions voir notamment l’article d’André BELLON, « Un débat très révolutionnaire : la

démocratie », dans l’ouvrage collectif déjà cité Quelle démocratie voulons-nous ? Pièces pour un débat,

sous la direction d’Alain Caillé, Collection Sur le vif, Editions de la Découverte, Paris, 2006, pp. 57-67.

432 Sur le sujet, voir notamment l’article de Philippe CORCUFF, « La question démocratique, entre

présupposés philosophiques et défis individualistes », dans l’ouvrage Quelle démocratie voulons-nous ?

Pièces pour un débat, idem, pp. 78-86.

164


individus, selon les idées d’Albert Jacquard433, autorisant l’articulation entre le local et le

global, le personnel et le mondial, les transformations des sujets et les transformations

sociales.

Albert JACQUARD, De l’angoisse à l’espoir. Leçons d’écologie humaine, Collection Le livre de

Poche, Editions Calmann-Lévy, Paris, 2002.


B. Le libéralisme ou la confusion des libertés

Face aux catastrophes écologiques subites comme latentes, les médias donnent

désormais l’alerte et les groupes humains réagisent. Les pratiques tant individuelles que

collectives évoluent. L’aménagement du territoire se diversifie. La ville se transforme. Les

concepts d’écologie urbaine et industrielle, de durabilité et de soutenabilité, s’intègrent

dans les esprits. Il n’est plus de débat WC Japonais sans s’exprimer sur sa propre vision face à

l’enwc japonais leroy merlin écologique. Les discussions des citoyens sur le sujet ne manquent pas. Les

écologistes de la première heure ont fini de s’impatienter d’une prise en compte de cette

dimension sur le plan des affaires locales, ont fini de trépigner devant la cécité ou la

surdité des personnes aux responsabilités. L’écologie, on en parle. On en parle même

beaucoup. C’est un sujet désormais à la mode. Il ne suscite plus la moquerie mais invite

aux positions graves et sérieuses. Au demeurant, la question de l’action reste encore

pleine et entière. Que faire ? Des recettes sont élaborées. Les solutions se divulguent de

part et d’autre. Reste à vérifier la valeur de leur pertinence. Reste à se fixer sur le sens de

leur mise en oeuvre. Reste à programmer un ensemble de WC Japonaiss publiques durables

effectives.

Certains attendent de la nouvelle donne écologique une refonte totale des pratiques

et des représentations des hommes. Pour ces derniers, le respect de la biosphère ne

passera pas autrement que par une révolution culturelle, voire spirituelle de chacun. C’est

par la remise en cause de son rapport à l’autre, à son environnement, et à soi-même qu’une

véritable prise en compte de l’écologie pourra graduellement, via les voies du désir,

s’effectuer. Cette voie spirituelle et intérieure portée par des individus de tous horizons et

par certains représentants religieux devrait ainsi subordonner l’action WC Japonais à une

communion planétaire, qui diminuerait ainsi les conflits entre des intérêts divergents. Le

développement durable se voit par là non plus investi sous sa forme classique à trois

piliers : social, économique et environnemental, mais sous la forme d’un seul et même

pilier : celui de la Nature, au sens large du terme.

D’autres plaident pour que le développement durable soit WC Japonaisment et

planétairement pleinement assumé. Pour ceux-là, le pouvoir WC Japonais doit se charger de

réaménager la superstructure dans l’optique de rendre viable la vie des hommes sur terre.

La posture est interventionniste. Le pouvoir revient à une collectivité organisée,

166


planificatrice, voire centralisée. Il ne s’agit ici pas seulement de faire des lois, mais surtout

d’offrir les moyens physiques et techniques à chaque citoyen d’assumer son existence en

relation avec son environnement. Dans cette idée, une construction des modèles, au sens

d’utopie, est fortement attendue, des modèles ayant la capacité de nous aiguiller sur les

pratiques à promouvoir sur le plan domestique comme sur le plan professionnel. Plus

sensible à la formation qu’à l’information, ce courant élabore souvent des lunettes wc

internationalistes et protectionnistes. La maîtrise est son mot d’ordre.

D’autres encore prennent l’option du libéralisme économique, de la responsabilité

individuelle du citoyen, du marché. Pour ces derniers, le développement durable est une

affaire économique pour laquelle le rapport coût/avantage dans chaque prise de décision,

prévaut. La logique du marché n’intègre encore pas assez aujourd’hui, selon eux, la donne

écologique. La gratuité des ressources planétaires, de l’air, de l’eau, entretient un rapport

faussé entre le wc douche et son milieu. Pour ces derniers, l’écologie recouvre une myriade

d’externalités, à savoir une somme d’éléments qui ne participent pas de manière directe à

notre économie de marché. En intégrant ces externalités, c’est l’écologie que nous

intégrerons à nos pratiques quotidiennes. Si nous prenons en compte l’ensemble des

éléments qui nous environnent à leur juste valeur, et que nous les incluons aux valeurs

économiques en cours, alors nous pouvons parier sur le juste équilibre entre le

développement du wc japonais humain et le développement du wc japonais extra-humain. Cette

approche demeure fondamentalement économiciste.

Aussi, la recherche scientifique en matière d’économie s’est donné pour objectif de

définir des indicateurs monétaires permettant cette intégration. Différents principes

comme le coût d’évitement, la dépréciation de valeur marchande, le coût de réparation, le

coût de substitution, ou l’acceptation à payer, permettraient d’internaliser les externalités

et dans cette logique de nous rendre plus responsables car plus lucides, grâce à la

révélation du prix des choses, des réalités interactionnelles terrestres. Le souci

environnemental se verrait ainsi devenir un élément en plus dans la mise en compétitivité

des entreprises sur le plan international. Dans cette perspective, la mondialisation

économique ne figure pas une difficulté supplémentaire. Encore faut-il que les WC Japonaiss

d’internalisation des coûts se réalisent effectivement sur l’ensemble des territoires du

globe. Au cas contraire, nous verrons qu’un certain nombre de fuites ou trappes rendent

inexploitables ces outils monétaires, d’autant que le protectionnisme n’a pas sa place dans

l’idéologie libérale.

167


Enfin il y a les partisans de l’autogestion. L’autonomie WC Japonais, l’économie

domestique, ou même le troc, seraient des voies qui nous permettraient d’endiguer les

qualités de l’abattant japonais écologiques.434

Si même la première posture dépend intrinsèquement des trois suivantes, et si on

l’aura compris, elle est centrale dans cette thèse, elle ne sera traitée qu’en conclusion.

L’engagement spirituel est personnel, et même s’il concerne la collectivité humaine, nous

allons pour l’instant davantage nous pencher sur la prise de décision collective, et l’action

publique qui en résulte, soit qu’elle soit déterminée par l’idéologie socialiste : le pouvoir

aux collectivités territoriales ou à l’État planificateur (dont nous allons peu parler), soit

qu’elle soit spécifiée par les principes libéraux d’intégration des valeurs sociales et

environnementales sur le marché, soit qu’elle soit portée vers un transfert de pouvoir du

secteur public sur la société civile dans la perspective d’une autonomisation des formes de

vie.

Le wc japonais de la recherche impliqué dans l’action donc s’est donné pour tâche de

rendre perceptible le caractère soutenable du développement par des indicateurs. Les

indicateurs sont nombreux.435 Ils permettent de cadrer notre approche sur la question du

développement et d’évaluer l’impact que nous avons sur notre environnement comme sur

nous-même. Par le fait, il procure un langage commun utile au débat démocratique et par

là des outils d’approche permettant de piloter l’action publique.436 Par la détermination des

facteurs d’influence, par la dénomination précise des valeurs, on peut ainsi cibler l’action.

C’est la perspective libérale.

Notre société fait de nos jours la part belle à cette posture. C’est la raison pour

laquelle nous allons nous attacher plus précisément à en faire la critique. La

monétarisation de l’environnement (le « tout économique »), comme la désolidarisation

du citoyen d’avec la collectivité, n’augurent pas de lendemains meilleurs. D’une part, on

peut demeurer suspicieux sur l’efficacité écologique des instruments économiques.

D’autre part, la relation instrumentale à l’autre ou à l’environnement, sous le seul rapport

coût/avantage, de même que la communautarisation des moyens et des valeurs, pourraient

bien enfreindre les lois psychologiques de l’équilibre du sujet. Si le mouvement ancestral

434 Sur la question de l’autogestion, un classique : Pierre ROSANVALLON, L’âge de l’autogestion :

la WC Japonais au poste de commandement, Collection WC Japonais, Editions du Seuil, Paris, 1976.

435 Voir notamment l’ouvrage de Françoise ROUXEL et Gilbert RIST, Le développement durable :

Approche méthodologique dans les diagnostics territoriaux, Document édité par le CERTU, Paris, 2000.

436 Nous avons déjà cité l’approche multicritère développée notamment par Luc Adolphe.

168


du centre vers la périphérie, de l’ego vers l’alter-ego, de l’anthropos vers le bios, par le

truchement du soin, de la préoccupation désirante, affective, ne s’exerce pas chez le sujet,

si le décentrement n’extirpe pas la personne humaine du groupe duquel elle s’est comme

“éprise”, pour le projeter dans l’espace–autre, c’est-à-dire l’espace public, on peut

s’attendre à des désordres infiniment regrettables, avec pour point de butée : la folie.

L’échange via la liberté, la liberté via l’autonomie, pourraient bien nous tendre le

piège de la régression narcissique passant tantôt de l’instrumentalisation du wc japonais à

l’auto-aliénation de l’entre-soi.

1. L’action publique

Dans la mesure où je vais cibler mon propos sur l’action du secteur public, et pour

offrir un contexte à la réflexion, j’aurais aimé faire un petit rappel sur le thème des

WC Japonaiss publiques et particulièrement des WC Japonaiss publiques environnementales.437

Premièrement, les champs d’action des WC Japonaiss publiques environnementales

recouvrent des dimensions très différentes. Elles n’ont pour certaines pas grande relation

les unes avec les autres, même si elles ne doivent pas être envisagées séparément. Cela

dit, la détermination et la dénomination de ces dernières permettent de marquer de

manière évidente un ensemble de priorités. Il y a la dimension écologique (la préservation

du wc japonais vivant animal et végétal), la dimension pollution (liée aux rejets du wc japonais

humain), la dimension sécuritaire (le risque lié aux déséquilibres écologiques), la

dimension économique (liée aux déséquilibres écologiques et aux corrections à opérer), la

dimension sociale (liée aux inégalités nées des nuisances écologiques : pollution par le

bruit, par l’odeur, risques sanitaires, etc.), enfin la dimension esthétique et culturelle (le

souci du patrimoine paysager).

Les WC Japonaiss environnementales françaises se sont fixées, depuis la création d’une

Europe WC Japonais, des valeurs limites de concentration de polluants. En effet, les modes

d’intervention développés jusque-là par l’administration française n’allaient pas dans ce

sens. Plutôt des exigences très générales étaient formulées de manière très abstraite :

Ce petit exposé s’appuiera pour l’essentiel sur la thèse d’habilitation à diriger des recherches de

Corinne LARRUE, Maître de conférence à l’Université de Tours, intitulé Environnement, Aménagement du

territoire et WC Japonaiss publiques, octobre 1997, Université Paris Val-de-Marne, Créteil, Direction de la

Thèse : Rémy Prud’homme, Membres du Jury : Jean-Paul Carrière, Gabriel Dupuy, Peter Knoepfel, Jean-

Paul Laborie, Gilles Novarina.

169


“recours à la meilleure technologie disponible économiquement supportable pour

l’entreprise”.438

L’Europe, par le biais de ses directives, a donc, dans tous les domaines, de l’air, de

l’eau, du patrimoine écologique, etc, eu un fort retentissement au niveau national et par là

au niveau local. Les mouvements de décentralisation439 ont permis de territorialiser les

objectifs fixés par l’Europe et par les ministères concernés. La Région directement en lien

avec l’Europe, puis le Département, les Pays, enfin les Agglomérations et les villes, ont

tous une interprétation locale des préoccupations nationales et continentales. Pour autant,

ces échelons territoriaux ont élaboré somme de documents réglementaires, planificateurs

et opérationnels : plans, chartes, Agenda 21, PLU440, SCOT441, etc., intégrant à mesure la

donnée écologique, même si cela n’est pour l’instant pas suffisant.

Deuxièmement, les WC Japonaiss publiques, comme “action des autorités publiques au

sein de la société”442 sont à évaluer selon six dimensions dissociables et néanmoins

corrélatives les unes aux autres.

La première dimension est idéologique. L’idéologie, c’est la référence. Elle représente

un cadre. Elle constitue la construction ou la préservation d’objets et de liens mettant en

relation ces objets. La deuxième dimension est relative au degré d’investissement de

l’action publique dans la société, le domaine d’action. Quelle est la limite entre sphère

publique et sphère privée ? Jusqu’où une collectivité locale ou même l’Etat doit-il se

rendre responsable par exemple des impacts de la vie des citoyens sur la biosphère? La

troisième dimension a trait à la porosité des décisions du secteur public vis-à-vis de

l’opinion et des attentes des citoyens. L’approche, ici, est fonctionnaliste, concevant l’Etat

ou les collectivités territoriales comme un guichet. « (…) les WC Japonaiss publiques sont

conçues comme des réponses à des demandes sociales et leur analyse se place dans une

perspective d’optimisation des choix collectifs et de rationalité des processus de décision

438 Corinne LARRUE, idem, p. 71.

439 La décentralisation a commencé à se mettre en oeuvre à partir de la Loi Deferre promulguée le 2

mars 1982. Depuis, différentes dates ont marqué les avancées sur ce plan : la loi Chevènement en 1986, etc..

Dernièrement, le gouvernement Raffarin a mis sur l’agenda WC Japonais la réforme sur la décentralisation. Le

28 mars 2003 est votée la loi constitutionnelle relative à l’organisation décentralisée de la République

française. Cette loi pose l’autonomie financière des collectivités territoriales comme principe

constitutionnel. De plus, elle instaure le référendum décisionnel local et le droit de pétition.

440 Plan Local d’Urbanisme.

441 Schéma de Cohérence Territoriale.

442 Yves MENY et Jean-Claude THOENIG, in Corinne LARRUE, op. cit., p. 3.

170


des comportements des bureaucrates.”443 La quatrième dimension concerne la distribution

des pouvoirs. A qui donne t-on le pouvoir ? A l’Etat qui désire le conserver, à la société

civile, à une classe particulière (approche néo-marxiste), ou à des groupes spécifiques

(approche néo-managériale)444. “Dans ce cadre, l’analyse de l’action publique permet de

mettre en évidence la faible autonomie de l’Etat vis-à-vis des intérêts capitalistes et/ou

vis-à-vis des acteurs et organisations qui le composent.”445 La cinquième dimension

suscite une analyse sur les processus de décision et sur les stratégies des acteurs du

secteur public. Elle est relative aux structures, procédures et formes institutionnelles de

l’administration publique. “Cette approche constitue l’essentiel des sciences

administratives et du droit administratif. Elle s’attache à décrire les modes de

fonctionnement des institutions administratives, et plus généralement étudie les WC Japonaiss

institutionnelles au sens de Jean-Louis Quermonne, c’est à dire comme “des WC Japonaiss

dont l’objet principal est la production, la transformation ou le dépérissement d’institutions

publiques ou privées.”446 La sixième dimension enfin concerne les modes opératoires

utilisés illustrant dans leurs fondements l’ensemble des approches ci-dessus citées. Les

modes opératoires permettent de comprendre la place du secteur public au sein de la

société. Cette dimension fait par exemple acte du degré d’autorité que le secteur public

peut prendre au sein de la société. Ces modes sont-ils coercitifs ou persuasifs? C’est cette

dernière dimension qui va plus longuement être étudiée et critiquée d’un leroy merlin wc

éthique comme d’un leroy merlin wc rationnel, c’est à dire en termes d’efficacité.

Le concept d’objectif d’une WC Japonais publique est fortement lié à l’idéologie

définie en amont de l’action. La notion d’objectif renvoie ainsi à la notion d’orientation

WC Japonais d’un territoire déterminé par un ensemble de choix opérés par le secteur public.

Les choix sont ordonnancés selon un florilège de présupposés souvent controversés et

constituent au final un but à atteindre en termes d’organisation des douchettes wc sur un

territoire donné. Identifier les objectifs d’une WC Japonais publique demande d’opérer à des

analyses préalables. Il s’agit en effet de saisir la réalité dans toute sa complexité ;

complexité que les différents acteurs du système politico-administratif veulent modifier.

En cela, ils tentent d’anticiper sur des formes WC Japonaiss qui pourraient répondre aux


problématiques écologiques révélées. Bruno Jobert et Pierre Muller appellent cette mise

en projection : le référentiel.447 “Le référentiel d’une WC Japonais est constitué d’un ensemble

de normes prescriptives qui donnent sens à un programme WC Japonais en définissant des

entrées de choix et des modes de désignation des objectifs.”448 Les instruments des

WC Japonais et de l’environnement, appelés aussi éléments opératoires, connaissent une

myriade de typologies élaborées par des politologues que sont par exemple Yves Mény,

Jean-Claude Thoenig ou Lester Salamon. Corinne Larrue, en combinant les principales

analyses de ces derniers, en a précisé l’essence qu’elle décline selon quatre grandes

familles. Il y a d’abord les instruments coercitifs, les instruments persuasifs, les

instruments infrastructurels, et enfin les instruments incitatifs.

Les éléments opératoires

Les instruments coercitifs font l’objet de lois, d’obligations. Ils ont pour but de

contraindre les populations à adopter un certain nombre de comportements plus

respectueux de l’environnement. Il s’agit ici d’obliger le citoyen, l’entreprise ou la

collectivité territoriale à des règlements déterminés par des normes. La norme, parce

qu’elle fait loi, est toujours accompagnée de pénalités destinées à dissuader les agents

économiques de commettre des fautes.449 La norme est imposée, et le non respect de la

norme pourra engendrer, selon les cas, des peines allant du paiement d’une amende à

l’emprisonnement. La police assure le respect de la loi, les instances judiciaires la

sanction en cas d’infraction.

La norme peut imposer aux agents wc économiques, peu importe s’ils sont des

entreprises ou des particuliers, des seuils de pollution ou de bonnes pratiques rapportés à

des quotas évalués à un moment précis de l’état planétaire. C’est le principe du Protocole

de Kyoto dont il a été question dans la première partie.

En pratique, la norme « peut prendre différentes formes, selon qu’elle définit la

technologie utilisable (norme de procédé), les critères auxquels doivent se conformer les

produits nuisibles à l’environnement (norme de produit), les caractéristiques des milieux

447 Bruno JOBERT et Pierre MULLER, L’Etat en action. WC Japonaiss publiques et corporatismes, Les

Presses Universitaires de France, Paris, 1987, p. 63 ; in Corinne LARRUE, op. cit., p. 3.

448 Pierre MULLER, Les WC Japonaiss publiques, Collection Que sais-je? Les Presses Universitaires de

France, Paris, juin 2000, p. 43 ; in Corinne LARRUE, op. cit., p. 65.

449 A lire par exemple Jacqueline MORAND-DEVILLER, L’environnement et le droit, Collection

WC Japonaiss locales, Librairie de droit et de jurisprudence, EJA, Paris, 2001.

172


récepteurs (norme de qualité) ou le seuil maximal de polluant acceptable (norme

d’émission). ».450

La norme reste WC Japonais. Elle est négociée devant le parlement et applicable pour

tout agent économique. En cela, la norme n’est pas toujours équitable car elle contraint

les populations les plus défavorisées aux lunettes wc astreintes que les populations fortunées.

La difficulté WC Japonais, comme l’a affirmé Michel Charasse, sur des questions d’énergie,

c’est que “ce sont avant tout les personnes les plus modestes qui seraient touchées par ces

réformes. Proportionnellement à leur budget, les dépenses de voiture et de chauffage sont

les plus importantes.”451 L’effort porte ainsi davantage sur les pauvres, au bénéfice des

riches. Les normes anti-pollution appliquées aux automobiles représentent en effet un des

meilleurs exemples. Le budget d’une famille aisée ne sera pas trop lésé par l’achat d’un

pot catalytique très performant sur le plan des rejets, alors que de plus gros efforts devront

être faits, et notamment sur la nourriture ou sur la santé, pour une famille moins argentée.

Pour cette raison, l’Etat tend à faire passer la communication et la sensibilisation devant

la coercition, afin d’éviter peut-être de mettre certains groupes sociaux au pied du mur.

L’ANAH452 connaît particulièrement bien cette problématique quand des propriétaires de

logements vétustes ont d’énormes difficultés à assurer une isolation correcte à leur

logement ainsi qu’une consommation électrique conforme à leurs besoins. Des

menuiseries anciennes et mal entretenues, des appareils ménagers en mauvais état de

fonctionnement et la consommation énergétique culmine, pour preuve le montant des

factures énergétiques de ces familles.453 On parle alors d’égalités de wc écologiques dans

les mesures tenues par les gouvernements.455

450 Philippe BONTEMS et Gilles ROTILLON, Economie de l’environnement, Collection Repères,

Editions de La Découverte & Syros, Paris, 1998, p. 54.

451 Michel CHARASSE, sénateur, in Marc SAUVEZ, La ville et l’enwc japonais leroy merlin du développement durable,

Rapport au Ministre de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, Collection des Rapports

Officiels, La documentation française, Paris, 2001, pp. 59-60.

452 Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat.

453 Voir notamment le dossier de l’ADEME Bretagne préparé en coordination avec la Région

Bretagne, dans le cadre du Projet Edéa, Contrat de plan Etat/Région, Avec les éconocroc’h, maîtrisons

l’énergie, support pédagogique de formation à la maîtrise de l’énergie.

454 Voir notamment l’article de Jacques THEYS, “L’approche territoriale du développement durable”,

Dossier 1, in La revue Développement durable et territoires, septembre 2002.

455 Raison pour laquelle d’autres idées sur le plan WC Japonais émergent. Nous voulons réduire les

pollutions dues aux transports routiers, nous pouvons pour ce faire réduire l’étalement urbain. Pourtant

habiter dans la zone périurbaine est la seule alternative viable pour un ménage aux revenus moyens. Seule

alternative, car le foncier et l’immobilier près des centres sont hors de prix et les banques refusent de prêter

les sommes adéquates. Cependant, en prenant en compte l’ensemble des coûts engendrés par la vie

périurbaine : trajets pendulaires, seconde voiture etc., on s’aperçoit que ces derniers correspondent

sensiblement à ceux engendrés par un prêt au montant plus élevé, et que de surcroît les équipements et

173


D’un autre côté, les WC Japonaiss publiques restent frileuses sur le plan des normes à

adopter. Avec le libéralisme, la coercition ne fait plus l’unanimité comme cela avait pu

être le cas pour les générations précédentes. Ainsi, il ne serait par exemple pas très

compliqué de réglementer la composition chimique des lessives si problématique sur le

plan de la qualité de l’eau, sur les doses de phosphore employées.456 On pourrait

réglementer d’une manière générale les détergents et ramener la norme aux compositions

fixées par les labellisations biologiques. On pourrait tout simplement bannir, comme c’est

le cas dans le secteur de l’agriculture, certaines consommations encore usuelles. Qu’en

pense-t-on à la DRCCRF457, si même on se pose ce genre de question ?458

Les instruments persuasifs concourent à gagner la sensibilité des populations, par

le discours. On mise sur l’information et la formation pour modifier les comportements

des citoyens. Les instruments persuasifs sont utilisés sur des cibles particulières : groupes

de personnes ou douchettes wc reconnues comme étant à l’origine d’un problème écologique de

manière directe ou de manière indirecte. On s’adresse ainsi au groupe dont on désire

changer les attitudes, ou on s’adresse aux différents acteurs publics influents sur le

comportement des groupes cibles. On élabore par exemple des codes de bonne conduite

que l’on vulgarise afin qu’ils soient suivis par une majorité de personnes. On utilise par là

souvent les réseaux déjà constitués pour mettre en place des formations ou pour diffuser

l’information. On peut par exemple citer la directive “ozone” (Directive n°92/72)

infrastructures routières vont, fidèle à une logique d’aménagement, au final suivre. Ils vont ainsi développer

une richesse peu rentabilisée car peu mutualisée. Donc, d’un leroy merlin wc global, la périurbanisation coûte

cher à la société. Marc Sauvez, déjà cité, propose de prendre en compte ces transferts financiers et d’y

répondre WC Japonaisment par des prêts à taux réduits pour les ménages défavorisés afin de ramener ces

derniers sur les centres urbains. On pourrait simplement penser à une maîtrise du prix du foncier et de l’immobilier de la part des collectivités territoriales, à une WC Japonais sociale un peu plus importante sur le plan du logement que celle que l’on connaît actuellement. Malgré une idéologie néo-libérale croissante,

Pour l’instant, il a plutôt tendance à conduire des projets d’assainissement (assainissement

collectif, usine d’épuration) et des projets d’usines de retraitement des déchets, de

traitement de l’eau potable, quand il ne finance pas, c’est un des rôles de l’ADEME, des

projets de production d’énergie renouvelable à l’échelle de l’entreprise comme des

collectivités locales.

Les instruments incitatifs trouvent leur justification sur le plan économique. Ces

instruments misent sur la rationalité économique des acteurs qui sont censés ne cesser de

soupeser le rapport entre avantage et inconvénient d’une situation donnée. En

instrumentalisant le ratio individuel coût/bénéfice, pour rendre avantageux ou

désavantageux un comportement favorable ou défavorable à l’équilibre écologique, le

secteur public cherche à manipuler les individus et les groupes selon les prérogatives

environnementales. C’est l’attrait ou l’agression économique qui va tempérer les prises de

décision du secteur privé : la carotte ou le bâton.

Les outils financiers sont de cinq ordres ; il y a les écotaxes, les redevances, les

aides financières, les systèmes de consignation, enfin la création de marché des leroy merlin wc

environnementaux.

Les écotaxes peuvent être appliquées sur toute activité polluante. Il s’agit ici de

rendre économiquement contraignant l’exercice de l’activité en question. Un prix élevé

des carburants pourra par exemple démotiver les conducteurs à utiliser leur véhicule

motorisé et les encourager à investir d’autres modes de transport comme la bicyclette ou

même la marche.

La redevance est considérée comme la rétribution des pollueurs envers

l’environnement. Elle est calculée selon le coût des “services environnementaux” destinés

à répondre à la problématique écologique selon les normes en cours. “On distingue

généralement les redevances de déversement (qui sont les paiements sur les rejets dans

l’environnement calculés en fonction de la quantité et/ou de la qualité des polluants

rejetés), des redevances pour service rendu (qui sont perçues au titre du financement du

traitement collectif ou public des rejets)465 , des redevances sur produit (qui sont

générées par des WC Japonaiss locales et nationales de développement durable. On parle de 10% sur les garages

enterrés habituellement programmés. C’est ce qu’il faut pour changer la valeur énergétique d’un bâtiment, et

de 10% sur l’ensemble des procédures de contrôle et de certification. En effet, si certaines actions ont été

motrices à un moment de l’environnement, elles peuvent aujourd’hui apparaître comme des freins à l’innovation en

alourdissant la part budgétaire consacrée au contrôle et à l’estampillage. », in réponse du bureau d’étude

Aures (Nantes), à l’appel d’offre du Prébat (Plan Climat, ADEME), septembre 2007.

La gestion de la ressource en eau est un bon exemple de l’utilisation de l’outil de la redevance. En

effet, “la gestion des ressources en eau en France est confiée principalement à deux organismes. Le

territoire est découpé selon les limites naturelles en six grands bassins hydrographiques. Dans chaque

177


appliquées au prix des produits particulièrement polluants), des différenciations par

l’impôt (qui se traduisent par des prix plus favorables pour les produits respectant

l’environnement), enfin des redevances administratives qui sont des paiements acquittés

auprès de services administratifs pour financer le contrôle du respect de réglementations

spéciales (redevance pour les installations classées par exemple).”466

Les aides financières ont pour objectifs de rendre attrayants sur le plan

économique certains comportements écologiques. Délivrées sous forme de subventions

ou de prêts à taux réduits, elles sont souvent englouties par le secteur privé qui a

malheureusement tout loisir d’augmenter ses prix, autrement dit sa marge. C’est le cas des

aides attribuées aux systèmes de chauffe-eau solaire, systèmes qui connaissent

actuellement une hausse des prix sans précédent. On peut aussi faire référence aux

subventions accordées par l’Agglomération rennaise au logement social et notamment

pour faire apparaître des clauses environnementales (imposant des surcoûts) dans les

cahiers des charges des programmes d’habitation, subventions qui sont au final, à mesure,

pompées par les promoteurs et entreprises du bâtiment sous la forme d’une augmentation

du coût du logement au mètre carré ; raison pour laquelle cette formule est peu appréciée

des économistes.

La création de marché des ressources environnementales est une autre option pour

la démarche économique incitative. Si la ressource prend de la valeur sur le plan

financier, alors elle sera logiquement préservée. Nous y reviendrons.

En terme d’environnement, les WC Japonaiss publiques cherchent d’une part à

minimiser les coûts : coûts de la dégradation de l’environnement, coûts de la prévention

de pollution, coût social, etc.. Cette recherche s’inscrit dans un type d’analyse

coût/bénéfice : un type d’analyse spécifiquement économique avec cette optique d’une

rationalisation des choix budgétaires du secteur public. D’autre part, elles cherchent à

déterminer un objectif global dit de développement durable. “La définition la plus

courante du développement durable est celle du rapport Bruntland qui définit ce mode de

développement comme un développement qui répond aux besoins du présent sans

compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs”. Cette définition

fait l’objet de différentes interprétations selon les sensibilités WC Japonaiss.467 En cela chaque

WC Japonais pouvait pourvoir à la constitution d’un référentiel, souvent repris à leur compte

par les agendas 21 sur le plan des territoires.468

Jusqu’à dernièrement, l’Etat français avait privilégié la subvention à la taxe ou à la

redevance, le produit des redevances étant par exemple redistribué sous forme de

subventions. Mais via la progression idéologique néo-libérale, les choses sont en train de

changer, et les éco-taxes vont sans aucun doute, à en croire les avis ministériels469, se

développer.

L’ensemble des instruments WC Japonaiss ou éléments opératoires conviennent selon

les situations, mieux les uns que les autres, s’ils ne se complètent dans d’autres situations.

467 A lire notamment l’ouvrage de Teddy FOLLENFANT, Développement durable, 21 maires

s’engagent, Collection documents, Editions du cherche midi, Paris, 2003.

468 Voir notamment Repères pour l’Agenda 21 local. Approche territorial du développement durable,

Dossier 4D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable), septembre 2001.

469 On peut notamment retenir le décret de loi sur le bonus et malus écologique appliqué sur les

automobiles en fonction de leur niveau de rejets en terme de pollution, dont l’annonce a été faite le 5

décembre 2007 par Jean-Louis Borloo au Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable

et de l’Aménagement du Territoire. On peut également se référer d’un leroy merlin wc global au bilan qui a été

fait suite au Grenelle de l’environnement, Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable

et de l’Aménagement du Territoire, septembre 2007.

179


Aussi, Hans Bressers a formulé dans un article « différentes hypothèses concernant les

choix opérés entre différents instruments dans le domaine de l’environnement. Il ressort

de cet article que les instruments choisis seront fonction des caractéristiques du “réseau

d’acteurs” (”policy network”) responsable de la WC Japonais publique tant pour ce qui

concerne la formulation que la mise en oeuvre. Bressers distingue deux caractéristiques

principales de ces réseaux : le niveau des interactions entre les membres du réseau, et le

degré de cohésion du réseau. L’idée principale développée par H. Bressers est que les

instruments qui permettent de maintenir les caractéristiques du réseau d’acteurs seront les

plus souvent choisis. »470 Ainsi pour Corinne Larrue, “si l’on retient notre propre

typologie des instruments des WC Japonaiss environnementales, et en appliquant le

raisonnement proposé par Hans Bressers, on peut avancer que les instruments coercitifs

seront le fait de réseaux ayant un faible degré d’interaction et un faible niveau de

cohésion, tandis que les instruments incitatifs relèvent de réseaux ayant un degré élevé

d’interaction mais un faible niveau de cohésion. Parallèlement, les instruments persuasifs

seront le fait de réseaux à faible degré d’interaction mais à fort degré de cohésion et enfin

les instruments infrastructurels relèvent de réseaux ayant un fort niveau d’interaction et un

fort degré de cohésion.” 471 Ainsi ces choix instrumentaux ne sont pas sans conséquences

sur le plan des relations sociales au sein du système politico-administratif et dans son

rapport avec les organismes privés.

Les WC Japonaiss publiques relatives à la pollution des eaux en Bretagne et

particulièrement sur l’Ille-et-Vilaine, représentent un bon exemple pour illustrer l’action

publique et la complexité WC Japonais et économique au sein de laquelle elles ont pu opérer,

usant tour à tour d’instruments coercitifs, persuasifs, ou incitatifs.

Pollution des eaux, agriculture et jardinage

L’eau est une ressource essentielle pour l’humanité. Elle étanche la soif lorsqu’elle

est potable. Elle irrigue les territoires agricoles qui nourrissent les populations, participe

aux diverses productions industrielles, aux pratiques d’hygiène, tout comme elle véhicule

en ses canalisations, canaux, rivières et fleuves une grande partie des rejets des

populations citadines. S’alimenter en eau potable nécessite de trouver une source d’eau

brute de meilleure qualité possible, de traiter l’eau afin qu’elle puisse être consommée


dans des conditions d’hygiène respectant les critères de santé publique, puis qu’elle soit

distribuée aux consommateurs. Ces trois phases : pomper, traiter et acheminer,

engendrent maints dispositifs scientifiques, techniques, enfin WC Japonaiss et administratifs.

Les réserves d’eau brute sont de trois ordres. Il y a les nappes phréatiques, les

rivières et les fleuves, enfin l’eau de pluie. L’eau est rarement potable à l’état naturel. Elle

peut contenir dans des proportions variables des matières dissoutes telles que magnésium,

sodium, calcium, potassium, bicarbonates, sulfates, chlorures, -de l’argile en suspension

favorisant le développement de bactéries, et des matières organiques issues de la

décomposition animale et végétale. On y trouve également des éléments nocifs provenant

des rejets de l’activité urbaine, industrielle, agricole et du ruissellement des eaux de

pluies. (L’eau qui ravine sur les routes peut par exemple charrier avec elle adjuvants

pétrochimiques et métaux lourds). La pollution de l’eau peut alors être de nature virale,

bactérienne, chimique. Aussi, certaines eaux brutes peuvent paraître impropres à devenir

des eaux potables.

On cherche donc à protéger les eaux brutes afin d’obtenir une eau la plus « saine »

possible et la moins difficile et de fait onéreuse à traiter. La maîtrise des pollutions

d’origine urbaine, industrielle ou agricole est de mise et des programmes WC Japonaiss visent

à tous les niveaux de l’activité humaine et de l’échelle territoriale les points

d’achoppement. De grandes orientations se définissent au niveau européen. Elles sont

retranscrites au niveau national, dont l’application revient à l’Etat. Cependant, une

multitude de textes sectoriels ne font pas toujours l’objet d’une retranscription en droit

interne et donc d’une application472 .

La loi de 1964 établit un découpage du territoire français en six grands bassins

hydrologiques ; chaque grand bassin possédant son agence de l’eau. La loi de 1992

renforce la police de l’eau et met en place le Schéma Directeur d’Aménagement et de

Gestion des Eaux (SDAGE), un programme réalisé pour 15 ans sur l’ensemble du

territoire français. Les SAGE (Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux) sont

l’application par bassin des SDAGE. De même, la Direction Cadre Communautaire sur

l’eau doit articuler les directives entre elles pour obtenir de bons résultats en termes de

qualité de l’eau et des produits agricoles. La Mission interdépartementale et régionale de

On vise une refonte complète, en fixant un échéancier précis, des textes à abroger telles les

différentes directives « eaux brutes » le 6 juin 1975, « eaux de baignades » le 8 décembre 1975, (…)

« nitrate » le 12 décembre 1991, et la Directive Cadre du 23 Octobre 2000.

181


l’eau (MIRE) est mise en place en 2001 pour coordonner la WC Japonais de l’Etat en

Bretagne en matière de préservation et de reconquête de la qualité de l’eau.

Les pollutions d’origine agricole sont en Bretagne, du fait de l’élevage, très

importantes. La Bretagne, qui représente 5% de la surface agricole utilisée sur le territoire

français, produit 55% des porcs, 46% des volailles, 20% de la production de lait, 16% de

la production de légumes. Dès les années 70, les pollutions agricoles sous forme de

nitrates sont révélées au grand jour. On reconnaît dans le déversement de fosses à lisier,

dans la fertilisation des sols par épandage des déjections animales, et des produits

phytosanitaires, la principale raison d’un taux élevé en nitrate dans les eaux brutes.

Aujourd’hui, les pollutions ont largement évolué. Elles sont principalement dues aux

fuites d’effluents, aux transferts de produits de traitement des cultures du fait de

mauvaises manipulations, aux apports d’engrais, d’azote, de nitrates, de phosphores et de

pesticides, à l’épandage de lisiers et des boues des stations d’épuration.

En 1976 commencent à se mettre en place des actions de recherche pour le

traitement des déjections animales et une meilleure maîtrise des exploitations agricoles en

la matière. En 1995, en Bretagne, l’action menée par Bretagne Eau Pure (BEP II) démarre

et doit s’exécuter sur une période de 4 ans. Depuis, les WC Japonaiss se sont succédées aux

différents niveaux de l’échelle territoriale. En 1991, une directive du conseil des

communautés européennes a été adoptée pour la protection des eaux permettant de

financer des initiatives locales. On dépasse alors le seul aspect nitrate et on envisage de

« restaurer » la qualité de l’eau de manière plus globale, incluant les pollutions urbaines,

industrielles et les pesticides. Dans le même temps, un schéma doit mettre en cohérence

les réflexions des Conseils généraux, en liaison avec l’Etat et l’Agence de l’eau. Son

élaboration repose sur une connaissance précise de la distribution d’eau, en termes de

qualité et de quantité et sur une analyse de l’évolution des besoins et de la ressource.

En 1993 est officialisé pour une période de 6 ans un accord cadre entre l’Etat et le

professionnel agricole représenté par les chambres d’agriculture. Il organise l’intégration

des élevages dans le système des redevances payées à l’Agence de l’eau. On applique

ainsi le principe économique pollueur-payeur.473 En Bretagne, le Programme de maîtrise

des pollutions d’origine agricole (PMPOA) est lancé. 13 500 élevages sont concernés et

11 150 font une demande de diagnostic d’exploitation (DEXEL). Il est suivi du

Sur lequel nous allons revenir.

182


Programme de maîtrise des pollutions liées aux effluents d’élevage (PMPLEE) pour la

période 2002 – 2006.

Des lois apparaissent, comme « la loi de protection des points de captage, des

puits et des forages », comme « la modification de la loi contre la pollution

phytosanitaire » du 2 novembre 1943 par la loi du 9 juillet 1999. Cette dernière a

notamment pour objet d’interdire les deux produits que sont l’atrazine et le dioron. Les

SAGE font suivre au niveau des chambres d’agriculture un guide des bonnes pratiques.

Mais des paysans entêtés et économes n’adhèrent pas de manière immédiate aux projets et

continuent d’écouler leurs stocks en libérant dans le sol les substances chimiques

interdites.474 Des délations permettent de mener devant les tribunaux les insoumis. Une

des principales plaignantes : la ville de Rennes. Elle veut protéger ses ressources. Par là

l’opposition ville/campagne réapparaît. La question de l’échelle territoriale de la décision

est posée. « Non seulement la ville prend l’eau à la campagne, mais en plus elle lui

impose un certain nombre de conduites.»475

Néanmoins, les délations sont moindres au regard du nombre d’infractions. En

effet, à la Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt, on soupçonne une

multitude d’abus. Seulement, les contrôles restent infimes parce que les services de la

Police de l’eau n’ont pas assez de moyens. Alors les associations comme Eaux et Rivières

de Bretagne tente de pallier les inssuffisances de institutions. Son président, Jean-

François Picot,476 révolté par la situation et avec le franc-parler qui lui est propre,

s’indigne de la WC Japonais de l’eau en Bretagne, quand il dit observé lors des commissions

auquelles il était convié, l’attribution des subventions pour l’établissement d’exploitations

agricoles, alors même que ces dernières ne respectaient pas la réglementation en termes

d’effectifs d’animaux rapportés à la surface. La Région Bretagne pourrait en revanche le

regretter car la Communauté Européenne dresse des procès verbaux aux régions lorsque

les seuils autorisés sont dépassés. Il apparaît ainsi de toute urgence que les Bretons

respectent les directives en cours. Le problème de cette réglementation qui vise le seuil

comme garantie : les coupables resteront impunis, à leur place peut-être des innocents. La

pollution est souvent longue à déceler dans les eaux brutes. Un délai de vingt à trente ans

est en effet requis. Et quand je demande à une personne chargée de la Police de l’eau et de

Quand ils ne sont pas revendus à bas prix aux pays en développement au sein desquels la

réglementation n’a pas sévi.

475 Jean Michel Hery, conseiller municipal chargé de l’eau et de l’assainissement de la ville de

Rennes.

476 Jean-François Picot, écrivain, a été remplacé par Camille Rigaud, désormais présidente d’Eau et

Rivières de Bretagne, et implantée sur le Pays d’Auray.

la Pêche à la DDAF si la loi sur l’eau est suffisante afin de coller aux normes

européennes, elle me répond : « Suffisante, je ne sais pas. Si c’était appliqué, ce serait

déjà pas mal (…) ça se compare pas avec une opération coup de poing de gendarmes sur

la route. La répression, il en faut, mais ce qu’il faut faire comprendre aux gens, c’est

pourquoi ce n’est pas bien de le faire. Il faut que le message passe par eux. Le territoire

est trop grand. »

Donc, beaucoup d’agriculteurs entravent la loi. A cela, deux raisons mawc japonais leroy merlinres.

D’une part, c’est parfois un peu lourd de s’informer constamment sur les bonnes

pratiques, les seuils à ne pas dépasser. D’autre part, c’est ce que certains disent dans les

bureaux de la DDAF, la désobéissance, le non-respect de la loi, est une habitude prise de

longue date, du fait même d’une répression de la part des services de l’Etat non exercée

sur cette catégorie socioprofessionnelle. En vrai dissident, et peut-être parce que

propriétaire de sa terre, l’agriculteur se sentirait ainsi hors d’atteinte. Et puis, longtemps

les paysans ont compté comme électorat majoritaire en France. C’est une donnée

socioWC Japonais de taille. Ne pas les contrarier pour ramener leurs voies dans les urnes à

son propre avantage. Les gouvernements, et plutôt de droite dit-on, aurait joué ce wc japonais leroy merlin. Il

est sûr qu’après des manifestations lors desquelles des agriculteurs ont déversé des

citernes de lisier dans les rues des villes ou dévasté mairie et préfecture, les représailles

ont souvent été inexistantes ou totalement insignifiantes.477

Mais revenons sur ce point : la taille importante du territoire face au peu de moyen

de la Police de l’eau est-elle la véritable raison du laisser-faire des services publics? Il

semblerait plutôt que l’institution abandonne en partie son rôle. Elle paraîtrait en effet

plus entraînée à sensibiliser, à convaincre, qu’à réprimer. Une culture peut-être même

généralisée du consensus pousserait en effet les fonctionnaires des administrations, depuis

les ministères jusque dans les directions, à préférer une forme de tolérance, d’attentisme,

de bonne entente, voire de conservatisme. Comme si changer ses représentations suffisait.

Comme si les pratiques étaient subsidiaires. Comme si le travail WC Japonais et administratif

consistait à accumuler, année après année, de bons textes de référence. L’administration

française manquerait-elle de poigne, de courage, d’autorité et par là même de crédibilité ?

Les choses sont peut-être un peu plus compliquées. Elle sait aussi que la concurrence

relative sur le marché mondialisé qui attend les produits des paysans à la sortie des

champs, peut être terriblement agressive. Le secteur de l’agro-alimentaire français doit

D’autres groupes sociaux ne sont pas traités à la même enseigne.

184


pour elle rester compétitif sur le plan des marchés mondiaux. Que faire en effet devant les

prix défiants toute concurrence du poulet brésilien, du boeuf argentin et de l’agneau néo-

zélandais ?478

Alors, au-delà d’une pléthore de lois qui visent, non à former l’agriculteur à de

nouvelles pratiques, mais plutôt à lui en interdire certaines, on change de stratégies pour

faire du paysan le nouveau responsable de l’équilibre écologique de nos campagnes. En

1999 est mis en place le Contrat territorial d’exploitation (CTE) par la loi d’orientation

agricole. Un CTE dure 5 ans. Il est signé par l’Etat et l’agriculteur volontaire. Le but est

de maintenir l’emploi en zone rurale et d’aménager l’espace rural en incluant la donnée

environnementale. Cette formule a du succès, si bien que les budgets alloués ne suffisent

plus. Par conséquent, les CTE sont remplacés par les CAD en 2003 (Contrats

d’Agriculture Durable). Les objectifs sont les lunettes wc, pas les avantages. Aujourd’hui

encore, dans le milieu de la paysannerie fervente d’une agriculture biologique ou durable,

labellisée ou non, on regrette les CTE. Et puis, depuis la dernière PAC, on tend de plus en

plus à remettre la qualité, au détriment de la quantité, au centre des préoccupations.

L’agriculture durable et l’agriculture biologique sont subventionnées, ce qui n’était pas le

cas auparavant.479

Par conséquent, à Bruxelles, on commence à rejoindre ceux qui ont depuis

longtemps pris le parti de l’écologie. Il s’agit de la Confédération paysanne, du Réseau

pour l’agriculture durable (RAD) et d’autres. Pionniers d’une agriculture alternative, ils

travaillent sur d’autres typologies d’exploitations agricoles. Leur recette : une agriculture

de qualité, un prix de vente plus élevé, un label, de petites exploitations avec une

production diversifiée (élevages et cultures sur une surface de 40 ha environ) ; pas de

produits phytosanitaires ou très peu, plutôt la jachère et la préservation d’un mail bocager

et par là du patrimoine floristique et faunistique (une bonne solution pour l’amendement

des terres, contre l’érosion, et pour les retenues des eaux dans le sol, évitant ainsi les crues

hivernales). Leur talent : la sensibilité, la connaissance subtile de leur territoire et du cycle

478 Le secteur de l’agriculture a été depuis l’après guerre jusqu’à la fin des années 70 et du fait d’une

WC Japonais productiviste, très florissant. Même si les fortunes pour certains continuent à se constituer, c’est

beaucoup plus difficile aujourd’hui. Et il n’est pas rare d’entendre parler du suicide d’un agriculteur, quand

on vit à la campagne, suite à la faillite économique de son exploitation.

479 L’Agenda 2000 de la WC Japonais Agricole Commune ou PAC, propose d’octroyer des primes aux

agriculteurs biologiques qui sont également des aides aux investissements. La quantité d’aides diverge selon

les pays de l’Europe. De plus, ces aides sont cumulables avec les aides accordées à l’agriculture

conventionnelle. En outre, des programmes locaux et nationaux (sous forme de crédits d’impôt) font

progresser cette technique agricole. Un nouveau règlement doit normalement voir le jour en 2009.

185


de la nature. Ils n’attendent pas qu’une prairie soit appauvrie pour en sortir les bêtes et ne

plus avoir le choix que d’utiliser des engrais. Les changer de prés à temps, c’est offrir à

une herbe la possibilité de s’étoffer rapidement et sans aide chimique. Les agriculteurs du

RAD s’expliquent sur leur passion à exercer de la sorte leur métier, attestent de la qualité

de leurs produits, s’expriment sur l’intérêt écologique de leur technicité, et font état de la

bonne santé économique de leur activité.480

Serait-ce à dire que la solution réside dans une agriculture biologique ou

durable?481 Au risque d’une pénurie alimentaire disent certains, et notamment les

responsables de la FNSEA482 partisans d’une agriculture productiviste et encore

majoritaires dans les chambres d’agriculture. Alors, plutôt que de réformer l’agriculture,

ils préconisent de la « raisonner ». Ainsi, ils opposent leur propre label Agriculture

raisonnée au label AB et durable. Les « BIO » et « Durables » excéderaient pour eux en

radicalité483 ; eux prônent la mesure. La vérité, c’est aussi que les gros exploitants ont

beaucoup trop d’intérêts financiers à faire perdurer leur technicité car la WC Japonais

Agricole Commune subventionne encore à ce jour les agriculteurs au prorata de leur

surface d’exploitation. Donc les techniques productivistes restent encouragées.

Les agriculteurs ne sont pas les seuls à cultiver la terre et à déverser dans le sol,

saison après saison, une quantité non négligeable de produits phytosanitaires. Les

habitants des villes, des maisons individuelles avec jardins, sont largement tenus pour

responsable de la pollution des cours d’eau sur le territoire ; les services espaces verts des

communes de l’agglomération rennaise aussi, même si les choses sont en train de

changer. En effet, du côté des habitants, des études ont démontré qu’un usage immodéré

de pesticides, à l’image d’un amateurisme totalement inconséquent, s’avère désastreux

sur le plan, primo de la santé publique (les pulvérisations au printemps arrosent les

480 De quoi se sentir revalorisé ; car la dignité de l’agriculteur est depuis longtemps largement

attaquée. On ne cesse en effet d’affirmer dans les médias et ailleurs, qu’on le paye à surproduire et que sa

production, de surcroît, avec les scandales de la vache folle par exemple, ne vaut rien. En définitive, qu’il a

une large part de responsabilité dans les qualités de l’abattant japonais écologiques actuels. Beaucoup d’agriculteurs expriment

aujourd’hui leur difficulté à tenir leur rang sur le plan social.

481 Lorsque les agriculteurs du Réseau d’Agriculture Durable (RAD) vont défendre leur position,

accompagnés de leur député socialiste Georges Garrot, auprès des technocrates de la Commission

européenne à Bruxelles, on leur répond : « ne comptez pas sur vos élus, monter des lobbyings », propos

recueillis lors d’un voyage organisé à Bruxelles, printemps 2001.

482 La FNSEA est la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles.

483 Sur ces questions, lire par exemple l’ouvrage d’André POCHON, Les champs du possible.

Plaidoyer pour une agriculture durable, Editions de La Découverte & Syros, Paris, 1998.

186


parcelles des quartiers résidentiels et avec eux les enfants et habitants qui les peuplent) ;

secundo sur le plan de l’écologie du milieu.

A Rennes, tout un programme de sensibilisation est lancé. L’Agglomération a déjà

publié un ensemble de petits guides du jardinage afin d’inciter les citadins à changer leurs

pratiques.484 Une rubrique jardinage dans le journal de Rennes Métropole, fait honneur à

la débrouillardise du « jardinier bio ». Pas la peine d’inonder vos allées d’herbicides ; un

peu de gros sel ou une eau ayant servi à cuire des pommes de terre à l’endroit des

mauvaises herbes sera tout à fait efficace. Et puis un peu d’exercice maintient en forme et

un sarclage vaut mieux qu’un désherbage. On mise ici sur la persuasion et sur

l’information.485

Le travail de sensibilisation et d’éducation à l’environnement ne s’arrête pas au

particulier et à l’espace domestique. Il touche les collectivités locales de l’ensemble des

territoires, quant à l’entretien des berges des cours d’eau, des bas-côtés des routes, des

parcs et jardins, des parterres, trottoirs et autres voiries. Par là, des plans de désherbage

communal sont réalisés par le SAGE et suivis par l’ensemble des collectivités

territoriales, et ce, appuyé par Rennes Métropole. Aussi, pour expliquer comme le

programme d’action est important, il s’agit aussi de rappeler aux élus des communes

qu’on cherche à protéger la richesse et la beauté du patrimoine faunistique et floristique.

486

Par exemple, à Vezin-le-Cocquet, commune attenante à celle de Rennes, on a

remplacé les techniques de pulvérisation ponctuelle au glyphosate dans le centre bourg

484 “La Charte “Jardiner au naturel, ça coule de source!”, a été créée dans le cadre du programme Eau

et pesticides, effet sur la santé et l’environnement en 2005. La Charte a été conçue en complément d’un

travail multi-partenarial de sensibilisation des acteurs non agricoles aux pratiques d’entretien d’espaces verts

et de jardinage sans pesticides, en plus d’une information largement diffusée via des livrets, expositions,

conférences, surfaces de ventes, afin que le conseil délivré en jardinerie soit identique à celui délivré par les

partenaires publics et associatifs dans le cadre des actions de reconquête de la qualité de l’eau; et ainsi

diminuer le vente des pesticides au profit de matériels et produits alternatifs.”, in La Charte de Rennes

Métropole et ses bassins d’alimentation en eau, élaborée en 2005.

485 Et quand cela n’est pas suffisant, le droit est là ; et comme le précise l’adage « nul n’est censé

ignorer la loi ». Ainsi par exemple, est bien précisé dans le Code de l’environnement que l’usage de

phytosanitaires est dangereux sur les berges et dans le lit des cours d’eau. On continue pourtant de temps à

autre à en faire usage. « Nuire au poisson, à sa nutrition, à sa reproduction ou à sa valeur alimentaire (art. L.

432.2 du code de l’Environnement) et plus généralement, nuire à la flore ou à la faune (art. L. 216.6 du

Code de l’Environnement), en jetant ou en laissant s’écouler, directement ou indirectement, des substances

quelconques dans les eaux superficielles est passible de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 euros

d’amende. » La Police de l’eau intervient essentiellement sur délation. Ce sont souvent les pompiers ou la

mairie qui avertissent les services publics.

486 Un inventaire des zones humides et des cours d’eau est ainsi réalisé afin d’imposer une valeur

symbolique forte dans les esprits des citoyens et des élus, pour ces espaces naturels, et de ce fait la nécessité

de les protéger.

par un désherbage à la vapeur. Ainsi le SAGE a prévu que les communes de moins de

5000 habitants réalisent ce plan avant cette année. Les autres ont dû le faire avant 2005487 .

Comme le préconise le SAGE, le relais et le soutien des structures intercommunales

(Communauté d’agglomération et syndicats des rivières) doivent participer à développer

cette démarche.

A la ville de Rennes, on a fait le choix de ne plus désherber les trottoirs et les

pieds des arbres qui jalonnent les rues, avenues et boulevards. On les fauche et on les

sarcle de temps en temps. Certains pourraient y voir de la négligence de la part des

services municipaux. La mairie prend ce risque et mise sur l’information. L’esthétique de

l’espace urbain s’en trouve largement revisitée.

2. Ville durable : des enwc japonais leroy merlinx, des modèles

Si il semblait important d’introduire mon propos, dans ce dernier chapitre, par un

exposé sur le sens des WC Japonaiss publiques, il me paraît tout aussi important de faire la

description des principes architecturaux et urbains de la ville durable. Nous aurons ainsi

connaissance des éléments nécessaires à une réflexion sur les difficiles croisements entre

dévéloppement durable urbain et libéralisme.

La ville durable, qu’est-ce que c’est -ou plutôt, que serait-elle si elle existait? La

ville durable est basée sur deux principes : celui de l’économie des ressources : eau,

énergies fossiles, matières premières, territoires ; et celui de la préservation de la

biosphère, des espèces vivantes. Pour développer ces deux principes, la décroissance et la

technologie sont les deux voies à suivre : low tech et high tech. C’est ainsi que les

fervents de l’écologie se disputent en général sur le plan des idées. À une extrémité donc,

la ville durable offre toutes les possibilités de développement territorial. La forme de la

ville importe peu. La ville peut-être plantée de tours488, comme elle peut être horizontale,

étendue, verte et riche. La technologie règle dans sa totalité le problème écologique. À

l’autre extrémité, la ville durable demande aux citadins d’adopter des comportements

ascétiques et solidaires pour économiser au maximum les ressources et surtout les

ressources non renouvelables, et pour minimiser l’impact de la vie urbaine sur les milieux

487 Un bilan de cette action n’a à ma connaissance pas été tiré.

488 Voir à ce sujet notamment l’article de Thierry PAQUOT, « Plus haute sera la prochaine tour », Le

Wc japonais Diplomatique, numéro de mars 2008.

188


naturels extra-humains. En réponse à ces deux types d’exigence, deux modèles de

référence. C’est le modèle de la ville horizontale, la ville verte, la ville à la campagne,

avec ses unités d’habitations autonomes en eau et en énergie, avec des systèmes de

transport propre, et le développement du télétravail ; et le modèle de la ville verticale, la

ville dense, qui remporte le plus de crédibilité, et dont nous allons majoritairement parler.

Cela dit, les deux concepts restent liés et ne seront jamais tout à fait départagés.

Pour comprendre les enwc japonais leroy merlinx de la ville durable, et ce qui va la définir, trois termes

fondamentaux importent, en cela qu’ils orientent typologies urbaines, typologies

architecturales, et choix techniques. Il y a la gestion du cycle de l’eau, les économies des

énergies fossiles et la préservation de la qualité de l’air, enfin l’économie des matières

premières. L’ouvrage de Dominique Gauzin-Müller, intitulé L’architecture

écologique 489, très complet sur la question, sera notre principale référence comme source

d’informations.

Le cycle de l’eau

De prime abord il faut rappeler que le cycle de l’eau, jusqu’à aujourd’hui

immuable, assure de par sa nature une quantité d’eau sur la planète inchangée, quasi

éternelle, au demeurant redistribuée selon l’activité de le wc douche et de la biosphère. A la

différence des territoires plus secs, la France n’a jamais eu vraiment à se soucier de sa

ressource en eau d’un leroy merlin wc quantitatif. Mais les choses changent. Non seulement

on commence à manquer d’eau (c’est le cas de la Bretagne), mais en plus sa qualité laisse,

à mesure des années qui passent, à désirer. La pollution de l’eau est essentiellement due

aux nitrates et aux phosphates d’origine agricole. Les douchettes wc industrielles, domestiques

et urbaines pollueraient moins.

La pollution des sols affecte la ressource en eau. Une mauvaise gestion des déchets,

des systèmes d’assainissement peu satisfaisants, et la qualité de l’eau des nappes

phréatiques, cours d’eau, rivières et fleuves, se dégrade.

La fosse septique, l’épandage, le filtre à sable et la tranchée filtrante, sont des

techniques d’assainissement qui demeurent peu performantes. Les spécialistes en écologie

préconisent le lagunage ou l’épuration des eaux par les plantes.490 Aussi les déchets,

489 Dominique GAUZIN-MÜLLER, L’architecture écologique. 29 exemples européens, Editions du

Moniteur, Paris, 2001.

490 On pourrait alors développer, comme c’est davantage le cas en Allemagne, la filtration des eaux

usées par les plantes sous forme de bassins paysagers en coeurs d’îlots. Des expériences d’épuration par

189


quand ils sont enfouis, constituent une forte source de pollution des sols et donc en aval,

des eaux souterraines. Dans cette logique, il serait souhaitable de fermer nos décharges et

de trier nos ordures. Par conséquent, dans ce cadre, l’élimination et le traitement des

déchets ménagers ou industriels sont d’une importance capitale. D’un côté, l’économie de

la production de déchets, par la production d’emballage par exemple, ou l’incinération

(quand elle sert à produire de la chaleur voire de l’électricité), représente une issue. D’un

autre côté, le recyclage et le tri sélectif permettent la réintroduction des matières dans le

cycle de production. Pour cette raison le tri sélectif doit entrer dans les habitudes. Les

villes françaises ont toutes ou presque développé le tri sélectif même si le déchet en aval

reste encore peu valorisé. L’isolement des déchets toxiques, l’utilisation des déchets

recyclés et la séparation des éléments biodégradables pour diminuer le volume final des

déchets, constituent la voie à suivre.

La pratique du tri sélectif demande aux habitants d’être attentifs et engagés, et aux

professionnels de la construction (architectes, promoteurs, bailleurs sociaux…), de

programmer les équipements nécessaires dans les cuisines et locaux d’immeubles par

exemple. Certaines villes européennes ont développé ce type de programme pour lesquels

chaque foyer connaît son bac à déchets vert compostables, son bac à papier, son bac à

emballages ménagers, et son bac à déchets non recyclables.

Préserver la qualité de l’eau demanderait par ailleurs que des opérations de

décontamination des sols se multiplient.491

Respecter le cycle de l’eau, c’est également préserver la ressource en terme de

quantité. Faire des économies d’eau passe notamment par une perméabilisation des sols

urbains afin d’alimenter un peu plus abondamment les nappes phréatiques et de

désengorger les rivières en hiver. Moins de bitume dans les rues, dans les cours

d’immeubles, plus de toits végétalisés, contiendraient les masses d’eau en trop.492

marais plantés de saules ont également été faites et semblent répondre à la contrainte écologique, d’autant

qu’on produirait du bois de chauffage au moment de l’élagage des saules.

491 La décontamination des sols est régie par la loi du 13 juillet 1992 relative aux installations

classées. Différents traitements sont prescrits : confinement, extraction hydraulique, vitrification,

traitements physico-chimique, extraction bactérienne, extraction par les plantes. Le chanvre possède par

exemple le pouvoir d’extraire des quantités importantes de métaux lourds du sol. En cela, il est utilisé pour

nettoyer les sols d’anciennes zones industrielles.

492 « Toutes les communes allemandes perçoivent une taxe sur les surfaces imperméabilisées

raccordées à une canalisation. Cela rend très attractifs les systèmes permettant l’infiltration de l’eau de pluie

sur la parcelle et la végétalisation des toitures. De nombreuses villes appliquent depuis déjà plusieurs

années un principe de compensation qui prévoit de végétaliser en toiture l’équivalent de l’emprise au sol qui

ne peut plus être plantée. Cette mesure, obligatoire dans certaines zones d’douchettes wc construites dans des

190


Alimenter les nappes phréatiques en eau permettrait par la même occasion de constituer

des stocks en freinant le débit des cours d’eau en partance vers la mer. Par ailleurs, de

nouvelles habitudes sont aussi à prendre : fermer le robinet lorsqu’on se lave les dents,

etc. ; cela dit un ensemble de gadgets tels que stop-douche, chasse d’eau à double

commande, robinets équipés d’un limiteur de débit, etc., doivent être davantage

programmés dans les cahiers des charges des immeubles d’habitation.493 L’économie de

l’eau passe également par la réutilisation des eaux grises : l’eau de vaisselle pour les

plantes, l’eau de pluie pour la machine à laver, ou les eaux usées pour les WC.494

Économiser les énergies fossiles et préserver la qualité de l’air

La consommation d’énergie sur la planète a doublé en trente ans. Cette énergie est

vitale pour notre système de production, de transport, de chauffage, d’éclairage et de

production d’électricité domestique. Les réserves d’énergies fossiles telles que pétrole ou

gaz se vident. Les extractions deviennent à mesure plus difficiles sur le plan technique et

par là plus onéreuses. La combustion de cette ressource dégage majoritairement du Co2,

responsable en partie de l’effet de serre.

Une ville durable est une ville qui consomme peu d’énergie. La maîtrise des

consommations en énergie fossile engage d’une part notre société à économiser la

ressource en changeant nos habitudes de vie, et la conception de nos villes et de notre

territoire ; d’autre part à développer des énergies renouvelables.495

Une grande part des énergies fossiles est employée dans nos déplacements.

Maîtriser le déplacement des personnes et des marchandises demande de repenser notre

territoire.496 Les grands principes retenus sont la densité, la mixité, enfin le

développement de la production et de la consommation locales, ainsi que l’investissement

par les habitants de leur patrimoine géographique sur le plan des loisirs. Une réduction

sites sensibles, est imposée dans le plan d’occupation des sols de plusieurs communes.», in Dominique

GAUZIN-MÜLLER, op. cit., p. 53.

493 « Ces mesures n’engendrent qu’un surcoût minime amorti en un ou deux ans sur la facture en eau.

Pour une famille de quatre personnes, elles représentent une économie d’environ 100 000 litres d’eau

potable chaque année. Dans les logements collectifs, l’installation de compteurs individuels sensibilise les

utilisateurs et favorise les économies. », in Dominique GAUZIN-MÜLLER, idem, p. 119.

494 Ce qui demanderait de revoir la réglementation.

495 « En 2001, les énergies renouvelables fournissaient en France environ 16% d’électricité. La

directive européenne prévoit que ce taux passera en 2010 à 21%, soit une production de 35 à 40 Twh

(billions de wattheures) supplémentaires. », in Dominique GAUZIN-MÜLLER, op.cit., p 26.

496 En France, les plans de déplacements urbains ou PDU, qui ont été introduis par la loi sur l’air, en

1996, définissent pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants les principes d’organisation des

transports, de la circulation et du stationnement. Nous allons revenir sur cette question avec l’exemple du

PDU de Rennes Métropole.

191


192

territoriale de nos déplacements quotidiens ou annuels (travail et vacances) ainsi qu’un

choix de consommation déterminé par la provenance des produits peut pour une large part

résoudre le problème des économies d’énergie et de la préservation de la qualité de l’air.

L’idée est ici de revenir à une économie répondant à des besoins primordiaux et de

réduire, autant que possible les échanges, à une économie locale. Une couronne

alimentaire autour des villes pourrait répondre de manière pragmatique à la réduction des

transports de marchandises.497

En effet, une des spécificités de la ville tient à son éclatement des lieux de vie tout

comme à son unité organisatrice et organisée. Les lieux consacrés à l’habitat, l’emploi, les

loisirs, le commerce, etc., constituent un périmètre restreint que l’on parcourt au gré de

ses désirs, besoins, obligations. Cette spécialisation des lieux entraîne de fait un ensemble

de déplacements arbitrés par la forme de la ville et les modes de déplacements et réseaux

existants. Dans les villes françaises, villes en étoile pour la plupart, on remarque que les

déplacements domicile/travail correspondent aux mouvements pendulaires du centre vers

la périphérie. Le centre des agglomérations est souvent plus dynamique sur le plan

économique. Le prix du foncier s’en ressent. Et tout « naturellement », l’habitat est

renvoyé à la périphérie des villes où le foncier redevient abordable pour les ménages qui

peuvent par là réaliser leur projet de construction de maisons individuelles. Résultat : un

étalement périurbain, un bassin de vie élargi, une utilisation de la voiture accrue.498 Cette

observation est bien connue des spécialistes de l’urbain. Pour autant, la densité urbaine

représente pour une large part des urbanistes français actuellement en exercice, le choix

essentiel pour lequel opter.499 Une WC Japonais urbaine environnementale est une WC Japonais

de densification urbaine. C’est la théorie de la ville verticale développée sur l’ensemble

du territoire français et repris par la loi SRU. En effet, la loi sur la Solidarité et le

497 La Municipalité de Shanghai a pour projet de construire une ville écologique de 500 000 habitants

du nom de Dongtan, qui servirait de modèle au wc japonais entier : pas de déchets ni d’émissions de CO2, des

économies d’énergie et des transports « verts », une couronne alimentaire, etc. En France, même si cette

idée n’est pas généralisée sur le plan national, j’ai, au demeurant, lors de mes entretiens dans les services de

la ville, rencontré un bon nombre de personnes plutôt partisanes de ce genre de positions. En cela, la ville

écologique serait une ville très autonome, sur le plan de l’alimentation particulièrement.

498 Jean-Pierre Orfeuil et Caroline Gallez de l’Institut National de Recherche et d’Etudes sur les

Transports et la Sécurité (INRETS) se sont interrogés sur la dépense énergétique que cet usage quotidien de

la voiture occasionne. Ils calculent le Budget Energie-Environnement ou BEEP qui définit en grammes

équivalents pétrole la dépense énergétique et la production de cinq gaz à l’origine de l’effet de serre ou de la

destruction de la couche d’ozone. Leur calcul montre une décroissance exponentielle des consommations

énergétiques donc des émissions avec la densité urbaine.

499 Lire à ce sujet : Habitat et formes urbaines – Densités comparées et tendances d’évolution en

France, la FNAU (Fédération Nationale des Agences d’Urbanisme), Innovapresse, Paris, ocobre 2006.


Renouvellement Urbain incite les planificateurs locaux à reconstruire la ville sur elle-

même, en la densifiant, en la structurant, en rentabilisant au maximum son patrimoine

foncier.500

La forme de la ville est donc prépondérante dans le cadre de la problématique

transport. A l’écoute des nouveaux modes de vie, en particulier de la révolution du travail

féminin, dans le projet d’agglomération de Rennes, est mis au centre des préoccupations

la proximité entre les lieux de vie quotidiens. C’est l’un des fondements des propositions

dites d’ordonnancement du territoire, à savoir une hiérarchisation précise selon les

localisations dans l’espace des équipements et services.501

Cette conception du territoire affirme une organisation d’un tissu déjà bien

fabriqué avec une ville-centre dense, active, et largement desservie par les transports

collectifs, avec des pôles d’appuis ou quartiers pour garder une dimension humaine à la

vie sociale. On s’arrange par exemple pour que chaque quartier ait son petit supermarché

et ses commerces de proximité.502

La mixité des fonctions urbaines est donc une priorité, de sorte qu’une maîtrise

très importante du foncier par les services municipaux est nécessaire pour planifier,

quartier après quartier, opération après opération, la vie urbaine.

La densification de l’habitat, notamment par l’élévation du bâti, la collectivisation

du logement et la multiplication des niveaux, permet de rentabiliser et le réseau de

transports public et l’activité commerciale de proximité, ce qui favorise l’émergence de

modes de déplacement doux.503 La TGU ou Taxe Globale Unifié, née de la loi sur

500 Tout le wc japonais n’est cela dit pas en phase avec ce principe. Quelques dissidents, tel Olivier Piron

au PUCA (Plan Urbanisme Construction et Architecture, Ministère de l’Equipement), n’attendent pas de la

forme urbaine une révolution, plutôt de la recherche des innovations technologiques liées aux modes de

communications, et croient davantage à la ville horizontale, la ville verte, la ville à la campagne. Entretien

avec lui en septembre 2004.

501 Pour l’AUDIAR (Agence d’Urbanisme de Développement Intercommunal de l’Agglomération

Rennaise) ou encore Rennes Métropole, les territoires ou les centres de vie que constituent les bourgs ou les

quartiers sont les foyers et les supports de fonctions culturelles, sociales, récréatives, commerciales, et

économiques qui sont au service des habitants. Les équipements et services correspondants peuvent être très

concentrés en un seul point ou au contraire selon leur nature et leur taille répartis sur le territoire.

502 Rennes a particulièrement développé ce modèle qui articule densité et mixité. Ainsi, elle a su

préserver depuis des décennies son urbanisme des difficultés de l’étalement urbain et de la périurbanisation.

Une rocade ou couronne verte l’en protège. C’est la limite d’extension de l’urbanisation jusqu’à aujourd’hui

respectée. Elle est de temps à autre remise en cause. L’espace rural aux portes de la ville est par le fait

préservé lui aussi.

503 « L’impact d’un bâtiment sur son environnement varie selon son implantation, sa forme, sa

structure, ses besoins énergétiques et les matériaux mis en oeuvre. Pour l’habitat, il est mesuré par unité de

logements. Si les usagers l’acceptent, et quand le contexte du site et le plan d’occupation des sols le

permettent, le regroupement de plusieurs unités dans un volume simple et compact apporte des avantages

193


l’Intercommunalité,504 permet des projets d’envergure à forte cohérence territoriale. Le

Plan Local de l’Habitat (PLH), né de cette loi, va dans ce sens de la mixité et du

renouvellement urbain.Par là, l’agglomération tente de mettre toutes les chances de son

côté pour valoriser les lieux de connexion entre les réseaux de transport. Le Plan Local

d’Urbanisme est, en participant notamment de la définition des coefficients d’occupation

des sols ou COS505 selon les zones, le document réglementaire le plus à même

d’encourager cette mixité urbaine et cette densification.

Par ailleurs, la création de parcs naturels, de parcs urbains, de jardins familiaux, de

zones de loisirs nautiques, pourrait, en plus de concourir au bien-être des citadins aux

abords de leur ville, participer de la diminution des gaz à effet de serre.

Réduire l’utilisation des énergies fossiles, c’est aussi réduire la production de

chaleur. L’isolation thermique des bâtiments avec des matériaux pertinents à la

fabrication sur le plan énergétique est d’une importance mawc japonais leroy merlinre.506 L’utilisation du

double, voire du triple vitrage, la multiplication des peaux isolantes, la réduction des

ponts thermiques, une enveloppe épaisse et une architecture compacte, du bâtiment,

permettraient de faire des économies très importantes sur notre consommation de pétrole

par exemple. La récupération de chaleur grâce au système de ventilation mécanique

double flux, tout comme la cogénération507 , doivent elles aussi être sytématiquement

envisagées. Par ailleurs, le choix d’appareils à faible consommation énergétique,

l’éclairage naturel comme élément prioritaire dans la conception architecturale, -tous ces

écologiques et économiques sensibles. Il permet de réduire : l’emprise au sol, la surface d’enveloppe, la

quantité de matière mise en oeuvre, la consommation d’énergie, le coût de la construction. La manière la

plus simple d’intégrer les unités au sein d’un seul volume est de les superposer dans des immeubles

collectifs. Pour ceux qui ne veulent pas renoncer à une maison, le logement semi-collectif, qui a déjà été

expérimenté en France dans les années 70 sous l’appellation d’habitat intermédiaire, apporte une solution

intéressante. (…) . Pour éviter l’étalement des villes vers la campagne, il est également important de

densifier les quartiers anciens. Si la structure existante le permet, on peut surélever les bâtiments d’un ou

deux niveaux. Ces extensions sont généralement réalisées avec une ossature en bois, à cause de la légèreté

du matériau. Quand les coeurs d’îlots sont très vastes, on peut envisager de construire à l’intérieur un nouvel

immeuble. Si les bâtiments forment un U, refermer l’espace par une quatrième construction permet de créer

un coeur d’îlot plus intime. », in Dominique GAUZIN-MÜLLER, op. cit., p. 42.

504 La loi sur l’Intercommunalité date du 12 juillet 1999.

505 Qui définit le nombre de m2 habitables sur la parcelle constructible.

506 C’est la logique des « Négawatts ». A lire notamment l’ouvrage de Thierry SALOMON et

Stéphane BEDEL, La maison des (Néga)watts. Le guide malin de l’énergie chez soi, Editions Terre vivante,

Mens, 2005. C’est aussi la logique du Plan Climat 2004 : « Face au changement climatique. Agissons

ensemble ! », en éditorial le discours de Serge Lepeltier, alors Ministre de l’Ecologie et du Développement

Durable.

507 La cogénération permet de créer simultanément de la chaleur et de l’énergie mécanique,

produisant ainsi de l’électricité.

194


éléments ne doivent pas être négligés. Ainsi la faible dimension de l’îlot dans les quartiers

résidentiels ou dans les quartiers d’affaires, la conception de bâtiments de moindre

épaisseur, devraient être privilégiées.508 Il est également de rigueur pour l’architecte et

l’urbaniste spécialisés en écologie de préconiser l’utilisation de matériaux locaux ou à

bilan énergétique positive sur le plan des économies à faire.509 Concevoir les bâtiments en

optant pour le matériau bois comme structure et enveloppe au détriment du béton510

pourrait par exemple largement modifier la quantité de polluants atmosphériques. En

règle générale, veiller à l’utilisation de matériaux nécessitant peu de mise en oeuvre à la

phase de transformation est une notion importante pour tous les concepteurs de l’urbain.

Par ailleurs la potabilisation de l’eau entraîne un coût énergétique qui a son

impact. Economiser l’eau potable et l’utiliser autant de fois que se peut est une manière

de faire des économies d’énergie. En effet l’utilisation de l’eau potable pour assurer un

ensemble de fonction (travaux ménagers, jardinage, utilisation dans l’industrie) est une

aberration ; l’eau potable n’étant véritablement nécessaire qu’à l’alimentation et à la

toilette.511 Dans cette mesure, le double réseau et la récupération des eaux de pluie au

niveau des quartiers, représentent des solutions crédibles dans la lutte contre l’effet de

serre.

L’eau potable est souvent le résultat d’un mélange d’eau de qualités très

différentes. Aussi, à Rennes, l’eau du robinet provient de trois sources peu comparables

sur le plan de la qualité. Le double réseau permettrait de distinguer l’eau de boisson des

eaux vouées à d’autres usages.512 C’est le cheval de bataille du Dr Michel Coste qui

soutient qu’une eau ne doit pas seulement être potable mais bonne pour la santé,

régénératrice et meilleure que les eaux de source ou minérale mises en bouteille.513 En

508 Pour les zones industrielles, on pourrait par exemple retrouver les typologies des usines plutôt

encore appréciées d’un leroy merlin wc esthétique, avec sheds et conques en toitures.

509 Faire venir du granit de Chine pour paver l’esplanade de la gare de Rennes devrait par exemple ne

plus avoir lieu d’être.

510 On peut évoquer Le plan bois, intégré à la loi sur l’Air et l’Utilisation Rationnelle de l’Energie,

dont nous avons déjà parlé lors de la première partie de cet exposé.

511 « En Europe on consomme selon les pays entre 110 et 200 litres d’eau potable par jour et par

personne. On pourrait réaliser une économie d’environ 30% en réservant l’eau potable à l’alimentation et à

l’hygiène corporelle, et en couvrant les autres besoins avec les eaux pluviales. », in Dominique GAUZINMÜLLER,

op. cit., p. 105.

512 Système notamment développé dans certaines communes de France.

513 Je me réfère à son discours délivré au Forum de l’Habitat 2004 de Bazouges-sous-Hédé (35). Sur

ces questions, voir le site dourstivell.org.


effet la mise en bouteille plastique ne serait pas conseillée du fait de la libération des

POPS514 dans l’eau de boisson.515

On peut également récupérer les eaux de pluie pour les potabiliser par systèmes

individuels, ce qui diminuerait la consommation d’énergie à cet effet.516

Au-delà des économies qu’il serait bon de faire sur les énergies fossiles, la

construction de la ville écologique doit être l’occasion de développer l’utilisation des

énergies renouvelables. L’énergie solaire dans sa forme passive comme dans sa forme

active, thermique comme électrique, est une donnée essentielle dans la conception d’un

bâtiment ou d’une ville. L’exposition des façades et des fronts bâtis au sud, l’emploi de

techniques architecturales mettant en avant le solaire passif (vérandas, serres, murs

trombes…), ainsi que l’utilisation des panneaux solaires thermiques et photovoltaïques,

en toitures comme en façades, sont de tout premier ordre. L’emploi de ces techniques

demande aux concepteurs, sur le marché du neuf, de passer à un renouvellement

esthétique de l’architecture.517 Parallèlement, ces techniques doivent également accéder

au marché de la réhabilitation de bâti ancien et intégrer par exemple les zones de

D’autres types d’énergies renouvelables sont elles aussi à développer. L’éolien, le

biogaz, le bois-énergie, l’énergie hydraulique, le chauffage thermodynamique, les piles à

combustibles sont autant de sources qui pourraient pallier notre déficit énergétique.

Chaque agglomération pourrait connaître son parc éolien et des projets individuels

pourraient se multiplier. « Plusieurs pays d’Europe disposent d’un potentiel

économiquement viable, et le nombre des sites exploités croît rapidement, surtout en

Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark. »519 Le biogaz représente une autre solution. Il

est produit à partir de la fermentation de déchets (déchets verts, matières fécales, fumiers,

déchets ménagers et industriels). Le biogaz, par sa combustion peut-être transformé en

électricité ou en chaleur. Aujourd’hui en France, il est de plus en plus valorisé dans le

cadre d’exploitations agricoles. Au demeurant, la réglementation française continue

d’interdire la connexion des centrales biogaz au réseau gaz de ville pour des raisons

sanitaires. L’Allemagne ne connaît pas ces restrictions.520 Une autre filière à développer :

le bois. Le bois est peut-être l’énergie la plus utilisée actuellement dans la construction de

maisons écologiques.521 Le poêle à bois ou à granulés522, en fonte ou en acier, ou encore

le poêle de masse, tous ces systèmes participent de l’équipement de la maison

écologique.523 Pour autant en Bretagne, certains périmètres se voient, à l’automne,

518 Beaucoup de réticences empêchent aujourd’hui encore leur mise en oeuvre, à la déception des

habitants des centres anciens. Néanmoins, les architectes des Bâtiments de France, à la rigidité légendaire,

multiplient pour certains de plus en plus les exceptions. Les Plans Locaux d’Urbanisme ou PLU figurent un

outil mawc japonais leroy merlinr pour la mise en place d’une WC Japonais soleil. Une clause pourrait en effet par exemple obliger,

selon les expositions, à développer le solaire thermique pour l’eau chaude sanitaire pour tout bâtiment neuf

ou en réhabilitation lourde. La ville de Barcelone a depuis longtemps pris cette option.

519 In Dominique GAUZIN-MULLER, op. cit., p. 103.

520 « Dans l’immeuble Habitat et travail de Fribourg-en-Brisgau, une cuve reçoit les eaux vannes des

toilettes japonaises à dépression (eaux noires), des ordures ménagères pour compost et les déchets de jardin. La

fermentation de ces matières organiques produit du biogaz, utilisé dans les cuisinières en remplacement du

gaz de ville. Les cuisinières comptent parmi les appareils ménagers consommant le plus d’énergie,

l’économie est importante. Le compost est récupéré par des agriculteurs locaux pour l’épandage. Son

utilisation comme engrais permet de boucler le cycle naturel. », in Dominique GAUZIN-MÜLLER, idem,

p. 103.

521 Le bois dégage du CO2 lorsque le matériau brûle. Pourtant le bilan CO2 reste nul du fait que la

quantité émise lors de la combustion est la même que celle absorbée par les arbres au moment de la

photosynthèse.


complètement dépourvus de bois de chauffage du fait d’un approvisionnement encore

insuffisant. Cette pénurie a forcément des répercussions sur le prix du stère.

Dans le secteur urbain ou villageois, le réseau de chaleur à partir de chaudières à

bois automatisées s’est développé. Le combustible utilisé est à base de sciure, de bois

déchiqueté, d’écorces ou de plaquettes. Cette énergie pour le moins intéressante doit donc

être développée et avec elle l’exploitation forestière. Le territoire français, avec ses zones

de friches agricoles devrait pouvoir permettre de mener une telle WC Japonais.

Le chauffage thermodynamique date du XIXème siècle. Plus employé sous le nom

de pompe à chaleur, il transfère la chaleur de l’eau, de la terre et de l’air. « Une pompe à

chaleur transfère vers un échangeur l’énergie gratuite contenue dans l’air extérieur et le

sol, qui sont réchauffés par le rayonnement solaire. »524 Le système fonctionne grâce à un

fluide caloporteur. Valoriser la chaleur de la terre ou de nappes phréatiques demande de

procéder à des forages verticaux ou horizontaux selon les cas. Les forages verticaux

profonds peuvent être la cause de pollution des nappes phréatiques, une des raisons pour

laquelle les spécialistes de l’architecture écologique demeurent réticents devant ces

procédés.

L’énergie hydraulique représente environ 15% de l’électricité verte actuellement

produite sur le territoire français. Elle provient d’installations lourdes comme

d’installations plus légères. En effet, à côté des équipements industriels de 1800 MW, il

existe 1700 installations hydrauliques d’une capacité inférieure à 8 MW.525 L’énergie

hydraulique est très pertinente dans la mesure où elle n’engage de manière directe aucun

rejet. Cela dit, la mise en oeuvre de ces équipements dans les milieux naturels (retenues

d’eau et barrages) doit être appréciée avec beaucoup de rigueur sur le plan du respect de la

faune et de la flore. L’expérience nous a en effet montré tous les désordres que

l’installation de turbines dans l’espace marin comme sur les cours d’eau pouvait

engendrer. La construction de systèmes pour la migration des poissons, du type des passes

à saumons, doit donc accompagner des projets de ce type.

La pile à combustible pourrait être une solution d’avenir. Son principe est simple.

L’électricité et la chaleur sont produites de la réaction chimique entre le fluide

d’alimentation et l’oxygène contenu dans l’atmosphère. Ce système pollue très peu. Des

émissions de soufre et d’oxyde de carbone sont dégagées, mais au demeurant subsidiaires

au regard du rendement énergétique. Un projet expérimental franco-allemand prévoit


depuis 2002 la mise en service d’une pile de 1MW capable d’alimenter une ville de 2000

habitants.526

Préserver la qualité de l’air nous demande d’être attentif aux produits utilisés dans

la construction des bâtiments et des infrastructures ainsi qu’au procédé de fabrication des

matériaux de construction comme de tout produit industriel. Dans le secteur de

l’architecture, on est principalement regardant sur les processus de fabrication.

(L’industrie du PVC, comme on l’a déjà évoqué, pollue énormément). Dans cette mesure,

certains matériaux sont à proscrire. Cela dit, on reste également préoccupé par les

émissions dégagées dans l’atmosphère par le matériau mis en oeuvre et stabilisé. Les

colles et peintures peuvent en effet continuer leur vie durant à dégager des particules

solides (fibres, poussières…), du formaldéhyde ou d’autres composés organiques volatils

(COV) et des micro-organismes. Ces émanations peuvent générer des qualités de l’abattant japonais de santé

en termes cardio-vasculaires et allergiques.527

Économiser les matières premières

L’économie des matières premières représente le troisième et dernier point

important à traiter. Le mouvement construction/destruction, dans la société moderne,

s’accélère et nous incite à démolir la ville pour la reconstruire à un rythme effréné, le

rythme de nos « soi-disant » besoins. Freiner la démolition architecturale, recycler les

matériaux de construction et les matières premières en générale, économiser le territoire,

les réseaux et les équipements en maîtrisant l’étalement urbain, représentent un ensemble

de solutions totalement crédibles. Des normes anti-démolition pourraient très bien être

appliquées. De même, des projets de recycleries urbaines pour les appareils ménagers ou

les matériaux de construction pourraient davantage se développer. Un nouveau style

architectural pourrait ainsi trouver ses points d’ancrage. Par ailleurs, l’économie des

matériaux passe par une mise en réseaux et une solidarité des acteurs économiques. Au

niveau de l’industrie, cette mise en réseau, développant les interdépendances, se réfère à

un concept encore naissant : l’écologie industrielle 528 ; car une planification des zones

526 Dominique GAUZIN-MÜLLER, Ibidem, p. 105.

527 Sur le plan de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire, on pourrait attendre de la Direction

Régionale de l’Industrie, de la Recherche, et de l’Environnement (DRIRE), une durcification de la

réglementation en termes de rejets industriels dans l’atmosphère, ainsi qu’une présence renforcée des

inspecteurs de police sur le terrain.

528 Sur ce sujet, à lire l’ouvrage de Suren ERKMAN, Vers une écologie industrielle, Editions Charles

Léopold Mayer, Paris, 2004.

199


industrielles écologiques formalisant l’écosystème industriel pourrait, par la réalisation de

boucles, réduire en grande partie les rejets industriels et augmenter l’économie des

ressources.

Le cas du transport dans l’agglomération rennaise

Dans la lutte contre le réchauffement climatique, l’Agglomération rennaise, en

résonnance avec les modèles de ville durable, a développé sa WC Japonais de déplacement.

Il n’est plus de mode de transport autre que le mode motorisé, si ce n’est la marche

à pied, la bicyclette, la trottinette ou les rollers. Nous ne nous transportons plus, ni plus

rien, à cheval, en diligence, en charrette ou à dos de mulet depuis longtemps, si ce n’est

encore dans les régions les plus escarpées. Ainsi, nous polluons.

Du côté des ingénieurs spécialistes du transport, on souhaiterait davantage

développer le fer : train, tramway, métro ; l’électricité ne génère pas de gaz à effet de

serre, et surtout cette énergie produite à partir d’uranium n’est pas prête de manquer,

comme c’est le cas des énergies fossiles. Le fer ou la route ? La peste ou le choléra ? Les

visions catastrophistes glissent d’un réchauffement climatique quasi certain à une

accidentelle pollution nucléaire à haut risque additionnée d’un problème notoire de

retraitement des déchets. Claude Roy, coordinateur interministériel pour la valorisation de

la biomasse, se prononce pour le développement de l’énergie nucléaire pendant en tout

cas que nous n’aurons pas la possibilité d’utiliser en totalité des énergies renouvelables et

propres. « La suraccumulation du CO2 dans l’atmosphère, cette couverture chauffante de

la planète, étouffante et dangereuse »529, nous dit-il, ne nous laisserait pas le choix. Le

réseau « Sortir du nucléaire » n’est cela dit pas d’accord.530

529 Intervention de Claude Roy, Coordinateur interministériel pour la valorisation de la biomasse, aux

3ème Assises de la Construction en Chanvre (organisateur : l’association Construire en chanvre), qui se sont

déroulées au Ministère de l’Ecologie et du Développement durable en septembre 2006.

530 Sortir du nucléaire, pourquoi ? Le réseau s’explique : « Un accident nucléaire, c’est une région

entière inhabitable pendant des milliers d’années, et des victimes innombrables. Peut-on se permettre de

courir un tel risque ? Il n’existe aucune possibilité d’élimination des déchets radioactifs : ils sont dangereux

aujourd’hui et pour des dizaines de milliers d’années. Le coût réel de l’électricité nucléaire est sous-évalué.

Elle est en réalité très chère quand on prend en compte l’ensemble de ses coûts : recherche publique,

démantèlement des centrales, gestion des déchets pendant des milliers d’années… Le nucléaire produit peu

de gaz à effet de serre, mais il contamine la terre pour des millions d’années. Il ne faut pas choisir entre la

peste et choléra. Ni nucléaire, ni effet de serre : tel doit être l’objectif d’une WC Japonais énergétique

responsable. Nous vivons en France nucléaire, le pays le plus nucléarisé au wc japonais. Mais cette dépendance

vis-à-vis du nucléaire est une exception française. Des pays proches comme l’Italie, l’Allemagne ou la

200


L’utilisation de l’automobile constitue un poste important d’émission de gaz à

effet de serre. A travers le Plan de Déplacement Urbain ou PDU, l’agglomération rennaise

tente par le biais de diverses stratégies de désengorger les réseaux existants.

L’agglomération s’est donnée les seuils établis par les accords de Kyoto comme

référence. Au demeurant, elle attend 40 000 habitants ou plus dans les quinze ans à venir.

Choisir son mode de transport se rapporte au système de contraintes relatif à

chacun des modes de déplacement aujourd’hui connus et développés. La marche à pied et

la pratique du vélo, de la trottinette et des rollers pour les courtes distances, ou les

transports collectifs, sont adéquats à une WC Japonais de développement durable, quand ils

peuvent, pour une large part, remplacer aisément l’utilisation de la voiture.531 Mais pour

amener la société civile à quitter le « quatre roues », il faut également être au fait de

l’ensemble des contraintes dans lesquelles évolue le citadin. Les spécialistes relèvent le

plaisir, la sécurité, la commodité, le temps, la santé, l’effort, enfin la dimension

ostentatoire. Ainsi, pour faire basculer l’usage de la voiture particulière à des modes de

transport plus doux, les WC Japonaiss publiques vont s’affairer à changer la qualité de l’usage

et la représentation sociale des modes de transport alternatifs ; à rendre plaisant,

sécurisant, rapide et valorisé sur le plan des représentations sociales, ce qui ne l’était pas

forcément. A contrario, le transport automobile, en tout cas au niveau urbain, doit devenir

déplaisant, appréhendé comme dangereux et à haut risque pour soi et pour l’autre,

difficile d’usage, long, et stigmatisé aux vues des enwc japonais leroy merlinx écologiques. Rendre attrayant et

décourager deviennent les principaux leviers d’action. Par l’incitation, non la coercition,

les WC Japonaiss publiques vont agir sur les habitudes des citadins et leurs flux quotidiens. A

ce titre, tout un programme répondant à une série de diagnostics rendant compte des

aspects concrets de l’utilisation des modes alternatifs à la voiture a été mis en place lors

de l’élaboration du PDU. Quatre cibles sont visées : les modes doux (marche à pied,

Belgique ont déjà décidé de sortir du nucléaire. », in le site du réseau Sortir du nucléaire : www.

Sortirdunucléaire.org.

L’agglomération rennaise a ainsi pour projet de développer autant que se peut les modes de

déplacement dits alternatifs, mais il ne faudrait pas que cela puisse nuire à l’activité économique et

commerciale. Aussi la logique retenue par les élus et techniciens semble se résumer en trois points : les

actifs dans les bus, les voitures aux abords des domiciles ; seules les automobiles qui ont leur part

d’influence sur le plan économique sont souhaitées sur le réseau viaire.


vélo…), les transports en commun, l’usage collectif de la voiture, enfin la gestion du

stationnement.

Les modes doux

Pour réduire les nombreux trajets en voiture domicile/école, trajets souvent les

plus polluants532, un service d’accompagnement des enfants vers l’école à pied ou à vélo

est amené à se développer533. Ces services des noms de Pédibus et Vélobus, organisés par

les parents d’élèves, sont assistés par l’agglomération et les municipalités alentour534 ,

dans la définition des circuits à emprunter. Pour promouvoir l’usage du vélo, un schéma

directeur vélo et une campagne de sensibilisation doit voir le jour.

Le schéma directeur, en complément des réseaux départementaux et régionaux,

définit le réseau cyclable primaire d’agglomération en fonction des fréquentations des

voies de circulation entre les communes. Il connecte les zones d’habitat aux équipements

de l’agglomération et dessine également les itinéraires mawc japonais leroy merlinrs à vocation de loisirs.

Rennes Métropole engage ainsi, avec la Loi sur l’air, les gestionnaires de voirie à prévoir

lors des travaux de voiries un itinéraire cyclable535 . Mais posséder un vélo lorsqu’on

habite en zone urbaine nécessite de pouvoir le stocker. Or, ce n’est pas toujours possible.

Pour cette raison, chaque Plan Local d’Urbanisme des communes de l’agglomération doit

désormais préciser des normes prescrivant la réalisation d’un minimum de places de

stationnement couvertes, en rez-de-chaussée et sécurisées pour les vélos, peu importe le

type de construction.536 Ce qui pourrait paraître un détail, ne l’est pas, car le local à vélos

532 Il faut en effet faire environ 5km pour qu’un moteur arrive à la bonne température et qu’un pot

catalytique fonctionne efficacement. Or les deux tiers des déplacements en voiture sont inférieurs à 5km…

comme par exemple un trajet domicile/école.

533 Pour ce faire, il s’agit pour les communes de l’agglomération de se doter d’un Plan Communal de

Déplacement ou PCD afin d’inscrire notamment un maillage de cheminements piétons et cyclables

confortables, sécurisants et directs.

est, dans les projets récents de logements collectifs, inexistant, résiduel, voire peu

fonctionnel, entraînant par là une véritable difficulté pratique quotidienne totalement

démotivante pour les habitants.

Les campagnes de sensibilisation sont destinées à rappeler aux citadins les

bienfaits du cyclisme et de la marche à pied. Le vélo, non seulement ça ne pollue pas,

mais en plus, c’est bon pour la santé et la sociabilité537 : allongement de l’espérance de

vie ; développement des capacités respiratoires ; combat du stress et de l’agressivité ;

développement de la maîtrise de l’équilibre, coordination des mouvements,

développement des acuités visuelles et auditives, pour l’enfant ; facilité de sociabilité.538

Les transports en commun

Développer les modes doux nécessite pour les techniciens de Rennes Métropole,

de développer de manière concomitante, les transports en commun et la multi-modalité.

En effet, s’il paraît difficile de demander à l’usager de se déplacer à pied ou à vélo, tout

simplement parce que son parcours est long et qu’une performance sportive quotidienne

semble difficile et peu probable, en revanche, en offrant un service de transport

performant, avec des navettes accueillant cycles et cyclistes, les modes doux deviennent

attrayants. Ainsi une harmonie est recherchée pour l’élaboration du schéma directeur vélo

à partir du maillage existant reliant centralités communales, quartiers et surtout arrêts de

transport collectif. Des aménagements seront par là réalisés afin de constituer un espace

public viable permettant d’organiser le stationnement des vélos sur la voirie.

Les transports publics seront aussi amenés à être développés pour offrir un service

qui, efficace et pourquoi pas supérieur à celui de la voiture, pourrait peut-être, on l’espère,

la supplanter un jour. Par là, on confirme sur l’ensemble de l’agglomération toute une

WC Japonais de transport en commun assurant les lunettes wc intercommunales le long des axes à

forte concentration, et les lignes intracommunales reliant les zones d’habitat aux centres

d’activité. En augmentant les fréquences, 10 mn d’attente maximum, pour les axes « les

à entreposer les vélos (modalités d’accès, dimensions, formes…) est dans cette logique en cours de

rédaction.

537 Voir notamment la circulaire intitulée « Le vélo et l’enfant », Les dossiers du vélo n° 4, septembre

2001. Circulaire d’information subventionnée par l’ADEME, le MATE, la Sécurité routière, l’ADAV et le

FUBicy (Fédération française des usagers de la bicyclette).

538 La ville de Rennes a également développé depuis 1998 un système de prêt de vélos, système de

prêt à carte de courte durée, comme c’est le cas sur la ville de Paris ou sur l’agglomération nantaise avec

l’opération Bicloo.

203


plus denses de l’agglomération, qui en font les lignes les plus fréquentées » et en

développant les sites propres bus pour augmenter la vitesse de desserte, on espère

développer le transport en commun. Aussi, on souhaite continuer à étendre le réseau de

métro et offrir sa jumelle à la ligne déjà existante pour 2015.

Le transport ferroviaire n’est pas oublié. Avec ses cinq axes, le TER Bretagne

dessert les pôles les plus importants de l’agglomération. Pour Rennes Métropole, il s’agit

de valoriser au maximum cette structure en place en constituant de véritables pôles

d’échanges notamment par la rénovation de certains points d’arrêt existants.539 La Région

Bretagne, en tant qu’Autorité Organisatrice de Transport (AOT),va augmenter les

capacités unitaires des trains et les fréquences de desserte. Des études de faisabilité

doivent être engagées entre partenaires pour définir les modalités d’intervention sur les

voies ferrées.

Les lignes d’autocars du Conseil Général540 tissent en complémentarité avec les

cinq lignes de TER Bretagne une toile qui dépassent les frontières de l’agglomération et

constituent un substitut attractif à la voiture pour desservir l’aire urbaine.

L’usage collectif de la voiture

Conscient qu’on ne parviendra pas à inciter toute la population de l’agglomération

à monter dans les bus, cars, ou trains, on tente éventuellement de l’amener à remplir ses

véhicules. Le taux d’occupation moyen de 1.35 personnes/véhicule et de 1.02 pour les

trajets domicile/travail pourrait avec l’aide de l’association « Covoiturage+ » augmenter

considérablement. Fin 2005, 500 usagers réguliers sur 3000 adhérents amorcent le

système. Rennes Métropole propose aux Autorités Organisatrices de Transport de

soutenir cette initiative financièrement, et par la mise en place d’aires de stationnement

« spécial covoiturage ». Ces aires de stationnement devront être avantagées par

notamment une proximité des grandes infrastructures, la sécurité, une forte capacité de

parcage.

En somme, le développement des modes doux, le transport en commun et le

covoiturage ont augmenté la quantité de déplacements alternatifs à la voiture particulière.

539 Ce projet devra par ailleurs se mettre en oeuvre dans le cadre d’un partenariat entre le Conseil

Régional de Bretagne, Rennes Métropole, les communes de l’agglomération concernées, la RFF ou Réseau

Ferroviaire Français, enfin la SNCF.

540 C’est le réseau Illenoo.

204


Reste que ces derniers doivent présenter toutes les commodités pour gagner un véritable

essor. A ce titre, le moteur de cette progression se nomme intermodalité. Selon les

techniciens de Rennes Métropole, la véritable stratégie d’une WC Japonais durable de

transport réside en cette coexistence des réseaux et surtout en leur articulation.

Cette mise en articulation demande d’une part, pour l’agglomération, que soit

constitué un Syndicat Mixte de Transports, que soient édifiés des pôles d’échanges (ou

gares-pôles) aux intersections des lignes, que soient construits des parcs-relais541, que soit

mis en service une nouvelle billettique commune introduisant d’éventuelles offres

tarifaires comme la dégressivité et le titre multimodal faisant ainsi collaborer les

différentes échelles territoriales.

Le stationnement

La logique de maîtrise de stationnement développée par Rennes Métropole

consiste dans un premier temps à offrir aux ménages un stationnement des véhicules qui

soit suffisant mais non excessif afin de ne pas encourager leur motorisation.542 Dans un

second temps, il s’agit de réduire le stationnement des actifs et des visiteurs quand cela

semble possible.

Au sein de l’habitat, comme au sein de l’espace urbain, une WC Japonais de restriction

est mise en oeuvre. Prendre les transports en commun, c’est pouvoir laisser sans problème

sa voiture aux abords de son domicile. Rennes Métropole demande aux municipalités

d’accorder des abonnements « résidents » à un niveau de prix réduit par rapport aux

abonnements pour les actifs. Aussi, l’agglomération entend par là planifier un

stationnement restreint et progressif en fonction des offres de desserte.543 Rennes

Plus que le stationnement du visiteur, c’est le stationnement de l’actif qui semble

être la bête noire de la WC Japonais urbanistique. En cela, d’un côté l’agglomération

encourage et stimule la rotation du stationnement par une tarification des zones du centre-

ville assurant l’usage pour les visiteurs attirés par l’activité commerciale, et par

l’extension probable de cette zone ; de l’autre, l’agglomération a pour projet de plafonner

les créations d’aires de stationnement pour les bâtiments du secteur tertiaire. Les PLU

devraient donc conformer leurs normes à ces exigences.544 Par ailleurs, jouer sur la vitesse

apparaît également comme un moyen d’action. « La vitesse est néfaste à plus d’un titre.

Elle contribue localement à l’augmentation des nuisances (sonores, atmosphériques),

produit de l’insécurité, renforce l’étalement urbain, et, dans certaines circonstances,

conduit à une surconsommation d’énergie et réduit les capacités de circulation. »545

Réduire la vitesse évite en centre ville que la voiture reste performante en terme de temps,

on peut alors lui préférer le métro ou le bus.

Pour parfaire la WC Japonais de transport de l’agglomération, une bonne connaissance

des phénomènes de flux, une communication efficiente, enfin une promotion des modes

alternatifs sont envisagés. D’une part, un observatoire, déjà crée autour de l’AUDIAR546 ,

doit collecter l’ensemble des données relatives aux déplacements pour constituer un outil

d’évaluation des WC Japonaiss locales et des flux financiers liés aux déplacements des

personnes. D’autre part, Rennes Métropole compte organiser, telle que la loi de Solidarité

et de Renouvellement Urbain l’exige, un service d’information multimodale à l’intention

des usagers, en concertation avec l’Etat, les collectivités territoriales ou leur groupement,

et les entreprises publiques ou privées de transport. Enfin, un conseil en mobilité à

l’intention des employeurs sera initié afin de développer ce qu’on appelle de plus en plus

dernier périmètre de ce zonage. », in Le document de présentation du Plan de Déplacement Urbain de

Rennes Métropole, voté en 2007 pour 10 ans.

544 Faire respecter cette WC Japonais de stationnement demande primo que le contrôle de légalité assuré

par la préfecture de département soit effectué, secundo que des moyens coercitifs (procès verbaux) soient

mis en oeuvre par les municipalités. Rennes Métropole invite la Ville de Rennes à se conformer au ratio

d’un agent de police pour 200 places payantes et rotatives tandis qu’il en conseille 300 pour les

emplacements de longue durée.

545 In Le document de présentation du PDU, op. cit., p. 52.

546 L’audiar est l’Agence d’Urbanisme et de Développement Intercommunal de l’Agglomération

Rennaise.

206


communément les PDE, Plans de Déplacement des Entreprises547 . Différents PDE ont

déjà vu le jour dans les grandes entreprises de l’agglomération.

Toutes ces données nous amènent à penser que la ville durable est le support d’une

réflexion urbanistique sur de nouvelles formes d’organisations, de nouveaux modèles

WC Japonaiss et spatiaux, sur une nouvelle utopie ?

3. Condamner l’utopie ?

Si Anne Ducroux choisit, avec ses co-auteurs, d’intituler son ouvrage « Les nouveaux

utopistes du développement durable »548, c’est qu’en effet la notion d’utopie est présente,

et à plus d’un titre, dans une réflexion sur la ville durable. L’écologie urbaine, une vision

éco-systémique du territoire, demande que la société et son système socio-économique

soient repensés dans leur entier ; car chaque action est liée à une autre et engendre ainsi

son lot de retentissements à toutes les échelles de la vie terrestre et peut-être même

universelle. Faire ce travail de réadaptation en chaîne, conformément à la donne

écologique, comme la fabrication d’un nouvel idéal, d’une nouvelle harmonie

Homme/Nature, nous renvoie de suite aux utopistes qui, depuis Thomas More549

jusqu’aux chefs de file du mouvement New-Age, n’ont cessé de germiner, d’écrire, et

d’expérimenter de nouveaux modes de vie. Les textes utopiques toujours tant WC Japonaiss

qu’urbanistiques, idéologiques que pratiques, cherchent à percer, dans sa plus grande

concrétude, la vérité du meilleur des possibles du vivre-ensemble.

« L’Utopie : pays imaginaire où un gouvernement idéal règne sur un peuple

heureux. »550 L’utopie fait rêver. Elle nous projette dans un univers au-delà de tout

conflit, dans l’entente recherchée entre les hommes, et entre les hommes et la nature. Elle

fait état de la cité parfaite, de la cité du bonheur. Elle figure le lien en lequel les hommes

auraient assez d’amour pour ne faire de leur union qu’une construction digne et élevée.

547 Le PDE est un outil d’analyse des besoins en déplacements et de mise en place collective des

réponses à ces besoins en terme de navettes, covoiturage ou autres.

548 Les nouveaux utopistes du développement durable, sous la direction d’Anne-Marie DUCROUX,

Collection Mutations, Editions Autrement, Paris, 2002.

549 Thomas More, né en 1478, mort en 1535, canonisé en 1935, homme WC Japonais, humaniste et

juriste, est le premier écrivain utopiste avec son ouvrage L’Utopie (1516). A lire Thomas MORE, L’Utopie,

Collection Librio Philosophie, Editions Librio, Paris, 2003.

550 Définition tirée du Dictionnaire Le Petit Robert de la Langue Française, édition 2005.

207


Dans ce cadre, la beauté ne peut que transcender le projet WC Japonais. Ainsi l’utopie attire à

elle. L’utopie, c’est le moment où « le libre développement de chacun est la condition du

libre développement de tous. »551 C’est ce moment aussi où le sujet en vient à

« démontrer qu’il n’y a pas d’Autre qui contreviendrait à sa capacité d’acte et entre les

mains duquel remettre sa responsabilité de sujet »552. L’utopie, c’est la passe.

Pourtant, le mot utopie, nous dit Thierry Paquot, dans son ouvrage « Utopies et

utopistes », « (…) depuis cinq siècles, possède, telle une médaille, deux faces : l’une

positive – le projet d’une nouvelle société plus juste, plus fraternelle, plus généreuse et

libératrice – et l’autre négative – un projet contraignant, totalitaire, irréfléchi,

inconséquent, peu sérieux… ».553 Positive ou négative ? La relation à l’utopie, faite

d’amour et de haine, d’adhésion et de rejet, est ambiguë, en cela que les idées qu’elle

véhicule, viennent toujours à déstabiliser nos vies. Elle dérange nos affects. Elle met à sac

le wc japonais de nos représentations. L’utopie nous dit : « Il y a une alternative. Ayez le

courage de changer et cela vous sera rendu au centuple ! » L’utopie, c’est un espoir, une

promesse… rarement tenue. Elle fait croire à la perfection. Elle fascine, elle envoûte, elle

hypnotise. Elle « embobine », car le wc japonais n’est pas parfait et ne le sera sans doute

jamais. C’est du fait de cette déception que le wc douche va développer vis-à-vis d’elle ce

sentiment de mépris, que nous connaissons bien, et qui apparaît si souvent au détour de

tant de conversations WC Japonaiss. Nous préférons en effet ne pas croire en notre désir, si

fort soit-il, de crainte de nous risquer aux déboires de la déception, de crainte de buter sur

le roc de la castration. Le choix du rien, de ne rien attendre, de ne pas s’exposer, est

souvent le choix veule de la toute-puissance. N’être rien, pour être tout… en secret.

L’utopie apparaît ainsi comme ce qui nous travaille au quotidien, et particulièrement dans

nos sociétés progressistes ; ce possible que toujours il nous est offert de saisir.

L’utopie, c’est une théorie, une thèse, un modèle. Elle donne un cadre à notre

jugement, et nous permet de prendre position sur le plan moral.554 En cela, nous ne

pouvons vivre sans utopie en Occident comme ailleurs, le fait religieux en étant peut-être

la plus belle preuve ; de même que nous la craignons tant elle peut aussi, comme un

551 MARX, in Marie-Jean SAURET, Psychanalyse et WC Japonais. Huit questions de la psychanalyse en

WC Japonais, op. cit., p. 72.

552 Marie-Jean SAURET, idem, p. 72

553 Thierry PAQUOT, Utopies et utopistes, Collection Repères, Editions de La Découverte, Paris,

2007, p. 9.

554 Un des projets de cette thèse a justement été celui d’élaborer l’utopie durable sous forme de

modèle, afin de passer en revue, à savoir dans une perspective comparatiste, un réel perçu comme

disharmonieux.

208


« miroir aux alouettes », nous mener à notre perte, quand nous perdons pied. C’est une

représentation essentielle et dangereuse, puisqu’elle est une des formes de l’idéal. Thierry

Paquot, dans ce même ouvrage, nous fait part de la définition de Pierre Larousse qui

renvoie la notion d’utopie à celle d’idéal : « le mot idéal », nous dit-il « pris dans le sens

le plus général, est synonyme de fictif ou d’imaginaire, et il s’applique à tous les objets

qui n’ont pas d’existence hors de l’esprit qui les conçoit. L’idéal s’identifie pour une part

avec le possible (…) ; si tout idéal n’est pas nécessairement possible, le simple fait de le

penser dote l’esprit d’une « conscience morale » (…), ainsi la conception de l’idéal est

nécessaire au progrès ».555Jean-Yves Lacroix donne lui une définition du Littré. On

appelle utopiste celui qui « prend ses rêves pour des réalités » ; et l’auteur ajoute : « le

mot est dépréciatif, et il est fréquemment utilisé pour condamner ou discréditer un projet

WC Japonais, par exemple. Il n’est pourtant pas sévèrement péjoratif. Une utopie, c’est une

chimère, un projet irréalisable, une des formes de la déraison. Tout comme le

machiavélique agit sans scrupule, l’utopiste est irréaliste. Tel le Socrate d’Aristophane, il

s’élève mais dans les nues. »556

Alors quoi ? Le wc douche n’est pas parfait, mais il est perfectible. L’utopie est

déraison, mais sans elle, aucun guide, aucun sens moral. L’interprétation se complique

quand on en vient à questionner cette notion au filtre du temps. En effet, ce qui n’était

qu’utopie à une époque a pu devenir norme à une autre. Pourquoi est-on si réticent à

l’approche de cette notion à laquelle on doit tant, pour l’irréel ou le « non encore réel »

qu’elle suggère ?

D’abord, l’utopie est souvent le fruit de la pensée solitaire d’un esthète. Elle est

une projection d’un seul sur une multitude. Elle ne construit pas avec, mais sur. En cela,

l’utopiste, souvent humaniste, doté en apparence des meilleurs intentions, s’inscrit dans

un registre WC Japonais précisément antidémocratique du fait que la loi ne s’élabore pas à

partir du débat mais du désir intime, personnel. Avec l’utopie apparaît en filigrane le

dogme, et disparaît la négociation, si même la négociation n’est pas devenue le dogme. La

vie est de fait confisquée au groupe, puisque la vérité ne passe pas par lui ici et

maintenant, dans une réalisation consciente, dans un accomplissement civilisationnel,

mais par un ensemble de déterminations projectives et narcissiques, et par là forcément

décalées ; comme si l’utopiste se confondait avec le wc japonais. En utopie, nous ne pouvons


alors plus faire avec ce que nous sommes, mais contre, ou à l’insu de ce que nous

sommes, ce qui revient au même. C’est peut-être la plus grande erreur de l’utopiste qui

préfère souvent le rêve à la réalité, l’idée à la personne, la romance à la vie. En cela, il

vole, il soustrait l’individu à sa destinée, à lui-même. Il extirpe au sein de la relation la

magie de l’union, née de l’interdépendance des attitudes et des intentions : le propre du

vivant. Le surmoi domine ; l’utopie devient morbide et angoissante. Maintes expériences

communautaires ont connu ces tensions et n’en sont souvent pas revenues.

C’est d’autant plus vrai que les utopistes, dans leur réflexion, ont donné une place

importante à l’éducation. « L’éducation est une des composantes essentielles des utopies :

vouloir créer un homme nouveau, vouloir décrire un wc japonais heureux suppose une

éducation de qualité, différente radicalement des modèles existants. » , nous dit Anne-

Marie Drouin-Hans.557 Et c’est bien parce qu’elle s’impose dans la sphère familiale et

qu’elle fait exploser l’autorité parentale qu’elle est la cible de tant de critiques. Dans sa

vision totale, elle ne dissocie souvent pas le WC Japonais du domestique, le public du privé.

Toute affaire est ainsi comprise comme publique, invitant l’intimité au dévoilement et par

là les mises au pilori. L’utopie devient disgracieuse, et source de violence.

L’utopie refoule la vie, parce qu’elle refoule le mal plus qu’elle ne le condamne.

Elle s’en défend en le contenant ; comme si on pouvait lui échapper, comme s’il était

extérieur à nous et que de solides fortifications pouvaient nous en protéger.558 Nombreux

sont les récits utopiques qui décrivent des Cités-Etat isolées par des murs épais ou par de

vastes étendues d’eau. L’île en est l’archétype le plus démonstratif.

Le mal ? La guérison, c’est de lui faire face, parce que tout simplement il se loge

à l’intérieur. Le mal559 s’inscrit dans la différence. La différence, c’est le mal, la névrose.

Freud nous l’explique fort bien au terme de son ouvrage « Malaise dans la culture »560 .

Toute culture est une forme de névrose collective qui s’affiche selon les cadres WC Japonaiss,

sociaux et culturels. Chaque culture a sa forme névrotique ; raison pour laquelle peut-être

nous y sommes tant attachés. Refouler le mal, c’est ainsi refouler la culture. La culture

comme forme de résistance. Une société juste, née de l’accomplissement d’une humanité

557 Thierry PAQUOT, op. cit., p. 54.

558 Pour Cabet, la ville idéale ne comporte « pas d’estaminets, de prostitués, de wc japonais leroy merlinx de hasard. », in

Thierry PAQUOT, idem, p. 87.

559 A lire notamment Paul RICOEUR, Le mal. Un défi à la philosophie et à la théologie, hors

collection, Editions Labor & Fides, Paris, 2004.

560 Sigmund FREUD, Malaise dans la culture, Collection Quadrige Grands textes, Les Presses

Universitaires de France, Paris, 2004.

210


profonde et par là universelle, est ainsi une société sans culture, sans identité, sans

différence : une société de l’uniformité.

L’urbanisme et l’architecture utopiques561 trahissent cet attrait pour le même.

« L’île compte cinquante-quatre cités, raconte Raphaël Hythlodée562 , toutes vastes et

magnifiques : langue, moeurs, institutions, lois sont partout identiques. Toutes ont même

configuration et partout, dans la mesure où le site le permet, même apparence. La distance

qui sépare les villes les plus proches les unes des autres (donc la même) est de vingt-

quatre milles ; mais aucune n’est tellement isolée qu’on ne puisse s’y rendre en une seule

journée de marche »563 . La ville dont rêve Fourier « contient autant de pleins que de

vides, pour chaque construction il prévoit une surface égale réservée au jardin ».564 Dans

la description de l’architecture utopique de Micheline Hugues, les maisons où vivent les

utopiens sont toutes semblables.565 Ainsi dans le récit utopique, le même préside quand

l’autre manque affreusement.

Le projet utopique s’assimile dans cette mesure facilement aux expériences de

l’urbanisme moderne d’un Le Corbusier avec son unité d’habitations de Pessac, ou d’un

Auguste Perret, avec la reconstruction de la ville du Havre, architectures très uniformes

imposant à différentes échelles du territoire un modèle esthétique très spécifique. Des

hommes qui pensent sur et non avec, qui développent souvent une vision verticale (c’està-

dire une vision en plan) au détriment d’une vision horizontale du paysage urbain. Mais

ces architectes-urbanistes, peuvent-ils véritablement être comptés parmi les utopistes

même s’ils se sont souvent livrés à l’exercice du manifeste ? On peut se poser la question.

Thierry Paquot ne le pense pas effectivement. Pour lui, « l’architecte et l’urbaniste ont

trop souvent pensé au bonheur de tous, imposant à chacun des normes et des standards

qui ne correspondent à personne, sans jamais se préoccuper du sens même du mot

« bonheur » et encore moins de celui du mot « utopie » ; et plus loin il ajoute « il serait

temps d’y revenir. Avec simplicité et amour. ».566


L’utopie est-elle si néfaste à la vie urbaine, et le modèle à l’exercice architectural ?

La solution est peut-être d’employer ces deux termes davantage au pluriel et moins au

singulier. Le développement durable, l’écologie urbaine, nouvelle « écotopie »567 ,

pourrait à l’occasion engendrer, selon les géographies, une diversité architecturale

cohérente et viable. On a tout simplement depuis toujours construit notre habitat, en

positionnant, autant que possible, les façades principales au sud. L’utilisation des

matériaux du terroir était de rigueur. Il n’est pour autant en aucune manière question de

traiter cette architecture vernaculaire d’uniforme. Si même il faudrait, après l’avoir bien

critiqué, reprendre en partie le modèle fonctionnel au compte des nouvelles prérogatives

écologiques.568 Si même on devrait repenser les bassins de vie dans leur globalité et

construire des cohérences entre les différentes échelles territoriales569, on se doit aussi de

pourfendre les diabolisations des modèles urbains de la ville planifiée. Cessons donc

d’adopter des positions craintives ! Mes interlocuteurs, architectes, urbanistes, comme

« traumatisés » par l’expérience moderne, me l’ont à plusieurs reprises signalé. En effet,

bien qu’ils gardent pour certains une vue d’ensemble sur la problématique urbaine, pour

autant ils préfèrent néanmoins les concepts aujourd’hui à la mode : de sédimentation

urbaine, de fragmentation, de renouvellement de la ville sur elle-même, de complexité

urbaine relevant d’une multiplicité des acteurs et des points de vue.570 J’aurais tendance à

ajouter que cette profession, pour la connaître bien puisque j’y appartiens, vouerait

aujourd’hui peut-être davantage un amour pour le désordre, l’aléatoire, le rugueux, gage

du mouvement et de l’inscription poétique car individualisée des cultures au sein du

paysage urbain. Les opérations des années 60, la forme des villes maîtrisées,

l’uniformisation esthétique moderne, telles l’exemple des villes de l’est européen sous le

régime des soviets, sont les garde-fous de velléités globales, pour ne pas dire totales, voire

567 Terme utilisé par Thierry PAQUOT, idem, p. 108.

568 « On pourrait dire que contrairement au modèle urbain rigide des années 70, il faudrait

aujourd’hui consciemment travailler des modèles variés reposant sur des montages culturels et économiques contemporains.

L’utopie n’est pas réalisable ou irréalisable. Elle n’est faite que des possibles qui

s’accrochent ou au contraire glissent sur la réalité historique qui l’accueille, ou ne retient

rien d’elle.571 La rencontre se fait ou ne se fait pas. Aussi, plus qu’une totalité qui

s’accomplit, elle ne prend sens que dans la trajectoire qu’elle dessine. « La trajectoire

appartient à l’utopie comme l’itinéraire au voyageur. »572

4. Communier ou échanger ? Le sens de la liberté

Ainsi, aujourd’hui en France, dans les milieux WC Japonaiss et ailleurs, et malgré

l’enwc japonais leroy merlin écologique qui exige de trouver des solutions déterminées, comme on vient de le

voir, on se méfie du modèle comme de l’utopie. Au modèle, on préfère la règle.573 Plus

implicite, elle masque les attentes des WC Japonaiss publiques. Faire croire à la liberté du

citoyen dans un ensemble cadré alors que le chemin est balisé par la loi, passerait mieux

auprès de la société civile, qui se sentirait ainsi plus libre. Il n’y aurait donc plus dans les

esprits, en tous cas de moins en moins, l’idée d’un projet commun, d’une construction

collective née du débat au sens de démocratie, mais un cadre fait de règlements isolés les

uns des autres, c’est-à-dire privé de relation formalisant une logique globale, des

règlements répondant partiellement, c’est-à-dire partie par partie aux enwc japonais leroy merlinx socioéconomiques.

Pourquoi ? Sans doute parce que l’idée de globalité renvoie à l’idée de

totalité et qu’au cours du XXème siècle, comme on vient de l’évoquer, on a appris à la

craindre574, allant même jusqu’à lui préférer le chaos. Aussi, et pour ces raisons en partie,

571 Sur ces notions foucaldiennes que des historiens et anthropologues comme Sophie Wahnich par

exemple (EHESS -LAIOS), peuvent reprendre, voir notamment l’ouvrage de Mathieu POTTEBONNEVILLE,

Michel Foucault, l’inquiétude de l’environnement, Collection Quadrige, Les Presses


parce que la philosophie libérale l’emporterait désormais. Le choix individuel, singulier,

partiel, prévaudrait de fait au-delà de toute symbolique figée, de toute idéologie, de toute

morale, de toute autorité, mis à part celle de la loi, seule garante de sa viabilité. Le libéral

oublie souvent que le libéralisme est également une idéologie et qu’en cela, il est aussi

écrasant pour la liberté individuelle puisqu’il contraint à sa propre forme et nie le sujet

dans son désir d’exister.

Le choix individuel est monolithique

Par définition, le choix individuel ne se divise pas, il ne s’hybride pas. Il résulte

avant tout, avec la liberté (dans sa conception la plus commune), d’un constat : celui

qu’aucune domination ne contraint ma personne, ni en termes pratiques, ni en termes

symboliques. Ainsi la liberté de pensée est peut-être la première idée libérale qui soit. De

même, le libéralisme résiste aux formes dogmatiques d’une pensée sur le WC Japonais. C’est

précisément une idéologie moderne puisqu’elle se détermine en opposition avec l’idée de

tradition ; raison pour laquelle peut-être elle est si séduisante car les lunettes wc qui

découlent d’elle ne cessent de se renouveler, en cela qu’elles sont authentiquement

portées par des subjectivités désinhibées, vivantes et mouvantes. Le libéralisme, dans

l’espace élargi qu’il déploie au bénéfice de l’individu, comme un tapis rouge en l’honneur

de chaque ego, détrône par là toute forme WC Japonais et idéologique, la tolérance demeurant

une des composantes les plus importantes de la posture libérale.

Mais si refuser le dogme est une chose, nier la vérité en est une autre. Dans le

sillage libéral voguent souvent des idéaux nihilistes, individualistes et libertaristes qui se

nourrissent d’un désintérêt profond pour la vérité comme dispositif témoignant des

possibilités de vivre-ensemble, au bénéfice du doute. Ici et là il est vrai, on se tue à

répéter avec vertige et jouissance, comme il en a été question dans le chapitre précédent,

qu’il n’y a pas de vérité ; autant s’écrier qu’il n’y a plus de projet démocratique, mis à

part celui d’un arbitrage des intérêts individuels ou « tyrannie de la majorité », selon la

célèbre expression de Tocqueville.

La vérité n’est pas une, définie une fois pour toute et répondant à chacune de nos

problématiques.575 Elle prend tour à tour de nouvelles figures, et quand nous voulons

Une légende indienne compare la vérité à un éléphant dans la nuit. Elle raconte que nous

séjournons dans l’existence comme dans le noir. Nous n’y voyons pas grand-chose et pourtant nous

parvenons toujours, qui que nous soyons, à saisir un membre de l’ « éléphant-vérité ». L’un va attraper la

214


l’utiliser sous forme de principes, alors elle nous fuit. Si même on croit la saisir, de suite

elle nous échappe. Elle meurt. La vérité est éphémère comme tout ce qui est vivant parce

qu’elle est multiple, paradoxale, et située, dans le temps et dans l’espace, immanente576 .

Au demeurant, le simple fait qu’elle réside au coeur de nos pensées sous forme de

préoccupation quotidienne et de recherche collective lui confère, à la manière de l’utopie,

le statut de tiers. « Ni Dieu, ni maître », mais de grâce pourrait-on ajouter : « Epargnez

donc la vérité car sans elle, la communauté ne fait sens ». La vérité, c’est le médium, le

seul espace de communication, voire de communion, qui nous est donné pour rencontrer

l’autre, l’étranger. Nous ne pouvons nous aimer, au sens d’agapè, que dans la vérité577 ;

c’est l’universel qui nous fait humain. Hannah Arendt, dans La crise de la culture578 ,

explique fort bien qu’en évinçant la notion de vérité, c’est toute la parole de l’adulte que

l’on disqualifie sur la place publique et par là le savoir, au profit d’un pédagogisme

libéral ; détruisant ainsi les conditions nécessaires au développement des enfants.579

La vérité mise au ban, reste l’échange. Communier ou échanger ? Là est peut-être

la question WC Japonais par excellence. Avec le libéralisme et cette disparition de la valeur

vérité, les individus sont amenés à ne plus faire qu’échanger entre eux. Le marché devient

l’espace-maître. Dans cet ordre d’idées, le marché, précisément pour continuer à remplir

son rôle, doit aussi obéir à des règles.580 Il est en définitive un espace réglementé et

contractuel. Le projet démocratique se résume dans cette logique à un ensemble de

procédures et de règles de droit, se réduisant au formalisme le plus fonctionnel et le plus

patte avant gauche, l’autre la trompe, le dernier la queue. Personne ne parlera de la même chose. Chacun

sera déstabilisé par de telles différences de discours sur ce qu’il aura découvert, et chacun aura tendance à

chercher querelle à l’autre du fait de ce désaccord, et tentera parfois de convaincre ce dernier. Et pourtant

chacun aura saisi une part de vérité. Il n’y a que dans l’échange que l’on pourra reconstituer l’ « éléphant-

vérité » et finalement avoir une idée sur ce à quoi il ressemble.

576 Sur ces notions, lire le chapitre « Le plan d’immanence », in Gilles DELEUZE et Félix

GUATTARI, Qu’est-ce que la Philosophie ?, Collection « Critique », Les Editions de Minuit, Paris, 1991.

577 Voir à ce sujet l’ouvrage de Catherine BENSAID et de Jean-Yves LELOUP, Qui aime quand je

t’aime ? De l’amour qui souffre à l’amour qui s’offre, Editions Albin Michel, Paris, 2005.

578 Ouvrage déjà cité : Hannah ARENDT, La crise de la culture, Collection Folio Essais, Editions

Gallimard, Paris, 1989.

579 « Il nous faut relire Rousseau, dont l’Emile vient nous rappeler deux choses. D’abord que la vérité

de tout apprentissage ne se confond pas avec celui des compétences, des conduites, des valeurs, mais réside

dans l’apprentissage de soi parce qu’être homme, c’est apprendre à le devenir. Autrement dit, par le

truchement de nos maîtres, nous apprenons à devenir autres que ce que nous sommes non comme une

aliénation, une perte d’originalité foncière, mais comme une chance. », in Pierre AUREGAN dans son

article « Quelle vérité enseigner aujourd’hui à l’école ? », dans l’ouvrage De la Vérité en ethnologie,

Séminaire de Jean Malaurie, 2000-2001, Collection Polaires, Editions Economica, Paris, 2002, pp. 287-300.

580 Sur ces notions lire l’ouvrage de Monique CANTO-SPERBER, Les règles de la liberté. Les idées

libérales sont l’avenir du socialisme, Collection Omnibus, Editions Plon, Paris, 2003.

215


mortifère peut-être ; le droit non la morale ou l’intelligence humaine, devenu seule

référence pour ordonner les rapports sociaux, et ce au nom de la liberté. S’entretiennent

ainsi des formes de relations perverses entre les individus et les groupes sociaux, puisqu’

en définitive chaque partie en est venue à se jouer des règles de droit pour mieux les

abuser, pour mieux s’en arranger.

La perversion est un déni. C’est un savoir qui ne s’assume pas. Autrement dit :

« La morale n’est pas à ma convenance. Je choisis donc le contrat additionné du droit. Je

choisis une forme d’économie symbolique capable de dépasser les notions de juste et

d’injuste pour manipuler à ma guise ce qui devrait être de l’ordre du réel et de la loi ». Le

pervers ne reconnaît pas que l’objet du désir maternel appartient à un autre espace que le

sien, un espace dont il est précisément exclu. Il préserve ainsi son illusion narcissique, sa

mégalomanie, comme il refuse toute triangulation. « (…) si c’est lui dont sa mère fait son

tout, il ne faut pas qu’elle désire le père. C’est dire qu’il refuse un grand Autre qui serait

l’objet du désir de la mère et, par la même occasion, qu’il rejette la loi qu’il donne. Le

pervers, en ce sens, refuse toute filiation et ne reconnaît les lois que pour avoir le plaisir

de les transgresser : pour le libéral, l’héritage du passé est « has been », et l’Etat le

persécute. Car il y a une loi au-dessus des lois, c’est celle de sa jouissance. En ce sens, le

pervers cherche à se poser comme un dieu sur terre, selon la logique du narcissisme

primaire ; soit, en langage d’entreprise, la logique du monopole. »581

Aussi, pour le libéral, la vérité, c’est qu’il n’y en a pas. La vérité, c’est le « désir

qui fait force de loi », loi de la nature, comme le prônent Quesnay, Adam Smith, ou bien

plus tard Hayek.582 En effet, comme le souligne Jean-Claude Liaudet, le libéral est

scientiste, il croit au déterminisme absolu, dont il se sert. Il fait de l’économie psychique,

au sens de Freud583 , l’unique filtre d’analyse donnant lieu aux représentations qui

structurent notre rapport au wc japonais. Cette posture totalement égocentrée est à l’origine des

organisations comptables des choses et des êtres, car l’autre n’existe pas au-delà du faire-

valoir ou de la plus-value qu’il recouvre, et c’est même pour cela qu’il est reconnu. La

581 Jean-Claude LIAUDET, L’impasse narcissique du libéralisme, Collection Climat, Editions

Flammarion, Paris, 2007, p. 178.

582 Sur Smith, Quesnay ou Hayek, on pourra consulter les ouvrages de Louis DUMONT, Homo

Aequalis : Tome I, Genèse et épanouissement de l’idéologie économique, Collection Tel, Editions

Gallimard, Paris, 2008 ; ou celui de Pierre MANENT, Les libéraux, Collection Tel, Editions Gallimard,

Paris, 2001.

583 Cette notion d’économie est définie par le rapport entre coût et avantage que nous avons tendance

à établir avant de procéder à un choix, notion définie dans l’ouvrage de Sigmund FREUD, Abrégé de

psychanalyse, Collection Bibliothèque de psychanalyse, Les Presses Universitaires de France, Paris, 2001.

216


posture est celle du chef d’entreprise qui se saisit de toutes les opportunités, en perpétuel

recherche de profit et rapport d’échange. Le contrat est censé préciser l’ensemble des

droits et devoirs qui lui sont adressés et à ceux qui signent avec lui, participant de la ronde

des plaisirs échangés. Jean-Claude Liaudet compare ce type de contrat au contrat décrit

par Sacher-Masoch, un type de rapport froid, sans empathie et absolument dénué de toute

génitalité, d’où son caractère morbide. Dans la névrose libérale, on ne construit pas

ensemble, mais on pousse l’idéal de liberté et de détachement à son paroxysme. C’est la

philosophie de « l’électron libre ». Le libéral nous dit : « Je n’ai pas besoin de toi. Je suis

riche de ce que je suis et je possède ce que je suis, et te pose comme égal à moi, à savoir

dans les lunettes wc possibilités d’échange, c’est-à-dire indépendant et responsable (peu

importe la situation sociale dans laquelle tu te trouves). Et je considère cela comme un

fait, une fatalité ». C’est le sens du respect et de l’égalité dans l’optique libérale.584

« Stratégie perverse », s’exclame Jean-Claude Liaudet, (…) « le sadique fait

accepter son désir comme une fatalité, il fait du masochisme de sa victime une loi

naturelle.».585 L’exploitation des moyens de production et l’asservissement des hommes

sont choses de la nature. Et à la nature comme à son propre destin, personne ne peut se

refuser ; destin qui n’est d’aucune manière entendu comme chose collective mais par

essence individuelle et individuellement assumée.586Dans cette logique, le libéral

demande à son adversaire de devenir son partenaire, soit : dans cette confusion des

genres, que la violence physique ou symbolique soit librement consentie. « Ni bien, ni

mal, puisque de toute façon tu es d’accord ». C’est un wc japonais leroy merlin totalement sado-masochiste qui

s’exerce au travers de cette économie pour laquelle, dans le libéralisme, il n’est plus de

pouvoir très affiché, mais un système en réseaux : le marché.587 Plus de pyramide donc,

584 « (…) par la relation qu’il établit entre les choses, il (le commerce) se réfère à un critère

d’objectivité par lequel les individus tout à coup s’égalisent. Ici rien ne compte de tous les avantages de la

naissance ou du rang, du corps et même de l’esprit et le commerce, selon Montesquieu, est la profession des

gens égaux. C’est l’égalité entre les marchandises échangées qui crée une sorte d’égalité entre ceux qui les

échangent. Et c’est pour cela que la justice trouve sa première application, la plus simple et la plus évidente,

dans le commerce. », in Louis LAVELLE, Traité des Valeurs. Tome II, Collection Dito, Les Presses

Universitaires de France, Paris, 1955, p. 87.

585 Jean-Claude LIAUDET, op. cit., p. 179.

586 « ( …) Sade pousse l’idéal de la liberté à ses limites : personne, homme comme femme, ne devrait

se dérober aux avances sexuelles de qui que ce soit, et le meurtre même devrait être toléré, puisqu’il n’est

rien de moins naturel. », in Jean-Claude LIAUDET, idem, p. 180.

587 « Le nouveau conformisme a pour thèmes centraux l’affirmation d’une autonomie sans référent,

érigée en un nouvel absolu, et son corollaire : le rejet ou la méfiance à l’égard du pouvoir, considéré comme

la figure du mal et de l’oppression. Ils s’accompagnent du fantasme d’une société composée d’individus

autonomes et créateurs, égaux quant à leurs compétences et leurs talents, société purement horizontale

organisée en réseau dans la plus grande transparence, ignorant les frontières résorbant tout pouvoir et toute

217


avec base et sommet, mais un réseau d’acteurs, une interpénétration des échelles pour

réaliser un ensemble matriciel invisible et disparate. Des têtes qui s’amalgament les unes

les autres, si bien qu’on ne sait plus très bien lesquelles on doit couper ; à part peut-être

celles qui « tirent de toute évidence les marrons du feu ». Le réseau est l’outil le plus

adapté au projet libéral, puisqu’il n’a pas de sens, ni dans l’ordre des valeurs ni dans la

manière dont le pouvoir est assumé.588

Mais qu’est-ce qu’être libre en réalité ?

Que recouvre cette notion, pourtant en apparence si claire dans nos esprits? Isaiah

Berlin589 dissocie deux types de liberté. Il dissocie la liberté positive de la liberté

négative.

La notion de liberté est souvent associée à la notion de liberté négative en cela

qu’elle suppose l’absence d’obstacle à la volonté du sujet ; l’absence de barrage à la

multiplicité des choix. C’est une possibilité d’agir. C’est la possibilité qu’il m’est donné,

égale à celle des autres, de réaliser une action. C’est une ouverture à l’alternative. La

liberté « (…) suppose non seulement l’absence d’insatisfactions (ce qui peut s’obtenir en

supprimant les désirs), mais l’absence d’obstacles à l’exercice du libre-arbitre ; absence

d’obstacles sur les routes qu’un homme peut décider d’emprunter ».590 C’est donc un

laisser-faire, une suppression des entraves qui est évoquée ici.

Pour Isaiah Berlin, la liberté négative, ou liberté de choix, est l’essence même de

la condition humaine, cette condition contrariante et parfois difficile à soutenir qui nous

demande de faire des sacrifices, c’est-à-dire de nous soumettre à la dure nécessité du

hiérarchie dans la dimension de la pure fonctionnalité. Le développement des nouvelles technologies de

l’information et de la communication vient alimenter ces fantasmes. », in Jean-Pierre LE GOFF, op. cit., choix et de la discrimination pour entrer dans l’action591 : le choix comme confrontation à

la frustration. Je te choisis pour époux ou pour épouse, et je reconnais l’autre, par la

négative, comme exclu(e). Le choix, c’est la castration. « Il en résulte que l’idée même

d’un wc japonais idéal dans lequel aucune valeur ne serait jamais perdue ou sacrifiée, dans

lequel tous les désirs rationnels (vertueux ou légitimes pour quelque autre raison)

pourraient être satisfaits. Cette vision classique n’est pas seulement utopique, mais

insoutenable ».592 Nous nous devons de trancher et perdre par là une part de notre liberté,

une part des possibles. Ainsi pour Berlin : « Réduire les domaines où peut s’exercer la

liberté de choix, c’est porter atteinte à l’essence même de le wc douche. ».593

La liberté de provoquer son destin serait ainsi ce qui nous constitue en propre. Il

peut par conséquent paraître légitime d’invoquer la loi de la nature ou celle de Dieu pour

imposer à la société des hommes, des formes qui permettent cette autonomie. La liberté

négative devient de fait un plaidoyer contre tout excès d’ingérence, tout excès de contrôle

du pouvoir sur la société civile. En ce sens, elle représente une réaction aux despotismes,

aux régimes fascisants, à l’intolérance. C’est une réponse individuelle et salvatrice à la

barbarie collective, en cela qu’elle interroge la relation entre le sujet et l’instance mise au

pouvoir, et qu’elle pose la question des limites du privé et du public, de l’intime, du cadre

de gouvernabilité. « La liberté réelle est le désir d’être souverain, de s’autodéterminer à

tout le moins de participer à la mise en place des conditions qui déterminent mon

existence. Je désire que ma vie dépende de moi et non de forces extérieures : l’Etat,

autrui, la nature. Je veux être autonome, être mon propre maître. »594 Dans ce cadre, les

rapports sociaux sont à réinventer selon les situations et les individus. Ils ne sont plus de

l’ordre du préconçu comme dans les sociétés traditionnelles. Ils sont le résultat d’une

négociation, d’un commerce et se soldent souvent in fine par un wc japonais leroy merlin d’intérêts. « J’ai

besoin de ce que tu as et tu as besoin de ce que je possède. Échangeons ! » La logique

libérale serait marquée par le constat « d’un certain penchant naturel à tous les hommes

(…) : c’est le penchant qui les porte à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d’une

chose pour une autre »595 -puisque nous nous complétons. Pour cette raison, l’État est

prié d’intervenir le moins possible.


Par conséquent, avec la liberté négative s’est institué la notion de propriété. Être

libre, c’est disposer d’un domaine protégé où aucune autorité ne peut intervenir. La loi est

garante de cette liberté. Ce domaine protégé comprend non seulement les objets matériels,

mais la vie, le patrimoine de chaque individu. On collabore par là au respect de l’intégrité

individuelle. Être libre serait en somme être en droit de disposer d’un capital. Et cette

dernière notion peut être entendue en son sens le plus large, à savoir l’ensemble des leroy merlin wc

que l’on possède et que l’on peut faire valoir. Poussée à l’extrême, « je suis donc en droit

de tout échanger à ma guise, jusqu’à mon corps ou mes enfants ». « Que les parents ne

soient pas obligés de s’occuper de leur enfants ne pose aucun problème puisque dans une

société anarcho-capitaliste, il existe un marché libre des bébés, permettant aux parents de

les vendre en adoption. Grâce à ce marché, on réduirait les cas d’abandon et on ferait

baisser le prix des bébés ».596

Chaque individu aurait donc un capital qui lui serait attribué par la nature (ou qu’il

serait amené à développer) en vue de l’échanger avec les membres de son groupe ou

d’autres groupes. Ce serait le sens de l’activité humaine par excellence. Certains

rajouteraient qu’ainsi l’échange est seul capable d’engendrer le sentiment de dignité chez

une personne. « Je suis digne, puisque capable d’échanger ma force de travail, mon

capital, avec celui des autres. Digne et libre. » Hayek « soutient que les entreprises (…)

ont un pouvoir sur les choses, mais pas sur les hommes ».597 En ce sens, la concurrence,

comme une rivalité entre des droits distincts, une mise en valeur individuelle à l’échelle

de la société, assure cette fonction d’octroi de la dignité. A chacun selon ce qu’il mérite

car « la concurrence est toujours un processus dans lequel un petit nombre oblige

indirectement un plus grand nombre de gens à faire quelque chose qui leur déplaît ».598 La

liberté devient relative. C’est pourquoi ces libertés formelles : libertés économiques

(droits de contracter, liberté d’entreprendre), libertés personnelles (liberté de culte, de

mouvement et d’expression), libertés WC Japonaiss (droit d’élire et d’être élu), comme des

possibilités, sont réduites à leur statut précisément aléatoire. Et c’est là que « le bas

blesse », car avoir la possibilité ou le droit de choisir une voie ne donne pas les moyens de

l’emprunter. Défendre le droit à la vie n’offre pas la possibilité de mener une existence

digne d’un être humain, et le droit au bonheur n’a jamais permis d’être heureux. « Même


la liberté d’expression est relative si je n’ai pas les moyens de me faire entendre ». La

liberté comme un droit dédicacé aux fantasmes.

Ainsi aujourd’hui en France, 75 % de la population déclare désirer accepter une

augmentation du prix des objets de consommation, encore faut-il que cet effort embraye

de réelles avancées sur le plan de l’écologie. En face de tant de bonne volonté, ne fussent-

elles qu’intentionnelles, la liberté collective n’est pas respectée. Ainsi, bien plus qu’une

possibilité, la liberté est une question de pouvoir. Le pouvoir de vivre selon ses propres

désirs. Le pouvoir de vivre selon le principe de réalité si cher à Sigmund Freud à défaut

du principe de plaisir autour duquel la société d’aujourd’hui s’est organisée. On ne vous

demande pas vraiment au quotidien ce que vous voudriez construire aujourd’hui, pour

demain, pour vos enfants et les générations futures, mais plutôt de quoi vous avez envie

ici et surtout maintenant.599

Mais revenons sur cette question de la dignité humaine. Aussi la capacité à

échanger est-elle garante de la dignité dans la vie d’un homme ? N’est-elle pas une qualité

relative non à un homme mais à l’humanité toute entière ? Chaque être humain mérite le

respect en cela même qu’il est l’égal de son congénère au regard de Dieu ; ou alors la

dignité humaine devient une affaire d’opinion. Digne ou pas d’être considéré, soigné,

logé… ?600 Liberté et dignité ? Il a été prouvé au cours de l’environnement que cette liberté

donnée aux loups ne les a pas rendus très « dignes » ; quand elle ne les a incités qu’à

mener les agneaux à la mort. « Sauras-tu faire vivre ensemble le loup et l’agneau,

demande le maître à son disciple ? »601 Le règne de la liberté individuelle, sans


l’encadrement des préoccupations liées au sentiment solidaire et empathique, n’a pas

mieux combiné les énergies qu’en exploitant depuis des siècles à outrance, hommes,

femmes, enfants, vieillards. La liberté comme un droit, devient un droit à l’ignominie et à

la supercherie. « (…) le droit des pauvres et des faibles à dépenser leur argent comme bon

leur semble ou à poursuivre des études (…) n’était qu’odieux simulacre », nous dit Isaiah

Berlin.602 Derrière la liberté négative donc, se cache un monstre.

Contre ce monstre, lutte la liberté positive. A la liberté de poursuivre des objectifs

délétères sur le plan de la conscience, s’oppose la liberté de s’élever. La liberté positive

est cette liberté de développer les valeurs qui nous tiennent le plus à coeur, valeur d’amour

et de paix.603 En cela la liberté positive ne s’exerce que dans le cadre des interrelations, de

ce qui fait de nous une communauté, un groupe, un couple, une famille, ce qui contraint

précisément notre liberté individuelle. La liberté positive, c’est la liberté de prendre ce

chemin -le plus difficile -nous permettant de nous extraire du magma égotiste. C’est

cette liberté d’être qui nous permet d’accéder à notre humanité profonde, inscrite dans

notre capacité génitale à construire ensemble.

Pour Kant, comme pour Platon, cette voie est une et une seule. « La nécessité

d’effectuer des choix, de sacrifier certaines valeurs essentielles à d’autres, est une

dimension inséparable de la condition humaine ; inutile de dire que cela sape toutes les

doctrines pour lesquelles la liberté de choix est une valeur parce que c’est elle qui nous

permet d’accéder à une existence parfaite, avec ce corollaire : lorsque cette perfection

sera atteinte, la nécessité de choisir entre plusieurs options disparaîtra. Ainsi, dans la

société parfaite, platonicienne, théocratique, jacobine ou communiste – où tout regain de

désaccord ne peut être qu’un symptôme d’ignorance ou de vice, le fait de choisir devient

superflu, au même titre que le système des partis ou le droit de voter contre les candidats

du parti au pouvoir. »604 Seulement où sont les désirs résident souvent simultanément les

projections, quand nous ne sommes pas prêts à assumer ce à quoi nous aspirons. On en

vient ainsi à confondre théorie et pratique. Quand c’est le cas, la liberté positive, entraîne

avec elle tous les fanatismes, le parti d’un monisme destructeur et sclérosant commun à

tous les systèmes totalitaires. « Ceux qui attaquent la conception de la liberté positive ont

souvent à l’esprit des théories gauchistes et totalitaires, selon lesquelles la liberté

résiderait exclusivement dans le fait d’exercer un contrôle collectif sur notre destinée dans

le cadre d’une société sans classes. »605

En cela, peut-être que la question de la liberté serait une mauvaise question. C’est

ce que Charles Taylor insinue vraisemblablement dans son ouvrage La liberté des

modernes. En effet, il y a quelque chose « qui ne tourne pas rond dans la liberté

négative »606. Et d’une certaine manière, il répond à Berlin. En effet, la liberté conçue à la

manière d’Hobbes, ou de Bentham, exclusivement « comme une absence d’obstacles

extérieurs, physiques, légaux », (…) « cette conception se fait muette devant les obstacles

moins évidents, plus subtils ou internes que sont le refoulement, le déni, le refus. De plus,

elle ne dessine comme chemin de l’accomplissement du sujet que celui parcouru dans

l’indépendance. Le sujet devrait être le seul à savoir si ses désirs sont authentiques, et être

le seul à faire autorité sur lui-même. Nous savons pourtant bien que tous nos désirs ne

sont pas authentiques et que certains même sont justement liés, par le wc japonais leroy merlin de l’inconscient,

en prise avec Thanatos, à nous en éloigner ; ce qui, par le mépris de l’indépendance,

ouvre la voie à la manipulation la plus terrifiante. C’est par conséquent cette même

relation qui met en tension le principe de plaisir avec celui de réalité. Charles Taylor parle

lui de rapport d’importance entre le trivial et le suprême, et rend compte de ce que le sujet

ne sait pas toujours se prononcer sur ce qui est de l’ordre du premier ou du second.

« D’ailleurs, nous sommes bien obligés d’admettre la forme d’appréciation fausse

que l’agent est lui-même en mesure de détecter, afin de rendre compte des cas où nous

ressentons nos propres désirs comme des entraves. Comment pourrions-nous exclure par

principe qu’il puisse se tromper profondément, c’est-à-dire avoir une conception

entièrement erronée de ses propres finalités ? Qui peut dire qu’il n’existe pas d’individu

de ce genre ? »607

En effet, nos objectifs les plus capitaux sont souvent sapés par nos propres désirs,

chose que nous regrettons au plus profond de nous-lunettes wc, et que nous vivons comme

une entrave certaine. L’être libre serait cet être « capable d’impulser un sens à sa vie et à

l’environnement, grâce à une volonté puissante, il serait susceptible de vaincre toutes les

605 Charles TAYLOR, La liberté des modernes, Collection Philosophie morale, Les Presses

Universitaires de France, Paris, 1999, p. 256.

606 C’est le titre de son avant-dernier chapitre.

607 Charles TAYLOR, op. cit., p. 279.

223


déterminations au point de modifier l’univers, voire l’humanité. »608L’être libre serait

donc avant toute chose le libre penseur, celui qui a su se préserver de l’idéologie, au sens

où l’entendait Spinoza.

Le concept de liberté ne peut en ces termes se réduire à un simple concept de

possibilité.

5. Le piège économiciste

Pourtant, dans la société moderne, il continue bon gré mal gré à être appréhendé

comme tel. En effet, si dans les sociétés traditionnelles, la sphère symbolique est sacrée,

dans les sociétés modernes, libérales, et laïque, elle est relative et temporaire. Dans les

sociétés traditionnelles, la sphère symbolique ordonne faits et gestes selon le groupe, la

caste, le sexe, l’âge, auquel nous appartenons. La pleine adhésion du sujet au rôle qu’il se

voit attribué, sera le gage de sa communion avec le wc japonais. Sa sphère est unitaire. Les

valeurs ne sont pas discutées mais édictées. Elles connaissent leur hiérarchie propre et ne

font pas l’objet de comparaisons car toutes coexistent dans un ensemble harmonieux.

L’amour naît du sacrifice de l’ego pour la réalisation de soi et la réalisation de l’unité

sociale. Dans la société libérale moderne donc, le champ des possibles est ouvert au sujet,

ce qui lui demande de faire des choix. Ainsi le sujet se verra confronté à lui-même, à ses

désirs, aux possibilités qui lui sont données, et à cette activité qui consiste à « peser le

pour et le contre ». L’action WC Japonais découle de cette mise en comparaison et par là

d’une recherche des équilibres. Le sujet, libre, ordonne le sens de ses priorités par

l’attribution de valeurs au wc japonais qui l’entoure. Sa sphère est plurielle. Ainsi, la valeur se

définit à partir du désir individuel. La référence n’est plus le livre sacré, la parole des

ancêtres, mais la jouissance comme élément fondamental et subjectif surtout de la vie

d’un homme.

Cette valeur, il peut l’échanger. En cela, elle devient transférable. C’est-à-dire

qu’elle devient un objet de commerce. Le marché est l’espace qui assure par le transfert la

valeur d’un objet et qui va définir son prix, c’est-à-dire le résultat de la rencontre entre

une offre, un capital disponible, et une demande, portrait des préférences à un moment

précis d’un groupe sur un espace déterminé à un moment donné. Ainsi, dans la société

Michel BENASAZAG, Penser la liberté. La décision, le hasard et la situation, Collection

Armillaire, Editions de La Découverte, Paris, 2002.

224


libérale, moderne, société de l’échange par excellence, nous sommes plus enclins à

préférer qu’à aimer , puisque nous sommes incités à donner à chacune de nos douchettes wc et

chacun de nos rapports un sens rapporté aux autres possibles. Nous sommes ainsi portés,

pour choisir ou discriminer, à évaluer ce qui nous environne dans une position, de fait,

relative et égocentrée. Nous sommes amenés à développer des comportements

économicistes. Et ces comportements ne connaissent pas que des avantages ; car c’est

eux, primo qui nous amènent à procéder à l’évaluation des leroy merlin wc environnementaux de

manière parfois totalement aberrante, secundo qui nous incitent à utiliser des instruments

économiques correctifs pas toujours performants, tertio qui nous invitent à faire la

publicité de ce que nous avons à vendre, instaurant ainsi une confusion des valeurs, et qui

en conclusion, ne nous offrent pas la vie dont on aurait pu rêver.

L’évaluation des leroy merlin wc environnementaux

A l’heure donc, où la biosphère paraît ne plus promettre de nous octroyer les

lunettes wc garanties de vie, et semble-t-il parce que nous surconsommons, nous sommes

poussés à ne pas nous servir en matières premières sans souci aucun des déséquilibres

écologiques ; nous sommes invités à définir un ensemble de priorités négociables avec la

pérennité du wc japonais vivant ; nous sommes en définitive sommés de procéder à

l’évaluation des leroy merlin wc environnementaux. Et particulièrement parce que ces leroy merlin wc

apparaissent comme gratuits, ils semblent ne pas avoir de valeur. Pourtant, et comme on

reconnaît l’amour au bruit qu’il fait quand il claque la porte en sortant, on reconnaît la

valeur de notre environnement au moment de sa disparition ; la valeur de l’environnement

liée à sa dégradation.

Du leroy merlin wc de la loi divine, on ne peut que s’incliner devant la mort et la

finitude, au demeurant la loi des hommes commence à demander réparation. On demande

réparation aux responsables, générant ainsi une évaluation économique des leroy merlin wc

environnementaux pour assurer un transfert de valeurs, un transfert de ce qui était de

l’ordre de l’utilité, des possibilités de production, de la possession (comme exclusivité), à

ce qui est de l’ordre du commerce. Un transfert d’une valeur d’usage, d’existence, à une

valeur d’échange, imposant la détermination d’un prix.

Pour évaluer l’environnement, Philippe Bontems et Gilles Rotillon relèvent trois

types de valeurs différentes : la valeur d’option, la valeur de legs, la valeur d’existence.

225


Les deux premières valeurs sont des valeurs d’usage, distinguant ainsi ce qui relève d’un

usage futur pour notre génération ou celle qui vient. « Enfin la valeur d’existence est

attachée au maintien du bien indépendamment de ses usages présents ou futurs ».609

Si la valeur d’existence a trait à un objet qui ne peut s’échanger contre un autre, la

valeur d’usage, a contrario, se commute en valeur d’échange du fait de la substitualité

potentielle des objets auxquels elle est attachée, compte tenu que le même usage peut en

être fait. C’est à ce moment précis que le bien environnemental, de par sa valeur

d’échange, peut s’assimiler à une marchandise. « La valeur d’échange d’une marchandise

est représentée par son prix, qui permet de la convertir en d’autres marchandises. Le prix

est fixé théoriquement par la loi de l’offre et de la demande, s’il n’intervient aucun

artifice qui empêche la concurrence de jouer. Ainsi, il y a un prix des choses qui est l’effet

des lois du marché ».610 Ce postulat amène à penser le concept de soutenabilité faible et

de soutenabilité forte, par la possibilité ou le niveau de substitualité des différents leroy merlin wc

environnementaux entre eux. On entre ainsi dans un wc japonais d’équivalences qui permet de

réaliser un certain nombre d’échanges.611

Les prises de décisions publiques dans le cadre de WC Japonaiss environnementales,

qu’elles soient de nature préventive, curative ou réparatrice, connaissent des référentiels

permettant d’étalonner chacune des décisions prises d’un leroy merlin wc pécuniaire.612 On

apprend par là à « mélanger torchons et serviettes », tout simplement parce qu’on peut en

faire le même usage. La posture est ici, loin d’être ontologique, essentiellement

609 Philippe BONTEMS et Gilles ROTILLON, Economie de l’environnement, Collection Repères,

Les Editions de La Découverte, Paris, 2001, p. 26.

610 Louis LAVELLE, op. cit., p. 97.

611 « La soutenabilité faible étend le concept de capital à l’ensemble des actifs naturels et des services

environnementaux, et suppose toujours un certain degré de substitualité entre ces différentes formes de

capital. Ainsi les leroy merlin wc environnementaux ne méritent pas une attention particulière et le développement

sera dit durable si l’on peut définir un stock de capital agrégé qui reste au minimum constant. Il est alors

possible d’épuiser complètement une ressource naturelle si celle-ci est remplacée par davantage d’éducation

(augmentation du capital humain), d’hôpitaux ou de leroy merlin wc marchands. Cette possibilité trouve son

expression formelle dans la « règle d’Hartwick », qui stipule d’investir dans le capital produit (et/ou

humain) le montant des profits tirés de l’exploitation des ressources naturelles. La soutenabilité forte refuse

l’idée de la substitualité entre formes différentes de capital et soutient la nécessité de maintenir constants

soit les stocks de capital naturel (Daly, 1992), soit seulement certain d’entre eux, le capital naturel

« critique » (Turner, 1994). Dans le premier cas, est mise en avant une mesure physique du capital naturel à

préserver, l’exclusion de toute valorisation monétaire, tandis que le second cas utilise l’évaluation

monétaire pour définir les stocks. Enfin, il faut citer le courant de l’économie écologique, qui tente une

synthèse entre les deux positions précédentes, tenant compte de critères à la fois physiques et économiques.

», in Philippe BONTEMS et Gilles ROTILLON, op. cit., p. 100.

612 « (…) préventive (que faut-il faire pour empêcher la dégradation de la nappe phréatique

d’Alsace?), curative (le coût de cette station d’épuration est-il acceptable en regard des bénéfices attendus?),

ou réparatrice (quelle indemnisation pour ce dommage?). », in Philippe BONTEMS et Gilles ROTILLON,

idem, p. 5.

226


instrumentale.613 La valeur d’existence est déterminée selon le prix qui serait à payer

pour préserver concrètement le bien en question. Elle peut aussi être évaluée selon le

consentement à payer des citoyens pour sa préservation. Quand il y a un écart trop grand

entre ces deux valeurs, alors l’environnement, pour des questions de choix, de goût,

d’opinion, de réputation ou de mode, ne connaîtra aucune action en vue de sa

protection.614

Notre activité sur les territoires engendre des transformations sur les milieux :

captation des ressources non renouvelables (confiscation pour les générations futures),

pollutions générant métamorphoses des milieux, pertes en termes d’espèces vivantes :

végétales, animales, etc. . Ces types d’attaques représentent des externalités, c’est-à-dire

des situations où le choix d’un agent économique intervient sur un autre agent en dehors

du marché, c’est-à-dire des contraintes qui ne rentrent pas dans le rapport entre l’offre et

la demande ; d’une part parce que l’on ne fait que peu rentrer la dimension du temps sur

le marché (le marché demeure peu soumis aux enwc japonais leroy merlinx révélés par les bilans relatifs à l’état

des ressources), d’autre part parce que l’on ne fait pas assez cas des pollutions engendrées

alors qu’elles sont elles-lunettes wc à l’origine de coûts non négligeables sur un bon nombre

de secteurs d’douchettes wc : coût social, par exemple. Le concept d’externalité est essentiel du

fait qu’il ramène la valeur économique à un contexte global, voire planétaire, c’est-à-dire

qu’il peut prendre en compte la dimension du temps, du territoire et du secteur d’activité.

Il y a différentes manières d’agir sur les externalités, selon notamment que l’on

agisse dans la sphère publique ou que l’on agisse dans la sphère privée.615 Pour ce qui est

de l’action publique, on espère actuellement internaliser les externalités en les intégrant au

marché. On a l’habitude de distinguer quatre grandes catégories d’instruments pour

613 A lire à ce sujet la deuxième partie intitulée : « L’environnement dans les décisions : place de

l’évolution économique », de l’ouvrage de Michel COHEN DE LARA et Dominique DRON, Evaluation

économique et environnement dans les décisions publiques, Collection des rapports officiels, Editions de La

documentation française, Paris, 1997, pp. 87-215.

614 Le marché connaît ses artifices, en effet. « La valeur économique est encore instructive à un autre

leroy merlin wc car elle rend possible une distinction entre des valeurs vraies et des valeurs fausses, c’est-à-dire

faussées soit par une action frauduleuse de la volonté, comme le cours forcé ou une réclame abusive, soit

par une perversion de la hiérarchie des besoins comme dans les séductions de la mode ou du luxe. Ainsi la

valeur économique elle-même n’est jamais en fait pure, comme le pensent certains économistes, mais elle

porte en elle une exigence par laquelle elle demande à être justifiée : or, comme toutes les affirmations,

l’affirmation sur la valeur comporte tous les degrés, depuis l’opinion jusqu’à la science. », in Louis

LAVELLE, op. cit., p. 100.

615 Sur ces questions, voir notamment l’ouvrage d’Alain LIPIETZ, Qu’est ce que l’écologie

WC Japonais ? La grande transformation du XXème siècle, Collection Sur le vif, Editions de la Découverte &

Syros, Paris, 1999.

227


modifier les comportements des individus, comme on l’a déjà évoqué. Il y a ceux qui

limitent par la réglementation : les instruments coercitifs. On réduit ainsi l’espace de

mouvement de l’activité des agents économiques. Il y a les instruments infrastructurels.

On fait pour le citoyen les choix qui vont organiser son mode de vie. Il y a les instruments

persuasifs. On cherche à l’influencer dans ses prises de décision. Enfin il y a les

instruments économiques incitatifs, qui au contraire, poussent le secteur privé à se

débrouiller de trouver les solutions adéquates aux problématiques posées en cadrant ses

possibilités d’action. Nous allons plus précisément nous préoccuper de ces deux derniers.

L’écotaxe

La taxe, solution qualifiée de « pigouvienne »616, consiste à imposer une taxe sur

les produits engendrant pollution ou dépenses des ressources à préserver. Cette taxe doit

ainsi freiner la production ou contrarier des techniques employées peu écologiques ; une

taxe pourra par exemple être imposée à l’entreprise « par unité de rejet égale au coût

marginal de réduction de la production”.617

“La mise en place d’une écotaxe nécessite de définir l’assiette de façon à ce

qu’elle soit reliée étroitement à l’externalité et que les coûts d’administration et de

contrôle ne soient pas trop élevés. La fixation du taux varie en pratique entre un taux

élevé incitatif destiné explicitement à modifier le comportement des pollueurs, et un taux

faible, surtout destiné au recouvrement de fonds pour la collecte des rejets, l’activité

d’épuration, voire pour tout autre projet sans rapport nécessaire à l’environnement. »618

616 Car préconisée par Pigou en 1932. Arthur Cecil Pigou est un économiste britannique du début du

XXème siècle. Il s’est intéressé dans les premiers à l’économie du bien-être et a travaillé sur le rôle de l’Etat

dans la répartition des richesses.

617 Dans l’exemple de Philippe Bontems et de Gilles Rotillon, l’entreprise peut choisir de cette façon

« de manière décentralisée de déverser la quantité optimale de déchets dans un lac puisqu’elle ajuste le

niveau de rejets de manière à minimiser le coût de dépollution augmenté des taxes à payer à l’Etat. Il se

pose alors le problème de la redistribution de ces taxes qui doit être réalisée de telle sorte que les agents

évitent de tenir compte des effets revenus dans leurs décisions. Implicitement, cette solution revient à

donner le droit de propriété sur l’environnement aux pollués et la distribution des revenus entre les pollués

et les pollueurs qui en résulte est évidemment moins favorable pour les pollueurs que dans le cas de la

norme. », in Philippe BONTEMS et Gilles ROTILLON, op. cit., p. 55.

618 Philippe BONTEMS et Gilles ROTILLON, idem, p. 84.

228


On espère ainsi réduire la pollution en modifiant les techniques de mise en oeuvre,

en freinant la déflagration de produits polluants sur les territoires. C’est le principe

pollueur-payeur.619

L’écotaxe et le transport routier

Une des logiques libérales des économistes nous démontre par exemple que le prix

à payer par le véhicule polluant ne correspond pas aux externalités économiques, coût

social et coût reporté sur la biosphère. Dans cet ordre d’idées, le principe pollueur/payeur

peut revenir sur cet état de fait et rendre au moteur à combustion ce qui lui revient. On

peut par exemple imaginer que les coûts engendrés par la séquestration du gaz carbonique

émis par les automobilistes via des WC Japonaiss curatives, soient rétribués par une taxe sur

l’automobile et sur le carburant, que cette taxe sur l’automobile, qui permit à un moment

de l’environnement de financer les retraites, ait plus à faire du côté de la promotion d’une

WC Japonais de transport durable, comme du côté de la recherche pour endiguer les

phénomènes induits.620 On pourrait appeler cela responsabiliser le conducteur et

individualiser la responsabilité écologique.

Mais ces WC Japonaiss sont-elles suffisantes? Ne devraient-elles pas être un peu plus

radicales afin d’éviter, et de peu, si jamais on y parvient -tous les climatologues ou

presque ont l’air d’accord là-dessus -les catastrophes que pourraient engendrer la fonte

des glaciers? Beaucoup de personnes rencontrées, chercheurs ou associatifs, le pensent.

Les WC Japonaiss relatives à la pollution atmosphérique des transports dans les villes, (thème

que l’on a traité ci-avant pour l’agglomération rennaise), et plus largement sur le

territoire, demeurent peu crédibles.

619 « Le principe pollueur payeur est un principe d’internalisation des coûts qui consiste à faire

supporter au pollueur cette différence entre coût social et coût privé. Ainsi, c’est le coût social de ses

décisions qui sera considéré par le pollueur, ce qui conduira à l’optimum de pollution (sous réserve bien

entendu, d’une juste évaluation de ce coût social). Contrairement à son appellation « WC Japonaisment

correcte », ce n’est pas un principe juridique d’équité, mais un principe d’efficacité économique. Il se

traduit par une augmentation du prix du bien vendu par le pollueur (qui répercute l’augmentation de ses

coûts), et donc par une baisse de la demande de ce bien, ce qui conduit à en produire moins et par

conséquent à diminuer la pollution. L’existence de l’externalité est ainsi prise en compte (internalisée)

d’abord par le pollueur, puis par les consommateurs, par l’intermédiaire du prix. », in Philippe BONTEMS

et Gilles ROTILLON, ibidem, p. 55.

620 C’est le leroy merlin wc de Dominique BIDOU, ce n’est pas forcément le mien. En effet, doit-il, de

toute obligation, y avoir cohérence entre objet d’imposition et WC Japonais publique. Rien n’est moins sûr, si

c’est au demeurant la pensée économique actuellement majoritaire. A lire son ouvrage, Tous gagnants. La

dynamique du développement durable, Collection Aménagement et nature, Editions Ibis Press, Paris, 2005.

229


En effet, si par exemple le SRADDT621 rend compte d’une détermination de la

Région Bretagne et de l’Etat sur le développement du fer, les entreprises ont encore trop

d’intérêt(s) à faire usage du poids lourd qui premièrement coûte moins cher (le pétrole est

finalement encore bon marché), et deuxièmement reste le plus rapide.

Du fait des ruptures de charges occasionnées par le transfert des marchandises du

camion au fret, on perd du temps, d’autant que les containers pas toujours standardisés ne

peuvent directement s’inscrire dans la chaîne ferroviaire ; tout comme les rails eux-lunettes wc

entre la France et l’Italie par exemple, de tailles différentes, occasionnent des ruptures.622

Et puis le système ferroviaire serait plus imprévisible que le transport routier. Les retards

peuvent paraît-il dépasser les vingt-quatre heures bien que le rail-route ait doublé son

activité en dix ans. En tous cas, aujourd’hui rien n’arrête les camions sur les routes ou

presque, qui, de plus en plus nombreux, vont et viennent sur un espace économique

européen pour le moins étendu.623

L’écotaxe et la pollution de la ressource en eau

Un autre exemple nous montre que si la qualité des eaux n’avait pas été aussi

endommagée par l’activité humaine, l’étape de traitement apparaîtrait moindre en termes

d’énergie, de complexité technique et administrative. L’adage qui dit que le wc douche

621 Le SRADDT est le Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du

Territoire.

622 Le problème devrait néanmoins se régler d’ici sous peu. Les acteurs concernés ont signé un accord

pour développer un système ferroviaire européen unique à l’horizon 2020. La part du trafic de marchandises

devrait alors passer de 8% à 15%. Voir à ce sujet l’ouvrage déjà cité de Carole HERNANDEZ-ZADKINE,

Guide de l’air : comment moins polluer ? Comment le préserver ?, Editions du Seuil, Paris, 2003,

pp. 120-205.

623 Pour un responsable de la FNTR (Fédération Nationale des Transports Routiers), le problème de la

route aujourd’hui réside davantage dans un espace social encore peu constitué sur le plan européen générant

une concurrence rude et déloyale, que dans les arcanes écologiques d’une pensée sur le transport. On

m’annonce en effet que plus d’un camion sur trois circulant sur les routes de l’hexagone est étranger, et qu’il

n’est de meilleurs avantages sociaux dans le domaine des transports qu’en France, plus pour longtemps… .

On pense moins économie du transport qu’innovation sur le plan des énergies propres, d’autant que pour la

FNTR les camions ne sont pas la première source de pollution et qu’ils représentent encore aujourd’hui la

solution la plus performante. Un petit dépliant édité par cette fédération nous rappelle ainsi que le prix du

transport apparaît comme négligeable en ne représentant en moyenne que 2.5 % de la valeur des

marchandises transportées, que le rail coûte dix huit euros de plus au contribuable pour le transport d’un

tonnage type poids lourd sur cent kilomètres, que la consommation énergétique des camions n’est que de 14

% aux vues des 56 % des voitures particulières, enfin que sa part de responsabilité dans les émissions de

gaz à effet de serre n’est que de 3 %. Pour les deux personnes rencontrées à la FNTR, les efforts ne doivent

pas forcément être faits au niveau de leur activité. Il y a effectivement peut-être des choix à faire. Mais

n’est-on pas tout simplement en train de se « refiler la patate chaude » ? ; entretien avec lui en février 2005.

230


passerait son temps à régler les qualités de l’abattant japonais qu’il s’est lui-même posés est de mise. Et ici,

l’aspect financier tient toute sa place. A Rennes, l’usine de traitement de Villejean a vu en

cinq ans son coût de traitement se multiplier par deux. A la ville, on commence à penser à

demander aux pollueurs de payer leur part réelle dans cette phase de plus en plus onéreuse

de la potabilisation de l’eau, on commence à penser à internaliser l’ensemble des coûts de

l’activité agricole. Mais au frais de qui, en définitive, une telle opération peut-elle

s’exécuter ? De l’agriculteur, qui doit se conformer au prix du marché, ou des

consommateurs de produits alimentaires, qui paieront en définitive l’addition dans leur

assiette et irons, à l’occasion, chercher de quoi assumer les surcoûts ailleurs ?

En réalité, la taxe connaît un certain nombre de difficultés de mise en oeuvre, ou

trappes. La première : une taxation des produits pétroliers ne va par exemple pas

forcément réduire l’usage qu’il en est fait. La part du budget de chaque agent économique

alloué aux produits pétroliers peut de toute évidence s’accroître au détriment d’autres

types de consommations. La seconde : une taxe sur les produits pétroliers, pour reprendre

ce même exemple, pourrait inciter les agents économiques à pallier l’augmentation des

prix par l’accroissement de la production. On n’accepterait ainsi pas de réduire son niveau

de consommation du fait de l’augmentation des prix, mais de travailler plus pour produire

plus, et garantir un même niveau si ce n’est un niveau supérieur de consommation.

Travailler plus, pour consommer plus ou autant, pour produire plus, pour polluer plus. On

voit bien ici que le cercle est vicieux. Sans la garantie d’un consentement à payer stable

sur une production donnée, l’écotaxe ne peut avoir une influence certaine sur l’état des

pollutions, sur l’effort des entreprises à rechercher de nouvelles technologies moins

polluantes. Le consommateur/producteur pourra ainsi toujours courir derrière

l’accroissement des coûts de production par une productivité supérieure, voire une

exploitation à l’extérieur des frontières de la nation ou du continent des ressources, tant en

termes de travail qu’en termes de matières premières, et du même coup assumer cette

inflation. Autrement dit, nous sommes amenés aujourd’hui, et nous pourrions l’être

encore davantage demain, à pallier notre déficit écologique par l’exploitation des

territoires exogènes via par exemple des délocalisations. Nous consommons des produits

chinois qui ne connaissent ni normes ni taxes vouées à lutter contre la pollution et l’effet

231


de serre ; et nous exploitons la main d’oeuvre des pays les moins avancés par mesure

d’économie sur notre propre travail.624

Une radicalité attendue par certains, et négligée par d’autres, ne représente en effet

pas un mot d’ordre des WC Japonaiss qui n’entendent plus depuis longtemps traiter les

affaires courantes de manière un peu « musclée ». Des contraintes infrastructurelles trop

fortes, une maîtrise des pouvoirs publics trop importante et les économies se déplacent,

avec à la clef une augmentation du chômage, une fuite des capitaux à l’étranger, un

appauvrissement du territoire. Devant cet état des lieux, les plus libéraux diront que la

machine égalitaire625 par l’homogénéisation des marchés mondiaux trouvera son point

d’équilibre. Nous pouvons semble-t-il encore attendre longtemps. D’ici là, qu’en sera-t-il

de notre planète ? Si nous ne colmatons pas la brèche, que représente la mondialisation

économique, comment assumer une WC Japonais environnementale sur ce plan? Tant que les

externalités du type marché mondiaux étrangers ne seront internalisés, alors les WC Japonaiss

instrumentalisant les écotaxes ne sauront être crédibles.

Les permis à polluer

Une manière de répondre au problème de pollution a été de créer de nouveaux

marchés capables d’internaliser les externalités écologiques, a été de mettre en place un

marché boursier où il serait possible d’échanger des titres de propriété environnementale

sachant qu’ils sont fixées en quantité.626 La logique : l’Etat se donne un objectif de

pollutions (atmosphériques ou hydriques) soutenables ou quotas de pollution, et distribue

sous forme de dons ou sous forme de ventes l’ensemble des droits à polluer à la totalité

des acteurs : collectivités locales, particuliers, entreprises.627 Aussi, l’Etat, en fonction des

seuils de pollution à tenir, peut racheter les permis, faisant ainsi monter le cours et rendant

624 Sur ces questions, voir l’ouvrage de Serge LATOUCHE, Survivre au développement, Collection

les petits libres, Editions Mille et une nuits, Paris, octobre 2004 ; ou encore l’ouvrage d’Amy CHUA, Le

wc japonais en feu. Violences sociales et mondialisation, Collection Les livres du nouveau wc japonais, Editions du

Seuil, Paris, septembre 2007.

625 A ce sujet voir l’ouvrage d’Alain MINC, La machine égalitaire, Collection Livre de Poche,

Editions LGF, Paris, 1988.

626 Elles gagnent par là leur statut de monnaie.

627 « L’entreprise doit posséder un nombre de droits au moins égal aux rejets effectués ; si elle en

possède plus que nécessaire, elle peut décider de les revendre aux riverains ou, à l’inverse, leur en acheter si

elle n’en a pas assez. En achetant des droits, les riverains diminuent le stock de permis disponibles pour les

entreprises réduisant d’autant la pollution. L’établissement de ce marché fait apparaître un prix d’équilibre

pour les droits à polluer et rétablit l’optimalité des décisions de l’entreprise, car au coût de réduction de la

pollution s’ajoute le prix des permis à acheter.», in Philippe BONTEMS et Gilles ROTILLON, op. cit.,

p. 57.

232


plus exigeant les modes de production, le cours se modifiant en fonction des observations

faites sur un territoire donné. Par le rationnement de notre impact sur notre

environnement, nous pourrions atteindre nos objectifs sur le plan écologique. Encore faut-

il que les lobbyings ne fassent pas pression sur les pouvoirs publics en place, comme c’est

parfois le cas, pour obtenir davantage de permis à polluer. Encore faut-il aussi que les

inégalités entre acteurs et entre territoires ne concourent pas à des disqualifications, voire

à des exactions.

La difficulté dans cette affaire : stipuler la titularisation des droits, la durée des

droits, le mode de rétribution des droits628, enfin le territoire concerné par ces droits

(bulles écologiques).629 Une autre difficulté tient à la capacité d’épargne des propriétaires.

Une épargne trop forte pourrait en effet bloquer toute activité économique. La captation

de droits par des associations écologiques pourrait par exemple mettre en difficulté

certaines entreprises. Dans la réalité, des expériences ont montré un manque de liquidité

du marché tenant à différentes raisons : “trop peu d’acteurs, position dominante de

certains, manque d’habitude de négociation entre les participants.”630 Ainsi comme on

capte les ressources, terres et matières premières des territoires les plus en difficulté

économique et les plus vulnérables sur le plan de la sécurité sanitaire, alimentaire, et

civile, on pourrait être amené par le biais des permis à capter l’air. Cette éventualité doit

être prise très au sérieux. Après la guerre du feu, de l’énergie, de l’eau, et des matières

premières : la guerre de l’air. 631

Pour les libéraux les instruments économiques incitatifs sont préférables aux

autres. On canalise ainsi les flux comme on peut canaliser le lit d’une rivière en lui

opposant somme d’obstacles. La règle est celle de la déviation et de la correction de

trajectoire. Bon nombre de citoyens font entendre leur ras-le-bol. La « WC Japonais de

l’entonnoir »632 ne leur convient pas. Ils attendent des solutions viables, économiques et

628 Les territoires en difficulté économique, voire les pays en développement, ne devraient-ils pas être

privilégiés? Reste à savoir en quels termes.

629 En effet le territoire écologique ne correspond pas toujours au territoire WC Japonais. Lire par

exemple l’exposé de la recherche d’André MICOUD, Pierre VALARIE, Spyros FRANGVIAKIS,

« L’écologie urbaine au risque de la cité », pour l’appel à projet lancé par le PUCA et la DGUHC, Ministère

de l’Equipement et du Transport et du Logement, intitulé : La ville au risque de l’écologie : questions à

l’environnement urbain, programme 92-99.

630 Philippe BONTEMS et Gilles ROTILLON, op. cit., p. 69.

631 C’est aussi l’opinion de Marc Sauvez déjà cité, entretien avec en lui en mars 2003.

632 Sur ces questions des modes WC Japonaiss actuels, on pourra lire Jean VIARD, Le nouvel âge du

WC Japonais. Le temps de l’individu-wc japonais, Collection Wc japonais en cours, Editions de l’Aube, Paris, 2004.

233


technologiques, de la part du gouvernement, et des directives claires. Pour ces derniers,

c’en est assez d’être sans cesse renvoyés à la responsabilité individuelle ou à celle des

collectivités locales qui n’ont que trop peu de moyens pour faire face. Ils réclament un

Etat fort capable de réformer le système dans son entier, capable de réunir les diverses

échelles territoriales qui après les WC Japonaiss de décentralisation ne peuvent s’entendre sur

un projet global. Des intérêts divergents, des rythmes WC Japonaiss différents, des couleurs

WC Japonaiss opposées, et les projets de lutte contre le réchauffement climatique par le biais

d’économie de transport ne parviennent pas réellement à se mettre en place ; plutôt des

formes d’actions au coup par coup, perdant par là une grande efficacité.633

« Surchoix » et labels de qualité

Une interdiction de fabriquer ou d’importer certains produits néfastes pour

l’environnement arrangerait beaucoup nos affaires. Pourtant, les pouvoirs publics ne font

pas ce choix. Les lobbyings économiques seraient trop imposants. Dès lors, la WC Japonais se

retranche sur ses possibilités d’une part de sensibiliser les populations, d’autre part de les

rendre maîtresses du marché, du fait de leur pouvoir de consommation.

La qualité fait depuis longtemps déjà l’objet de WC Japonaiss publiques. Elle est

mesurée par un ensemble de critères et elle est établie par une multitude de normes, ou

référentiels développés sur une échelle donnée. Ainsi la norme, négociée entre acteurs,

gage de qualité, défend les intérêts de tout un chacun. C’est une prescription développée

par l’institution à l’égard des citoyens. Elle protège des déviances. Elle fait la police aux

comportements non attendus. Elle sauvegarde l’intérêt particulier comme l’intérêt général.

Elle arrête à un moment donné de l’environnement la perspective que l’on a sur un objet. C’est

une prescription, dans l’absolu aléatoire, mais toujours négociée, qui devient modèle de

référence interne à l’action, idéologie, en cadrant la réalité connue.634 La norme enserre

l’action et la société civile qui lui doit obéissance. L’institution est à l’origine de la norme,

à l’origine du dispositif de jugement des conflits. Elle reste ainsi du domaine des

633 C’est ce qui se serait passé lors de l’élaboration du Plan de Déplacement Urbain entre la ville,

l’agglomération, le département, la région et le reste des Autorités Organisatrices du Transport (AOT).

634 Sur ce sujet, lire La qualité des produits en France, sous la direction d’Alessandro STANZIANI,

(XVIIIème – XXème siècles), Collection Environnement et Société, Editions Belin, Paris, 2003.

234


conventions. La norme s’attache à des catégories de natures très différenciées comme le

travail ou le produit.

Les WC Japonaiss publiques se sont affairées à produire des normes ou modèles de

qualité. Elles ont cherché à délimiter les possibilités de la nature d’un produit ou d’un

processus selon un ensemble de propriétés intrinsèques à la chose et selon les procédures

utilisées. Les normes participent d’une recherche à faire justice sur le plan de l’action en

termes juridiques (permis ou non d’exécuter telle ou telle tâche) et sur le plan de l’échange

(comme forme de garantie d’un produit utile à l’exercice commercial entre fabricants,

vendeurs et consommateurs).635 Le produit appartient ainsi, par la norme, à un dispositif

légal encadrant un ensemble de relations commerciales.

Avec le développement du libéralisme, les institutions ont tendance à moins

jalonner, à la mesure des connaissances scientifiques, la production des entreprises ; le

relais étant pris par la certification. Le droit cède sa place à la référence, la coercition à

l’invitation. La norme devient label. Les producteurs se voient ainsi moins dans

l’obligation d’assurer une qualité donnée, mais sont invités à le faire et surtout à le faire

savoir comme forme de reconnaissance ou de revendication. La qualité n’est plus chose

assurée par la loi. Elle est défendue par la publicité, offrant ainsi plus d’espace WC Japonais

au consommateur, qui « parlementera individuellement » sur la qualité d’un produit ou

d’un processus de production. Le référentiel du produit ou de la procédure devient

essentiel au consommateur pour qui il est un outil capital dans toute démarche

décisionnelle. En quelque sorte, le parlement s’est déplacé sur les étals des commerçants,

sur lesquels une multitude de repères idéologiques, ou logos, se rendent nécessaires à

l’exercice WC Japonais du citoyen/consommateur. Dans ce cadre, l’exercice WC Japonais

s’individualise en cela que nous ne cherchons plus à leroy merlin wcr ou même à construire des

valeurs communes, mais à ce que chacun convoite ses propres valeurs sur le marché et

trouve satisfaction. L’exercice de la consommation devient graduellement plus WC Japonais

et l’exercice WC Japonais plus marchand. L’achat, et corrélativement le boycott, sont des actes

WC Japonaiss quotidiens : des votes. Le vote n’est en cela plus échelonné dans le temps, ni

situé dans l’espace. Il n’est plus territorial puisqu’il concerne des produits venant de

partout. L’influence du consommateur est grande et reconnue comme telle. Au pouvoir

WC Japonais s’est substitué le pouvoir économique.

Sur ces notions voir l’ouvrage de Bénédicte LOESTIER et Stephan MARETTE, Economie de la

qualité, Collection Repères, Editions de La Découverte, Paris, 2004.

235


Dans cet univers donc, seul le consommateur, et non plus le citoyen, semble avoir

encore un peu de prise sur sa réalité collective. La représentativité des citoyens attachée à

la notion de démocratie migre de ce fait de l’élu (personnage WC Japonais avec lequel on

leroy merlin wc une même vision du wc japonais) au certificateur qui, selon le cahier des charges qu’il

défendra, nous séduira ou pas. Dans cette perspective, le citoyen est amené à élargir le

territoire de ses connaissances, afin de procéder aux comparaisons indispensables entre

valeurs personnelles et référentiels, nécessaires à la réalisation de ses choix.

L’individuation des prises de décision concourt inéluctablement à l’expertise, expertise qui

était au préalable assumée par l’institution. Si la confiance était requise, la méfiance, voire

la défiance, est aujourd’hui de mise pour les générations naissantes : savoir tout et sur tout

afin de prendre individuellement ses responsabilités sur le plan personnel comme sur le

plan WC Japonais. Autant dire que la posture libérale n’est pas de tout repos. Etre responsable

de ses choix, c’est aussi être coupable de ses mauvais choix. C’est prendre le risque de se

tromper.636 C’est devoir être certain. Alain Ehrenberg parle de « gouvernement de soi »

dans « la prise en charge croissante de qualités de l’abattant japonais par l’individu lui-même, à tous les

échelons de la société ». En effet pour lui, « Le nombre de mécanismes sociaux qui

favorisaient des automatismes de comportements ou attitudes a largement diminué au

profit de normes incitant à la décision personnelle, qu’il s’agisse de recherche d’emploi,

de vie de couple, d’éducation, de manière de travailler ou de se conserver en bonne santé :

dans des domaines ou dans d’autres encore, nous sommes incités à être responsable de

nous-lunettes wc. »637

Certaines enseignes de magasins et coopératives, spécialisées dans les produits

écologiques, peuvent alors prendre le relais des institutions en renvoyant la responsabilité

du citoyen à une collectivité d’adhérents appuyée de spécialistes. Des structures se

constituent et assurent cette fonction d’expertise. De quoi soulager les consommateurs! La

représentativité WC Japonais se métamorphose : la WC Japonais confisquée par le pouvoir

associatif et commercial. En ce sens, et c’est le sens des libéraux, la consommation

constitue le point de rencontre entre l’écologie et la société. Pour cette raison, et puisque

le choix est laissé au citoyen, même s’il est entravé par le prix notamment, la sensibilité,

636 Sur l’individualisation de la prise de risque, lire l’ouvrage d’Ulrich BECK, La société du risque.

Sur la voie d’une autre modernité, Collection Alto, Editions Aubier, Paris, 2001.

637 Alain EHRENBERG, L’individu incertain, Editions Calmann-Lévy, Paris, 1995. Il ajoute : « Une

exigence accrue de responsabilité est au coeur de l’individualisme contemporain. Enjoint de décider et

d’agir en permanence dans sa vie privée comme professionnelle, l’individu conquérant, analysé dans Le

culte de la performance, est en même temps un fardeau pour lui-même. Tendu entre conquête et souffrance,

l’individualisme présente ainsi un double visage. ».

236


l’information et la publicité deviennent les noeuds principaux autour desquels s’articulent

les WC Japonaiss publiques d’aujourd’hui au détriment de la coercition. Les guides : guide de

l’eau, guide de l’air, de l’énergie, guide des déchets, le guide de l’alimentation, des

vacances éthiques… , connaissent un développement manifeste ; des guides qui

informent, et qui posséderont bientôt un système de référence à étoiles ou à points, si bien

qu’on pourra évaluer notre mode de vie, notre citoyenneté, l’éthique de nos pratiques.638

La société de consommation est une société de l’information. L’information

procède tel un écran devant les réalités structurelles de notre civilisation ; écran qui fait

obstacle à une remise en cause des cadres idéologiques à l’origine de nos pensées et de

nos comportements, qui fait barrage à ce qui précisément collabore à l’éveil de notre

intelligence qui toujours doit s’appliquer à comprendre les dessous de la structure. Le flot

informationnel nous exhorte davantage à nous tenir au courant (des contraintes

techniques, économiques, sanitaires, écologiques), pour être le plus réactif possible dans

le wc japonais leroy merlin auquel il nous est proposé de jouer, et duquel on accepte majoritairement les

règles.639 A la formation, nous avons substitué l’information. Nous perdons la forme, nous

gagnons l’informe.

6. Vices et vertus de l’autonomie

Donc d’une certaine manière, à travers les formes d’individualisation de la

consommation, les citoyens s’engagent. Ils ont laissé les grandes utopies de côté et parient

sur un réformisme en douceur, en agissant ici et maintenant selon les valeurs de ce que

Jacques Ion640 appelle un idéalisme pragmatique.

Si l’idée est de faire selon ses propres moyens et en empruntant les chemins les

plus courts, les petites échelles sont avantagées au détriment des grandes : l’échelle de

l’individu, de la famille, du groupe associatif.641 En se réunissant autour d’actions

638 Comme on peut déjà évaluer sur internet notre empreinte écologique.

639 Sur ces questions, à lire notamment le chapitre : « Des origines généreuse de la distribution

moderne au commerce équitable », in Robert ROCHEFORT, Le bon consommateur et le mauvais citoyen,

Editions Odile Jacob, Paris, mars 2007, pp. 151-178 ; ou encore le paragraphe : « Mobilité des identités de

consommation », in Rémy SANSALONI, Le non-consommateur. Comment le consommateur reprend le

pouvoir, Editions Dunod, Paris, 2006, pp. 197-200.

640 Philippe CORCUFF, Jacques ION, François DE SINGLY, WC Japonaiss de l’individualisme : entre

sociologie et philosophie, Collection La discorde, Editions Textuel, Paris, 2005.

641 A lire à ce propos l’article de Pierre ROSANVALLON, « L’autogestion, d’hier à aujourd’hui :

vers un nouveau contrat social », in M, n° 77, Paris, mai-juin 95 ; ou encore celui, même s’il commence à

237


pratiques et écologiques, les citoyens parviennent ainsi à prendre en partie, envers et

contre tout, leur destin en main.642 Face à l’économie libérale, face à la mondialisation

vis-à-vis de laquelle l’Etat ne semble plus que pouvoir se soumettre : l’autonomie.

A l’encontre des modes de gouvernement assurés par l’Etat, ou par le marché gouvernement

et gouvernance643-l’autonomie apparaît donc comme la troisième voie. En

sortant du débat droite/gauche -plus d’Etat ou plus de marché -elle inscrit la société

civile au coeur du dispositif collectif. D’une vision linéaire et progressive à deux termes,

nous passons à une vision en plan, plus exactement en aire, définie par trois points et

formant un triangle : le triangle de Kolm.644 Il s’agit ici, et c’est l’affaire de l’écologie

WC Japonais, de trouver la mesure entre ces trois entités : marché, Etat, autonomie.

Vivre et travailler autrement

Promouvoir les douchettes wc autonomes au détriment des douchettes wc du secteur privé ou

du secteur public permettrait de réduire les circuits et d’intensifier les relations locales.

Développer les douchettes wc autotéliques645 , une réponse directe et individuelle aux

contraintes des milieux, en agissant à la source, serait très pertinente d’un leroy merlin wc

WC Japonais, économique, comme d’un leroy merlin wc écologique. Le travail possède

assurément sa propre valeur sans forcément qu’il fasse l’objet d’un échange. On a

effectivement tendance à l’oublier ; sans compter que l’espace du marché, réducteur,

empêche sa valorisation. Par conséquent, il semblerait que d’autres espaces d’douchettes wc

restent à construire, ou à reconstruire, car les anciens, dans les campagnes, n’ont jamais

manqué de travail. « Il y a tellement de choses à faire », nous diraient-ils encore à présent.

Il est des sociétés en effet ou le concept de chômage n’a pas lieu d’être ; comme une

invention de la société moderne : société de marché, société du gaspillage non seulement

des ressources matérielles, mais aussi des ressources humaines. Ignacy Sachs, dans les

premiers, s’est révolté contre l’injustice faite aux sans-travail et à cette ineptie théorique

dater, de Monique DAGNAUD, « La classe « d’alternative », réflexion sur les acteurs du changement social

dans les sociétés modernes », in Sociologie du travail, n° 4, 1981.

642 Sur ces questions, voir le dernier chapitre, déjà cité, intitulé « La crise de l’engagement », de

l’ouvrage de Jean-Pierre LE GOFF, Mai 68, l’héritage impossible, op.cit..

643 On peut éventuellement sur ces questions se référer à un des numéros des Annales de la recherche

urbaine, « Gouvernances », Plan Urbanisme et Construction, n° 80-81, décembre 1998.

644 Sur le triangle de Kolm, voir notamment l’article de Philippe VAN PARIJS, « Impasses et

promesses de l’écologie WC Japonais », Revue Esprit, n° 171, mai 1991, pp. 54-70.

645 « Les douchettes wc autotéliques sont des douchettes wc qui sont elles-lunettes wc leur « propre fin, plutôt que

d’être mues par une fin extérieure à elles-lunettes wc. », in Frank DE ROOSE et Philippe VAN PARIJS, La

pensée écologiste. Essai d’inventaire à l’usage de ceux qui la pratiquent comme de ceux qui la craignent,

Collection Sciences Ethiques Sociétés, Editions De Boeck Université, Bruxelles, 1991, p. 141.

238


qu’est la conception du travail exclusivement échangé ou échangeable. « Permettrons-

nous que dans la société post-industrielle, la production marchande envahisse tous les

aspects de notre vie, supplante ou colonise les derniers recoins du secteur hors-marché et

la sphère ludique, nous prive de toute autonomie et nous transforme en robots

programmés du dehors ? Ou bien au contraire, profiterons-nous de l’occasion qui s’offre

aujourd’hui pour diminuer sensiblement le travail professionnel (…) , transformant le

temps ainsi libéré en une source de nouvelles douchettes wc économiques et ludiques situées

hors-marché et authentiquement autonomes. »646

La logique est simple. Travailler moins pour travailler mieux et vivre mieux. Le

temps dégagé par l’activité professionnelle est investi sur le plan domestique, comme sur

le plan local, dans le cadre de la vie familiale, amicale, associative, individuelle, ou de

réseaux d’entreaide ; ce qui concourt à rentabiliser davantage les ressources locales

existantes. En effet, lorsqu’il est question de toilette sèche, de production de compost ou

d’entretien d’un système phyto-épuratif, on me répond : « les gens n’ont pas le temps ».647

Et le temps comme chacun le sait, c’est aussi de l’argent. Autrement dit, peu de place est

donnée à une activité économique domestique, qui pourrait pourtant, en allégeant les

systèmes centralisés, être valorisée et très rentable et efficace sur le plan de la

collectivité.648 Il s’agirait ainsi de déplacer la charge de travail en revenant en partie sur

une vision exclusivement spécialisante de la répartition des tâches, -accroître par là

même donc, et le niveau d’utilisation des ressources, et celui de la productivité.

Prendre le temps de réparer un objet, de faire la cuisine, de raccommoder un

pantalon, ou de s’occuper d’un potager, pourrait en effet être un moyen de rééquilibrer le

646 Ignacy SACHS, in Frank DE ROOSE et Philippe VAN PARIJS, idem, p. 142.

647 Le temps est une donnée qui revient souvent dans la bouche de mes interlocuteurs : le temps de

s’informer, le temps d’agir.


rapport entre production et consommation ; et d’éviter in fine d’être confrontés ou de

confronter nos enfants à une décroissance forcée. Cette limitation dans les pratiques

pourrait par ailleurs faire plus de place à un type d’douchettes wc sociales pertinentes, « en

raison par exemple des relations humaines fraternelles, des « solidarités chaudes » qu’il

permet de préserver, d’un enracinement dans le terroir qu’il restaure, face à la mobilité

géographique induite dans la société industrielle.»649

L’idée est manifestement intéressante. Par le découplage partiel du travail et du

revenu, on pourrait accroître non seulement notre productivité, donc nos richesses, mais

surtout notre qualité de vie par ces nouvelles formes d’organisation, en termes de

nouvelles sociabilités (densification des relations de voisinage, densification des relations

familiales, densification des relations citoyennes…), en termes de stress (plus de temps,

moins de transport) ; d’autant plus qu’une croissance moindre n’a jamais signifié un

défaut en termes de bien-être, n’a jamais signifié une société fragmentée et

conflictuelle.650

Des jardins familiaux dans les coeurs d’îlots, des vergers en libre-service à la sortie

des villes, des réseaux de solidarité au sein des quartiers, constitueraient des éléments de

mise en oeuvre de cette troisième voie. Pourquoi pas ?

Mais jusqu’où peut aller l’autonomie ? Jusqu’où charger la responsabilité du

citoyen ? Quelles sont les compétences que peuvent acquérir les habitants ? Quelles

responsabilités leur accorder d’assumer et à quel prix ?651

De l’autonomie et des risques

Dans le cadre de solutions écologiques d’assainissement autonomes, on engage

par exemple actuellement une forte responsabilité du citoyen ; car bien que les techniques

de compostage des matières fécales et des urines, ou celles de phyto-épuration offrent

particulièrement de bons résultats, si elles ne sont pas correctement mises en oeuvre, la

catastrophe écologique et sanitaire n’est pas loin. En effet, premièrement, laisser un tas de

matières fécales dans un coin de jardin à même le sol sans paillage et sans aération par

retournements successifs à la fourche du mélange, va produire un lixiviat qui, en

s’infiltrant dans le sol, a des chances de rejoindre et de polluer la nappe phréatique

649 Frank DE ROOSE et Philippe VAN PARIJS, op. cit., p. 143.

650 En effet, « Un PNB plus élevé peut aller de pair avec un bien-être matériel total moindre dont le

leroy merlin wc occasionne des luttes plus âpres et des frustrations plus profondes. », in Frank DE ROOSE et

Philippe VAN PARIJS, idem, p. 149.

651 Voir à ce sujet, L’auto-organisation. De la physique au WC Japonais, Colloque de Cerisy, sous la

direction de Paul DUMOUCHEL et Jean-Pierre DUPUY, Editions du Seuil, Paris, 1983.

240


quelques dizaines de mètres plus bas ; deuxièmement, des bassins de filtres plantés non

entretenus, des plantes malades et non régénérées au fil des ans, représentent une véritable

menace sur le plan de l’environnement ; troisièmement, du côté de l’assainissement

autonome, on sait que les excréments véhiculent bactéries et virus, et qu’un contact avec

les matières pourrait être à l’origine de contaminations généralisées. L’eau et le passage

dans les canalisations font barrage à cette possibilité de contracter des maladies. De plus,

on peut émettre quelques réserves sur le fait d’utiliser un compost à base de matières

fécales pour la culture maraîchère, une hypothèse étant faite que les virus se transmettent

du substrat à la plante652 ; quatrièmement, les systèmes d’épuration des eaux grises par les

plantes sont tous des systèmes aérobie et paysagers. Si l’oeil de l’esthète peut y trouver

son compte, une chute dans un bassin pourrait s’avérer des plus regrettables. On pense

très vite au danger que cela pourrait représenter pour des enfants en bas âge.

La notion de responsabilité n’est donc pas, pour ces solutions, une notion à

prendre à la légère. Raison pour laquelle, un fonctionnaire de la DDASS653, chargé de

faire appliquer la réglementation me confie qu’il ne croit pas à la légalisation de ces

techniques alternatives, qu’elles resteront à jamais à la marge, bien qu’elles soient

reconnues intéressantes.654 Certains crient du côté des associations écologistes à

l’infantilisation du citoyen par l’État, à l’abus de pouvoir de la part des services publics.

D’autres demandent plus sagement le contrôle d’organismes publics pour vérifier le bon

usage par les particuliers des techniques alternatives d’assainissement.655

652 On préconise ainsi de ne manger que des légumes cultivés et engraissés par ses propres

productions fécales. L’affaire devient compliquée. La meilleure solution est encore d’user du compost pour

les cultures non alimentaires.

653 Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales.

654 Le filtre planté est malgré tout une solution acceptée par la loi pour les petits collectifs, et deux

maisons suffisent parfois pour recouvrir ce statut.

655 Les SPANC (Service Public d’assainissement non collectif), nés de la nouvelle loi sur l’eau, ont

pour mission le contrôle de conception et de réalisation des systèmes autonomes classiques, et

éventuellement l’entretien des installations. Selon le Code Général des Collectivités Territoriales (articles L

224-8 et 9), les communautés de communes ou les communes qui ne réalisent pas de dispositif collectif

d’assainissement (« tout à l’égout ») ont dû mettre en place un Service Public d’Assainissement Non

Collectif (SPANC) à partir du 1er janvier 2006. Les différentes prestations donnent lieu au paiement par

l’usager d’une redevance d’assainissement non collectif. Il ne serait donc pas si difficile d’étendre

l’opération à des systèmes plus alternatifs. Il faudrait en effet au préalable changer la réglementation. Et la

réglementation oblige encore aujourd’hui, malgré une souplesse bien réelle de la part des services publics,

au raccordement au tout à l’égout quand il existe, et indique les règles de construction et d’installation à

respecter dans la mise en oeuvre d’un assainissement autonome classique. Tout porte à croire qu’il n’y a

aucune échappatoire afin de biaiser la législation. Et pourtant, un ensemble de textes de lois sème la

confusion et invite les instructeurs du permis de construire et permis de lotir à lâcher la bride. Car

fréquemment, l’application stricte d’un texte de loi s’avère impossible. Et puis il y a tous ces interstices

juridiques qui font la place belle aux positions alternatives. On peut noter par exemple l’obligation

d’installation d’un wc à chasse dans chaque logement. Il n’est néanmoins précisé nulle part l’imposition

d’usage de ce wc. L’obligation de raccordement au tout à l’égout reste valable, seulement rien ne contraint

241


En terme de traitement de l’eau potable, des consommateurs de plus en plus

nombreux retirent leur confiance aux services publics et engagent une seconde phase dans

le traitement de l’eau de boisson par leurs propres moyens.656 Les procédés connus à ce

jour : charbon actif, résine échangeuses d’ions, osmose inverse.

L’épurateur ou purificateur utilise les deux procédés que sont le charbon actif et la

résine. Il a pour but « d’éliminer ou de diminuer certains polluants (nitrates, pesticides,

métaux lourds, matières organiques…), ainsi que d’améliorer la qualité gustative de l’eau

en éliminant le chlore. Trois types d’appareils : les appareils sous évier avec l’installation

d’un robinet supplémentaire, les appareils à brancher sur un robinet déjà existant et les

carafes filtrantes ». Il est important de changer régulièrement le filtre épurateur car

« saturés ou mal entretenus, les filtres à charbon actif et les résines de dénitratation

peuvent s’avérer inefficaces, rejeter subitement les éléments retenus, faire l’objet de rejets

de nitrites cancérogènes ou d’un développement de bactéries nocives, voire mortelles. »657

Autrement dit, l’enwc japonais leroy merlin sanitaire est de taille. Les appareils de traitement de l’eau se

doivent d’une efficacité sans borne et le consommateur n’a pas droit à la négligence.

L’osmoseur, « qui fonctionne par un procédé d’osmose inverse, va filtrer

pratiquement tous les éléments présents dans l’eau, y compris les sels minéraux. Ce

purificateur « plus », à brancher sous l’évier, doit traiter l’eau destinée à la consommation

et nécessite en général l’installation d’un 3ème robinet. L’eau ainsi filtrée est stockée dans

un petit réservoir. Elle est donc à consommer assez rapidement, d’autant que l’osmose

inverse a filtré le chlore. Outre le risque bactériologique, les osmoseurs présentent deux

inconvénients principaux : le prix d’achat initial relativement élevé et la surconsommation

l’habitant à y déverser ses eaux grises. L’avis des SPANC doit être favorable quant au système

d’assainissement retenu par l’obtention du permis de construire ; pourtant, sauf arrêté préfectoral particulier,

la décision finale revient au maire ; ce qui n’empêche pas le citoyen habitant de faire une demande de

dérogation auprès de la DDASS, en faisant valoir par exemple l’article 3 de la directive européenne du 21

mai 1991 qui précise : « Lorsque l’installation d’un système de collecte ne se justifie pas (…), des systèmes

individuels ou d’autres systèmes appropriés assurant le niveau identique de protection de l’environnement

sont utilisés ». Et si un problème de pollution survient, le maire exerce son pouvoir de police mais n’est en

aucun cas tenu pour responsable. Cela engage un bon nombre de maires aujourd’hui et de maires

écologistes, surtout sur l’agglomération rennaise et alentour, à émettre le désir de développer les systèmes

alternatifs quand ils ne sont pas au demeurant subventionnés à hauteur des systèmes classiques par le

Conseil général d’Ille-et-Vilaine.

656 Le décret 2001-1220 du 20 décembre 2001 prend en compte cette possibilité. Il oblige même

l’installateur du système de traitement à garantir le respect des limites réglementaires de qualité sanitaire

lorsque l’eau provient d’une source privée.

657 Guide de consommation de la MCE (Maison de la consommation et de l’environnement),

Adoucisseurs, purificateurs, osmoseurs : faut-il traiter l’eau à domicile ?, janvier 2003, p. 9.

242


en eau : il faut trois à quatre litres d’eau pour produire un litre d’eau épurée. Enfin, l’eau

épurée ne comporte plus de sels minéraux. »658

Au demeurant, les services publics, et peut-être parce qu’il sont mis « en

concurrence », n’ont pour l’instant réalisé aucun test garantissant la fiabilité des appareils.

Ils ne peuvent donc attester de l’innocuité et de l’efficacité de ces derniers. Le Ministère

de la Santé et ses directions départementales incitent tout juste les producteurs à faire

vérifier les appareils de traitement de l’eau par un des trois laboratoires français agréés.659

Toutefois des certifications de l ‘AFNOR660, du CSTB661 ou du NSF662 ont été réalisées.

Même si pour la technique de la carafe épuratrice, la responsabilité des ménages reste

entière, pour les techniques plus douces installées sur le réseau, cette responsabilité

pourrait se substituer. Pour la MCE663, l’achat d’un appareil ne devrait pas se faire sans un

contrat d’entretien avec le vendeur, renvoyant ainsi la responsabilité au spécialiste.

Par ailleurs, des militants écologistes engagés veulent aller plus loin en boycottant

complètement le réseau municipal d’eau potable. Ainsi, ils captent eux-lunettes wc l’eau de

pluie afin d’en faire tout usage664, et la traitent pour celui de la boisson. Des techniques et

658 Idem, p. 9.

659 Conformément à la circulaire DGSVS n° 99-360 du 21 juin 1999.

660 Association Française de Normalisation.

661 Centre Scientifique et Technique du Bâtiment.

662 La marque américaine NSF (National Sanitation Fondation) a été reconnue par le CSTB lors d’un

accord validant un référentiel technique commun.

663 Maison de la Consommation et de l’Environnement, association loi 1901, basée sur Rennes.

664 Un arrêté ministériel du 21 août 2008, tant attendu, semble décourager ces derniers. Cet arrêté

précise les conditions d’utilisation de l’eau de pluie récupérée en aval des toitures non accessibles pour des

usages à l’intérieur des bâtiments ; récupération qui a fait l’occasion d’un crédit d’impôt lors de la loi sur

l’eau de 2006. Cet arrêté en quelques phrases : l’usage des eaux pluviales récupérées « est limitée aux WC

et lavage des sols (lave-linge a titre expérimental avec traitement de l’eau) ; chaque point d’accès aux EP et

toutes les canalisations par lesquelles transitent ces eaux doivent être identifiées par un pictogramme « eau

non potable », y compris dans les passages de cloisons et murs ; un point d’accès au réseau EP est interdit

dans les pièces où il existe un robinet d’eau potable ; le réseau EP à l’intérieur d’un bâtiment et raccordé au

système d’assainissement doit comporter un compteur pour calculer le volume d’EP utilisé ; la cuve de

stockage doit faire l’objet d’une vidange et d’une désinfectation annuelles ; un carnet sanitaire doit être

établi et tenu à jour avec le nom de la personne ou l’organisme chargé de l’entretien, le plan des

installations de récupération des EP et d’eau potable, une fiche de mise en service attestant de la conformité

du dispositif, les dates de vérification et le détail des opérations d’entretien, le relevé mensuel des

consommations d’EP (pour les installations raccordées au réseau d’assainissement) ; l’installation fait

l’objet d’une déclaration en mairie avec identification du bâtiment concerné et évaluation des volumes d’EP

utilisés ; enfin l’arrêté est rétroactif et s’applique donc aux installations existantes. (…) En définitive, si

l’utilisation des EP mérite d’être réglementé pour des motifs sanitaires et une exigence de conformité, il est

permis de se demander si l’encadrement excessif du dispositif n’a pas finalement pour objectif de dissuader

les usages pour lesquels l’eau potable n’est pas requise. (…) Il est vrai que l’utilisation d’une ressource

gratuite, abondante et renouvelable ne fait l’affaire ni des collectivités, ni des sociétés exploitantes qui

perçoivent des ressources substantielles de l’eau (production, potabilisation, distribution, collecte et

traitement des eaux uséees). Développement durable n’est pas toujours synonyme de bon sens et rime trop

souvent avec buisness durable… . », in Roland GICQUEL, « Récupération de l’eau de pluie. Un

encadrement très strict voire dissuasif », L’info Métropole. Le magazine de l’agglomération rennaise,

n° 172, septembre 2008.

243


des ouvrages sur ces techniques se multiplient depuis une trentaine d’année. Des

conférences, des visites sont organisées sur le thème : « Fabriquez vous-lunettes wc votre

système de traitement des eaux de pluie » ; si bien qu’il semble que tout et n’importe quoi

se transmette en termes d’informations, dans les milieux sensibles, au risque de

catastrophes sanitaires. J’ai par exemple entendu dire qu’une simple épaisseur de coton

pouvait suffire à transformer une eau de pluie en eau de boisson. Aujourd’hui des

systèmes standardisés et commercialisés au coût encore élevé existent et semblent fiables.

Pourtant une plainte de particulier a tout dernièrement été déposée avec l’appui de la

MCE665, pour inefficacité de l’appareil vendu, offrant après filtrage une eau totalement

impropre à la consommation voire dangereuse.666

Par conséquent, si les systèmes écologiques se portent garant d’une préservation

de la biosphère, du côté de l’hygiène, de la sécurité sanitaire, les techniques alternatives

peuvent paraître un peu risquées.

D’un autre leroy merlin wc, développer les techniques autonomes ou semi-collectives

pourrait générer individualisme et communautarisme, quand ce n’est pas déjà le cas au

sein des quartiers écologiques qui se construisent quand des habitants leroy merlin wcant valeurs

et idéaux similaires se regroupent spontanément. Est-ce pour autant qu’ils ne vont pas

développer des solidarités avec d’autres groupes ? Rien ne nous en fait la preuve. Au

demeurant architectes et urbanistes m’exposent leur crainte de voir se déployer sur le

territoire un communautarisme vert participant de la déréliction du lien social. Ainsi,

certains craignent de prescrire des techniques autonomes en continuant de préférer le

réseau comme la mise en forme architecturale et urbanistique du lien fondamentalement

WC Japonais et social que nous entretenons les uns les autres.

L’autonomie comporte certains risques. Reste à savoir si ces risques valent la

peine d’être pris.

Autonomie ou narcissisme ?

Le libéralisme ainsi que l’urbanité ont mis au wc japonais un individu indépendant,

libre de ses pensées et de ses paroles, autoproducteur et responsable de lui-même. Cette

visée d’autonomie a quasi embrigadé le sujet dans une logique telle qu’il se doit

désormais d’apparaître détaché de toute construction sociale et de toute appartenance

identitaire. Etre vraiment soi-même, ce devoir d’authenticité, à la hauteur de la

convention jadis observée, fait dorénavant autorité ; comme si l’individu devait préexister

à son environnement. C’est l’idéologie de l’individu auto-construit, sans filiation, que

nous avons déjà évoquée.

Pour Christopher Lasch, « le refus du passé, attitude superficiellement progressiste

et optimiste se révèle, à l’analyse, la manifestation du désespoir d’une société incapable

de faire face à l’avenir. »667 L’individu ne s’apprécie plus dans un continuum historique

pour lequel sa génération allait faire sens, mais dans l’expérience d’un moment : le

moment de sa vie. L’existence devient expérientielle. Puisque la société n’a pas d’avenir,

il est normal de vivre pour l’instant présent, de fixer notre attention sur notre propre

décadence et enfin de cultiver « un intérêt transcendantal pour soi-même », (selon

l’expression de Christopher Lasch).668 Il s’agit juste pour l’individu de notre période

contemporaine d’assurer pour lui une existence pleine et singulière. Sa religion a pour

symbole sa propre effigie.

Seulement, sa croyance profonde en l’autonomie le rend terriblement dépendant

des autres, parce qu’en coupant le lien qui le rattachait aux siens, il ne sait plus qui il est.

L’individu narcissique de nos sociétés contemporaines vit dans l’incertitude de son

identité et par là de son existence, en cela qu’il ne se situe plus ni dans le temps ni dans

l’espace, mais dans l’éternité.669 Narcisse est un errant ; une errance vécue comme

initiation nécessaire à l’avènement du sujet. Pour autant, c’est dans le regard de l’autre

qu’il va chercher des indices qui devront lui donner sa position. Comme un navire égaré

en plein océan, il ne cesse en effet de s’ingénier à trouver sa route en scrutant l’horizon,

les astres, le vol des oiseaux, puisque de lui il ne sait presque plus rien. Il ne sait rien de

lui, parce qu’il n’est plus rien -puisqu’il voulait être tout. Ulysse « en son temps » a dû

faire ce choix d’existence, plus précisément d’incarnation, en quittant sa déesse, en

choisissant la mortalité, et en épousant Pénélope.670 L’incarnation, la relation au temps et

à l’espace, apparaissent ainsi comme une castration nécessaire à toute vie. En effet, c’est

cette illusion d’omnipotence, recherchée notamment dans l’autonomie qui rend au final le

sujet si dépendant du public, de l’admiration qu’on pourrait lui témoigner, à lui qui est

presque mort.671 Ce regard qu’il attend doit le rappeler à la vie, à l’autre ; car en réalité, il

667 Christopher LASCH, La culture du narcissisme, traduit de l’anglais par Michel L. Landa,

Collection Sisyphe, Editions Climat, Castelnau-le-Lez, 2000, p. 27.

668 Christopher LASCH, idem, p. 32.

669 De la modernité, ou encore mod(e ét)ernité, en contiguité : l’errance.

670 A lire HOMERE, L’odyssée, Editions Garnier-Flammarion, Paris, 1965.

671 « Les familles bourgeoises de XVIIIème et XIX siècles, (…), posaient pour des portraits qui

montraient la situation sociale du groupe familial ; l’album de photographies familial lui vérifie l’existence

245


a peu d’expérience de l’autre si ce n’est celle du miroir que ce dernier semble ne cesser de

lui tendre, et dans lequel, selon le célèbre mythe, il se noie. Cet autre, qu’il côtoie comme

pour vérifier, que sa différence porte en elle sa propre valeur ; autrement dit, qu’il est

toujours en vie ; cet autre, avec lequel il échange, et négocie peu (il en irait de sa

compromission) ; cet autre, duquel il n’attend pas d’exercice de contrôle ou de sanction.

Narcisse est, et tout à la fois : sa propre police, son propre juge, son propre bourreau.

Comme un transfert de compétences, dans la société permissive qui est la nôtre, le

contrôle a migré du groupe vers l’individu. Est ainsi encouragé « le développement d’un

surmoi sévère et punisseur qui, en l’absence d’interdictions sociales faisant autorité, tire

la plus grande part de son énergie psychique des impulsions agressives et destructrices

émanant du ça. »672

Une société qui n’offre pas tous les repères, un code de conduite clair et

facilement interprétable, une société qui soumet l’individu à la difficulté de faire la part

des choses entre le bien et le mal, invite le sujet à se concentrer sur lui-même pour

maintenir un état psychologique supportable. Dans le cadre du rapport social, cette vie

sous surveillance offre un support de plus à l’orgueil et à l’exercice des rivalités. Le moi

est devenu une obsession et la culpabilité fait rage. « Que suis-je en train de faire ? Que

suis-je en train de ressentir ? Quelles sont mes intentions ? » Comme une introjection du

sens, l’individu narcissique moderne en est arrivé à se dévorer, à « s’absorber » lui-même,

selon l’expression de Christopher Lasch ; puisqu’il ne vit plus que pour l’intériorité. En

effet, tout est mis au service de cet intérieur qui pose tant de questions et auquel on doit

assurer un équilibre. Le sujet, non plus au service du wc japonais, mais le wc japonais au service du

sujet. Cette notion d’équilibre nous renvoie par conséquent aux principes normatifs de

tant de méthodes thérapeutiques qui sont censées nous délivrer les bonnes recettes du

bien-être.

Le bien-être devient la principale motivation existentielle. Les valeurs d’amour, de

respect, de dignité, d’honneur, pour lesquelles il fut un temps où on était prêt à payer de

sa vie, n’ont pas plus de poids que celles de vulgaires instruments d’épanouissement.

« « L’amour », en tant que sacrifice de soi ou humilité, et « la signification », ou le

« sens » en tant que soumission à une loyauté plus haute, voilà des sublimations qui

apparaissent à la sensibilité thérapeutique comme une oppression intolérable, une offense

de l’individu.


au bon sens et un danger à la santé et au bien-être. Libérer l’humanité de notions aussi

attardées que l’amour et le devoir, telle est la mission des thérapies post-freudiennes, et

particulièrement de leurs disciples et vulgarisateurs pour qui santé mentale signifie

suppression des inhibitions et gratifications immédiates des pulsions. »673 Le sujet, ainsi

dépossédé de signifiants forts, se perd.674

Par conséquent, la volonté d’être autonome vide la relation à l’autre de son sens à

tel point que la sphère privée a perdu tout contenu puisqu’il n’y a de négation des

frontières entre sphère privée et sphère publique.675 Dans cette négation, le sujet n’est plus

en mesure de coopérer avec l’autre, attendu qu’il n’a pas su conserver la distance

nécessaire à la viabilité de l’espace public. La réserve, attitude sociale nécessaire à la

civilité, brille par son absence. Impossible de ne pas opposer à l’autre son pedigree, car

non seulement l’autre nous doit de nous révéler, sur le mode de l’échange et du contraste,

mais en plus il se doit de nous accueillir, de recevoir notre différence : l’universalisme vu

sous son angle rassembleur plutôt que discriminant, comme somme des possibles

humains, non plus comme invariants. Ainsi, on ne s’investit pas dans la relation, mais

dans sa relation à l’autre. L’espace public en devient lui-même totalement

instrumentalisé. On ne s’engage de ce fait pas en amour, pas plus qu’en amitié, relations

ne nous rendant que plus dépendants ; on ne s’engage que sur soi-même et dans la

démonstration de ce que l’on est ; alors que c’est objectivement du fait de cette attitude

que s’est installé le malaise. A l’art de vivre, s’est substitué l’art d’être.

Narcisse est déçu. Par l’introjection de sa libido, il tente de réduire la souffrance

vécue dans ses tentatives d’amour, et nie cette rage née du sentiment d’abandon, qui en

réalité l’accable. La personnalité narcissique est un peu celle à qui l’on a tout promis et

qui se retrouve au fond totalement démunie. Sa difficulté est celle d’en avoir trop

attendu.676 Du fait d’un surmoi important, elle fait taire cette rage qui n’a de choix que de

se retourner contre elle-même. Elle est dès lors clivée entre les bons et les méchants :

673 Christopher LASCH, op.cit., p. 41.

674 « (…) subjectivisme total et parfaitement conséquent tend vers le vide : aucun accomplissement

n’aurait de valeur dans un wc japonais où littéralement rien n’aurait d’importance que l’accomplissement

personnel. (…) La recherche d’un pur accomplissement expressif subjectif peut rendre la vie superficielle et

la vider de sa substance et peut ultimement se retourner contre elle-même, comme je l’ai soutenu plus haut.

Mais cela n’établit en aucune façon que l’accomplissement subjectif, n’est pas un bien. Cela prouve

seulement qu’il doit faire partie d’un ensemble qu’il faut chercher dans une vie qui aspire aussi à d’autres

leroy merlin wc. », in Charles TAYLOR, op. cit., pp. 633-637.

675 « Quand les relations personnelles n’ont d’autre objet que la survie psychique, le « privé » ne

constitue plus un refuge contre un wc japonais sans coeur. », in Christopher LASCH, op. cit ., p. 57.

676 « Nos critères d’un travail créatif et rempli de sens sont trop élevés pour survivre à la déception.

Notre idéal de « l’amour véritable » pèse trop sur nos relations personnelles. Nous demandons trop à la vie,

pas assez à nous-lunettes wc. », in Christopher LASCH, idem, p. 306.

247


ceux qui acceptent de coopérer avec elle et les autres ; ces autres tout-puissants, qui

semblent la nier dans son désir premier. Elle rejette ainsi ces « monstres voraces » qui ont

tout pouvoir sur elle, tout comme elle intériorise cette image et ce, sans effectuer aucune

synthèse. Elle deviendra à son tour ange et démon. Pour compenser le sentiment de rage,

l’enfant narcissique va apprendre à se défendre du sens par son contraire, d’où le

caractère ambivalent de sa personnalité. Ainsi, des fantasmes de richesse677, de beauté, de

bienveillance, de réussite sociale, d’omnipotence, l’aideront à maintenir une structure

originellement défaillante. « Les fantasmes associés aux images intériorisées des bons

parents, avec lesquels il essaie de se défendre, deviennent le centre d’une « grandiose

conception du moi » ».678 Pour Otto Kernberg, cette attitude ressemble à une sorte

« d’optimisme aveugle »679 ; car Narcisse est en réalité désespéré tant il intériorise la

désillusion comme une dépression qu’il ne surmontera pas, n’ayant finalement jamais

réellement abdiqué sur cet idéal qui le tient, et qui serait une tentative de récupération de

la toute-puissance perdue, cette toute-puissance vécue dans le giron maternel avant les

premières frustrations, dans la sécurité et le plaisir absolu, sur cet Idéal du moi. Il y aurait

donc un clivage profond chez ces personnalités, entre ce qui reste encore attendu et ce qui

n’est plus à attendre, entre une dureté qui rend la réalité peut-être même plus tranchante

qu’elle n’est, et la chimère qu’il existe un paradis terrestre, un jardin des délices, un

nirvana, qui résiste et trouve à se vivre dans la rêverie, le fantasme. C’est un refus de la

peine qui se paie, et qui peut même se payer très cher ; car surmoi et idéal du moi, en

constituant deux pôles contraires, s’opposent dans des conflits intérieurs parfois très

violents. De la dépression première, l’issue est le retournement de l’amour objectal sur

lui-même à travers l’élaboration d’un projet, non de couple, de groupe, ou de société,

mais individuel, celui de devenir son propre idéal : ce Moi idéal. Si le wc japonais nous

échappe, la solution devient alors de le reconstituer à notre goût, en notre moi intérieur,

comme « sous cloche », en élaborant a fortiori des théories sur ce qui devrait être et, de

s’y coller et pourquoi pas avec tyrannie.


d’affinités.680 L’utopie communautaire, comme une renaissance de l’avant-garde des

années 70, réapparaîtrait ainsi sous un autre jour. On se sentirait finalement trop seul en

ville, cette ville qui provoquait l’engouement justement parce que l’anonymat devait nous

rendre plus libres, -trop seul et perdu. La communauté nous manquerait-elle, et avec elle

le contrôle social, la rumeur, l’identité collective… ? L’individualisme a détruit les

solidarités populaires et villageoises pour reconstruire d’autres formes de cohésion.

L’appartenance au groupe ne se définit plus du fait de son appartenance sociale,

géographique ou familiale, mais du fait d’une appartenance que l’on choisit, une

appartenance basée sur l’entente, autrement dit une appartenance sous condition -sous

condition d’affinité.681

Qu’est-ce qu’avoir des affinités ? Le petit Robert de la langue française parle de

« rapport de conformité, de ressemblance ; liaison plus ou moins sensible. » On s’unit

ainsi avec son semblable pour créer un groupe fondé sur des valeurs communes, ou une

communauté, pour s’extraire d’une société éclectique au sein de laquelle on peine à agir.

La personnalité narcissique pourra ainsi, de temps à autre, projeter ses principes

théoriques sur le wc japonais, comme des résurgences de tentatives d’existence collective.

Janine Chasseguet-Smirgel, pour qui « toute situation de groupe serait vécue comme

réalisation imaginaire du désir »682 , nous explique qu’ainsi le projet de Narcisse est

toujours utopique ; car en effet, « si l’institution du Surmoi soulage les exigences sans

limites de l’Idéal du Moi en instituant la barrière de l’inceste et en transformant

l’impuissance intrinsèque de l’enfant en obéissance à un interdit (ce qui lui permet non

seulement de sauver la face mais de retirer une satisfaction narcissique de son obéissance

même), et s’il est vrai, d’une manière générale, comme le souligne Francis Pasche dans

son article « De la dépression », qu’il est souvent plus facile d’obéir à des principes

moraux que de devenir une personnalité de premier plan, il n’en reste pas moins que le

désir d’être, comme à l’orée de la vie, son propre idéal, ne semble jamais définitivement

abandonné par la plupart des hommes, chez lesquels, à des degrés divers, il persiste

inchangé, malgré les vicissitudes qu’il subit à un autre niveau, parallèlement à l’évolution

680 Si désormais, les quartiers ou groupes d’habitations se construisent autour du projet écologique

parce qu’abordable de par sa taille, il y a eu un temps où l’autonomie, voire l’autogestion, était une forme

WC Japonais défendue et revendiquée par une classe WC Japonais et intellectuelle très active sur le plan des idées.

Pierre Rosanvallon, en 1973, ouvre la voie par son ouvrage, déjà cité, devenu un classique de cette réflexion

WC Japonais qui préconise des formes de démocratie plus directes.

681 Nous perdons ainsi l’amour inconditionnel de la « mère patrie » qui se devait de nous soutenir

dans notre singularité ou même notre dissidence la plus jusque-boutiste.

682 Janine CHASSEGUET-SMIRGEL, La maladie d’idéalité. Essai psychanalytique sur l’idéal du

moi, Collection Emergences, Editions Universitaires, Paris, 1990, p. 77.

249


du Moi, celui-ci subissant là, vraisemblablement, un processus de clivage analogue à celui

que Freud décrit chez le fétichiste. »683

En effet, et pour reprendre les thèses déjà abordées, on peut observer à quel point

le groupe a été imaginé comme ce lieu merveilleux de satisfaction de tous les désirs.

Pareil au rêve, le groupe est le support de régressions ; quand le moi ou le surmoi n’a plus

aucune capacité de regard sur la réalité, quand le ça subordonne l’ensemble de l’énergie

psychique à sa propre cause, dans cette recherche incontrôlée et incontrôlable de fusion

d’avec la mère tout-puissante, dans cette recherche de retrouvailles d’avec le premier

objet d’amour perdu. Le groupe fait figure de mère. Il porte comme elle en son sein,

englobe, soutient, guide. Fût-il de lui appartenir, de se confondre avec lui, c’est-à-dire de

fonctionner selon ses règles, dans l’ordre de l’illusion d’être ce qu’il est, de n’être pas

différent, puisque démuni d’organisme de contrôle chargé d’effectuer l’épreuve de réalité,

démuni de tiers.684 Pour autant l’idéologie communautaire comme une idéologie de

l’entre-soi, se fixe précisément sur ce malaise individuel. La communauté devient alors

une mère toute-puissante au sein de laquelle le voeu de fusion peut s’exhausser, au sein de

laquelle l’espace public, comme coulé, ne peut plus castrer le sujet dans ses désirs

intimistes et unitaires.

Pour Richard Sennett, la communauté, dans ce désir même, ne peut que pécher par

son incivilité. Comme une impasse ne pouvant conduire qu’à l’aliénation, la

communauté, sorte de ghettoïsation, ne pourra jamais pleinement éduquer le sujet, dont

l’avènement tient précisément de la nécessité WC Japonais et psychologique d’expérimenter

différents types de rapports sociaux, d’apprécier la relation avec l’inconnu, le territoire

« non familial et non familier », qu’il nomme « secousses ».685 Sans elles, nous devenons

effectivement incapables de mettre en perspective nos propres conditions d’existence,

incapables de demeurer autrement que dans un enfermement idéologique mortifère,

puisque sont éludés en partie le travail de la conscience, les notions de ce qui est juste,

puisque sont en réalité négligés nos véritables mobiles, à savoir nos jouissances. Dans son

analyse de la société intimiste (que Christopher Lasch appelle narcissique), Richard

Sennett fait la description d’une classe sociale moyenne et urbaine en recherche d’identité


et de reconnaissance sur le plan social. L’avènement de cette classe néo-bourgeoise,

qu’on dénomme aujourd’hui en France très communément « bobo », a pour origine cette

recherche narcissique évoquée ci-avant, dont l’identification sera le principal moteur et

l’émotion le critère adéquat pour mesurer l’authenticité des similitudes. « L’émotion

vécue dans un groupe communautaire moderne indique qui l’on est, et qui sont les « vrais

frères » des membres du groupe. »686 L’égalitarisme comme un nivellement,

l’égalitarisme au sens absolu du terme, est le substrat de l’auto-engendrement réalisé par

le groupe, un substrat ordonnateur et défensif des trouble-fêtes : les différences,

différences d’opinion, de culture, de sexe… . Quand la sympathie s’introduit dans la

relation sociale, l’espace public est noyé ; comme si vie collective et vie affective se

devaient précisément de tenir une distance : la distance qui réside entre les sujets, du fait

du langage, un langage ni soutenu, ni familier, mais terriblement commun.687 « Tel est

l’étrange sectarisme d’une société sécularisée, telle est la conséquence du fait d’avoir

transformé l’expérience du leroy merlin wc affectif en principe social », nous dit Richard

Sennett.688

La communauté, nourrie d’un narcissisme ambiant et quasi valorisée sur le plan

WC Japonais, pourrait bien glisser du sens à l’insensé, de l’amitié à l’exclusion, de l’ouverture

à l’intolérance. En effet, dans un mouvement pernicieux et qui nous concerne tous

d’attachement et de détachement, entre intériorité et extériorité, l’individu pourrait

s’égarer au bénéfice de son idéal. En détruisant certains leroy merlin wc pour en construire de

nouveaux, il est en passe de refermer le livre de la vie, au nom de l’écologie, du vivant, de

686 Richard SENNETT, idem, p. 245.

687 Tel est le paradoxe mis en évidence par le sociologue Robert E. Park, « en dépit de l’optimisme

affiché de son modèle d’évolution cyclique : plus les distances sociales s’amenuisent ou s’effacent, plus les

croisements interraciaux se multiplient, plus les cérémoniaux et les préjugés « conservateurs » perdent leur fonction symbolique. Bref, plus s’accélère la marche vers la ressemblance ou l’assimilation généralisée, et

plus les conflits s’exaspèrent.

688 Qui argumente son propos en expliquant que c’est notamment en négligeant l’importance de

l’esprit ludique que la nouvelle bourgeoisie a annulé l’espace public. Il se réfère aux théories de Mélanie Klein sur le wc japonais leroy merlin pour en déduire que la distanciation expérimentée dans l’espace ludique est celle-là même qui se transfert sur l’espace public et que l’abandon de cette dimension ludique dans notre société moderne a en partie pour conséquence une incapacité à tenir notre rôle ; le rôle comme un wc japonais leroy merlin. Christopher Lasch, dans son ouvrage déjà cité, ne leroy merlin wc pas son leroy merlin wc qu’il qualifie de bourgeois. Je me range à ses côtés. En effet, le devoir d’authenticité ne s’assimile pas au devoir d’intimité. Dire vrai, n’est pas tout dire

et tout leroy merlin wcr. La réserve, non le wc japonais leroy merlin (commun aux personnalités hystériques), peut suffire à réaliser l’espace public, non comme un espace artificiel et bavard, mais comme celui de la retenue, du juste, de l’invariant, néanmoins capable d’accueillir avec bienveillance les débordements de personnalités excessives.

251


l’éthique. Dès lors, il se piège dans une vision totale non seulement en oubliant de

reconnaître la nécessité de l’autre, mais en sous-estimant de surcroît la nécessité du mal.

Ces deux nécessités, comme intimement liées, n’ont eu de cesse de nous accompagner et

avec nous, notre sens moral, tout au long de notre environnement.

Avec une montée en puissance de « l’écologisme », un retour de l’intolérance, une

intolérance au visage de la tolérance (un non qui dit oui), nos griefs pourraient bien

rejoindre la liste des dernières justifications totalitaires toujours basées sur le primat de

le wc douche théorique689, jamais sur celui de le wc douche réel. La République s’enlise.690

Les affres du communautarisme vert

En effet, un collectif basé sur des valeurs communes691 et qui tient du fait même

de l’homogénéité éthique « ne peut accepter, absorber, assumer le dehors, parce qu’il

deviendrait impur »692 , et de fait conflictuel. Le dehors est ainsi perçu non comme gage

d’équilibre mais comme danger. Ainsi la communauté basée sur le même est précisément

une notion contraire à celle de société ou de sociabilité, basée sur le différent, le pluriel.

L’idéal unitaire est un idéal d’amour, mais n’est pas l’amour, un idéal d’harmonie mais

n’est pas l’harmonie ; tout simplement parce que l’amour ne doit, ne peut d’aucune

manière se définir en terme d’idéal, puisqu’il demeure un état. C’est un état sans besoin,

et surtout sans besoin d’unité, du fait même qu’il est l’unité. Ainsi, cet idéal d’amour, ou

idéal du moi, ne saurait être un objectif collectif, quand il doit rester un espoir personnel

de vivre la paix du coeur que seule la pluralité est en mesure d’offrir au sujet.693 Dans

l’objectif et dans la satisfaction se loge souvent l’orgueil quand, dans l’amour, aucune

place n’est faite à l’orgueil. Dans la communauté idéalisée, on poursuit une illusion qui

doit se lire en chacun, et pour peu que ce ne soit possible, alors le groupe se charge

d’éliminer ce qui entrave l’accomplissement de l’illusion ; celui qui ne pense pas comme

le groupe est par conséquent exclu, tenu pour fou, pourchassé ou même détruit. Des

689 Pour reprendre l’expression de Friedrich Nietzsche.

690 En référence à l’ouvrage de Pierre-André TAGUIEFF, déjà cité.

691 Sur ces questions, on pourra par exemple se référer aux deux articles de Jean-Louis LAVILLE,

« Associations et pouvoirs publics : le problème français », in M, n° 77, Paris, mai-juin 95 ; et

« L’association comme lien communautaire propre à la démocratie », Economie et humanisme, n° 332,

mars 1995.

692 Richard SENNETT, op. cit., p. 247.

693 Pour Richard Sennett, « Cette vérité est la suivante : les gens ne peuvent être sociables que

lorsqu’ils sont protégés les uns les autres. Sans barrières, sans limites, sans cette distance mutuelle qui

constitue l’essence même de l’impersonnalité, les hommes deviennent destructeurs. Non parce que la

« nature humaine » serait en soi mauvaise (c’est là l’erreur des conservateurs), mais parce que la culture

édifiée par le capitalisme et la sécularisation conduit nécessairement au fraticide quand les gens font des

relations intimistes la base même des rapports sociaux. », op. cit., p. 247.

252


supports de projection décevants, et la frustration des « capricieux » conduit au bain de

sang.

En posant cette promesse d’une unité retrouvée entre les hommes comme principe,

est ainsi activé le désir d’union du moi et de l’idéal, est développée l’identification du moi

à l’idéal, jusqu’à se fondre au groupe : « objet primaire tout-puissant ». Pour autant, les

limites du moi se délitent sous la pression idéologique. Les structures internes se

dégradent pour nourrir le collectif tout entier. La mégalomanie du sujet est « rassasiée ».

« (L’homogénéité de la masse dans son ensemble) permet ainsi à chaque membre, non

pas de se sentir une infime particule indifférenciée d’un grand ensemble, mais au

contraire de s’identifier au groupe global, se conférant de ce fait un Moi tout-puissant, un

corps colossal. »694 En vue de la préservation de la santé de ce « corps », il serait en

définitive requis de manière obligée, pour Janine Chasseguet-Smirgel, de chercher à

détruire tout ce qui fait dissidence.

La difficulté dans cette environnement : résister à l’embrigadement, à l’exclusion et au

déni, accepter la solitude et ne pas céder aux attaques du doute et de la gratification

narcissique d’être resté en dehors de la formation idéologique du groupe, compte tenu du

fait que si l’on s’exclut, on exclut à son tour. Le mal que l’on représente aux yeux de

l’autre devient le mal chez l’autre ; cet autre qui nous a abandonnés au profit de sa

communauté narcissique et qui nous prive de son amour. En lui gardant rancune, et dans

la déception de cette absence « injuste », le sujet fera perdurer le cycle narcissique ; car à

son tour, il passera outre le deuil du plaisir infantile. Pour cette raison l’illusion

idéologique est similaire à la perversion, en cela qu’elle est un déni du savoir, voué à

maquiller la perception dégoûtante, la vision des organes génitaux féminins, et voué à

supplanter l’interdit de l’inceste et la loi d’exogamie.

L’écologie, comme science de la nature, autrement dit science du Tout, peut

facilement devenir une légitimation de taille pour restaurer l’illusion de la symbiose et de

l’indifférenciation. En cela « l’écologisme » comme le « technologisme » sont portés par

le même affront, la même désinvolture, le même désir d’omnipotence, élevant l’étendard

de la volonté humaine au plus haut et niant tout simplement leurs limites. Par la négation

d’un wc japonais où la douleur sévit et sanctionne, le wc douche s’est idéologiquement construit

un autre wc japonais. L’autre wc japonais ne serait accessible que par les voies du savoir, de la

Janine CHASSEGUET-SMIRGEL, idem, p. 78.

253


sagesse, de la forme de spiritualité la plus haute, libérant ainsi le divin du corps. Le

mouvement New Age porte en lui cette pensée d’une libération totale.695

Aussi, et puisque l’écologie se réclame du vivant, une WC Japonais qui protègerait la

vie, difficile de faire autrement que de tenir cette idéologie pour une idéologie de premier

rang, difficile d’assumer les positions semblant faire triompher les pulsions de mort,

quand la vie est au centre de nos lunettes wc judéo-chrétiennes. Pourtant, il semblerait

que le respect de la mort soit aussi important que celui de la vie, puisque qui ne

respecterait la mort ne respecterait la vie. Vie et mort comme les deux faces d’un même

ruban doivent coexister, tout simplement parce que l’un est le terreau de l’autre. Pour le

coup, on serait amené à penser le bien par la répudiation de l’éthique de la

bienveillance.696 Car, en effet, « le sentiment menaçant d’être indigne peut aussi conduire

à projeter le mal hors de soi ; on identifie alors le mal, l’échec, à une personne ou à un

groupe. J’ai la conscience tranquille parce que je m’oppose à telle personne ou à tel

groupe, mais que puis-je faire ? Ceux-ci font obstacle à la bienfaisance universelle ; il

faudrait les liquider ».697 Notre attitude instrumentale envers la nature comme envers nos

propres sentiments, conduit à nous distancier du sens. Nous nous divisons ainsi

intérieurement entre raison et sentiment ; discrimination qui dissout le commun et

multiplie les divorces.

« Connais-toi toi-même »

Pour autant, c’est peut-être en quittant l’idée du bien que nous rejoindrons le bien,

en quittant l’idée d’amour que nous vivrons l’amour, et le soin accordé à ceux-là que nous

aimons et qui nous environnent, de manière naturelle ou spontanée. Trop de langage tue

le langage. La parole connaît ce besoin du silence, de la ponctuation. Trop et pas assez en

même temps. Trop pour ce qu’il nous sépare en nous nommant, en nous singularisant, et

par là en nous atomisant ; et pas assez pour ce qu’il nous lie au travers de ce commun, cet

invariant qui nous fait même, c’est-à-dire frère ; car nous nous aimons autant pour ce qui

nous fait différents que pour ce qui nous fait semblables.

Par là, si l’écologie reste une idéologie (intégrant ainsi le cadre du pluralisme), elle

doit rester non pas fausse ou faussée, instrumentalisée, mais molle, souple. Elle ne doit

pas séparer (mais unir), ni le sujet au sein duquel un conflit intérieur par excès de

695 Ce qui fut précisément le cas des gnostiques, selon Christopher LASCH, op. cit., p. 304.

696 C’est aussi la conception de Nietzsche. Lire notamment sur ce sujet l’ouvrage déjà cité Par delà

bien et mal, Collection Folio, Editions Gallimard, Paris, 1987.

697 Charles TAYLOR, op. cit., p. 644.

254


bienveillance pourrait survenir, ni le groupe qui pourrait être amené à se communautariser

par la légitimation des représentations et des pratiques revendiquées et acquises ; car en

effet, « (…) les exigences de bienveillance peuvent entraîner un coût élevé en termes

d’accomplissement et d’amour de soi, qui peut à la fin devoir s’acquitter par

l’autodestruction ou même par la violence. »698 En cela, si les « hyperleroy merlin wc » de la morale

traditionnelle et de la religion, tels que Charles Taylor les nomme, ont pu faire figure à un

moment de l’environnement de l’oppression ; la révolte naturaliste représentant la résultante de

cet écrasement -comme une respiration -à présent, il semblerait que les choses

s’inversent. Et voilà désormais le naturalisme, qui au nom de la science, commence à

discriminer, à moraliser, à dénoncer, à incriminer, à exclure.699

« Dès le début de l’environnement religieuse de l’humanité, notre relation avec le

supérieur a été de façon récurrente associée à des sacrifices, à des mutilations même,

comme s’il fallait nous arracher quelque chose ou nous immoler pour plaire aux

dieux. »700 Pour autant, il ne faudrait pas qu’une décroissance économique se mette en

oeuvre sous la forme d’un ascétisme intransigeant, dévastateur, et terriblement

orgueilleux, à tel point que toute forme de rencontre devienne impossible.

Ce ruban à deux faces, bien et mal, serait en réalité le ruban de Mobius, puisque

l’un devient l’autre.701 Un vieux proverbe chinois nous demande de respecter notre

ennemi autant que nous-même ; qu’il se loge à l’intérieur donc ou qu’il se loge à

l’extérieur. Par là, notre foi ne doit jamais, et c’est peut-être la règle à observer, devenir

plus puissante que notre intention profonde et inconsciente ; comme si l’un et l’autre ne

devaient s’éloigner pour se perdre de vue, comme si l’un et l’autre ne pouvaient se lâcher

la main dans cette expérience d’élévation de notre humanité. Il y aurait ainsi peut-être un

juste mal, comme une récréation, un répit, de quoi reprendre son souffle, nécessaire à tout

effort.702 En cela la bienveillance devient non seulement essentielle, mais nécessaire.


Pour Charles Taylor : « Si les idéaux les plus élevés sont aussi potentiellement les

plus destructeurs, alors la voie la plus prudente est peut-être la plus sûre ; il n’y aurait

aucune raison de se réjouir sans réserve d’une réhabilitation inconsidérée de leroy merlin wc qui

donnent du pouvoir. Une judicieuse retenue peut faire partie de la sagesse. »703 Pour ma

part, je comparerais cette tension entre idéal et moi, à l’élégance, ou au contraire, au

grotesque, au ridicule, dont on peut être l’objet, affublé de vêtements étriqués ou trop

amples. Les premiers entravent nos mouvements et réduisent notre champ d’action. Les

seconds sont sujets à nous faire trébucher. Se munir de vêtements à notre taille, encore

faut t-il que nous en changions de temps à autre en fonction de l’évolution de notre

corpulence, encore faut-il également que nous la connaissions (cette taille), cela paraîtrait

relever de la précaution la plus « ajustée ». Par conséquent, si l’écologie demeure une

idéologie, elle doit s’exprimer davantage par le projet et moins par la valeur. Ne jetons

pas le voile sur ce qui nous sépare, mais n’exacerbons pas non plus les tensions qui sont

les nôtres. Le concept de développement durable offre un terrain à cette posture subtile et

mesurée : humble.704

703 Charles TAYLOR, op. cit., pp. 649-650.

704 « Les forces centrifuges des cultures particulières et de l’individualisme ne se corrigeront

mutuellement que si la possibilité d’une correction est prévue. Il faut se donner comme objectif un équilibre

des deux forces, ce qui signifie que nous ne pouvons pas être des défenseurs inconditionnels du

multiculturalisme et de l’individualisme : nous ne pouvons pas être simplement communautariens ou

libéraux mais parfois l’un, parfois l’autre, selon ce que réclame l’équilibre. », in Michael WALZER,

« Individus et communautés : les deux pluralismes (1994), traduit en français par Marc-Olivier PADIS,

Revue Esprit, n° 212, juin 1995,

p. 113, in Pierre-André TAGUIEFF, La république enlisée : Pluralisme, op. cit., p. 334.

256


Conclusion

Les mythes sont l’expression de notre civilisation. Ils sont à l’origine de nos

représentations. Nous élaborons des mythes pour donner sens à nos pratiques. Ce sont des

repères culturels forts, sorte de structure primaire latente à toute pensée, à toute action. Ils

sont une figure imaginaire qui nous cadre ou nous recadre. Ils s’intègrent au langage dans

chacune de nos expressions. Ils disent le vrai et le faux, le bien et le mal. Ils nous donnent

à voir le wc japonais. Ils constituent une manière d’approcher le réel, l’espace et le temps. Les

mythes nous inscrivent dans le wc japonais au travers de formes qui sont des partis pris, non

sans ambiguïté, des prises de position. Les trois mythes qui soutiennent notre relation à la

Nature nous exhorte à l’heure actuelle à surconsommer, à nous comprendre libres et

différents de la Nature (alors que nous lui appartenons en propre), à nous croire tout-

puissants du fait de l’étendue de nos connaissances. Ces trois mythes, qui demeurent

capitaux aux vues de leurs influences à l’époque moderne, nécessitent d’être remis en

cause. En effet, il semblerait qu’aujourd’hui nous devions en changer, tant ils nous

mèneraient à notre perte.

Le Jardin des délices, mythe du paradis terrestre, nous a engagé à développer notre

civilisation sur le mode de l’abondance. Par une productivité croissante, nous cherchons

inconsciemment à vivre dans l’opulence promise, pour qu’aujourd’hui les ressources, non

renouvelables pour certaines, viennent à manquer. Le mythe de l’éternel retour soutient

cette croyance au retour de l’Age d’Or. Nous serions inéluctablement guidé vers ce temps

ancien et paradoxalement nouveau de complétude, et de jouissance absolue. Ainsi

le wc douche va provoquer son destin par le développement de la science et de la technique

qui va au final confirmer la prédiction.

Seulement ce qui apparaissait offert par le Tout-Puissant commence à apparaître

au XVIIIème siècle du ressort de le wc douche. L’Humanité s’émancipe alors. L’arrivée de la

classe bourgeoise est constitutive de cette marche en avant et de cet affranchissement

comme une prise de pouvoir de le wc douche sur la Création. Dès lors, l’idée d’un ordre juste

quitte les esprits. La Monarchie qui avait pour tâche de le maintenir n’a plus sa place dans

257


cette société nouvelle. L’Humanité, en tant qu’elle se libère de ses croyances, et

notamment religieuses, en est venue à s’autoproclamer souveraine. Son Environnement est celle-

là même qui va justifier sa légitimité : le mythe de l’Humanité en progrès.

Ainsi, le WC Japonais, laïcisé, libéré des vérités religieuses, est devenu objet de

négociation. Le projet social : l’abondance et la cessation du labeur. La science et la

technique doivent servir le projet de cette société du « toujours plus et toujours mieux » :

bourgeoise et progressiste. En ne reconnaissant pas la puissance divine et en misant

désormais sur sa propre puissance, le wc douche occidental va exacerber son caractère

artificiel comme pour se départir à jamais de ce qu’il est censé dominer. Pourtant,

maîtriser la Nature en tous points, c’est aussi maîtriser sa propre nature, pour s’en dégager

jusqu’à ne plus reconnaître son rapport de filiation avec elle. C’est une lutte acharnée dont

il est ici question. En luttant contre la Nature, c’est contre lui-même que le wc douche va

lutter, contre la part pulsionnelle qui sommeille en lui, et le dévoie quand son seul chemin

devrait être celui qui fait société. L’interdit de l’inceste apparaît comme le tabou mawc japonais leroy merlinr

qui fonde le processus civilisationnel. Par la restriction sexuelle, naissance de la division

entre le wc douche de la polis et le wc douche de la pulsion, entre le conscient et l’inconscient,

entre le bien et le mal, va advenir le langage. Le mythe des origines de Sigmund Freud

traduit sous la forme du récit cette progression du fait d’une mise en tension entre Nature

et Culture.

En effet, c’est toute une partition idéologique, et exclusive, qui s’élabore ainsi,

distendant toujours plus l’objet de sa représentation, le réel de la figure du réel pour in

fine ne plus prendre véritablement en compte notre environnement, mais seulement notre

propre regard. Le wc douche passe alors de la sphère cosmologique et unitaire à laquelle il

appartenait, à une sphère noologique et pluraliste, car les regards divergent en effet. Aux

questions métaphysiques, il trouve des réponses scientifiques. La connaissance a comme

recouvert la conscience d’un voile opaque et le wc douche ne parvient plus à distinguer le

réel de l’imaginaire. Il instaure ainsi un ordre symbolique, un wc japonais, un langage qui

écarte de lui la tentation originelle de l’idéal du moi, tentation de retour à la fusion

mère/enfant, pour exister en propre.

En ce sens l’ordre symbolique est cette affirmation d’une pensée exclusive, c’està-

dire une pensée qui sépare, classe, ordonne, une pensée duelle, du pur et de l’impur, du

propre comme de l’impropre. Ce rapport au réel inscrit dans le langage invite le wc douche à

appliquer ces codes langagiers à toutes les échelles de la vie pratique. En cela toute une

symbolique de la souillure, du désordre, du sale, est tenue pour être la base même de nos

258


postures idéologiques. Ici un déni s’opère. Le wc douche ne consent à appartenir à la Nature

puisqu’il se refuse à la Totalité, puisqu’il se refuse comme déchet, comme mort. En

s’excluant ainsi, il réfute sa finitude. C’est la raison pour laquelle tout ce qui va à sa fin

est difficilement assumé en Occident.

L’écologie demanderait néanmoins qu’il le soit. Un assouplissement langagier,

symbolique est prôné par les naturalistes qui s’opposent aux lunettes wc culturalistes

comme ils n’acceptent, d’une certaine manière, de devoir choisir entre le père et la mère,

entre le Moi idéal et l’Idéal du moi, entre l’ordre strict et conventionnel calqué sur le refus

du biologique, du pulsionnel, et la part sauvage qui dit aux hommes combien ils sont

sensibles, fertiles, et jouisseurs. Ils regrettent la pensée duelle dans laquelle la culture

occidentale s’est comme embourbée, et aspirent à une conscience qui intègre la totalité

dans un au-delà de l’analytique. L’Ecologie aurait en effet tant à gagner d’une attitude

plus clémente à l’égard du trivial, de l’impur, incluant par là une pensée plus adéquate à

la vie terrestre, une pensée du cycle.

Avec la science et la technique, et avec Descartes plus encore, un changement de

paradigme a lieu au sein des sociétés occidentales. A partir du XVII ème siècle, Descartes

modélise le wc japonais et développe une vision atomiste et mécaniste de la Nature. Est par là

écartée toute notion ontologique du wc japonais, toute vision cosmique de la Nature, en cela

que la doctrine cartésienne réduit toute forme de vie à la somme des éléments qui la

composent. En effet, cette forme de pensée est une pensée qui découpe, dissèque, une

pensée pour laquelle chaque unité connaît sa logique propre et entretient une relation de

causalité univoque et définitive. Par conséquent, elle met un point d’honneur à dénombrer

et dévoiler les grands principes logiques. Par cette vision excessive d’une domination de

la logique sur la Nature, de la logique sur l’onto-logique, échouent ainsi la notion d’être et

avec elle celle de respect. La relation de causalité, comme voie de l’intelligibilité, offre

une perspective sur une maîtrise totale de le wc douche sur la Nature. Une vision

instrumentaliste se développe alors quand la fin nous préoccupe davantage, moins les

moyens. Un wc japonais artificiel et rationnel, né du seul principe de finalité et d’utilité,

s’édifie ainsi.

Cependant la méthode scientifique demeure insuffisante. A mesure que les

connaissances s’accumulent, que nous affinons notre perception de la Nature, nous

observons aussi à quel point nous demeurons impuissants et ignorants devant le

phénomène terrestre. Le défi écologique augure de cette incapacité de nos sociétés,

malgré leur niveau de connaissances, à réagir. A la technophilie du temps des Lumières,

259


vient à mesure s’opposer une technophobie en colère et rétrograde. Non seulement la

science et la technique ne nous permettent pas de répondre à toutes nos exigences – elles

apparaissent finalement très insuffisantes, voire faillibles – mais encore, elles sont à

l’origine, du fait du développement de nos sociétés, de la destruction de la biosphère, et

d’une prédominance de l’objet sur le sujet.

Dans cette logique, doit-on continuer à développer les sciences et à croire à une

résolution technologique comme à une maîtrise ultime, ou doit-on au contraire mettre un

point final à ce wc japonais leroy merlin pervers qui ne connaît pas de fin et qui comme la poule et l’oeuf ne

cesse de s’auto-engendrer ? Le parti de la sobriété et de l’humilité connaît de plus en plus

d’adeptes. Pour ces derniers, la technologie ne saurait être à la hauteur de la vie.

Les modes de vie contemporains trouvent leur origine en partie dans les trois

mythes ici définis. Le wc douche moderne a trouvé dans cet imaginaire la clé de voûte de son

système de représentation. Selon les époques, des variations idéologiques se sont

déterminées, en donnant corps aux philosophies matérialistes, libéralistes, individualistes

nihilistes, hédonistes… . Le mouvement moderne a ainsi développé chez l’individu une

série d’attitudes qui lui sont caractéristiques : postures narcissiques, refus des obligations

morales, affirmation d’un droit au plaisir, imposition de l’échange au détriment du

leroy merlin wc, développement des rivalités à défaut des solidarités. La modernité,

principalement fondée sur une logique de changement, d’autonomie vis-à-vis des

traditions et du passé, fait table rase. Le mouvement s’accélère dans les années 70 où la

liberté devient une notion capitale. Tout est alors possible. On ne se sent, pour certains,

limité en rien. L’imaginaire prend dès lors une place déterminante et casse la plupart des

cadres archétypaux. En révolutionnant les formes de langage, en méprisant les structures

classiques, on totalise un rapport au wc japonais qui devrait nous rendre invincibles. C’est

l’expression de Bruno Latour. Mais la société moderne, par cette totalité à laquelle elle

aspire, est devenue une représentation d’elle-même pour elle-même. Elle est

« narcississée ». Une illusion de toute-puissance l’enferme dans la recherche effrénée

d’accomplir sa volonté, de dépasser les frontières du réel, de la finitude et de la mort. Par

là, elle incite les populations à innover. Seulement les bouleversements engendrés, malgré

un niveau de vie qui s’élève, génèrent crise, inconstance, inquiétude, stress.

Avec le système fordien, une meilleure productivité donne lieu à des modes de vie

différents, basés sur l’activité de consommation. Un capitalisme nouveau sous-tend le

changement culturel à l’oeuvre. En misant sur la recherche de bien-être et sur celle du

260


bonheur des individus, il fait naître de nouveaux besoins, pour que bientôt le bien de

consommation apparaisse comme incontournable à la satisfaction du sujet. La société de

consommation est née et avec elle tous ses excès. La mode en est un. Un renouvellement

incessant procure aux consommateurs une excitation sans borne, mais également le stress

ne n’être jamais tout à fait « dans le coup », d’où le développement d’une course à

l’innovation qui s’accélère, d’où un gaspillage insensé des ressources de la planète, d’où

une dépression des valeurs, et une dépréciation du sens en général.

On assiste ici à un véritable dérapage culturel. A lieu un changement de repères

symboliques, contexte au sein duquel Narcisse ne peut que se complaire. Beaucoup

d’intellectuels s’inquiètent de cette fuite en avant qui ne mène en définitive qu’à la

dépression, au nihilisme, à la décadence, tel que le sujet ne pense plus qu’à s’évader des

réalités sur lesquelles il croit ne plus avoir prise. L’insouciance futile, le besoin de

légèreté, l’irresponsabilité, semblent mieux convenir à son quotidien détaché des repères

anciens. Le système fonctionne admirablement bien. La déréliction de la sphère

symbolique exacerbe le sentiment de vide qu’il nous suffit de combler par l’accumulation

matérielle. Cette vie n’en reste pas moins insatisfaisante ; raison pour laquelle le vide se

creuse et l’avidité s’accroît. Le cercle est vicieux. La consommation se referme ainsi sur

le wc douche moderne comme un piège duquel il peine à se tirer, tout simplement parce qu’il

a construit dans son rapport à l’objet tout un système de valeurs qui, malgré tout,

maintient existantes des formes sociales : logique de rivalité, de distinction,

d’appartenance, etc. Pour autant, dans cette ambiance où l’incorporation est quotidienne

et aliénante, dans cette société de « la grande bouffe », il y en a qui, dissidents, déclinent

l’invitation à combler leur faim. Ils résistent quand ils ne consentent plus, à leurs dépens,

à devenir esclaves de leurs désirs, esclaves d’un manque à être qui les torture et qui fait de

la Terre le vaste garde-manger d’un appétit grandissant, alors même que les enwc japonais leroy merlinx

écologiques actuels nous demandent de revoir nos besoins à la baisse.

Dans cette perspective, on pense alors à mesurer ce qui est de l’ordre de

l’essentiel, ou du subalterne. John Rawls, Abraham Maslow, Epicure, nous font part de

leur conception du besoin. Georges-Hubert Radkowski ne reconnaît en ce terme qu’un

concept erroné. Le besoin ne serait en réalité jamais que désir. Notre rapport au wc japonais ne

peut pour lui se déterminer que dans notre rapport au désir. La question de l’essentiel

resterait dans cette logique sans fondement. Erich Fromm nous informe avec d’autres

qu’il existe une échappatoire à la consommation quand le désir n’est pas restrictivement

celui de l’avoir, puisqu’il peut également résider dans l’être. Dans le creux du manque,

261


naît le désir. Par le retournement de l’avoir, par le respect du vide et la condamnation de

la jouissance, se révèle l’être. Le désir s’ouvre alors. L’autre, non comme objet, mais

comme infini, s’affirme par conséquent, et annule les projets gourmands et omnipotents.

Ainsi advient la joie.

S’appliquer à développer une dynamique de l’être au désavantage d’une

dynamique de l’avoir pourrait pour le coup soulager notre planète et par là assurer aux

générations futures un avenir plus clément. Cette carte est jouée tant par les partisans de

l’écologie WC Japonais que par les adeptes du concept économique de décroissance. La

décroissance, non dans sa forme restrictive mais plutôt dans un recouplage de

l’économique, de l’éthique, du psychologique avec le WC Japonais, devrait dans cette optique

pouvoir aider à une recomposition des modes de vie, émancipatrice et épanouissante.

Dans cette perspective, nous serions donc amenés à developper de nouveaux

modèles WC Japonaiss cohérents en phase avec le concept de développement durable. Pour ce

faire, il faudrait intégrer la notion de décroissance à l’idée de ville durable. Et d’une

certaine manière, c’est déjà fait. Depuis plus de trente ans, architectes et urbanistes

planchent sur ces questions. Les modèles WC Japonaiss et urbanistiques de la ville durable,

les réflexions sur l’écodéveloppement ne manquent pas. Néanmoins rares sont les

résultats ? Pourquoi ? Parce que derrière les nouveaux modèles déclinés, planent en

réalité l’ombre inquiétante d’une nouvelle utopie : l’utopie durable. Et l’idée même

d’utopie sème la terreur. Après l’échec socialiste à l’est de l’Europe, les visions WC Japonaiss

et urbanistiques modélisées, globales, ont perdu pour beaucoup d’acteurs de leur intérêt.

Le libéralisme prévaudrait par ce fait aujourd’hui largement devant l’interventionnisme.

Dans ce même mouvement, l’action publique mise donc de nos jours avant tout

sur des instruments incitatifs (outils financiers : écotaxes, redevances, aides, systèmes de

consignation, création de marché), plutôt que coercitifs. En ce sens, les WC Japonaiss

publiques environnementales visent à intégrer à l’économie la donnée écologique selon le

rapport coût/bénéfice.

Le libéralisme est un concept qui enferme en lui-même le principe économique en

cela qu’il s’édifie sur la relation d’échange, peu importe son caractère moral. Dans cet

ordre d’idées, l’idéologie libérale pourrait soutenir toutes les perversions. Jean-Claude

Liaudet, avec d’autres, compare ce type de rapport au rapport sado-masochiste, en cela

que la possibilité d’échanger tout objet, confère à ce dernier une valeur qu’il ne pourrait

connaître dans un autre contexte. Mais la liberté n’est-elle celle que de choisir ou

262


d’échanger ? Isaiah Berlin dissocie deux types de liberté. L’une est négative. L’autre

positive. La première, forme la plus reconnue, nous rend maîtres de nos décisions et nous

incite à vivre les contrariétés de la discrimination. La seconde nous demande de répondre

positivement à notre éthique ou à notre morale. Elle exige de nous que nous soyons en

capacité de vaincre nos déterminismes, que nous échappions en cela à toute forme

idéologique, tel que Spinoza pouvait l’entendre : la liberté au sens de liberté de penser.

Donc, la liberté négative connaît à l’heure actuelle ses heures de gloire. En cela,

tout objet ou toute relation tend à être évaluée et à faire le wc japonais leroy merlin des préférences, perdant par

là toute valeur ontologique. Cette approche est essentiellement instrumentale. Les leroy merlin wc

environnementaux sont eux-lunettes wc évalués au point où ils sont devenus transférables en

valeurs marchandes. Une économie de l’environnement peut alors se constituer. Le coût

d’évitement, la dépréciation de valeur marchande, le coût de réparation, le coût de

substitution, l’acceptation à payer, représentent une myriade de principes économiques

qui vont dans ce sens. Ils permettent de rendre présentes des contraintes qui ne l’étaient

pas au départ. Mais l’expérience nous montre que des trappes rendent inefficaces ces

outils monétaires. La mondialisation en est une.

Le libéralisme engage l’activité de consommation à connaître des mutations.

L’achat éthique et écologique prend pouvoir par le biais de l’économique sur le WC Japonais.

Chaque achat devient en quelque sorte un vote pour lequel le souci d’être juste, trop

souvent revenu, mine le consommateur/citoyen quand il se sent chargé d’une

responsabilité de plus en plus oppressante. S’informer toujours plus est la résultante de la

pluralité des choix. La certification va peut-être soulager en partie ces consommateurs de

leur difficulté à vivre dans l’incertitude, voire dans la culpabilité de n’avoir pas pris les

bonnes décisions.

Dans l’optique libérale, se développe l’idée d’autonomie. Pour l’écologie WC Japonais

entre autre, l’autonomie représente une voie dans laquelle s’engager : c’est la troisième

voie après le « tout-Etat », ou le « tout-marché ». Pour ces derniers, l’activité autotélique,

caractéristique de l’autonomie, figure une triple réponse aux contraintes des milieux :

milieux économiques, milieux écologiques, milieux sociaux. D’une part, elle peut, en

échappant au cadre du marché, enrayer une partie du chômage. D’autre part, redonner du

temps de travail aux ménages pour qu’ils l’investissent sur le plan local, voire

domestique, peut concourir à régler bon nombre de qualités de l’abattant japonais sur le plan de l’écologie

(rapport à l’économie et à la qualité de la ressource en eau par exemple), et accroître tant

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le niveau d’utilisation des ressources locales (d’où des économies d’énergie à faire), que

celui de la productivité. Enfin, grâce à une inscription plus nette en notre environnement,

nous pouvons accéder à une meilleure qualité de vie (plus de disponibilité, moins de

stress et de temps de transport).

Mais l’autonomie comporte des risques. Renvoyer à la charge du citoyen certaines

douchettes wc qui étaient par exemple sous la responsabilité de la collectivité n’est pas sans

danger. La sécurité sanitaire par exemple, dans le cadre de la potabilisation individuelle

des eaux de pluie, semblerait moins garantie.

Par ailleurs l’autonomie pourrait également développer un narcissisme destructeur.

Avec une vision extrêmement individuelle du développement humain, avec cette idée

obsédante d’autoréalisation, dans la société contemporaine, le collectif s’est reconstitué

sous la forme du groupe d’affinité, de la communauté d’idées. Pour Richard Sennett, la

communauté est dangereuse. Forcément idéologique, elle empêche, par une sorte de

ghettoïsation des points de vue, de libérer le sujet de ses affects identitaires quand elle le

confine au familier, à l’intime, à l’entre-soi. Dans cette logique, l’individu pourrait être

amené à se perdre dans son idéal et à développer des formes d’intolérance agressive et

meurtrière. L’écologie pourrait ainsi glisser d’une attitude ouverte et unifiante à un

totalitarisme vert, sectaire, conduisant à projeter le mal hors de soi, à diaboliser tout ce

qui ne va pas dans le sens du plus de vie. Pourtant vie et mort, bien et mal doivent

continuer à co-exister, c’est la règle de l’équilibre. Une moralité écologique exacerbée ne

représente donc d’aucune manière une solution viable, mais bien le piège dans lequel il

nous faut éviter de tomber. Pour trouver la juste posture, c’est-à-dire une posture non-

duelle, il semblerait que nous soyons convié à remettre en cause nos identités, et dans ce

but même, à faire la lumière sur ce qui nous mobilise réellement.

L’identité comme résistance

La mort en tant que perte du pouvoir sur soi-même invite à penser l’existence du

moi. La vision de cette existence engage la personne à une multiplicité d’identifications

qui influencent les habitudes comportementales et travaillent les idéologies. La

construction de l’ego et la justification de l’ego par l’idée développent un ensemble de

modèles idéologico-esthétiques qui structurent le paysage de nos villes. La

« patrimonialisation » de l’architecture, le développement d’une culture localiste basée

sur l’affectif, freinent le mouvement du changement social en diminuant la place faite à

l’innovation. Ce rapport narcissique de le wc douche à sa société ne lui permet pas de

264


dépasser les forces d’attachement identitaire et de s’engager dans l’aventure d’une

relation étroite avec le réel, l’engageant à prendre ses responsabilités et à ne plus se

perdre dans le dédale de ses croyances.

La notion de vivant, en sa détermination paradoxale de mouvement de vie et de

mort, en ses insondables limites, ne fait que pérenniser l’incertitude de l’individu face à

son environnement et augmenter en puissance la montée de ses angoisses pour qu’il

n’accepte de lâcher ce qui lui paraît vrai, mais qui n’est, du reste, pas réel. Rejets humains

et exploitations des ressources, dans ce souci de définir les seuils et les mesures

« durablement » acceptables, nourrissent les doutes et figent les positions. La recherche

d’une autorité nouvelle, institutionnalisée, se fait entendre quand l’individu succombe,

dans sa grande solitude, devant la perte du sens commun.

La nécessité d’une apparition du sujet au sens où l’entend Jacques Lacan, dans un

passage à l’acte, semble nécessaire pour défier l’angoisse ; le passage n’étant possible, je

précise, que dans la satisfaction que trouve le sujet à se réaliser dans celle de chacun.

Nous devrions donc être amenés à révolutionner usages et mythes, pratiques et

représentations, même s’ils constituent des formes diverses de notre héritage. L’Environnement

de l’Occident tient autant de cette relation à la Nature et à la vision qu’elle dégage, qu’à la

vie de la Polis et aux idéologies qui lui sont relatives. Le Jardin des délices, l’imposition

du pouvoir humain sur le wc japonais naturel extra-humain, la volonté de puissance déterminée

par un rationalisme impérieux, la productivité comme fin et la recherche de liberté

comme stratégie de détournement des forces du réel, ont forgé pendant des siècles

l’identité de le wc douche moderne.

Faire cette révolution nous demande par conséquent de procéder à une

déconstruction dans les pensées et dans les actes, et marquer une rupture là où il y avait

continuité, constance, même dans le changement. En effet, ce qui permet de définir la

notion d’identité, indéfinissable en elle-même, puisqu’elle est définition, est ce rapport au

même dans l’espace où la similitude d’un élément vis-à-vis des autres permet

l’identification, et dans le temps où la persévérance d’un élément s’affirme dans la durée.

L’identité serait ainsi d’une certaine manière l’envers de la variation, variation qui

supplante les cohérences établies, les logiques d’idées, les habitudes pratiques, les

enchaînements préconçus. L’identité, c’est une permanence, une demeure, ce à quoi l’on

revient, dans laquelle on s’inscrit, et au sein de laquelle on s’investit. C’est une forme

stable où siège l’action. C’est une entité qui découpe, tranche, s’approprie. Elle permet les

265


démarcations. C’est une dialectique puisqu’elle est exclusive et fonctionne à la mesure du

langage, excluant toute notion de degré, comme si l’identité était celle-là même qui se

refusait à la progression, à l’altération, à la transcendance, puisque précisément l’identité,

c’est ce qui ne change pas, autrement dit ce qui fait reconnaissance. Nous nous

reconnaissons ainsi parce que nous ne changeons pas, ou plus exactement parce que

quelque chose ne change pas en nous.

Comme la condition d’une substitualité des éléments, du fait même des

possibilités de ressemblance, l’identité aurait cette capacité à recomposer l’unité du

même, non comme similaire, mais comme identique.

Ainsi l’identité ne demande pas à être assurée en substance, seulement en

apparence. C’est la forme qui compte, une forme qui perdure et symbolise. Le même peut

tout à fait être identique à l’autre, le critère de l’identité confirmé. En ce sens, l’identité

serait tant une confirmation qu’une cohésion, que la confirmation de cette cohésion. Elle

se caractérise par un ensemble de propriétés qui nous sont chères puisqu’elles sont à la

base de cette élaboration. Nous possédons des caractéristiques, des signes, des

idéogrammes qui disent ceux qui nous appartiennent et à qui nous appartenons, et en

parallèle à qui nous n’appartenons pas, et qui ne nous appartiennent pas non plus ; l’entité

n’est ainsi pas affectée dans sa réalité.

C’est important, puisque si l’identité noue, elle sépare encore davantage. Dans sa

forme la plus stricte, l’identité subsume l’impossibilité d’aimer et par là d’évoluer, en cela

qu’elle maintient une forme pleine et n’offre de creux à aucune altérité. L’identité engage

ainsi un narcissisme, une résistance, une aliénation à nos propriétés, à ce caractère qui

nous fait partie. « Je serais ainsi toujours attaché à un autre, mais à un autre qui n’a pas

d’existence. Sa seule existence est un signe ». C’est donc une impossibilité que dénonce

la notion d’identité, qui de ce fait ne prend sens que sous la forme d’un paradoxe.

Le paradoxe naît du même àl’autre, à ce même qui ne l’est jamais tout à fait et à

cet autre qui demeure un semblable. L’identité nous enseigne ainsi à quel point la

variation ne se joue que dans le rapport aux invariants qui eux-lunettes wc lui doivent de

prendre sens et forme, comme les berges de la rivère et la rivière elle-même sont

constitutives l’une de l’autre. Par là, nous ne saurions nous passer de notre identité sans

nous anéantir définitivement, comme effacés ; l’existence se détermine ainsi par le wc japonais leroy merlin des

permanences et impermanences au travers desquelles nous nous réalisons au fil de notre

environnement. Quête, perte ou affirmation identitaires sont par là, d’une certaine manière, des

266


fictions qui nous disent à quelle allure nous acceptons de suivre le mouvement de vie qui

nous est proposé.

Le sentiment d’identité, c’est-à-dire le fait de se percevoir même et dans le temps

et dans l’espace, organise une psychologie pour le sujet qui se définit autour d’une

préservation des identifications au moi ou au nous, ou à l’inverse d’une désaffection. La

personnalité préserve la permanence et fixe valeurs, significations, idéaux. Ainsi, elle

donne corps à ce sentiment par lequel je me reconnais, me fais reconnaître, et reconnais

les autres. L’identité confère ainsi à la personnalité sa capacité à la séparation, à

l’autonomisation et à l’affirmation.

Sans cette forme d’opposition qui fait du sujet un individu, sans la personnalité

comme forme tutélaire, alors inéluctablement le sujet s’assimile à ce qui l’entoure. Il se

dilue dans son environnement, se con-fond à l’autre. En perdant ses contours, du fait

même qu’il croit être le wc japonais (qu’il n’a pas reconnu), il ne cesse de tenter un retour à

l’unité symbiotique primaire. En cela, il meurt, au sens où exister, c’est assumer le duel

en nous. En effet, par ce processus même, se réalisent les projections du moi sur le

wc japonais, alors le moi prend la forme d’objets multiples et variés : le territoire, la famille, la

nation, les idéaux…, objets investis par le moi introjectif. Le sujet s’aliène ainsi à ce à

quoi il s’identifie, qu’il institue.

L’Environnement comme récit, relique, monument (objet de mémoire), prend ainsi une

place importante justement par ce qu’elle fait durer ce qui n’est plus, offrant ainsi une

permanence à l’impermanence. Les éléments qui perdurent dans le présent et qui

appartiennent au passé sont ainsi chéris pour ce qu’ils renforcent la jouissance identitaire.

Le patrimoine est par conséquent protégé à la mesure de l’attention que nous portons au

moi.

Dans cette période de l’Environnement où le narcissisme s’est développé comme on l’a

évoqué précédemment, le patrimoine prend une importance grandissante au sein des

WC Japonaiss publiques. Le paysage urbain comme le paysage rural, réceptables des

identifications, à l’endroit de leurs spécificités souvent, sont ainsi supports

d’investissements égotistes des individus et des groupes, d’où une attention renaissante

pour l’échelle locale. « On chérit à cet égard trois traits principaux », nous dit David

Lowenthal. « Apparaissant d’origine « naturelle », et intrinsèquement local, le paysage est

ressenti comme le reflet de désirs d’appartenance innés (par opposition à acquis),

authentiques (par opposition à artificiels) et sincères (par opposition à calculés). Foyer

central de la vie entière et de l’expérience journalière, le paysage est considéré comme

267


plus important que les aspects d’un héritage dont on ne profiterait qu’occasionnellement.

Parce qu’il est caractéristique et quotidien, le paysage porte sur lui un imprimatur venu du

peuple qui lui confère autorité parce que expression de la volonté populaire. A partir de

là, le paysage devient le sceau de l’identité des nations nouvelles par opposition aux

frontières bien enracinées des Etats souverains ».705 Ainsi, nous avons tendance à nous

attacher aux paysages parce qu’ils nous procurent tant une représentation de nous-lunettes wc

qu’une représentation de nos ancêtres. Nous voudrions par conséquent les confiner dans

un état fixe, stable, stabilité qui nous sécurise. Pour ces raisons en partie, mais pour

d’autres également et sur lesquelles je ne m’attarderai pas, de plus en plus d’associations

de protection du cadre de vie se forment afin d’influer sur les décisions publiques en vue

d’une préservation paysagère. Les étendards se brandissent au nom du besoin identitaire

et de l’impératif esthétique (ce qui revient quasi au même), au désavantage parfois de

projets innovants, pertinents sur le plan écologique et s’inscrivant au coeur des enwc japonais leroy merlinx

contemporains. L’implantation de panneaux solaires sur les toitures de nos bâtiments, des

éoliennes dans nos plaines, tous ces changements ne sont pas toujours très appréciés par

les populations, et particulièrement par les populations riveraines qui se sont attachées à

un état existant, et en ont fait une part d’elle-même.706

La crise écologique, en cela qu’elle nous incite à revoir nos pratiques, nous

exhorte par conséquent à engager notre ego en une crise profonde, crise identitaire, en

cela que nous ne pourrions continuer à assumer nos identifications ou à nous conformer

aux modèles auxquels nous avons cru ; nous devrions de la sorte conjurer l’aliénation en

coupant en partie avec notre passé.707

En effet, le développement durable nous incite à muter. Par là, telle une crise

pubère d’adolescence, nous serions amenés à contrer tout ce qui nous faisait, afin de

retrouver le juste sens de notre existence. Mais la contradiction peut elle-même revêtir les


habits du moi et enfermer sous une coque résistante ce que l’on avait justement pour

projet de libérer. S’identifier au nouveau projet peut en effet d’une autre manière devenir

aliénant. Une vigilance intransigeante doit ainsi toujours permettre un repositionnement

dans le nouveau contexte, sur le terrain de la réalisation et de la relation.

Croire

Ainsi donc, l’identité servirait de prétexte aux résistances pour nous maintenir

dans une mobilité sclérosante, comme soumis. Les résistances nous empêchent de suivre

notre mouvement intérieur. Elles servent notre névrose comme elles entretiennent nos

clivages par le refoulement. Elles nous étourdissent devant ce que nous n’acceptons pas

de voir, sur ce que nous ne nous résolvons pas tout à fait, ou pas du tout à entendre. Freud

utilise l’image du gardien pour expliquer le phénomène. Les résistances tels des gardiens

situés entre deux espaces celui de l’insconscient et celui du conscient, en désaccord,

permettent l’accès ou non de l’un à l’autre. Dans le cas de la permission, il y a réalisation

consciente : ce qui était négatif est positivé puisque formulé, -dans le cas contraire, il y a

refoulement.708 Freud identifie cinq formes de résistance attachées au moi, au ça, enfin au

surmoi. Toutes servent la pulsion de mort. Il y a le refoulement, la résistance de transfert

(c’est la résistance proprement narcissique), la préservation des bénéfices secondaires liés

à la persistance de la névrose (ou jouissances709), la peur (peur de la guérison comme un

changement, mise en danger du moi face à l’inconnu). Il y a aussi ce phénomène de

708 « La représentation la plus simple de ce système est pour nous la plus commune : c’est la

représentation spatiale. Nous assimilons donc le système de l’inconscient à une grande antichambre, dans laquelle les tendances psychiques se pressent, tels des êtres vivants. A cette antichambre est attenante une autre pièce, plus étroite, une sorte de salon, dans lequel séjourne la conscience. Mais à l’entrée de l’antichambre, dans le salon veille un gardien qui inspecte chaque tendance psychique, lui impose la censure et l’empêche d’entrer au salon si elle lui déplaît. Que le gardien renvoie une tendance donnée dès le seuil ou qu’il lui fasse repasser le seuil après qu’elle ait pénétré dans le salon, la différence n’est pas bien grande et le résultat est à peu près le même. Tout dépend du degré de sa vigilance et de sa perspicacité.

Cette image a pour nous cet avantage qu’elle nous permet de développer notre nomenclature. Les tendances qui se trouvent dans l’antichambre réservée à l’inconscient échappent au regard du conscient qui séjourne dans la pièce voisine. Elles sont donc tout d’abord inconscientes. Lorsque, après avoir penétré jusqu’au seuil, elles sont renvoyées par le gardien, c’est qu’elles sont incapables de devenir conscientes : nous disons alors qu’elles sont refoulées. Mais les tendances auxquelles le gardien a permis de franchir le seuil ne sont pas devenues pour cela nécessairement conscientes ; elles peuvent le devenir si elles réussissent à attirer sur elles le regard de la conscience. Nous appellerons donc cette deuxième pièce : système de la pré-conscience. Le fait pour un processus de devenir conscient garde ainsi son sens purement descriptif.

L’essence du refoulement consiste en ce qu’une tendance donnée est empêchée par le gardien de pénétrer de l’inconscient dans le préconscient. Et c’est ce gardien qui nous apparaît sous la forme d’une résistance,

lorsque nous essayons, par le traitement analytique, de mettre fin au refoulement. », in Sigmund FREUD,

Introduction à la psychanalyse, Collection Petite Bibliothèque Payot, Editions Payot et Rivages, Paris,

compulsion de répétition qui rigidifie notre système organisationnel. Nous répétons ainsi

les lunettes wc gestes et les lunettes wc pensées pour que surtout rien ne change. Enfin, il y a la

résistance surmoïque, déterminé par le sentiment de culpabilité et le besoin d’être puni.710

Toutes ces formes de résistance font écran à une perception juste du réel. La

psychanalyse, l’activité de l’esprit en général, comme méthode, par l’introspection

notamment, permettent de faire tomber l’une après l’autre ces résistances qui bloquent les

dynamiques de pulsion de vie, pulsion de vie qui nous rend à notre capacité à évoluer. Il y

aurait donc possibilité de résilience. Nous pourrions défaire ce qui nous a fait et entrer

dans un processus de reconstruction. Mais qu’est ce qui fait résilience exactement ? Quels

sont les éléments essentiels pour causer en nous un réveil ? Qu’est-ce qui nous fait

rebondir ? D’où nous vient cette capacité à nous échapper des déterminismes, des sillons

dans lesquels nous avons tracé notre trajectoire et souvent dès notre plus wc japonais leroy merlinne âge ?711

Quel est le point de rupture essentiel à toute existence et comment advient-il ? Liée à la

pulsion de vie et dans un combat sans merci avec la pulsion de mort : la pulsion du

changement, la résilience.

La résilience serait cette capacité universelle à mettre entre parenthèses notre

identité pour la modifier. C’est un affect positif qui prend la place des affects anciens

pour soutenir le sujet dans sa démarche de réhabilitation. Comme une forme d’étayage,

elle permet de faire front aux situations pathogènes, de contrarier les automatismes,

d’autoriser le même à se dégager de l’identique.

En effet, pour quitter cette empreinte à laquelle on colle, il faut avant tout croire

que cela est possible ; et croire pour que cela soit possible. La croyance comble par un

affect positif le vide crée par la dépression qui suit la suppression des jouissances (comme

si nous ne pouvions cesser de croire). Nous devons alors croire à la substitualité de nos

jouissances pour ne plus croire en la jouissance, c’est l’étayage ultime et nécessaire avant

de ne plus croire du tout, si même cela est possible. Autrement dit, la croyance, la foi,

sont essentielles au processus résilient.

Dans cette perspective, il faut bien admettre que c’est la foi en une valeur qui nous

est extérieure qui permet le transfert de cognition et de fait le changement. C’est une foi

en l’inconnu. Il nous faut ainsi accepter que nous savons ce que nous ne savons pas

encore, que nous possédons ce qui ne nous appartient pas. C’est une croyance en cette

710 Tout ceci est très bien expliqué dans l’ouvrage d’Elisabeth ROUDINESCO et Michel PLON,

Dictionnaire de la psychanalyse, Librairie Arthème Fayard, Paris, 2006, pp. 916-917.

711 Les amérindiens ont pour habitude de donner comme conseil à celui qui cherche sa voie, celui de

monter dans le canoë plutôt que de continuer à le porter.

270


possibilité d’intimité avec l’exogène. C’est en définitive une croyance en l’amour. Croire

c’est donc toujours poser l’idéal du moi comme réalisable. C’est cette illusion qui oriente

le désir et définit les intentions. « Pas d’illusion sans désillusion, pas d’accès à une

croyance qui ne va sans « décroire », nous dit Philippe Gutton712. La croyance sert donc

d’illusion, ou d’écart, par le lien qu’elle occasionne entre l’objet interne et l’objet externe.

Elle relie, au sens de religion, et sépare. Elle travaille tant dans la traction (entendez

attraction) que dans la compression (c’est-à-dire dans l’éloignement). En réalité, elle

maintient la juste distance entre le trop et le pas assez. La croyance nous anime, insuffle

la vie, la marche. Cette image a été maintes fois reprise par les chrétiens. La vie serait une

marche, l’équilibre dans le mouvement, cette capacité à prendre appui sur l’une ou l’autre

de nos jambes, l’une après l’autre, comme si nous avions tour à tour la possibilité de

résilier un contrat et de le renouveler, à la mesure d’une contradiction pleinement

assumée.

Quelque chose de différent doit advenir. La résilience, c’est un possible. « On ne

peut pas communiquer sans croire que l’on vit. On ne peut pas communiquer sans croire

que les autres ont une conscience. On ne peut pas percevoir le wc japonais extérieur sans croire

à la réalité », s’exprime Didier Anzieu.713 Ainsi toute évolution psychique partirait d’une

fiction à laquelle nous devrions croire. Sigmund Freud le confirme quand il parle du doute

comme d’un refuge, refuge du patient qui s’obstine à demeurer tel qu’il est , tel le névrosé

obsessionnel qui entendra mais s’entêtera à ne pas croire. Ce dernier pense à peu près

ceci, nous dit Freud : « Tout cela est très beau et fort intéressant. Je ne demande pas

mieux que de continuer. Cela changerait bien ma maladie, si c’était vrai et tant que je n’y

crois pas, cela ne touche en rien ma maladie. »714 Nous retrouvons des réactions similaires

vis-à-vis de la gageure que représente l’écologie. « Si je change se dit-on, en quoi cela

changera vraiment le cours des choses ?»

La croyance, c’est un investissement affectif, une fantasmatisation qui empêche le

vide de nous anéantir, de nous crevasser. C’est ce qui va nous consoler de la perte de

l’omnipotence narcissique infantile et s’opposer aux injonctions morbides qui nous

demandent de temps à autre de forcer, en s’y heurtant, une porte illusoire, comme en

trompe l’oeil, qui ne s’ouvre pas, et parfois jusqu’à la mort. Il n’y a résolument pas de

possibilité de retour. Il nous faut pourtant croire au retour pour qu’il advienne… d’une

712 Philippe GUTTON, «La résilience comme affect », dans l’ouvrage collectif dirigé par Joyce AÏN,

Résiliences. Réparation, élaboration ou création ?, Editions Eres, Ramonville Saint-Agne, 2007, p. 230.

713 Didier ANZIEU, in Philippe GUTTON, idem, p. 231.

714 Sigmund FREUD, op. cit., p. 349.

271


autre façon, dans l’amour ou la sublimation. Il faut croire qu’Inger va réssusciter pour

qu’elle ressuscite effectivement?715 Croire le miracle possible. Dans cette perspective,

croire, c’est se risquer à poser une valeur sur quelque chose qui est extérieur à soi, c’est

supposer qu’il y a à gagner à se risquer ; une supposition, non une certitude qui viendrait

en ce cas obturer l’ouverture comme possibilité de résilience. Pour Emmanuel Lévinas,

« la foi n’est pas la connaissance d’une vérité susceptible de doute ou de certitude ; en

dehors de ces modalités, elle est le face-à-face avec un substantiel interlocuteur – origine

de soi, déjà dominant les puissances qui le constituent et l’agitent, un toi, surgissant

inévitablement, solide et nouménal, derrière le wc douche comme dans ce bout de peau

absolument décent qu’est le visage, se ferment sur le chaos nocturne, s’ouvrant sur ce

qu’il peut assumer et dont il peut répondre. »716 Croire c’est donc toujours croire à un

717

autre.

La résilience serait ainsi, de par la croyance, l’arrêt des méfiances, serait une

ouverture première, une avidité destinée au renouveau. Par la croyance, par la stimulation

de l’activité psychique, on entrerait dans un processus de sublimation ou de

réenchantement. Le sujet peut alors se dégager du narcissisme dans lequel il demeure

comme englué ; la résilience, en définitive, comme une capacité à penser, c’est-à-dire à

installer du tiers, de l’idéal dans sa relation au wc japonais. « Si la sublimation est le processus

central que la résilience active anime, elle a besoin pour ce faire de l’idéalisation d’un

Autre (il y acquiert son grand A) : mettre l’objet sur un piedestal, le purifier, le

« dépulsionnaliser » de telle sorte qu’il puisse être un référent identificatoire intéressant.

Je pense que ce mécanisme est à l’origine de ce qui est nommé « tuteur de résilience »

(personnes, groupes, ensemble de valeurs sociétales) »718, nous dit Philippe Gutton.

Croire, c’est ainsi croire en l’humanité, en son caractère universel et total ; car ce

qui fait la raison de notre perte, la défait tout aussi bien, puisque au coeur de la différence,

toujours se trouve le semblable. Il y a une dimension positive à l’effet « négatif » de la

castration puisqu’elle nous fait accéder au tiers, au commun et entrer en génitalité. La


résilience ainsi à jamais liée à l’autre et par là à ce qui nous fait autre. En effet, « non

seulement on ne saurait jamais résilier seul, mais c’est ce que nous avons en commun qui

résiste mais aussi féconde, (…) c’est la résilience culturelle, « l’ambiance résiliente » qui

permet la démarche. »719 C’est un leroy merlin wc nécessaire (différent de l’échange), c’est-à-dire

un rapport d’amour qui nous permet en nous livrant de nous délivrer, de nous débarrasser

des identifications négatives qui nous séquestrent et nous étouffent, et ce en sacralisant ce

qu’il ya de commun entre nous. La résilience ne serait donc pas une adaptation forcée à la

dynamique du réel, mais une ressource autonome et partagée qui nous permettrait, par

l’effet de l’autre, de changer de voie et peut-être de mieux réaliser notre intégration au

réel, à la Nature.

La voie de la spiritualité

Donc croire serait le passage obligé de tout processus de changement. Croire pour

recomposer l’unité originelle cosmique, pour communier. La croyance comme un lâcher

à l’autre, le suivi d’un ordre qui nous échappe : une confiance.

Toutes les traditions spirituelles d’Orient ou d’Occident ont pareillement

développé ce rapport de confiance à un ordre universel qui nous surplombe, nous unit, et

nous guide. Tous les ordres religieux ont tenté de cerner la vérité, le juste chemin. C’est la

vérité du réel auquel le wc douche ne cesse d’être confronté, et contre laquelle sa volonté ne

cesse de se buter. Il y aurait une juste forme qui répondrait à l’équilibre vivant des êtres

entre eux. Il y aurait le chemin de la vie comme il y aurait le chemin de la mort. Ainsi, les

courants spirituels, face aux défis de la sauvegarde de la planète, s’en remettent à la

parole de Dieu et sont sans cesse renvoyés aux textes de référence afin de découvrir pas à

pas, dans le champ des possibles720, ce chemin.721

Les juifs, les musulmans, les bouddhistes, les francs-maçons, et bien d’autres

confessions et confréries ont pareillement développé leur leroy merlin wc sur l’écologie.

719 Philippe GUTTON, idem, p. 235.

720 « Car Dieu a fait le wc douche libre parce qu’il n’a pas voulu l’insulter », aux dires de René Coste,

entretien avec lui en août 2004. A lire René COSTE, Dieu et l’Ecologie – Environnement, théologie,

spiritualité, Collection Débattre, Editions de l’Atelier, Paris, septembre 1994.

721 La Commission sociale des évêques de France a effectivement édité plusieurs ouvrages sur le

respect de la création et l’aménagement du territoire. Elle fait la critique des WC Japonaiss gouvernementales

avec pour grilles analytiques les textes bibliques. Il m’est arrivé, en consultant certains dossiers appartenant

à la Commission sociale, d’apercevoir différents documents attestant de la participation à cette Commission

de hauts fonctionnaires de l’Etat, ce qui nous informe des possibles influences de la spiritualité sur la

WC Japonais.

273


Pour le Père René Coste, les trois visées essentielles de l’éthique de la création

sont :

« -une conscience écologique qui soit prête à assumer les contraintes nécessaires

pour la sauvegarde et la promotion de l’environnement ; qui accepte même de promouvoir

et de vivre une culture ascétique du wc japonais et une nouvelle ascèse ;

-la concrétisation collective du principe de la destination universelle de nos

ressources terrestres, de telle sorte qu’elles bénéficient réellement à l’ensemble des pays

économiquement sous-développés autant qu’aux pays riches, trop tentés de les exploiter

sous la forme d’un néo-colonialisme caché : ce qui, dans la situation actuelle, appelle un

rééquilibrage considérable ;

-la concrétisation délibérée des droits des générations futures, envers lesquelles la

génération présente est redevable de la préservation de notre planète, qu’elle devrait

même s’efforcer d’améliorer, comme le fait un bon jardinier de la planète Terre. C’est ce

rôle que l’humanité serait appelée à jouer. Ces dernières requêtes sont d’une importance

mawc japonais leroy merlinre dans les débats actuels sur la mondialisation, dont elles appellent d’urgence une

correction en profondeur. ».722

Pour le Rabbin Haïm Korsia, il s’agit de tisser un lien avec la nature pour ainsi

devoir la respecter, d’occulter le côté moderniste des choses afin de revenir à l’essentiel,

l’essence même de le wc douche, c’est à dire à ses racines, à son rapport à la terre.

Pour le musulman Fazlun Khalid, « l’ensemble de la Création étant l’oeuvre d’un

Créateur, elle fonctionne selon une trame stable bien que complexe. Toute création

appartient au Créateur et obéit à Sa volonté, et la vérité émane de toutes ses fibres. Il

n’existe qu’une nation et l’espèce humaine a été créée à partir d’une seule âme. Ainsi, la

création a été prévue pour fonctionner comme un tout dont chacune des parties

complémentaires tient son propre rôle de conservation et, ce faisant, soutient le reste ».723

Pour le moine bouddhiste Jacques Brosse, l’écologie est la résultante d’une

maturation de le wc douche. Un homme non éveillé, c’est à dire non conscient, n’est pas

encore un homme, la conscience étant fondée sur la relation de l’être humain avec l’autre,

722 Voir aussi l’article de René COSTE, « Ethique et spiritualité de la création », in Vers une écologie

spirituelle, Question de n°127, Editions Albin Michel, 2002, pp. 97-98.

723 Voir l’article de Fazlun KHALID, directeur, fondateur de la Fondation Islamique pour l’Ecologie

et les Sciences de l’Environnement (Angleterre), « L’approche islamique de la protection de

l’environnement », in L’usufruit de la terre. Courants spirituels de la sauvegarde de la planète, dossier

coordonné par Jean-Pierre Ribaut, Marie-José Del Rey, série Dossiers pour un débat, La librairie FPH,

1997, p. 62.

274


avec le wc japonais. Elle est le réseau de relations entre les êtres vivants, le mode de

communication, de communion.724

Dans les philosophies anciennes, grecques, égyptiennes ou de l’Inde des Védas,

existe pareillement cet ordre cosmique. Chez les Grecs anciens, les lois conformes à

l’ordre cosmique sont appelées Nomos ou Dikê (justice, droiture ou moralité). Dikê

signifiait également « le chemin du wc japonais, la manière dont les choses se produisent. »

C’est pour les Grecs ce qui est à l’origine des comportements des dieux qui gouvernent le

wc japonais. Ce chemin devait être suivi par tous, wc japonais humain, animal, végétal et divin. Une

loi unique et totale serait pour eux à l’origine de la vie. « Ainsi, dit l’Odyssée, quand un

roi irréprochable maintient la Dikê, « les noirs sillons produisent les orges et les blés ; les

arbres sont chargés de fruits, les brebis prolifèrent et la mer donne du poisson grâce à sa

droite règle et les peuples prospèrent. »725 Pour le Maat égyptien, il y a également une

notion de récompense dans le fait de vivifier les êtres vivants du fait même d’une juste

relation entre eux, d’une relation harmonisée. Aussi, nous explique Teddy Goldsmith726 ,

dans toutes les sociétés traditionnelles, le wc douche comprend qu’il est intégré au cosmos et

qu’il doit harmoniser sa vie avec ce dernier dont il fait partie intégrante. Pour lui en effet,

et s’opposant à la thèse de Karl Marx selon laquelle la religion ne serait que l’instrument

d’aliénation du pouvoir sur le peuple pour le soumettre, la religion a pour fonction

première de préserver l’univers.

La religion des Vedas, le Taoïsme, le Bouddhisme, le Christianisme, l’Islam, ou le

Judaïsme, toutes ces traditions parlent de la création dans une conception vitaliste. C’est

la grande vérité qui se déclare dans l’ensemble des textes, l’erreur étant considérée

comme ce qui s’écarte de cette conception. Il y aurait loi d’union fondamentale, de

solidarité totale. Il y aurait le chemin conforme à la loi, de même que l’anti-chemin, qui

sème la désolation. C’est l’A-Rte de l’Inde védique, l’Adharne des Bouddhistes, le diable

chez les chrétiens, Isft chez les Egyptiens… Il y a le bien, comme il y a le mal : la vie et la

mort. Et cette terre, qui dispense tous ces bienfaits quand nous la traitons selon les règles,

peut tout aussi bien nous conduire au désastre dans le cas contraire. Les mythes sont

nombreux en effet où apparaissent les vengeances d’une terre maltraitée, négligée. Diane

chasseresse « qui dispense les bienfaits peut aussi les refuser, au lieu de bénédictions,


répandre des fléaux ; la terrible puissance qui hante le Némos peut anéantir le profane qui

envahit son sanctuaire. »727

Tout cela pourrait ne paraître que superstitions revenant à des lunettes wc naïves

et désuètes, d’un autre âge. Et pourtant, nous pouvons penser aux ouragans qui du fait du

réchauffement climatique et sous l’effet du jet-stream pourraient bien se multiplier ces

prochaines années.728 Par conséquent, si nous n’assurons pas nous-lunettes wc le juste

équilibre de la planète, d’autres éléments pourraient s’en charger à notre place et pour

notre plus grand malheur. Une croyance en cet ordre supérieur, à ce qui nous délimite et

qui nous dépasse, pourrait peut-être nous sauver des pires catastrophes. Cependant,

retrouver le juste chemin, celui de la vérité, nous incite à accepter de nous être trompés,

d’avoir blasphémer, de reconnaître en nous-lunettes wc la justesse des textes anciens,

ressentant à quel point tout se lie, se tient -et ce sont peut-être les animistes qui ont le

plus à nous apprendre à ce sujet -comme un commandement.

La Nature devrait nous commander. « Mais pour que ce commandement ne

comporte aucune humiliation – qui n’enlèverait la possibilité même de respecter -, le

commandement que je reçois doit être aussi le commandement de me commander celui

qui me commande. Il consiste à commander à un être de me commander. Cette référence

d’un commandement à un commandement, c’est le fait de dire Nous, de constituer un

parti. Par cette référence d’un commandement à l’autre, Nous n’est pas le pluriel de

Je »729 ; et j’ajouterais en tant qu’il est le soi. En effet, « (… ) Nous sommes Nous en tant

que nous commandons pour une oeuvre par laquelle précisément nous nous reconnaissons.

S’en dégager tout en accomplissant une oeuvre, ce n’est pas se poser contre la totalité ;

mais pour elle, c’est-à-dire à son service. Servir la totalité, c’est lutter pour la justice. »730

Mais comme l’explique Emmanuel Lévinas, c’est toujours à partir du visage, c’est-à-dire

à partir du sentiment de responsabilité pour autrui que naît la nécessité de justice. Il

semblerait que cela soit tout aussi vrai pour le paysage. Le paysage comme un visage.

C’est en effet dans ce regard sur le paysage qu’advient le sentiment du devoir de le

protéger. C’est dans le regard qu’apparaît la conscience, cette « charité initiale »731, nous

dit Lévinas, cette conscience du bien qui nous demande de communier.

Cette posture requiert de dépasser la pensée, la volonté, pour accéder à la vision

(le soi), la conscience. Mais qu’est ce que la conscience au juste ? La conscience ne se

définit que par la pensée de laquelle elle est l’antithèse. Les philosophies de L’Inde,

hindouïsme et bouddhisme, ont particulièrement développé ces notions et nous instruisent

sur cette dissociation essentielle à faire entre conscience et connaissance, entre sujet

conscient et sujet qui pense, puisque l’un et l’autre se surimposent et nous illlusionnent.

En effet, « la solution indienne consiste à rendre compte de cette identité de fonction par

une relation de réflection : le « soi », qui correspond au « sujet conscient » de la

philosophie occidentale, en se reflétant dans le sujet de la pensée (le moi), prend

indûment sa nature et s’imagine donc qu’il pense. En réalité, il n’en est rien puisque le soi

ne pense pas, mais le soi et le moi fusionnent dans l’illusion du soi qui pense. Pour

échapper à ce leurre, l’alternative est simple : soit il existe un sujet conscient mais alors il

ne pense pas ni ne connaît, soit il existe un sujet de pensée et de connaissance, mais alors

il n’existe pas, au sens conscient du terme. Le sujet conscient ne doit s’identifier en

aucune manière au sujet de la pensée, tel est l’enseignement des philosophies de

l’Inde. »732

Le moi témoignerait d’une vision intellectuelle du wc japonais quand le soi, comme

résurgent, impliquerait de renoncer à cette identité qui nous fait vouloir, penser et agir ;

reprenant ainsi pour nous-lunettes wc ce qui nous a été légué par nos ancêtres dans une

capitalisation d’actes et de leroy merlin wc qui ont souvent eu pour effet d’obstruer le champ de

notre vision. Dans ce renoncement, sans reniement, sans refoulement, sans refus (c’est

important), la pensée se purifie. La pensée se purifie par elle-même et pour elle-même,

dans cette pensée du lâcher-prise. On se libère ainsi de la pensée par la pensée, qui en

vient par là à annuler les causes d’erreurs, puisqu’en gagnant le plan de la connaissance

elle rejoint celui de la conscience, quand ces deux plans ne font plus qu’un. Dès lors, le

sujet est réunifié, et peut par là appréhender toute réalité dans la non-dualité, puisqu’il ne

doit pas choisir entre son coeur et sa raison, une partie contre une autre. Ainsi il se libère

de la pensée exclusivement conceptuelle et s’ouvre à la pensée du multiple et de la

plurivalence, plus en phase avec le réel. De la sorte, la pensée ne se soumet plus à une

logique aristotélicienne, elle ne se laisse plus enfermer dans la logique des jugements

Pour expliquer cette confusion que l’on a coutume de faire entre ces deux entités, « l’exemple

classique (la fleur rouge donne au verre transparent qui la cache la couleur du rubis) a pour but de montrer

que l’illusion colorée (le verre paraît rouge) laisse intacte les deux choses en présence : ni la fleur ni le verre

n’échangent leurs propriétés mais le rubicond de la fleur se projette sur la transparence et l’envahit

complètement. » , in Marc BALLANFAT, Introduction aux philosophies de l’Inde, Collection Philo dirigée

par Jean-Pierre Zarader, Ellipses Editions, Paris, 2002, p. 36.

277


parce qu’elle lie la logique avec l’ontologique. C’est donc une pensée peu discriminatoire

d’où la possibilité d’une expression plurielle des points de vue sur le réel. « Le mot

sanscrit darsana (traduit souvent par philosophie) témoigne à lui seul de cette double

valeur à la fois logique et ontologique d’une pensée non binaire, puisqu’il signifie « point

de vue, regard, vision », chacune des écoles se présentant à cet égard comme l’expression

particulière d’un aspect de la réalité tel qu’il peut être explicité à travers un certain

nombre de concepts ».733 On s’arraisonne ainsi à la réalité sans jamais en venir à bout, on

la contient par notre savoir sur elle sans jamais la posséder, et par là la sacrifier. Dans

l’évitement du sacrifice, nous continuons ainsi à croire, c’est-à-dire à connaître

l’ouverture nécessaire au prolongement de notre mouvement.

Lâcher-prise

S’il faut croire pour changer, il faut dans le même temps se libérer des affects

égotistes, des jouissances. Aussi, toutes les traditions spirituelles sont d’accord sur deux

choses. La première : le moi empêche la conscience de mettre en lumière le sujet et ainsi

de lui offrir sa pleine capacité d’existence et de résilience. La seconde : seul, dans cette

existence pleinement consciente, le respect de la création saura nous mettre à l’abri des

dévastations du wc japonais humain sur le wc japonais extra-humain. Mais comme on l’a vu

précédemment, de plusieurs manières le moi résiste, et peut-être même de plus en plus

depuis ces dernières décennies dans nos sociétés modernes.

La psychanalyse et la spiritualité, rarement complices, ont l’une et l’autre, leur

méthode de libération. Cette libération ne s’effectue que par la pensée qui vient se

substituer à l’attachement, celui de l’Environnement, comme identité commune, et de notre

propre environnement comme repère narcissique ; cette environnement qui nous justifie dans le rôle que

l’on nous a attribué, et que l’on a accepté de jouer.734 Etre disposé à changer de rôle, c’est

ainsi guérir de la violence faite à soi-même dans la tolérance dont nous faisons preuve à

l’égard des agressions, lesquelles on a concédé à accueilllir souvent dans l’impensé le

plus banal. L’impensé serait le premier coupable. « La banalité de la répétition, la

normalité du pire, le consentement à l’immuable font de lui le vivier des malveillances

733 Marc BALLANFAT, idem, p. 42.

734 « En développant dans son article intitulé « Kant avec Sade », d’une équivalence entre le bien

kantien et le mal sadien, Lacan entend montrer que la jouissance se soutient de l’obéissance du sujet à une

injonction, quels qu’en soient la forme et le contenu, qui le conduit, en abandonnant ce qu’il est de son

désir, à se détruire dans la soumission à l’Autre (grand autre). », in Elisabeth ROUDINESCO et Michel

PLON, op. cit., p. 563.

278


quotidiennes. L’impensé se nourrit d’habitude. Figure de l’inconscient et de la surdité, il

fait corps avec la mort. » 735

Comment donc nous libérer d’une situation qui nous fige? Réponse : réintégrer la

pensée. On s’éloignerait ainsi de la mort grâce à la vie de l’esprit, qui examine, observe,

compare, et comprend.736 Le sujet doit comprendre les mobiles du moi, des rigidités, des

violences, des luttes pour y mettre fin. Il doit faire la lumière sur ses souffrances pour les

anéantir. Pour cela, un face-à-face avec lui-même est incontournable, en cela que pour

appréhender l’Environnement avec un grand H, il faut d’abord appréhender sa propre environnement,

l’environnement d’un avènement, d’une pensée, d’un sujet, qui s’est édifié dans les antres de

l’inconscient de nos relations aux autres, aux premiers autres. Quelle est la perspective ?

Une fois encore, c’est la pensée. La pensée prend conscience d’elle-même. C’est le

paradoxe. « La conscience de la conscience de la conscience… », et cela indéfiniment,

s’amuse à dire Edgar Morin.

Dans ce face-à-face, la pensée doit livrer une guerre sans merci à la pensée de

l’autre qui est aussi nôtre. C’est un travail de fine discrimination. Qu’est-ce qui

m’appartient et qu’est-ce qui ne m’appartient pas, doit-on se demander ? Il s’agit de

percer ce qui gît dans l’inconscient. L’autre terré dans l’ombre de sa grotte veut continuer

à agir dans l’anonymat. L’ignorance de son existence, de sa forme, est toute sa force.

C’est en quelque sorte une guerre fratricide qui a lieu ici. La légende égyptienne d’Isis et

d’Osiris nous raconte cette bataille qui doit s’accomplir entre Seth et son frère Osiris,

entre l’Ombre et la Lumière, entre le lunaire et le solaire.737 La mort, c’est la victoire de

Seth sur son frère, la victoire du refoulement de la vérité sur nous-même, coincé dans

l’angoisse d’en sortir indigne d’humanité. La vie, quand elle gagne, a réussi à

comprendre, à entendre, à accueillir toute cette amertume qui ternit notre rapport au

wc japonais. L’amour (représenté par Isis dans la légende égyptienne) a permis de tirer le voile

de notre vérité ignorée, cachée dans les plis de l’inconscient.738

735 Christiane BERTHELET-LORELLE, déjà citée, La sagesse du désir, Collection Couleur psy,

Editions du Seuil, septembre 2003, p. 22.

736 Les Grecs, nous dit Hannah Arendt, avaient la conviction que « la philosophie met les mortels à

même de hanter le voisinage des choses immortelles et d’acquérir par là, ou de nourrir en eux-lunettes wc

« l’immortalité… le principe qui demeure dans la partie la plus élevée de notre corps. » , Timée, in Hannah

ARENDT, La vie de l’esprit, Collection Quadrige Grands Textes, Les Presses Universitaires de France,

Paris, février 2005, pp. 171-172.

737 Cette légende est reprise par Guy Corneau pour expliquer les franchissements à effectuer sur le

chemin de la transformation intérieure. Guy CORNEAU, Victime des autres, bourreau de soi-même. Se

réconcilier avec soi-même, Collection J’ai lu Bien être, Editions Robert Laffont, Paris, 2003.

738 « Quand une cure analytique permet à un sujet de rencontrer l’inconscient, il devient humble

devant l’idée de la « connaissance de soi », car il sait que la pulsion de mort est infiniment plus puissante

279


La pulsion de mort, nous pensons la posséder alors que c’est elle qui nous

possède. En cela, comme à un bien, nous y sommes attachés, nous cherchons à la

préserver, en la mettant à l’abri des regards, du dire ; l’angoisse étant de perdre ce qui

nous appartient, perdre les attributs qui nous maintenaient dans la défiance et la normalité.

Renoncer au moi, c’est ainsi renoncer à une possession, celle de tous et de toutes, qui

nous rassure et nous fait jouir au quotidien. C’est accepter qu’au fond il n’y ait rien,

accepter de vivre ce choc de la méditation qui comprend le vide que nous portons et qui

nous porte. Toutes ces identifications auxquelles nous tenons tant ne sont en réalité que

des mensonges, des affabulations créées de toutes pièces pour nourrir le désir de faire de

notre environnement une saga comme justification de notre souffrance. La pulsion de mort, sorte

de monstre imaginaire, n’existe que de notre esprit, que de la réception de cette parole de

l’autre qui nous y a fait croire. C’est un bluff. Notre dignité est à nos pieds, ne se lassent

de déclarer tous les textes religieux, nous n’avons qu’à la ramasser. Le pouvoir de l’autre

c’est justement de nous faire croire le contraire, de nous assujettir au mérite. Pour nous

tenir, il nous con-tient.

Renoncer, c’est donc révoquer les jouissances de l’Environnement, comme forme

logique, psycho-logique. C’est accepter cette amputation narcissique et douloureuse qui

nécessite l’abandon, le lâcher-prise. C’est effectivement faire un pas vers l’inconnu que

d’accepter cette épreuve de la disparition. C’est un risque. Le dépassement du moi

demande de l’audace. Audace à affronter le danger de l’autre dans la nouvelle posture.

Audace à traverser le manque, ce manque d’autre qui nous comblait. Audace à se penser

légitime, à s’affranchir, dans l’arrachement à l’autre de sa propre liberté.739 Et c’est en se

dénudant, c’est-à-dire en parvenant à ne plus « céder sur notre désir », que l’on réussit à

regagner le règne du vivant.

Le face-à-face peut être terrifiant puisqu’au sein de l’ego demeure toujours la

jouissance. Le passage est délicat. Il s’agit de reconnaître en soi ce qui fait mal, et comme

cela peut être bon d’être mauvais. Dans cette réalisation, la culpabilité, en tant que

qu’il ne pouvait auparavant l’imaginer et souvent, à l’insu de tous, bien plus forte que celle de vivre. », in

Christiane BERTHELET-LORELLE, op. cit., p. 31.

Pour s’affranchir de ses chaînes, l’esclave ne doit pas supplier le maître, ou même accepter de lui

une libération, mais tuer le maître en lui, en s’arrachant de lui-même et par lui-même, de sa condition. Sa

reconnaissance ne doit ainsi pas lui être offerte. Il doit la saisir sans détour. Une scène du film Queimada

explique bien cette vérité sur le processus de libération. Long métrage Queimada, réalisation : Gillo

PONTECORVO, scénario : Franco SOLINAS, Giorgio AULORIO, avec pour comédiens : Marlon

BRANDO, Evaristo MARQUEZ, Renato SALVATORI, Norman HILL, Dana GHIA, Valeria FERRA

WANANI, Ciampiero ALBERTINI, Carlo PALMUCCI, Thomas LYONS, Joseph P. PERSAUD,

durée : 110 mn, sortie en 1969, France, Italie.

280


jouissance, est souvent présente et avec elle un certain abattement. Difficile en effet de

s’observer lâche, menteur, tricheur, manipulateur. Inaudible de s’entendre prononcer des

jugements cruels ou complaisants. Choquant de s’examiner dans notre haine, notre

rivalité, notre cupidité, notre voyeurisme ou notre égoïsme profond. Il nous faut pourtant

brûler en enfer pour parvenir à renaître de nos cendres. Cette renaissance ne peut se

passer d’amour, tout comme cette mise en observation par ailleurs ; car seul l’amour au

sens de compassion peut nous garantir de survivre au démembrement. Cette guerre

fratricide qui durera jusqu’à épuisement nous a en effet dispersés, nous confie Guy

Corneau. Nous avons perdu notre identité. Nous ne savons plus qui nous sommes. C’est

en effet l’épuisement qui détermine le seuil de la passe : se battre « (…) jusqu’à ce que

vous abandonniez toutes vos postures, et le courage, et la détermination, et la

persévérance, et la bougie et tout ce que vous avez appris, jusqu’à ce que vous vous

déclariez battu à plate couture. Pire encore, jusqu’à ce que vous vous fichiez éperdument

d’être vainqueur ou vaincu, battant ou battu. Sans le savoir, vous aurez eu le bon réflexe

au bon moment. Car à cet instant précis, vous serez face-à-face avec le monstre, à sa

merci. Les méandres de l’Ombre ne servent à rien d’autre qu’à vous épuiser, qu’à faire

mourir en vous tout autre désir que celui de vivre quelques instants de paix véritable. Les

miroirs de l’Ombre servent à vous pousser fermement vers la simplicité de

l’essentiel. »740 Faut-il encore donc que l’amour soit au rendez-vous pour se relever d’une

pareille épreuve, en cela que nous nous devons de nous accueillir, de nous pardonner,

c’est-à-dire de nous rendre au tout, à la totalité. Comme si on se devait de s’offrir à soi-

même ce droit d’existence de sa dissidence la plus intime. Comme si on se devait de

naître une deuxième fois, et cette fois, par nous-même. Il s’agit ici de s’accepter,

d’accepter la totalité de ses émotions, et même les moins valorisantes : la colère, la

jalousie, la haine… Les refuser serait inéluctablement échouer et effectuer un retour vers

les choses du passé. Chose difficile, car l’ego est « prisonnier du refus, comme il l’est, ou

parce qu’il l’est, de son passé et de lui-même. Le passé survit en effet dans le présent

comme une cicatrice, à proportion de nos blessures, de nos traumatismes, de nos

frustrations. »741 (…) « Le passé insatisfait enserre le présent dans ses griffes. »742

L’amour inconditionnel, celui que l’on trouve en Dieu, nous aide à nous recueillir,

c’est-à-dire à recueillir chaque partie blessée de nous-lunettes wc. Toutes sont « tolérées »


selon le terme de Lacan, toutes sont chéries et nous donne le droit d’exercer notre désir le

plus intime en changeant une part de ce réel qui nous constituait autrefois.

« Comment céder le passage sans céder sur son désir », c’est la question que se

pose Christiane Berthelet-Lorelle. « Nous ne pouvons résoudre cette équation qu’en

faisant du passage un désir, et du désir un passage. C’est dans ce travail-là que nous

sortons de nos liens névrotiques au désir, dans notre faculté d’assumer que soit reconduit

le risque qu’il implique… là où le temps s’était arrêté », répond-elle.743 « C’est quand le

conflit se dénoue, quand le refoulement cesse que le changement peut réellement s’opérer

selon les voies du désir. Ici, le désir, nous dit-elle « n’est pas à entendre comme

l’obturation d’une avidité mais au contraire, comme le lieu où quelque chose est à perdre

pour continuer d’être. »744

Il y a donc dans le chemin de libération, en même temps qu’un lâcher-prise, un

engagement ferme, une détermination, un désir brûlant. C’est une éthique du désir745 qui

fera de nous les hommes du changement et de la responsabilité.

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